vignette|redresse=1.5|L'ampleur mondiale de la fragmentation forestière.. (A) Carte mondiale représentant la distance moyenne des massifs forestiers à une lisière. (B) Diagramme montrant que près de 20 % de la superficie occupée par les forêts dans le monde est située à moins de d'une lisière, 70 % à moins d'un kilomètre, la fragmentation des forêts et leur déboisement augmentant ce pourcentage. vignette|250px|Lisière abrupte en bordure de parcelle. Les agriculteurs, par souci de rentabilité et du « propre et net », peuvent avoir intérêt à ce type d'aménagement forestier alors que la lisière graduelle peut les renvoyer à une stigmatisation du laisser-aller. Cf ..
Une lisière (du francique lisa, « ornière ») est une limite, brutale ou progressive, entre deux milieux, permettant de passer d'une formation végétale dans une autre. Ce terme du langage courant s'applique surtout aux bordures de milieu forestier fermé (forêt, bois, bosquet) marquant une transition vers des espaces plus ouverts (prairie, champ, clairière, dune…). La lisière boisée est appelée aussi frange boisée, la lisière forestière est désignée aussi comme frange forestière. Les deux milieux s'influencent réciproquement sur une profondeur relativement importante.
Elle est une frontière écologique entre deux écosystèmes, produisant généralement un écocline et un écotone. Elle présente ainsi des conditions microclimatiques (ensoleillement, température, humidité…), édaphiques et écologiques particulières et parfois des micro-habitats spécifiques, favorables ou au contraire défavorables aux espèces des milieux adjacents.
Elle est pour cette raison soumise à une dynamique écopaysagère propre. On parle d'« effet de lisière » (ou « effet de bordure ») pour décrire les impacts négatifs des lisières artificielles créées dans les milieux naturels (extérieure à un massif traité en sylviculture intensive ou intérieure à celui-ci (bords de coupes rases, bords de routes ou de pistes forestières).
vignette|250px|Exemple de lisière forestière avec milieu ouvert cultivé.
Sauf quand elle est artificiellement stabilisée par l'homme, ce qui est de plus en plus souvent le cas sur la planète, une lisière évolue spontanément dans le temps et dans l'espace (en fonction du cycle sylvogénétique dans le cas de la forêt naturelle).
Lorsque la limite est brutale, la lisière abrupte crée des parcelles dépourvues d'espaces de transition entre elles, induisant la disparition d'espèces végétales et animales incapables de s'adapter à cette simplification du paysage. Lorsque la limite est progressive, la lisière graduelle est étagée, les groupements végétaux se répartissant selon une zonation horizontale et verticale en ceintures parallèles de végétation, plus ou moins imbriquées, qui se succèdent. Quand la gradation est complète, la lisière des forêts tempérées comprend trois ceintures. : l'ourlet principalement composé de hautes herbes vivaces ; le cordon composé essentiellement d'arbrisseaux et d'arbustes héliophiles (prunelier, aubépine, cornouiller sanguin, sureau…) ; le manteau à la structure clairsemée, composé principalement d'espèces pionnières (bouleaux, peupliers trembles, saules) constituées d'arbres héliophiles bas branchus, dissymétriques et plus gros (pour une même essence et un même âge) que ceux peuplant l'intérieur du boisLes écologues utilisent parfois indistinctement le terme d'ourlet pour désigner ces trois bandes (ourlet herbeux, ourlet arbustif et ourlet arboré. Ils distinguent parfois aussi le cordon appelé bas-manteau, et le manteau stricto sensu, appelé haut-manteau. Ils différencient ainsi . Cf .
Effets-lisière en écologie Selon leur contexte, les termes « effet-lisière », « effet-bordure », ou « effet de bord », peuvent décrire ou regrouper différents types (opposés) d'effets ou de concepts.
Principe de l'« écotone » En nombre d'espèces, la lisière et souvent plus riche que chaque milieu pris séparément. On parle habituellement d'écotone pour les lisières naturelles.
Effet source Un effet source et un effet barrière. La perméabilité écologique des lisières pour l'entomofaune a de multiples implications, tant pour la recherche en matière de biodiversité que pour la gestion agricole, sylvicole ou du territoire. Une étude publiée en 2007Dudziak, Sarah Kathleen ; 2007 ; Boundary dynamics and matrix effects on beetle community composition and movement between forests and agriculture ; OhioLINK Electronic Theses And Dissertations Center. Résumé sir Scientific commons a porté (dans l'Ohio) sur ses déplacements à partir des lisières forestières vers l'intérieur des champs de maïs périphériques aux forêts, afin de voir dans quelle mesure la taille des fragments forestiers, la distance à la lisière et la matrice agricole affectaient ou non la dynamique des communautés de coléoptères. L'étude a porté sur l'abondance en coléoptères et leur diversité en espèce (diversité spécifique). L'abondance et la diversité en coléoptères, dans ce contexte, était toutes deux significativement plus élevée près de l'écotone forêt-champs, en toutes saisons. Concernant les sens de déplacement ou migration, l'étude a montré que dans les fragments forestiers les plus vastes, les coléoptères circulent plutôt de la lisière vers l'intérieur de la forêt, alors que dans les petits fragments, ils migrent plus volontiers de la lisière vers les champs. D'un certain point de vue, la lisière d'une grande forêt serait donc (pour les coléoptères) en quelque sorte moins transparente ou plus « dure » (expression employée par les auteurs) au regard de la circulation des coléoptères (il aurait peut-être été intéressant de pouvoir reproduire dans le même contexte biogéographique l'expérience avec une matrice agricole "sans pesticides ni intrants chimiques" (agriculture ou élevage biologique ou de prairies). Une représentation graphique des relations entre les points de captures/recaptures (Non-metric Multidimensional Scaling) a montré que les zones de bucheronnage et de forêt dense étaient les deux variables expliquant le mieux les variations dans la composition en espèces.
Effets négatifs pour la faune Effets microclimatiques Les effets microclimatiques et/ou écologiques (déshydratation) propres à certaines lisières artificielles (stress hydrique pour les arbres, exacerbation des chocs thermiques et des aléas climatiques par exposition accrue au soleil, au vent et au gel et diminution de l'« effet-tampon » de la forêt ou de la lisière naturelle (les lisières naturelles sont généralement très denses et riches en lianes ou épiphytes). La zone où se manifeste l'effet lisière semble beaucoup plus sensible aux prédateurs ou pathogènes opportunistes.
Par exemple, les épicéas poussant sur les lisières artificielles de coupes rases, routes, layons.. semblent présenter une sensibilité exacerbée au stress hydrique (visible en photo infrarouges), ainsi qu'aux attaques de scolytes, selon des études qui demandent encore à être affinéesIntegrated risk assessment and new pest management technology in ecosystems affected by forest decline and bark beetle outbreaks. Programme "TATRY" ; IC15-CT98-0151 (Voir photos infrarouges et légendes (en bas de page) .
Plus une forêt est de forme périmétrique complexe, plus sa lisière est longue (à surface identique).
Ce facteur a aussi une grande importance en matière d'influence de la forêt sur le microclimat périphérique et inversement, le contexte microclimatique influe sur le microclimat forestier d'autant plus que la lisière est artificielle (c'est-à-dire, sans le rideau végétal touffu (ourlet, rideaux de plantes grimpantes, buissons, manteau) qui garnit spontanément les lisières naturelles, faisant obstacle au soleil et au vent qui sont des puissants facteurs de déshydratation.
Diverses études des caractéristiques thermo-hygrométrique des lisières ont montré un net « effet de lisière » sur la transpiration de la forêt. Par exemple, dans un peuplement mélangé feuillu, la transpiration mesurée était de 354 équivalent mm d'eau/an à plus de de la lisière à l’intérieur du boisement, contre en bordure (à moins de de la lisière), soit quasiment égale à l'évapotranspiration potentielle mesurée (). L'effet déshydratant des lisières artificielles se manifeste aussi par une perturbation des phénomènes de rosée (en bordure de route ou sur zone désherbée par exemple). Les effets de lisière peuvent donc très fortement influencer le bilan hydrique des massifs boisés, d'autant plus qu'ils seront petits et fragmentés par des routes. Ce type d'effets disparait dans les très grands massifs non fragmentés, ou est jugé négligeable à partir d'au moins 100 hectaresHerbst M., Roberts J.M., Rosier P.T.W., Taylor M.E., Gowing D.J. . Edge effect and forest water use : A field study in a mixed deciduous woodland (Effet de lisière et utilisation de l'eau en forêt : Étude de terrain dans une forêt mixte feuillue). Forest Écology and Management 250 : 176-186 (11 p., 4 tab., 6 fig., 41 réf.) . Une étude a conclu qu'en forêt amazonienne, les perturbations dues aux « effets de bords » ont déjà dépassé le seuil au-delà duquel des dégâts irréversibles sont inévitablesSkole, DL, C. Tucker (1994). "« Tropical déforestation and habitat loss fragmentation in the Amazon: satellite data from 1978-1988 »" ("La déforestation tropicale et la perte d'habitat par la fragmentation de l'Amazonie ; Données satellitaires de 1978-1988"). Science 260: 1905-1910..
Les formes et structures des lisières ont une influence sur la nature et l'ampleur de leurs effets écologiques dans les fragments de forêt voisinsDidham RK & Lawton JH (1999). Edge structure determines the magnitude of changes in microclimate and vegetation structure in tropical forest fragments. Biotropica 31, 17–30|résumé, et des effets synergiques existent avec la taille des espaces concernésEwers R.M, Thorpe S & Didham R.K (2007) Synergistic interactions between edge and area effects in a heavily fragmented landscape. Ecology 88, 96–106Fahrig L (2013) Rethinking patch size and isolation effects: the habitat amount hypothesis. J. Biogeogr. 40, 1649–1663.
Un puits écologique