On appelle Papous les populations autochtones de la Nouvelle-Guinée, une île de l'Océanie proche et de la Mélanésie en bordure de l'océan Pacifique, partagée entre la Nouvelle-Guinée occidentale sous souveraineté indonésienne et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

thumb|Carte des Moluques et de la Nouvelle-Guinée, en espagnol et portugais, c. 1600. On voit, entre les deux, une île portant la mention , « les Papous ».

Étymologie L'origine du nom « Papou » est discutée. Il aurait été introduit en 1526 par l'explorateur portugais Jorge de Meneses. Au début du en tout cas, les Espagnols, établis aux Philippines, et les Portugais, installés dans les Moluques, appellent « îles Papoues » l’archipel situé au nord de Céram, une île de l’archipel des Moluques, et à l’est de Halmahera, une autre île des Moluques. Ainsi Tomé Pires mentionne dans sa une île qu’il nomme « Papua » Tomé Pires, Suma Oriental of Tome Pires, J. Jetley, New Delhi, 2005, .. Des cartes portugaises du mentionnaient une île à l’est des Moluques nommée « Papoia » Clive Moore, New Guinea: Crossing Boundaries and History, University of Hawai'i Press, Honolulu, 2003.. Plus tard, le nom de « Terra de Papos » désignera une île que les Espagnols avaient initialement baptisée Nova Guinea.

L'ethnologue français Christian Pelras, spécialiste du sud de l'île de Célèbes, écrit que des cartes établies au par les Bugis du Sulawesi du Sud mentionnent le nom de « Papua » pour désigner la Nouvelle-Guinée Christian Pelras, The Bugis.. Des auteurs européens du reprennent le mot. L’orientaliste anglais William Marsden parle ainsi des « Papuah islands » William Marsden, Miscellaneous works of William Marsden, J. L. Cox and Son, Londres, 1834, .. Le géographe français Grégoire Louis Domeny de Rienzi écrit qu’il avait proposé en 1826 de nommer la Nouvelle-Guinée « Papouasie »Grégoire Louis Domeny de Rienzi, Océanie ou cinquième partie du monde : Polynésie et Mélanésie, Firmin Didot frères, Paris, 1837, ..

L’étymologie du nom la plus couramment citée est une expression, « puah-puah », qui signifierait « frisé » en malais. Ce mot figure dans un dictionnaire publié en 1852 par l'administrateur colonial britannique John Crawfurd, qui écrit que les Javanais et les Malais appellent la Nouvelle-Guinée « Tanah Puwah-Puwah », « le pays des [hommes] crépus » Chris Ballard, Chapter 3. 'Oceanic Negroes': British anthropology of Papuans, 1820-1869, in Bronwen Douglas et Chris Ballard, Foreign Bodies: Oceania and the Science of Race 1750-1940, ANU E Press, Canberra, 2008, .. D'après le naturaliste Alfred Wallace, le mot est issu du malais puwah-puwah ou papuwah qui signifie « crépu » Wallace, Alfred Russel, New Guinea and Its Inhabitants, 1879.. Si cette étymologie est correcte, elle est révélatrice de la perception qu’avait de l’île le monde extérieur. En 1545, les Espagnols l’avaient en effet baptisée « Nouvelle-Guinée » en référence à la peau noire et aux cheveux frisés de ses habitants, qui leur rappelaient ceux de la Guinée.

Histoire Les éléments connus à ce jour montrent que les Papous descendent des premiers habitants de la Nouvelle-Guinée, arrivés à une époque (aux alentours de la dernière glaciation, soit il y a environ ) où l'île était reliée au continent australien, formant la masse continentale appelée Sahul. La paléontologue néerlandaise Mariska van der Plas écrit que « pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée l’idée est que la population de l’intérieur, qu’on supposait être des Négritos, sont en fait simplement des populations de Papouasie-Nouvelle-Guinée adaptées à la vie dans une forêt tropicale montagneuse aux ressources nutritionnelles limitées […] par une stature diminuée »Mariska van der Plas, « A new model for the evolution of Homo sapiens from the Wallacean islands », PalArch’s Journal of Vertebrate Palaeontology 1, 1, 2007, ..

Auparavant, l'Australie avait été peuplée par des migrations depuis l'actuel continent asiatique qui auraient eu lieu il y a au moins , à la suite de la sortie d'un groupe d'Homo sapiens d'Afrique il y a 60 000 à . Ces migrations vers l'Australie étaient possibles car à l'époque, le niveau des mers était plus bas qu'actuellement. Des migrations ont pu également avoir eu lieu depuis l'Asie vers la Nouvelle-Guinée et les îles Salomon.

On estime que les Papous commencent à pratiquer l'agriculture vers Ils domestiquent la canne à sucre et des racines. Il se peut qu'ils domestiquent également le porc vers cette époque. Vers , l'agriculture papoue maîtrise l'eau pour l'irrigationEncyclopædia Britannica, « Melanesian cultures »..

Il y a 5 000 à 6 000 ans, le niveau général des mers est remonté pour atteindre la situation actuelle, coupant ces populations du continent asiatique, en créant des bras de mer plus importants.

Par ailleurs il y a , des habitants du littoral de la Chine du Sud, cultivateurs de millet et de riz, commencent à traverser le détroit pour s'installer à Taïwan. Il y a , des migrations ont lieu de Taïwan vers les Philippines. De nouvelles migrations commencent bientôt des Philippines vers l'archipel indonésien. Vers av. notre ère, un autre mouvement mène des Philippines en Nouvelle-Guinée et au-delà, les îles du Pacifique. Ces Austronésiens apportent aux habitants du littoral des techniques, notamment dans la navigation, leur langue, et créent la civilisation de Lapita.

La côte nord de la Nouvelle-Guinée et les îles voisines, aussi bien du côté indonésien que de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, est ainsi une mosaïque linguistique dans laquelle se juxtaposent des langues austronésiennes et des langues dites « papoues ». Sur la côte nord de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le mythe des frères Kulabob, un pêcheur à la peau claire, et Manup, un chasseur à la peau foncée, raconte cette expansion austronésienne, il y a quelque trois mille ans, symbolisée par Kulabob, dans une région déjà peuplée par des « Australo-Mélanésiens », représentés par Manup Stephen Oppenheimer, Eden in the East: The Drowned Continent of Southeast Asia, Phoenix, Londres, 1998, ..

Il existe des relations anciennes entre l’ouest de la Nouvelle-Guinée et le reste de l'archipel indonésien. Ainsi le Nagarakertagama, poème épique écrit en 1365 dans le royaume javanais de Majapahit, mentionne « Sorong », aujourd'hui une ville située sur la côte, parmi les quelque cent « contrées tributaires » du royaume. En réalité, le territoire contrôlé par Majapahit ne s'étendait que sur une partie de l'est et du centre de Java. Les contrées tributaires étaient en fait des comptoirs formant un réseau commercial dont Majapahit était le centre. Majapahit y envoyait des dignitaires, les bujangga, dont le rôle était de s'assurer que ces comptoirs ne s'adonnaient pas à un commerce privé qui échapperait au royaumeDenys Lombard, Le Carrefour javanais, tome II, 1990, .

Les Moluques aussi ont des relations anciennes avec l’ouest de la Nouvelle-Guinée, sous forme d'échanges aussi bien cérémoniels que matérielsClive Moore, New Guinea: Crossing Boundaries and History, University of Hawai'i Press, Honolulu, 2003, .. Ainsi, l'île indonésienne de Banda notamment commerçait avec certaines parties de la Nouvelle-GuinéeRoy F. Ellen, On the Edge of the Banda Zone: Past and Present in the Social Organization of a Moluccan Trading Network, University of Hawai'i Press, Honolulu, 2003.. Le sultanat de Bacan, vassal de celui de Tidore, revendiquait la suzeraineté sur les îles Raja Ampat près de la côte occidentale de la Nouvelle-Guinée. Des marchands des îles Kei et Aru, situées au sud des Moluques, avaient des relations avec la Nouvelle-Guinée.

Dans la foulée de la conquête de Malacca en 1511 Afonso de Albuquerque, vice-roi des Indes portugaises, envoie aux Moluques deux de ses lieutenants, Antonio de Abreu et Francisco Serrano. À leur retour à Malacca, les deux hommes rapportent avoir vu des hommes totalement différents des Malais. Il s’agit d’esclaves de Nouvelle-Guinée.

En 1660 la VOC (Compagnie néerlandaise des Indes orientales), installée depuis 1605 aux Moluques, qui ne s’intéresse pas à cette île, attribue la suzeraineté sur les habitants de la Nouvelle-Guinée au sultan de Tidore Ravindra Varma, Australia And South Asia: The Crystallisation Of A Relationship, Ahinav Publications, New Delhi, 2003, .. C'est en effet seulement en 1828 que les Néerlandais fondent sur la côte sud de la partie de l’île, qu'ils surnomment « Vogelkop » (« Tête d’oiseau ») en raison de sa forme, à l’emplacement de l’actuelle ville de Lobo, un fort qu’ils baptisent Fort Du Bus, d’après le nom du gouverneur des Indes néerlandaises de l’époque, le vicomte Léonard du Bus de Gisignies (1780-1849).

Pendant longtemps, le monde extérieur ne connaît de la Nouvelle-Guinée que le littoral. « Papous » désigne donc initialement les habitants des zones côtières. Ce n’est que dans le dernier quart du que les Européens commencent l’exploration de l’intérieur de l’île. Entre 1905 et 1910, des contacts sont établis avec des populations marginales des hauts plateaux de l’intérieur H. C. Brookfield, 1961.. Les vallées de l’intérieur et leurs populations ne sont « découvertes » que dans les années 1920-1930. Par extension, les habitants de l’intérieur sont également appelés « Papous ».

Papouasie-Nouvelle-Guinée

thumb|180px|Un Huli des Hautes-Terres méridionales de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

La population de la Papouasie-Nouvelle-Guinée est l'une des plus hétérogènes au monde. Le pays compte plusieurs centaines de groupes ethniques. Les groupes papous représentent 78 %, devant les Mélanésiens, les Chinois, les Blancs et les métis, de plus en plus nombreux.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée est le pays où l'on dénombre le plus de langues différentes : plus de huit cents recensées au total.

Indonésie La Nouvelle-Guinée occidentale, qui faisait partie des Indes néerlandaises, avait été exclue du transfert de souveraineté du royaume des Pays-Bas à la république des États-Unis d'Indonésie en 1949. Les deux parties étaient convenues que le statut du territoire ferait l’objet de discussions l’année suivante C. L. M. Penders, The West New Guinea Debacle: Dutch Decolonisation and Indonesia, 1945-1962, University of Hawai'i Press, Honolulu, 2002, p. 49.. Cette question est régulièrement débattue à l’assemblée générale des Nations unies durant les années 1960 sans qu'aucune résolution ne soit adoptée. Excédé, le président Soekarno décrète en 1961 une mobilisation pour la « libération de l’Irian ». Sous la pression des Américains, soucieux de ne pas voir l'Indonésie basculer dans le camp de l’Union soviétique, les Néerlandais acceptent de négocier Hiroyuki Umetsu, "Australia's Response to the West New Guinea Dispute, 1952-53", The Journal of Pacific History, vol. 39, No. 1 (juin), 2004, .. L’administration du territoire est transférée aux Nations unies en 1962 et à l’Indonésie en 1963.

En 1967, la compagnie minière américaine Freeport signe avec le gouvernement de Soeharto un contrat pour l’exploration du site de l’Ertsberg, un ancien piton rocheux d'environ d'altitude découvert en 1936 dans le territoire par le géologue néerlandais Jean Jacques Dozy. Des forages confirment l’existence d’un gisement de cuivre. En 1987, Freeport découvre dans la même région la mine de Grasberg, la plus grande mine d'or et la troisième plus importante mine de cuivre au monde.