Claude Morin, né le à Montmorency (Québec, Canada) et mort le à Québec (Québec, Canada), est un professeur, essayiste et homme politique québécois.
Biographie Jeunesse et études Claude Morin naît à Montmorency, où son père était médecin. Il est l’aîné d’une fratrie de sept enfants. Après son cours primaire à MontmorencyMorin rencontre alors Fernand Dumont, un peu plus âgé que lui, qui devient, pour plusieurs années, son plus proche ami. Il partage avec lui les mêmes lectures et les mêmes interrogations. Plus tard reconnu comme un des penseurs québécois les plus respectés, Dumont exerce une grande influence sur le cheminement ultérieur de Morin, tant philosophique, que social et politique. Voir, de Claude Morin, Les Choses comme elles étaient : une autobiographie politique, . et son cours classique au Séminaire de Québec, Claude Morin obtient un baccalauréat en sciences sociales et, en 1954, une maîtrise en économie à la faculté des sciences sociales de l'Université Laval. Intéressé aux questions internationales, il envisage un moment d'y faire carrière. Pour s'y préparer, il lit sur le sujet, suit des cours d’espagnol et de russe à l'Université Laval, et améliore sa connaissance de l’anglais par un séjour de quatre mois, à l'été 1951, à Kingston (Ontario), comme ouvrier à l’usine locale de l'Alcan. Mais un de ses professeurs, Maurice Lamontagne, près du gouvernement fédéral de l'époque, lui apprend que ses chances sont minces d'accéder à un poste dans la diplomatie canadienne au terme de ses étudesPour les détails : Les Choses comme elles étaient, , et L'Affaire Morin : légendes, sottises et calomnies, .. Georges-Henri Lévesque, doyen de sa faculté, l'a cependant remarqué : il lui propose un poste de professeur, carrière qui correspond encore mieux à ses aspirations. De 1954 à 1956, Morin étudie à l'Université Columbia de New York où il obtient une maîtrise en bien-être social (Master of Social Welfare)Sa thèse de maîtrise s'intitule : Establishing Social Welfare Priorities : A Critique of Methods and an Approach through Measurement of Community Values..
Professeur et chercheur (1956-1963) Devenu professeur à la faculté des sciences sociales de Laval en , il enseigne l’économie et l’organisation communautaire à l’école de service social de cette faculté et, à compter de 1958, la politique économique au département de science politique. Il participe à divers projets de recherches (conditions d’habitation dans la ville de Québec, situation socio-économique du comté de Portneuf, organisation régionale des services sociaux), publie des articles dans des revues spécialisées et, de 1958 à 1961, est commentateur à l'émission « La vie économique » de Radio-Canada. En 1961, il est nommé par le gouvernement Lesage membre du Comité d'étude sur l'assistance publique dont le rapport (rapport Boucher), déposé au début de 1963, guidera la réorganisation des politiques sociales du Québec dans les années subséquentes.
Sous-ministre et conseiller (1963-1971) En 1959, à l’invitation de Maurice Sauvé, Morin avait fait partie d’un groupe chargé d’actualiser le programme social du Parti libéral du Québec. Peu après l’élection du parti en , il devient le principal rédacteur des discours du premier ministre Jean Lesage et le restera jusqu’à la victoire de l'Union nationale en 1966Sommaire de quelques discours de Lesage pendant cette période : http://www.saic.gouv.qc.ca/publications/Positions/Partie1/JeanLesage1960.pdf. On trouve aussi de longs extraits de ces discours dans la brochure Un Québec fort dans une nouvelle Confédération, signée par Lesage et publiée en par l'Office d'information et de publicité du Québec.. En 1961, tout en demeurant professeur, il est nommé conseiller économique au Conseil exécutif.
Le , il est nommé sous-ministre des Affaires fédérales-provinciales.
En , les circonstances font que Morin s'engage davantage. À la demande insistante de Lesage, il quitte l’université pour mettre sur pied le nouveau ministère des Affaires fédérales-provinciales, chargé des relations du Québec avec le gouvernement fédéral et les autres provincesCréé par une loi de 1961 qui donnait suite au programme libéral de 1960, ce ministère n'existait encore que sur papier en 1963. Un sous-ministre, Taschereau Fortier, avait été désigné, mais il meurt peu avant de prendre ses fonctions. C'est alors que Lesage se tourna vers Morin à qui il avait déjà offert le poste dès 1961. Morin, préférant la vie universitaire, l'avait refusé. Voir, de Morin : Mes premiers ministres, et 57-61..
En , Lesage, après un entretien téléphonique avec le premier ministre du Canada, Lester B. Pearson, demande à Morin de négocier discrètement, avec des hauts fonctionnaires fédéraux, la solution de plusieurs litiges Québec-Ottawa : partage fiscal, retraits des programmes conjoints, aide aux municipalités, allocations familiales et, en particulier, régime de rentes autonome pour le Québec. Pour ce dernier dossier, Morin est accompagné de l’actuaire Claude Castonguay. Les rencontres sont si fructueuses que certains en interprètent le résultat comme un « déblocage » fédéral-provincial historiqueLe Devoir, 11 et 15 avril 1964, et les autres quotidiens québécois..
Avec Jacques Parizeau, qui, comme conseiller du gouvernement, y représente le Québec, il suit de près les travaux du Comité fédéral-provincial du régime fiscal, créé en 1964 dans la foulée de ces négociationsCf. de http://www.mrifce.gouv.qc.ca/document/spdi/fonddoc/FDOC_rapp_2747_rapport_annuel_1965_1966_final.pdf.
En 1964 toujours, Morin est nommé secrétaire du Comité parlementaire de la Constitution, créé par l’Assemblée nationale pour se pencher sur la réforme du fédéralisme canadien. En , il devient aussi président de la commission interministérielle des relations extérieuresCf. de http://www.mrifce.gouv.qc.ca/document/spdi/fonddoc/FDOC_rapp_2747_rapport_annuel_1965_1966_final.pdf. L'idée de cette nouveauté venait d'André Patry, juriste et spécialiste des relations internationales, qui conseillait occasionnellement Lesage et qui, sous Daniel Johnson, devint chef du protocole. À ce titre il joua un rôle majeur dans l'accueil des personnalités étrangères lors d'Expo 77. Prenant la présidence de la Commission, Morin quitta son poste de conseiller économique du gouvernement. Il fut remplacé par Jacques Parizeau dont le nom avait été suggéré à Lesage par deux de ses ministres, René Lévesque et Éric Kierans, et par Morin lui-même., instituée en par décret gouvernemental et dont la fonction est de susciter et de coordonner les initiatives internationales du Québec. C’est à partir de la réflexion de ce Comité et à la suite d’une décision du premier ministre Daniel Johnson, père, que ce domaine d’action s’ajoutera, en 1967, à la mission initiale du ministère, qui sera désormais connu sous le nom de ministère des Affaires intergouvernementales. Sauf pour quelques périodes, ce ministère relèvera du premier ministre lui-même.
Sous Daniel Johnson, père, Jean-Jacques Bertrand et Robert Bourassa jusqu’à , Morin conserve son poste de sous-ministre. Pendant cette période, il élabore et rédige avec ses adjoints, dont Louis Bernard, les positions défendues par le Québec aux conférences constitutionnelles ou autres. Comme conseiller, et en raison de sa présence quotidienne auprès de quatre premiers ministres successifs, Morin a contribué par ses analyses et ses interventions à la plupart des grandes initiatives de la Révolution tranquille : nationalisation de l'électricité, Société générale de financement, Régime de rentes du Québec, Caisse de dépôt et placement, relations internationales du Québec, etc. En partie responsable, d’un gouvernement à l’autre, de la continuité dans les réclamations politiques du Québec, Morin en vint à exaspérer les autorités fédérales« Bête noire des fédéralistes inconditionnels, souverainement détesté par certains à Ottawa, des journaux anglophones l’ont souvent dénoncé. [Morin] était à leurs yeux la cause de tous les conflits entre Ottawa et Québec. Récemment, une publication torontoise le traitait, tout simplement, de Méphistophélès… ». La Bête noire d’Ottawa, Jacques Guay, Le Maclean (maintenant L'Actualité), octobre 1971. Deux ans plus tôt, devant 4000 militants libéraux réunis à Montréal, le premier ministre Trudeau s’en était déjà pris indirectement à Morin. Voir The Gazette, 22 octobre 1969. Il est à noter que cette détestation fédérale se maintint à l'époque où Morin, alors ministre, participait aux discussions constitutionnelles post-référendaires. Dans ses mémoires (Dans la fosse aux lions, page 163, réédition de 1995) Jean Chrétien dit de lui qu'il était « toujours en train de chercher le moyen de faire échouer mes efforts »..
Enseignement et engagement (1971-1976) Par choix personnel il revient en à l’enseignement universitaire à l'École nationale d'administration publique (ÉNAP). Réfléchissant sur son expérience, il opte pour la souveraineté du Québec (il adhèrera au Parti québécois en ). Dans Le Pouvoir québécois, publié en 1972, il explique les principaux dossiers dont il a eu à s’occuper, et dans Le Combat québécois (1973) il tire des leçons pour l’avenirCf. chapitre 8 d’Alain Beauvais dans Histoire intellectuelle de l'indépendantisme québécois, tome II, vlb, 2012.. En 1972, il est élu membre du conseil exécutif du Parti québécois et, en , il est candidat défait de ce parti dans la circonscription de Louis-Hébert.
Lors du congrès du Parti québécois de , il joue un rôle déterminant dans le changement de stratégie de cette formation qui adopte l'idée d'accéder à la souveraineté par référendum, et non à la suite d'une simple victoire électorale. Pour convaincre les militants, Morin utilise trois principaux arguments. Nul ne connaissant encore l'aptitude du Parti québécois à gouverner, les citoyens, avant d'opter pour la souveraineté, préféreraient voir comment ce parti s'acquitte de ses responsabilités. Avec un appui populaire mesurable, les autres pays seraient plus enclins à reconnaître la souveraineté du Québec. Et, si un vote de l'Assemblée nationale, à la majorité des députés, suffisait pour faire la souveraineté, le vote d'un gouvernement subséquent, pourrait en toute logique la défaire.. Qualifié plus tard d'étapisme par les médias, ce changement au programme du parti est adopté par les deux-tiers du congrès. Il contribua à la victoire du Parti québécois en .
Homme politique (1976-1982) Élu en 1976 dans Louis-Hébert, où il affrontait Jean Marchand du Parti libéral, il devient ministre des Affaires intergouvernementales dans le cabinet de René Lévesque et, à ce titre, responsable du dossier constitutionnel, ainsi que des dossiers concernant les rapports du Québec avec les autres gouvernements, tant au Canada qu'à l'étranger. Lévesque le nomme aussi membre du comité ministériel des priorités.
Il met d’abord l'accent sur la nécessité d'expliquer aux autres gouvernements et pays les intentions et projets du gouvernement souverainiste, dont peu d’observateurs étrangers s’attendaient à la victoire électorale. C'est dans cette perspective que, dès et dans les mois qui suivirent, Lévesque, Morin et leurs collègues reçoivent de très nombreux diplomates, journalistes et chercheurs provenant de divers pays.