vignette|Le tournesol, devenu un symbole largement associé aux mouvements écologistes et aux partis politiques verts. vignette|Banderole « Écosocialisme ou barbarie ! » (Suisse, 2025).
L'écosocialisme (parfois appelé « socialisme vert » ou « écomarxisme ») est une idéologie politique née dans les années 1970 qui concilie les revendications de l'écologisme et du socialisme.. Il émane du postulat que la protection de l'environnement est inconciliable avec le capitalisme, dont les modes de production sont avant tout guidés par la recherche de croissance et la valeur d'échange, et du principe que le socialisme représente la seule alternative à ce système économique.
Ce courant de pensée a évolué au travers de ses interactions avec d'autres tendances de l'écologie politique, telles que la social-écologie, l'écologie sociale, l'écoféminisme, l'écologie profonde, le courant de la décroissance et l'altermondialisme.
D'après l'économiste Michel Husson, l'écosocialisme se caractérise par l'ampleur des mutations que ses tenants jugent nécessaires d'opérer pour freiner le réchauffement climatique. Il s'agit en effet d'un programme révolutionnaire, qui vise à lier l'action écologiste à de vastes projets politiques comme la socialisation des moyens de production, la redistribution des richesses et l'instauration d'une démocratie participative. Suivant l'analyse proposée par l'écosocialisme, le système capitaliste étant inséparable d'une recherche de croissance destructrice de l'environnement, toute tentative de le réformer, notamment par la mise en place d'une « taxe carbone » ou d'un « marché du carbone », apparaît comme une solution temporaire. Puisque les causes de la crise climatique remontent aux fondements même du capitalisme, celui-ci doit nécessairement être dépassé.
Plus qu'une simple reprise du marxisme, l'écosocialisme intègre des critiques du productivisme et de l'autoritarisme des régimes qui se sont revendiqués du socialisme ou du communisme au cours du . Mais, il exclut au passage l'anti-intellectualisme souvent prôné par les partisans de l'écologie profonde au nom d'un « retour à la nature », de même que le projet, caractéristique des socialistes libertaires, de remplacer le capitalisme par des alternatives locales. Il constitue par conséquent une proposition politique qui se veut à la fois critique et globale.
Doctrine
Impossible capitalisme vert
vignette|Joel Kovel (1936-2018) affirme l'existence d'un lien direct entre l'urgence climatique et les modes de production capitalistes. Pour l'essayiste et pionnier de l'écosocialisme Joel Kovel, la plupart des groupes d'experts évitent de faire un lien entre la situation actuelle et le système capitaliste. L'auteur fait pourtant valoir que, bien que l'humanité ait existé depuis des millénaires, la concentration de n'est devenue dangereuse qu'au cours du , tandis que le capitalisme connaissait un essor considérable. Aussi juge-t-il qu'attribuer la responsabilité de la crise climatique à l'« être humain » en général constitue une affirmation dont la vérité n'est que partielle. Comme Hervé Kempf, Daniel Tanuro et biens d'autres, il juge nécessaire de nommer le lien direct qui existe entre l'urgence climatique et les modes de production capitalistes. Pour la même raison, les auteurs Andreas Malm et Frédéric Lordon préfèrent parler de « capitalocène ».
Dans cette perspective, les écosocialistes pensent que le « capitalisme vert », soit la conciliation entre une économie capitaliste et la protection de l'environnement, est tout bonnement impossible. Pour eux, la logique d'abondance sur laquelle repose le modèle capitaliste est intrinsèquement liée à la surconsommation et, par extension, au gaspillage et à la surexploitation des ressources naturelles. Voilà pourquoi ils estiment que toute tentative de réformer le système capitaliste, notamment par des mesures d'« écofiscalité » ou par un « marché des droits à polluer », représente une réponse insuffisante à la crise climatique. Le philosophe Michael Löwy, figure du proue du mouvement, dénonce par ailleurs l'inefficacité des opérations comme les conférences de Rio et le Protocole de Kyoto, qu'il qualifie de « tragi-comique[s]. »
L'écosocialisme est par conséquent radical, en ce sens qu'il » en contestant le système économique en place. À l'instar de l'écoanarchisme de Murray Boockchin ou de l'écologie profonde de Arne Næss, il se pose en courant révolutionnaire, fermement anticapitaliste. Sa spécificité réside, cependant, dans son association du concept de « dépassement du capitalisme » au socialisme. On la retrouve explicitement dans le Manifeste écosocialiste international de 2001, texte programmatique du mouvement.
Les écosocialistes partagent donc entre eux cette idée que le renversement du capitalisme doit absolument s'incarner dans une révolution socialiste. Cette dernière représente, d'après leur grille d'analyse, la seule alternative au capitalisme. Cela explique que les projets révolutionnaires proposés par les anarchistes, par exemple, soient vivement critiqués par Kovel ou Arno Münster, qui leur reprochent d'être « utopiques »...
Subordonner la valeur d'échange à la valeur d'usage Au sein d'une économie capitaliste, la production est strictement guidée par la recherche de croissance et la valeur d'échange. Ce modèle a été décrit très tôt par le sociologue Max Weber comme étant fondamentalement « non-éthique » - c'est-à-dire indifférent aux projets et aux finalités humains -, puisqu'il ne prend compte que du calcul des pertes et des gains.
L'économiste James O'connor définit comme écosocialistes les mouvements souhaitant subordonner la valeur d'échange à la valeur d'usage, en organisant la production en fonction des besoins sociaux et des exigences de la protection de la nature. Dans cette perspective, l'épanouissement des individus par le loisir, la créativité ou la participation à la vie politique, de même que le besoin, pour tout un chacun, d'habiter un environnement viable, importent davantage que l'accumulation des biens, et dictent la planification économique à la place du principe de croissance infinie.
Relations avec les autres tendances de l'écologie politique À l'image des autres tendances de l'écologie politique, l'écosocialisme dénonce la marchandisation et l'exploitation des ressources naturelles. Cependant, la plupart de ses tenants tendent à rejeter la distinction souvent opérée entre l'environnement « naturel » et un environnement dit « artificiel », résultant des productions humaines. Pour eux, ces espaces sont interreliés, entremêlés et soumis aux conséquences des mêmes activités de production. il n'y a, chez les écosocialistes, qu'un seul « environnement de vie » englobant l'humanité comme tout le reste du vivant, et présentant des aspects très divers (nature, ville, société, animaux, etc.).
Un autre trait distinctif de l'écosocialisme, mentionné précédemment, est qu'il pose la révolution socialiste comme seule alternative écologique conséquente au productivisme.
Faire apparaître la cohésion : un tri nécessaire La constitution même du courant nommé « écologie politique » est à l'origine de l'état disparate des thèses qui s'y côtoient. En France, le courant s'étant constitué comme une alternative au verrouillage idéologique opéré dans le paysage politique aussi bien à gauche (dominée par la doctrine venue d'URSS) qu'à droite (gaullisme).
La mise en cohérence nécessite de tisser des liens entre les différentes thématiques de l'écologie politique (revenu universel, question du travail, préservation de l'environnement de vie, critique de la technique, prolétarisation, numérique). André Gorz a fourni de nombreuses pistes en étant l'un des penseurs les plus prolifiques et les plus hétéroclites : il a permis de tisser des ponts et ainsi de poser des bases pour une cohérence d'ensembleAndré Gorz, Adieux au prolétariat, au-delà du socialisme (1980) et Métamorphoses du travail (1988)..
Vers l'écosocialisme Sur ces bases consistant à faire apparaître la cohérence, il apparaît plusieurs points.
Pensée écosocialiste et environnement
La question de l'« environnement naturel » se trouve vidée de sens. En effet, la distinction entre « environnement naturel » et « environnement artificiel » (issu de la production de l'être humain) est une séparation impossible à mener tant les deux sont mêlés l'un à l'autre dans un environnement plus global : l'« environnement de vie » des êtres humains. Cette indistinction permet de réintroduire des questions comme celles de l'urbanisme, des conditions de vie et de travail, mais aussi celles liées aux systèmes sociaux (santé, culture, etc. ) comme des questions fondatrices de l'écologie politique en tant que constitutives de l'environnement de vie de l'être humain. L'écologie politique n'a pas à être réduite à la « protection de la nature » car elle est l'écologie de l'environnement de vie des êtres humains.
L'introduction de problématiques liées à l'environnement de vie rend incontournable la question du régime politique et de la structure sociale dans le projet constitutif de l'écologie politique. Cette prise en compte permet de rejeter toutes les dérives écofascistes, malthusiennes et réactionnaires qui se réclament de l'écologie au nom de la protection de la nature. La question de la société et du régime politique (comme constitutifs de l'environnement de vie de l'être humain) réintroduit des questions comme celles de la liberté, de la République et de la laïcité« Comprendre l’écologie politique », 2012, chap. 8 et 11.. Par ce point, il apparaît clairement que l'écologie politique est une préfiguration de l'écosocialisme au sens où elle intègre la perspective de Jean Jaurès montrant que le socialisme est l'aboutissement de la République.
Question du pouvoir La question du pouvoir (au sein de la société) est liée à diverses problématiques. Elle est bien sûr présente dans la question "quel type de société ?", mais elle s'introduit parallèlement via diverses thématiques portées par l'écologie politique : la question de la mise en circulation des techniques issues de la recherche, Internet et le numérique, et enfin la question du revenu/salaire à vie. Dans toutes ces thématiques, la problématique de la gestion du pouvoir met en avant deux schémas distincts : un schéma de verticalité pyramidale, basée sur le pouvoir de position d'intermédiaire, et un schéma de collaboration et de circulation. L'un des schémas infantilise et isole l'individu de ses semblables, le met en position de mineur social (mineur qui doit donc être guidé par un supérieur) ; l'autre schéma repose sur le collectif en montrant que le pouvoir n'est pas individuel, mais il est celui d'un réseau d'individus échangeant entre eux, un réseau où la connaissance circule librement ; la notion de citoyenneté y est donc liée à celle du lien social. La question du pouvoir fonctionnel et de son hétéronomie fait l'objet du livre d'André Gorz Adieux au Prolétariat, au-delà du socialismeAndré Gorz, Adieux au Prolétariat, au-delà du socialisme, 1980, éd. Galilée où Gorz explique qu'au nom de la catégorie hégélienne "Prolétariat", devant prétendument accomplir l'Histoire, les hommes et les femmes prolétaires ont été sacrifiés (le terme "socialisme" faisant référence au socialisme officiel édicté par l'URSS).
Émanciper le travail