Une watringue, wateringue ou un watergang est un fossé ou un ouvrage de drainage à vocation de dessèchement de bas-marais, de zones humides ou inondables situées en plaines maritimes sous le niveau des hautes mers (polders), aux Pays-Bas, en Belgique et en France.

Dans le nord de la France, l'expression « les wateringues » peut également désigner , aujourd'hui dénommée Institution intercommunale des wateringues, qui doit notamment gérer les interactions entre eau douce et eau marineLonguepée, J., & Petit, O. (2007) « Les interactions entre eau douce et eau marine : étude des risques potentiels et modalités de gestion », Territoire en mouvement. Revue de géographie et aménagement (1), 14-30..

Étymologie « Watringue » est un terme masculin ou féminin provenant du néerlandais , lui-même issu du terme qui signifie « eau » en néerlandais.

Ce terme est utilisé en France dans la région Hauts-de-France, en Belgique et aux Pays-Bas.

Par métonymie, le mot décrit aussi l'association (parfois obligatoire) des propriétaires qui financent en commun les travaux d'entretien et de fonctionnement du réseau. Dans le nord de la France, le réseau est divisé en « sections de wateringues » dont les membres doivent entretenir leur réseau, avec l'aide de l'administration et de subventions de collectivités le cas échéant.

Utilisation L'eau y est prélevée pour être renvoyée vers la mer, soit à marée basse quand les écluses s'ouvrent, soit par des moulins à vent qui la relèvent (Pays-Bas et Flandre autrefois) ou plus généralement aujourd'hui par des pompes électriques.

Histoire L'histoire des wateringues est intimement liée à l'histoire des polders.

Époque romaine Les Morins habitaient sur une bande marécageuse et couverte de forêt. Strabon nous indique qu'ils habitent . Dans le même temps, il nous rapporte que . Sans doute est-ce à cause de ces conditions que les légions romaines de César eurent énormément de mal à conquérir ce peuple belliqueux. Même après la victoire, aucun travail d'endiguement n'a été entrepris. Seules quelques routes furent construites pour atteindre la mer à marée basse. Serait-ce aussi pour avoir une zone tampon entre les attaques frisonnes et saxonnes ? Leur occupation est attestée jusqu'au règne de Quintillus au vu des pièces retrouvées lors de fouilles. Leur retrait a été commandé par deux évènements : la grande inondation du , les obligeant à reculer ; et l'invasion des Francs vers 420.

Transgression dunkerquienne Celle-ci aurait eu lieu au d'après Gilbert Delaine, car on ne trouve plus de trace de civilisation franque. On peut donc penser que cette transgression eut lieu entre le règne de Quintillus et celui des Francs. Cette transgression va permettre de donner la tourbe et l'argile poldérienne, tout en lissant le paysage. Les fleuves, l'Aa surtout, s'écoulent alors par de nombreux ravinements, comblés par la suite. Ainsi l'Aa va se frayer des lits qui deviendront la Colme, canal de Bergues, ainsi que le Vliet, qui deviendra le canal de Bourbourg. Ces transgressions se poursuivent du . Le sol de la plaine maritime réapparaît au-dessus du niveau de la mer qui baisse et des cordons dunaires se forment, ne laissant passer l'eau que par des trouées. Peu à peu, l'eau, de par les marées, va découvrir lentement les plaines. Il faudra attendre le pour que la mer ne reste qu'aux abords de Dunkerque.

Christianisation du pays Plusieurs tentatives seront effectuées. La première se fait au par deux prêtres de Rome mais ils furent chassés du pays. Un siècle plus tard, saint Victrice, soldat converti et évêque de Rouen, commence avec succès l'évangélisation mais les Francs réduisent à néant son œuvre. Il faudra attendre les s pour que les institutions monastiques s'installent, dont la première à Thérouanne. Saint Omer, l'évêque de Thérouanne, dira de Sithiu (aujourd'hui la ville de Saint-Omer) , ce qui prouve l'insularité de Saint-Omer et que l'asséchement n'est pas encore commencé. Malgré tout, l'expansion du christianisme est rapide dans les Flandres grâce à saint Mommelin, saint Bertin, ou encore saint Winoc. En fait, cette christianisation sera surtout due à la faculté des moines de cultiver les terres marécageuses en les asséchant. Mais à chaque fois, cette progression des terres cultivables s'arrête à la limite du domaine. Les gens vont suivre ces préceptes et on s'arrange pour envoyer l'eau chez son voisin, ce qui suscite de nombreuses querelles.

Toutefois les inondations de l'Aa (eau douce) et les fortes marées (eau salée) ainsi que les invasions normandes empêchèrent l'agrandissement de ces domaines. Pendant tout ce temps, les cultures ne furent pratiquées que sur des hauteurs, sans doute quelques cultures estivales voire épisodiques étaient pratiquées sur les terres les plus basses, recouvertes au gré des inondations.

Les comtes de Flandre Bauduin , dit « Bras de fer », hérite du comté de Flandre par mariage avec la fille de Charles le Chauve. Les invasions normandes font rage mais il faudra attendre une centaine d'années, soit le milieu du , pour que Baudouin III s'émeuve des actes de barbarie et fortifie plusieurs bourgs dans lesquels les paysans viennent se réfugier. Le pouvoir central n'ayant aucune puissance pour maintenir l'ordre, les chefs militaires, gouverneurs et comtes lèvent des armées pour combattre les ennemis. Le chef militaire est appelé châtelain, commandant les forces des seigneurs voisins pour résister aux Normands. Cette association donne naissance à la châtellenie, nom donné au pays dominé par le châtelain ainsi qu'à la confédération instituée sous ses ordres. Les châteaux et les places fortes sont ensuite entourés d'enceintes fortifiées pour les classes subalternes, places appelées bourg. La défaillance du pouvoir central va permettre aux châtelains de mettre en place le système féodal. Vers le début du , alors que les invasions normandes ont cessé, le sol s'affaisse et laisse entrer l'eau de mer. La plaine est de nouveau inondée jusque Saint-Omer.

Ces inondations eurent pour effet de relever le niveau du sol par dépôts d'alluvions. Les gens reprennent leurs travaux d'endiguements et d'asséchements en envoyant l'eau par gravitation à la mer, ou alors dans les effondrements lorsque les terres sont plus basses que la mer, formant ainsi de grands lacs (les moëres) qui dégagent des odeurs pestilentielles et souvent causes d'épidémies.

Afin de stimuler les travaux de dessèchement du pays, les comtes de Flandre vont accorder aux institutions monastiques toutes les terres gagnées par eux sur la mer. La première charte accordant ce droit est celle de Baudouin de Lille, qui accorde à l'abbaye Saint-Winoc à Bergues . Les successeurs, dont Robert de Flandre ou Charles le Bon accorderont les mêmes droits à d'autres abbayes.

Toutefois, alors que la plaine maritime s'assèche rapidement, les nouveaux propriétaires, pressés d'obtenir de nouvelles terres, étaient peu regardants sur les moyens d'arriver à leurs fins, coupant souvent le réseau d'écoulement du voisin. Des conflits survinrent.

Philippe d'Alsace C'est ainsi que Philippe d'Alsace, comte de Flandre et de Vermandois se penche sur la situation. Il regarde le problème de façon générale, convaincu que les problèmes ne peuvent être résolus qu'à l'échelle de toute la plaine maritime. Son premier acte est de définir la Terra Nova comme . En , il fait don aux chanoines d'Aire des terres situées entre Bergues et Watten, pour qu'elles soient asséchées. Les chanoines créent alors un canal de dessèchement entre digues, de Bergues à Watten, en utilisant une des branches de l'Aa. Le canal de la Colme vient de naître. À la suite de quelques contestations de la validité des donations faites par les chartes des Comtes de Flandre, Philippe d'Alsace confirme ces privilèges. Enfin, et dans le but de garder ses terres sèches, il crée une organisation : les Waeteringues.

Pour l'entretien des waeteringues des taxes sont instituées et placées sous la responsabilité d'un receveur des wateringues et diccages tenu de rendre des comptes annuels aux grands membres des waeteringues qui sont les grands propriétaires fonciers. Ainsi dans la châtellenie de Bourbourg, les cinq grands membres des waeteringues sont le seigneur de la Cour du Ghyselhuys, seigneur du lieu, le châtelain vicomte de Bourbourg, l'abbé de l'abbaye de Saint Bertin de Saint-Omer, l'abbé de l'abbaye de Clairmarais et l'abbesse de Bourbourg.

Après la Révolution française Selon l'ingénieur en chef des ponts et chaussées Joseph Louis Étienne Cordier (1775-1849) :

Cordier ajoute :

Les wateringues Signification Le mot « wateringue » vient du Neerlandais “watering” : water = eau et -ing, suffixe indiquant une certaine qualite du substantif.

Par analogie, certains en ont déduit que cela voulait dire canalisations ou marais. D'autres, par extension, utilisèrent le terme pour désigner aussi bien l'administration chargée du dessèchement et les canaux eux-mêmes, que l'on appelle aussi watergangs.

Organisation Au , Philippe d'Alsace décide d'organiser le dessèchement sur tout le littoral en même temps. Dans ce cadre, il divise le territoire du littoral en wateringues dont il confie l'administration aux abbés des quatre abbayes de Saint-Omer, Furnes, des Dunes et de Bergues, avec le titre de opper-watergraaf, autrement dit comte supérieur des eaux. Ceux-ci confièrent leur responsabilité à trois assemblées, des « bancs », composés de baillis représentant les châtellenies, des échevins constituant le magistrat des villes et des keures, et enfin des hommes de fief, représentant les seigneurs du pays. Ces bancs avait la possibilité de nommer les watergraven, comtes des eaux. Ces watergraven se réunissaient en assemblées ou collèges. Leurs rôles étaient d’arrêter les programmes de dessèchements, décidaient du tracé des nouveaux watergangs et canaux à créer, traitaient de l'établissement des digues, chemins, et de leur conservation, fixaient les impôts, faisaient régner l'ordre à l'intérieur des wateringues en appliquant leur règlement de police et en rendant la justice. Ces collèges avaient des pouvoirs étendus, même le droit d'élever des digues s'il le fallait, et le cas échéant à la suite du refus des tenanciers, d'imposer une amende. Toutefois les comtes gardent un certain contrôle de l'organisation, et si l'abbaye refusait d'effectuer des travaux jugés nécessaires, l'abbaye pouvait être obligée à payer la subvention que les wateringues déclaraient par serment être nécessaire. D'autre part, ceux qui dégradaient ou rompaient les digues seraient soumis à la justice du comte, dont le bailli inspecte chaque année les digues et ouvrages nécessaires à l'écoulement des eaux. [3 - Charte du , Jeanne, comtesse de Flandre].

La charte d' donne le droit au bailli, châtelain et watergraaf de régler les eaux du moulin […] pendant douze semaines . En effet, de nombreux moulins parsemaient les canaux et altéraient l'écoulement des eaux en été. Ce droit d'eau était jusqu'à présent un droit inviolable consacré par de nombreuses chartes depuis l'époque mérovingienne. Cette mesure de la comtesse de Flandre était dure mais les avancées techniques ont permis de remplacer les moulins à eau par des moulins à vent importés d'Orient.