Le comte Joseph de Maistre Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API. Pour Joseph de Maistre, le nom est traditionnellement prononcé avec le S comme le « mestre » dans bourgmestre ; c'est ainsi qu'il est généralement entendu à l'université et dans les documents sonores (par exemple Sacha Guitry dans Le Diable boiteux, 1948). Son nom est plus rarement prononcé comme « maître », sous l'influence de la prononciation adoptée par certains descendants (comme c'est le cas pour Patrice de Maistre)., né le à Chambéry et mort le à Turin, est un homme politique, philosophe, magistrat et écrivain savoisien, sujet du royaume de SardaigneLa Savoie faisait partie du Royaume de Sardaigne. À ce propos Joseph de Maistre écrivait en 1802 dans une lettre de protestation adressée à Alquier, ambassadeur de la république française à Naples (Œuvres complètes, vol. 1, p. XVIII): Aussi dans l'Advertissement de la seconde édition des Considérations sur la France (publié à Bâle en 1797) l'écrivain et royaliste français Jacques Mallet du Pan dit clairement que l'auteur du livre [de Maistre], pour ses expressions, n'est pas évidemment un Français (ici le link): Albert Blanc, docteur en droit de l'université de Turin, éditeur des mémoires politiques et de la correspondance diplomatique du comte de Maistre, dans la préface de cette dernière (Correspondance diplomatique de Joseph de Maistre, Paris, 1860, vol. I, pp. ) écrivait : C'est-à-dire que Joseph de Maistre était Savoyard et non Français. De plus, il est souvent nommé en italien « Giuseppe de Maistre »..
Il est l'un des pères de la philosophie contre-révolutionnaire et un des critiques les plus importants des idées des Lumières. Il considère que la Révolution française représente un crime contre l'ordre naturel. Il défend le retour à une monarchie absolue. Il a influencé la pensée conservatrice et réactionnaire de manière très importante depuis le .
Joseph de Maistre était membre du souverain Sénat de Savoie, avant d'émigrer en 1792 quand les forces armées françaises occupent la Savoie. Il passe ensuite quelques années en Russie, avant de retourner à Turin.
Biographie Naissance thumb|Statue des frères de Maistre à Chambéry Joseph de Maistre est né le à Chambéry (duché de Savoie), à l'hôtel de Salins, place de Lans, et aussitôt baptisé dans l'église Saint-LégerEXTRAIT DU REGISTRE DES ACTES DE BAPTÈMES DE St LEGER A CHAMBERY POUR L'ANNEE 1753 : Le est né, et le même jour a été baptisé, Joseph Marie, fils du seigneur François Xavier Maistre, avocat fiscal général et de dame Christine Demotz, mariés. Parrain : seigneur Joseph Demotz, sénateur au sénat de Savoie et juge-mage de la même province, ayeul de l'enfant. Marraine : dame Anne-Marie Demotz, épouse du sieur Nicolas Perrin, substitut, avocat fiscal général, tante de l'enfant. Signé: C. Alex, curé.. Il est issu d'une famille originaire du comté de NiceGeorges Doublet : Les origines niçoises de Joseph et Xavier de Maistre. Compte-rendu et commentaires par François Vermale. Mémoires de la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie. Année 1929. Volume 66, pages 281 et suivantes. (La famille de Maistre savoyarde n'a aucun lien de parenté avec la famille languedocienne de Maistre originaire de Toulouse).; son grand-père André était drapier à Nice et son père François-Xavier Maistre, magistrat à Nice puis, en 1740, au Sénat de Savoie à ChambéryGustave Lanson, « Histoire de la Littérature Française », dans L'Époque Romantique, Hachette, 1951, ., cette dernière charge lui conférant un privilège de noblesse héréditaire, fut élevé à la dignité de comte par le roi de Sardaigne en 1778De la noblesse des sénateurs au Souverain Sénat de Savoie et des Maîtres Auditeurs à la Chambre des Comptes; Henri Arminjon. Gardet. Annecy. 1977. 198 p.. Sa mère, Christine Demotz de La Salle (1727-1774) est issue d'une ancienne famille de magistrats savoyards. Il est l'aîné d'une famille de dix enfants et le parrain de son frère cadet, Xavier de Maistre, qui deviendra écrivain. Il étudie chez les Jésuites, dont il subira toute sa vie une profonde influence. En 1774, il entre dans la magistrature ; il est nommé sénateur en 1788, à l'âge de trente-cinq ans.
Avec son frère Xavier, il a participé au premier lancement d'une montgolfière en Savoie en 1784. Pendant , l'ingénieur Louis Brun et Xavier de Maistre survolent Chambéry avant d'atterrir dans le marais de Triviers.
Franc-maçonnerie Joseph de Maistre est en 1774 membre de la loge maçonniqueÉmile Dermenghem: Introduction à La franc-maconnerie - mémoire au duc de Brunswick, Paris 1925, Trois Mortiers en Chambéry. Il a les titres de grand orateur, de substitut des généraux et de maître symbolique. Il entend concilier son appartenance à la franc-maçonnerie avec une stricte orthodoxie catholique : entre autres, il refuse les thèses qui voyaient en la franc-maçonnerie et l'illuminisme les acteurs d'un complot ayant amené à la RévolutionComme la thèse de l'abbé Barruel notamment, dans Les Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme.. Il écrit ainsi au baron Vignet des Étoles que . Cité dans ..
Avec quelques frères de Chambéry, il fonde en 1778, la loge réformée écossaise de « La Sincérité », qui dépend du directoire écossais dont l'âme est Jean-Baptiste Willermoz, disciple de Joachim Martinès de Pasqually. Il est reçu chevalier bienfaisant de la Cité Sainte sous le nom de « Eques Josephus a Floribus » (ce surnom fait allusion aux fleurs de souci de ses armoiries). Son œuvre reprend les enseignements de la maçonnerie : providentialisme, prophétisme, réversibilité des peinesJ.-M. Vivenza, Joseph de Maistre et le Rite Ecossais Rectifié, Dossier H, l'Âge d'Homme, 2005. Hautement investi dans la vie de cette société initiatique, à la veille du Convent de Wilhelmsbad en 1782Grande assemblée de la franc-maçonnerie européenne., il fait d'ailleurs parvenir à Jean-Baptiste Willermoz son célèbre Mémoire au duc de Brunswick. Il entretient par ailleurs une amitié avec Louis-Claude de Saint-Martin, pour lequel il avait une vive admiration, se faisant fort, disait-il, « de défendre en tous points l'orthodoxie », d'où son attrait pour le martinismeRichard Raczynski, Un dictionnaire du Martinisme, Paris, Dualpha éd., 2009, ..
Lors de son séjour à Turin, en 1793, Joseph de Maistre adhère à la loge de La Stricte Observance (La Stretta Osservanza) qui relève du Rite écossais rectifié. Enfin, à Saint-Pétersbourg, il fréquente la loge de M. Stedingk, ambassadeur de Suède auprès du Tzar« La fraternité maçonnique unissait ces deux hommes. Maistre empruntera bientôt, grâce à Stedingk, le chemin de la loge et, avec lui, il reprendra ses incursions au pays de l'ésotérisme qu'il avait connu avant 1789, de sorte que son exil de Saint-Pétersbourg, s'il lui valut beaucoup d'épreuves, eut aussi, on ne saurait trop insister sur ce point, le caractère positif d'une renaissance. La loge de Stedingk relevait du Rite Écossais Rectifié... La vérité est que Joseph de Maistre ne renia jamais ses engagements fondamentaux, qu'ils fussent d'amitié, de fidélité maçonnique, d'action politique ». Jean Rebotton. Études maistriennes. Bibliothèque de l'archivum Augustanum. Aoste. 1974. (Extrait d'une lettre de Joseph de Maistre en date du 16 décembre 1811 à de Stedingk de retour en Suède : « Je vois que lorsqu'on est en Suède, il faut nécessairement être franc-maçon. Vous tenez la truelle. Marchez courageusement, Mon cher frère, dans le chemin du sixième ordre d'Architecture hors duquel il n'y a point de salut. Qu'il me serait doux, le Maréchal, d'être reçu dans votre loge, mais hélas il n'y a pas d'apparence que je vous revoie jamais... Consolons nous, comme vous le dites, le Maréchal, en songeant que ni le temps ni l'espace ne peuvent rompre les liens tissés par une si longue et si douce habitude »). Citation par Jean Rebotton..
Au total, Joseph de Maistre a joué un rôle actif dans la franc-maçonnerie pendant environ , et il est parvenu aux grades les plus élevés du Rite écossais rectifié et du martinisme. Il est répertorié sur la liste des francs-maçons célèbres dans le monde ..
Joseph de Maistre a publié en 1782 le Mémoire au duc de BrunswickFerdinand de Brunswick-Lunebourg. à l'occasion du Convent de Wilhelmsbad et en 1793 le Mémoire sur la Franc Maçonnerie adressé au baron Vignet des Étoles. Ces ouvrages sont régulièrement commentés ou étudiés comme des éléments historiquesDaniel Ligou. Romantisme. Année 1985 ; Volume 15 ; ; . Publication des Mémoires de Joseph de Maistre commentés par Jean Rebotton. Genève. Slatkine. 1985. 145p..
Révolution française Lorsque survient en 1789 la Révolution française, la Savoie, en tant que pays étranger, n'est pas directement impliquée dans les événements qui bouleversent la France. Les Savoyards suivent cependant ces événements de très près au contact des milliers de réfugiés français qui traversent le pays et y séjournent avant de s'exiler en Suisse ou au Piémont. Pour sa part, Joseph de Maistre admet lucidement les fondements de la Révolution. Il semble acquis aux idées nouvelles, qui d'ailleurs obtiennent au début les faveurs et l'assentiment du roi Louis XVI lui-même. Dans une intervention au souverain Sénat de Savoie, le sénateur de Maistre plaide pour que le peuple marche à grands pas vers l'égalité civileVictor de Saint-Genis, Histoire de Savoie, Chambéry, 1869, volume 3, page 116 (lire en ligne).. Il déplore les excès populaires et les désordres qui bouleversent la vie du pays voisin. Et ce n'est que lorsque les institutions monarchiques et religieuses de France sont menacées que se forgent ses idées contre-révolutionnaires et antigallicanesLettre du 21 janvier 1791 à Costa de Beauregard, son jugement étant influencé par la lecture des Réflexions sur la Révolution de France d'Edmund Burke.
Certains biographes, dont Robert TriompheRobert Triomphe a présenté en 1955 une thèse sur Joseph de Maistre devant la Faculté des Lettres de Paris. Cette étude est reproduite en 1968 dans un texte long de 637 pages publié aux éditions Droz de Genève.
Il s'agit certainement de l'ouvrage le plus élaboré et le plus complet que l'on ait rencontré à ce jour parmi les nombreuses études sur Maistre. L'auteur s'est acharné, dans une étude essentiellement à charge, à démontrer les erreurs des principes philosophiques exprimés par Joseph de Maistre : il ne sera pas le seul à combattre les idées du philosophe ultramontain.
Il met systématiquement en doute la bonne foi de l'auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg. Il analyse en détail toutes ses attitudes publiques ou privées, jusqu'à douter de ses sentiments vis-à-vis de ses proches ou de ses amis. Selon Robert Triomphe, tout est calcul, tout est le fruit des manœuvres d'un homme de cour dont l'objectif est de parvenir. Malgré ce commentaire peu amène, aussi objectif que possible, l'ouvrage de Robert Triomphe mérite d'être recommandé pour sa qualité., lui reprocheront ce qu'ils considèrent comme une volte-face. C'est sous-estimer la violence des événements de cette époque troublée que cet homme au caractère bien trempé, fidèle à la dynastie de Savoie, n'a pas l'intention de subir passivementFrançois Descostes, Joseph de Maistre avant la Révolution, Paris, 1893, : citation : .