Edmund Burke (, né à Dublin le en Irlande et mort à Beaconsfield le en Grande-Bretagne) est un homme politique et philosophe anglo-irlandais, longtemps député à la Chambre des communes britannique, en tant que membre du parti whig.

Il est resté célèbre pour le soutien qu'il a apporté aux colons américains lors de leur révolte contre la métropole britannique, bien qu'il se soit opposé à leur indépendance. Il est également connu pour sa ferme opposition à la Révolution française, exprimée dans ses Réflexions sur la Révolution de France, qui fit de lui l'un des chefs de file de la faction conservatrice au sein du parti whig.

Burke est également l'auteur d'ouvrages de philosophie portant sur l'esthétique, et le fondateur de la revue politique Annual Register. Penseur emblématique du conservatisme moderneAndrew Heywood, (Palgrave Macmillan, 2003), ., et important idéologue libéral. Il est le père du libéral-conservatismeF. P. Lock, Edmund Burke. Volume II: 1784–1797 (Clarendon Press, 2006), .Russell Kirk le donne comme père du conservatisme anglo-américain dans son essai The Conservative Mind..

Biographie Origines familiales et éducation gauche|Le Trinity College, à Dublin.|150px|thumb BurkeLa famille Burke descend d'un chevalier normand, de Burgh (latinisé en de Burgo), arrivé en 1185 en Irlande, à la suite de l'invasion de 1171 par Henri II d'Angleterre. Voir :

James Prior, (London: Henry G. Bohn, 1854), . naît le à Dublin. Tandis que sa mère, Mary Nagle (1702 – 1770), issue d'une famille déclassée du Comté de Cork, est catholique, son père, Richard Burke, juriste, est anglicanLes historiens ont connaissance de la conversion d'un Richard Burke au catholicisme, mais sans certitude qu'il s'agit du même personnage. Voir : . (édition en ligne de janvier 2008).. Toute sa vie, Edmund restera attaché à cette dernière religion, à l'inverse de sa sœur Juliana qui deviendra catholique. Ses ennemis n'hésiteront pourtant pas à le mettre plus tard en cause pour ses sympathies catholiques, l'accusant ainsi d'avoir mené ses études au collège jésuite de Saint Omer, près de Calais, à une époque où être catholique interdisait de travailler dans la fonction publique.

Selon le témoignage de Frances Crewe en effet :

Ses premières classes eurent lieu dans une école quaker (Société religieuse des Amis) de Ballitore, à une soixantaine de kilomètres de Dublin ; toute sa vie, il tiendra une correspondance avec ses anciens camarades de classes dont la fille du propriétaire de l'école. En 1744, Edmund devient élève du Trinity College de Dublin, un établissement alors protestantJusqu'en 1793, il était interdit aux catholiques de suivre les cours de cette école. , d'où il crée en 1747 un club d'étudiants, the Edmund Burke's club, qui donnera par la suite naissance à la College Historical Society, toujours existante et généralement considérée comme la plus ancienne association d'étudiants au monde. Elle conserve aujourd'hui encore dans ses archives les débats tenus dans le cadre de ce club.

Burke obtient sa licence en 1748, puis son père l'envoie étudier le droit à Londres en 1750. Il entre alors au Middle Temple comme avocat, mais le quitte peu après pour un voyage à travers l'Europe.

Vie personnelle Le , Edmund Burke épouse Jane Mary Nugent (1734–1812). Ils ont deux enfants, Christopher, mort jeune, et Richard, né le , et hébergent à partir de 1763 un cousin devenu orphelin, Edmund Nagle.

Carrière politique thumb|Edmund Burke. En 1758, il se tourne vers la politique et devient un des principaux chefs des Whigs. Il crée en 1758 avec Robert Dodsley l' Annual Register, recueil périodique d'articles sur l'actualité internationale ; à Londres, il se lie avec de nombreux intellectuels et artistes de premier plan, entre autres Samuel Johnson, David Garrick, Oliver Goldsmith et Joshua Reynolds, membres comme lui du Literary Club. Au début des années 1760, il accompagne en Irlande Lord Halifax, nommé vice-roi.

En 1765, il devient le secrétaire particulier et l'ami du marquis de Rockingham, premier lord de la Trésorerie. La même année, Burke est élu à la Chambre des communes — représentant un bourg relevant du système de trafic d'élections des « bourgs pourris », Wendover — et se range dans l'opposition, malgré ses liens personnels avec le ministre Rockingham. Il prend une part active au débat sur la limitation constitutionnelle du pouvoir exécutif royal, et se fait l'avocat du rôle des partis, en particulier de celui d'une opposition « institutionnalisée » capable d'empêcher les abus de pouvoir dont pourraient se rendre coupables le souverain ou la majorité parlementaire.

Il est initié franc-maçon dans la loge Jérusalem 44 en 1769 . La même année, en réponse à George Grenville, il publie un pamphlet intitulé L'état actuel de la nation. La même année, il acquiert le domaine de Gregories, près de Beaconsfield. Cette propriété de six cents acres (), qu'il a achetée à crédit, pèse lourdement sur ses finances pendant les décennies suivantes ; quoiqu'elle ait contenu une importante collection d'œuvres d'art, incluant des tableaux du Titien. Ses discours et ses essais lui assurent une réputation déjà importante, ce qui explique sans doute qu'on lui ait parfois attribué les Lettres de Junius.

En 1770, dans ses Considérations sur la cause des mécontentements actuels, il exprime son soutien aux récriminations qu'exprimaient les colonies américaines vis-à-vis du pouvoir britannique sans pour autant approuver la voie vers l'indépendanceEdmond Dziembowski, Le Siècle des Révolutions (1660-1789, Perrin 2018, . Il défend également les catholiques irlandais face aux persécutions dont ils sont victimes et dénonce les abus et la corruption de la Compagnie des Indes orientales.

En 1774, élu député de Bristol , cette fois au cours d'une élection en bonne et due forme, il défend dans la déclaration qu'il adresse à ses électeurs les principes de la démocratie représentative contre l'idée selon laquelle les élus n'interviendraient en fait que rarement en faveur des intérêts de leur circonscription. Dans les années qui suivent, il se distingue notamment par sa défense de la liberté du commerce avec l'Irlande et l'émancipation des catholiques, ce qui le rend assez impopulaire. En 1780, il perd son siège. Il siège ensuite pour la circonscription de Malton, dont son protecteur Rockingham dispose à son gré.

En 1782, il est appelé comme membre du conseil privé, mais n'y reste que quelques mois. En 1786, il attaque le gouverneur des Indes orientales, Warren Hastings, qui avait abusé de son pouvoir.

Fin de vie Retiré alors de toute activité politique, Burke a quelquefois été surnommé le Cicéron anglais. En 1792, il héberge Augustin Barruel lors de son exil londonien, et, bien que franc-maçon, le félicite pour son Mémoire pour servir à l'histoire du jacobinisme, pourtant antimaçonniqueEncyclopédie de la franc-maçonnerie, Le Livre de poche, article « Edmund Burke », 113..

Pensée Le Coup d'œil sur les maux qu'a produits la civilisation thumb|Portrait du vicomte de Bolingbroke, par Charles Jervas (v. 1735) En 1756, Edmund Burke fait paraître son premier ouvrage : le Coup d'œil sur les maux qu'a produits la civilisation se veut une réponse parodique aux Lettres sur l'étude de l'histoire du vicomte Henri Saint Jean de Bolingbroke, parues deux ans plus tôt. Burke montre que les mêmes arguments de Bolingbroke contre la religion peuvent aussi bien s'appliquer à n'importe laquelle des institutions humaines.

Tous les critiques ne s'accordent pas sur la lecture parodique de ce premier essai, bien que ce soit l'interprétation qu'en donnera plus tard Burke dans la préface de la seconde édition. Richard Hurd notait déjà que la parodie du style de Bolingbroke était si réussie que l'ironie de Burke en devenait difficile à discernerLock, Burke. Vol. I, .. Certains universitaires, dont Murray Rothbard, ont ainsi cru pouvoir considérer le Coup d'œil comme une approche philosophique de l'anarchisme, reniée plus tard par Burke pour des raisons uniquement politiquesSobran, Joseph, Anarchism, Reason, and History: "Oddly enough, the great conservative Edmund Burke began his career with an anarchist tract, arguing that the state was naturally and historically destructive of human society, life, and liberty. Later he explained that he'd intended his argument ironically, but many have doubted this. His argument for anarchy was too powerful, passionate, and cogent to be a joke. Later, as a professional politician, Burke seems to have come to terms with the state, believing that no matter how bloody its origins, it could be tamed and civilized, as in Europe, by "the spirit of a gentleman, and the spirit of religion". But even as he wrote, the old order he loved was already breaking down. ".

Premiers succès avec la Recherche philosophique de nos idées du Sublime et du Beau

La publication de la Recherche philosophique de nos idées du Sublime et du Beau en 1757 donne enfin à Burke une notoriété. L'ouvrage est lu à travers toute l'Europe et attire même les attentions de Diderot et de Kant, qui, dans sa Critique de la faculté de juger (Remarque générale après le paragraphe XXIX), parle avec éloge des analyses psychologiques de Burke tout en leur opposant sa propre recherche transcendantale.

Il s'agit du seul ouvrage de philosophie théorique de Burke : vingt ans plus tard, lorsque Sir Joshua Reynolds et French Laurence lui demandèrent de se pencher à nouveau sur ces questions, le philosophe irlandais s'y refusaJames Prior, (London: Henry G. Bohn, 1854), ..

En , Robert Dodsley signe avec Burke un contrat pour l'écriture d'une Histoire de l'Angleterre depuis Jules César jusqu'au règne de la Reine Anne. L'ouvrage n'est cependant pas mené à son terme (Burke s'arrête à l'an 1216), et ne sera donc publié qu'après sa mort avec d'autres écrits posthumes en 1812 dans An Essay Towards an Abridgement of the English HistoryLock, ''Burke. Vol. I'', .. Selon l'historien , il s'agit en grande partie d'une traduction d'ouvrages français.

Dès 1758, Burke initie aussi la publication d'une revue annuelle, , dont l'objet est d'analyser les événements politiques survenus durant l'année dans le monde. Il en reste le rédacteur en chef jusque 1789.

Réflexions sur la Révolution de France thumb|Caricature d'Edmund Burke, 1790.Edmund Burke est ici représenté comme un Don Quichotte, s'appuyant sur le pape, représenté comme un âne. La caricature paraît en 1790, au moment de la Constitution civile du clergé en France et de la sortie du livre de Burke Reflections on the Revolution in France. Burke sort d'un porche au-dessus duquel est inscrit le nom de son éditeur, Dodsley Bookseller. Sur son bouclier, la Bastille. Autour du cou un médaillon portant le profil de la reine Marie-Antoinette.

Edmund s'est opposé à la Révolution française dès son début. Il s'en déclare l'adversaire, et prononce à cette occasion plusieurs discours, tout en publiant un grand nombre d'écrits ; le principal, intitulé : Réflexions sur la Révolution de France (1790), a en Angleterre et sur le continent un immense succès. L'originalité de sa critique par rapport à nombre de penseurs contre-révolutionnaires strictement conservateurs est de la développer dans le cadre d'une pensée synthétisant libéralisme modéré et conservatisme tempéréSous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Gérard Gengembre, « Burke, Edmund », éd. Perrin, 2011, ..