Pierre Soulages, né le à Rodez (Aveyron) et mort le à Nîmes (Gard), est un peintre et graveur français.

Associé depuis la fin des années 1940 à l'art abstrait, un temps rapproché de l' et de l'abstraction lyrique, il travaille hors de tout groupe et son œuvre échappe à tout positionnement théorique collectif. Particulièrement connu pour son usage des reflets de la couleur noire, qu'il appelle « noir-lumière » ou « outrenoir », il peut néanmoins être considéré comme l'un des principaux représentants de la peinture informelle.

Très tôt, il connaît un succès international important en se faisant remarquer dans deux pays en particulier : l'Allemagne et les États-Unis. Il est rapidement apprécié par une majorité de collectionneurs et reçoit le soutien de plusieurs personnalités importantes du monde de l'art américain, en pleine mutation au début des , comme le marchand d'art Samuel M. Kootz. Ses toiles entrent ainsi dès le début de sa carrière dans les collections des plus grands musées européens et américains.

En plus de soixante ans d'activité, il s'impose comme un des grands innovateurs de la peinture moderne et des plus féconds, réalisant plus de , , (gravures, lithographies, sérigraphies) ainsi que les de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques.

Biographie Enfance et découverte de l'art gauche|vignette|redresse|Maison natale du peintre, rue Combarel à Rodez. Pierre Jean Louis Germain Soulages est né à Rodez le , rue CombarelCette maison de trois étages située au de la rue Combarel est acquise en 2014 par la communauté d'agglomération du Grand Rodez qui souhaite en faire une résidence d'artistes... Il est le fils d'Amans Soulages, carrossier (fabricant de voitures à cheval)., et d'Aglaé Zoé Julie Corp.. Amans Soulages avait été marié une première fois avec Lucie Pélagie Galtier, décédée le , quelques semaines après la naissance à leur premier enfant, Gaston Pierre Amans Soulages., né le . Sa sœur, Antoinette Soulages, est née le à Rodez.

En 1926, Pierre Soulages est élève à l'institution Saint-Joseph, un pensionnat fondé et dirigé par les Frères des écoles chrétiennesCette institution catholique, fondée en 1745, perdure encore de nos jours. et perd son père, malade d'un cancer du pancréas.Soulages, le dernier roi du Louvre par Anne-Cécile Beaudoin dans le magazine Paris Match du 11 décembre 2019.. Il est désormais élevé par sa mère et sa sœur Antoinette, de quatorze ans son aînée.. Sa mère prend alors la charge d'un magasin d'articles de chasse et de pêche.

Dès son plus jeune âge, à Rodez, Pierre Soulages est fasciné par les vieilles pierres, les matériaux patinés et érodés par le temps, l'artisanat de son pays du Rouergue, passant beaucoup de temps dans les boutiques des artisans du cuir, du fer et du bois, article du 10 octobre 2009 sur le site aveyron.com., et ses âpres paysages, particulièrement les Causses. Il a tout juste huit ans lorsqu'il répond à une amie de sa sœur aînée qui lui demande ce qu'il est en train de dessiner à l'encre sur une feuille blanche : un paysage de neige.

À douze ans, alors qu'il est élève au lycée Foch, son professeur l'emmène, avec sa classe, visiter l'abbatiale Sainte-Foy de ConquesC'est en fait sa seconde visite à l'abbatiale Sainte-Foy ; la première avec sa mère ne lui avait pas donné d'inspiration. Cette seconde visite est déterminante : , où se révèlent sa passion de l'art roman et le désir confus de devenir un artiste. En 1936, il reçoit, par l'intermédiaire de publications, le choc émotionnel des peintures rupestres des grottes du Pech-Merle dans le LotLes Petits Papiers de Pierre Soulages au MAMCS Article du site francetvinfo.fr publié le 6 décembre 2016., de Font-de-Gaume en Dordogne, d'Altamira en Cantabrie (Espagne), puis de Lascaux en Dordogne (découverte en 1940). Plus tard, il accompagne dans ses recherches l'archéologue Louis Balsan et découvre lui-même, au pied d'un dolmen, des pointes de flèches et des tessons de poteries préhistoriques qui entrent au musée Fenaille de RodezUne étiquette le mentionne parmi les membres d'une équipe ayant fait don des résultats des fouilles d'un dolmen de la région. où il a été auparavant bouleversé par la collection des statues-menhirs datant du Néolithique (tout particulièrement la statue-menhir de la Verrière, article du quotidien Centre Presse (Aveyron) le 18 septembre 2021.).

Formation et premières peintures gauche|vignette|Hendrijke endormie,lavis de Rembrandt (1654). À partir de 1934, Pierre Soulages commence à peindre quotidiennement, des paysages d’hiver, des arbres sans feuilles, noirs, se détachant sur des fonds clairs : Des reproductions de lavis, faisant partie des collections du British Museum, des peintres Claude Lorrain (Paysage de la campagne de Rome, vue de Prato Longo) et Rembrandt (Hendrijke endormie) le marquent profondément : il retient la dilution des taches d'encre créant une lumière particulière chez le premier, la force et le rythme des coups de pinceaux qui illuminent par contraste le blanc du papier chez le second. :

Après l'obtention de son baccalauréat, en , il part s'installer à Paris en septembre et s'inscrit à l'atelier privé du peintre et lithographe René JaudonSoulages en est l'élève pendant huit mois, précision rappelée par Pauline Mérange dans son article « Pierre Soulages à Lausanne – Le noir transmuté », parus dans la revue Cimaise, , . (au 25 passage d'Enfer à Paris ), qui le remarque : Il peint notamment la toile Le Pont Neuf qui est vendue une première fois dès 1940 puis adjugée aux enchères à Nîmes plus tardGard. « Le Pont Neuf » du peintre Pierre Soulages s'arrache aux enchères à par NG dans le journal Ouest-France du 7 décembre 2020.. À la demande de son professeur, il se présente au concours d'entrée à l'École des beaux-arts. Il y est admis en mais est vite découragé par la médiocrité et le conformisme de l'enseignement qu'on y reçoit. Pendant ce bref séjour dans la capitale, il visite le musée du Louvre, le musée de l'Orangerie où il admire Les Nymphéas de Monet et voit, à la galerie Paul Rosenberg, des expositions de Cézanne et Picasso qui sont pour lui des révélations, l'incitant à regagner Rodez pour se consacrer pleinement à la peinture.

vignette|Sainte Agathe,peint par Zurbarán (1630-1633). Il est mobilisé en 1940 et envoyé à Bordeaux (il est élève officier).. Après l'armistice en juin, il rejoint les chantiers de jeunesse à Nyons dans la Drôme. Le , démobilisé, il s'installe en zone libre, à Montpellier. (il est témoin de la rencontre entre Pétain et Franco qui s'y déroule le même jour.), et fréquente assidûment le musée Fabre où il admire Les Baigneuses de Courbet, Descente de croix de Pedro de Campaña ou bien encore Sainte Agathe de Francisco de Zurbarán« Il y avait aussi Zurbarán avec sa Sainte Agathe jaillie de la pénombre et ses seins sur un plateau de métal, Campaña avec sa ténébreuse Descente de croix pyramidale sur un ciel clair. » Cité par Pauline Mérange dans la revue Cimaise , ..

D' à , il prépare le professorat de dessin à l'École des beaux-arts de Montpellier où il rencontre Colette Llaurens (née le ), qu'il épousera le de la même année à l'église Saint-Louis de SèteAnne Consigny, Rencontre : Pierre Soulages, portrait de l’artiste en jeune homme, Vanity Fair, 21 novembre 2019.. Réfractaire au STO, il obtient de faux papiers et devient régisseur dans le vignoble du mas de la Valsière à Grabels. Il fait alors la connaissance de l'écrivain Joseph Delteil, qui croit en lui dès les premiers instants. Ce dernier lui dira :

Au début de 1943, il rencontre également Sonia Delaunay qui l'initie à l'art abstrait sur le site du musée Guggenheim..

En , mobilisé à nouveau au moment de la Libération, il se rend à Toulouse où il se lie avec Vladimir Jankélévitch et son beau-frère Jean Cassou, qui va devenir l'un des premiers défenseurs de son œuvre. Démobilisé à la fin de cette même année, il retourne à la Valsière. Entre 1942 et 1945, il ne peint quasiment pas.

L'après-guerre Premières expositions Le , Pierre Soulages s'installe dans la banlieue parisienne (à Courbevoie, au de la rue Saint-Saëns) et se consacre désormais entièrement à la peinture. Rompant définitivement avec la figuration, il commence à produire des œuvres sur papier, utilisant le fusain ou le brou de noix, et de grandes toiles sombres., refusées au Salon d'Automne de 1946. Sur les conseils de son ami peintre Francis Bott, il en expose trois au quatorzième Salon des surindépendants (un salon sans jury) d'octobre à sur le site officiel du musée des Beaux-Arts de Lyon., où celles-ci, d'une Maximilien Gauthier dans l'hebdomadaire Opéra, 1947., contrastent avec les autres toiles présentées, compositions colorées des peintres Roger Bissière, Jean Le Moal ou Alfred Manessier qui dominent à l'époque : , le prévient alors Picabia Pierre Soulages, dans la lumière du noir Entretien avec Philippe Prigent, dans la revue art absolument , janvier-février 2014, .Christophe Donner, Entretien avec Pierre Soulages, Le Monde 2 du 3 février 2007, . (rencontré un peu plus tard à la Galerie René Drouin), qui qualifie néanmoins une de ses œuvres de D'après les dires de l'artiste Christine Boumeester, rapportés par Soulages.. En , il trouve un atelier à Paris, au de la rue Victor-Schœlcher, près de MontparnasseLe couple Soulages croisaient dans l'escalier Jean Paul Sartre venant rendre visite à Simone de Beauvoir qui y habitera juste à l'étage au-dessous, de 1955 jusqu'à sa mort en 1986. Mentionné par Michel Ragon dans son livre Les Ateliers de Pierre Soulages, , 1990. (il occupera plusieurs ateliers dans la capitale ainsi qu'à Sète, dans sa villa sur les pentes du mont Saint-ClairRoger Vailland écrira, dans son journal intime du : Cette villa située au de la rue François Desnoyer et construite en 1960 par l'architecte Jean Rouzaud (1926-2014), a été inscrite sur la liste des monuments historiques de l'Hérault le ., à partir de 1961Émission Square consacrée à Pierre Soulages le 24 février 2013 sur Arte.). vignette|gauche|Immeuble où vécut Pierre Soulages de 1947 à 1967, rue Victor-Schœlcher.

À partir de 1948, il expérimente la technique du goudron sur verreTrois sont aujourd'hui conservés : Goudron sur verre , 1948-1, Goudron sur verre , 1948-2 et Goudron sur verre 1948-3.. Il participe à des expositions à Paris (« Prises de terre, peintres et sculpteurs de l'objectivité » à la galerie René Breteau en févrierSoulages y expose la toile Peinture , ., troisième Salon des réalités nouvelles en juilletSoulages y expose trois toiles.) et en Europe, notamment à la « » (un de ses brous de noix, traité en négatif, sert d'ailleurs d'affiche à l'exposition) organisée à partir de novembre par le collectionneur , dans plusieurs musées allemands, aux côtés des premiers maîtres de l'art abstrait comme Del Marle, Domela, Herbin, Kupka, Piaubert

Début de notoriété En , il obtient sa première exposition personnelle à la galerie Lydia Conti à Paris (rue d'Argenson) et participe pour la première fois au Salon de mai (il y participera jusqu'en 1957) ; il expose également à la galerie Otto Stangl de Munich, à l'occasion de la fondation du groupe Zen 49, ainsi qu'à la galerie Betty Parsons de New York, en compagnie de Hans Hartung et Gérard Schneider, pour l'exposition intitulée Painted in 1949, European and American PaintersVoir sur sothebys.com.. La même année, le musée de Grenoble acquiert une de ses œuvres, Peinture , , la première à entrer dans une collection publiqueSerge Lemoine, Image d'une collection : musée de Grenoble, Réunion des musées nationaux et du Grand Palais des Champs-Élysées, 1999, ..