La bataille d'Abbeville est une bataille de la Seconde Guerre mondiale durant la bataille de France qui se déroula du au , opposant les forces franco-britanniques aux forces allemandes. En même temps que l'évacuation de Dunkerque et profitant que les forces blindées allemandes y soient fixées, le général Weygand, qui vient de remplacer Gamelin à la tête des armées, tente à tout prix de supprimer la tête de pont allemande sur la rive gauche de la Somme à Abbeville pour pouvoir traverser ensuite le fleuve.

Contexte vignette|Carte de l'avancée allemande du 21 mai au 4 juin 1940. Après la percée de Sedan le , les Panzerdivisionen du général Guderian s'enfoncent en Picardie sans rencontrer de grande résistance, isolant dans les Flandres le Corps expéditionnaire britannique et les unités d'élite de l'Armée française. Après une course infernale de six jours, la 2. Panzer-Division entre le vers 17 h 30 dans Abbeville en flammes après un bombardement de la Luftwaffe. Vers 20 h 30, le bataillon Spitta atteint Noyelles-sur-Mer et la côte, bouclant ce qu'on appellera bientôt la Poche de Dunkerque.

Le , la 2. Infanterie-Division (motorisiert) du général Bader s'installe dans le secteur et forme deux têtes-de-pont (Abbeville et Saint-Valery-sur-Somme) afin de sécuriser le front sud allemand et permettre à la 2. Panzer-Division d'avancer sur Boulogne-sur-Mer.

Côté Alliés, seules deux unités se trouvent en face de ce dispositif allemand : Le GRDI (l'unique unité du GA 1 à avoir traversé la Somme), qui se positionne sur Blangy-sur-Bresle et Gamaches pour sécuriser les principaux points d'accès de la Bresle. Un bataillon territorial anglais du Queen's royal regiment cantonné la veille à Drucat. Après avoir tenté de défendre Abbeville, il réussit à traverser la Somme avant que les ponts soient contrôlés par les Allemands.

Dans un premier temps, l'état-major allié souhaite combiner des contre-offensives venant du nord et du sud, afin de casser l'encerclement. Cependant, après l'échec des batailles d'Arras et d'Amiens le au soir, cette stratégie est abandonnée par le général Weygand, commandant en chef de l'armée française depuis le . Celui-ci opte pour la formation d'un front continu le long de la Somme et de l'Aisne (Ligne Weygand) afin de sécuriser le reste du pays.

Un groupement de cavalerie sous les ordres du général Altmayer est constitué pour se positionner entre la côte et Amiens. Mais les unités qui le composent se trouvant dans les Ardennes (pour certaines à plus de ) n'arriveront dans le secteur qu'à partir du : : la DLC s'installe entre Picquigny et Longpré-les-Corps-Saints. : la DLC borde la Somme entre Longpré et Pont-Rémy (tenu par les Allemands) et découvre la tête de pont allemande fortement défendue entre Erondelle et Huppy. : la DLC se positionne au nord de la Bresle entre la côte et Saint-Maxent.

Débarquée à Cherbourg le , la Armoured Division du général Evans est aussitôt intégrée à ce groupement pour une offensive sur les têtes-de-pont d'Abbeville et de Saint-Valery avec les et DLC, prévue pour le . La Brigade de cette unité a déjà participé aux opérations sur la Somme et a même traversé le fleuve à Ailly-sur-Somme le avant de se replier, faute de soutien.

Objectif Côté Alliés Weygand a passé plusieurs ordres du jour offensifs : le premier est de couvrir les ports encore libres de Dieppe, Le Havre, Rouen alors que Calais, Boulogne et Dunkerque sont encerclés et tous sur le point de tomber ; le deuxième est de repousser les Allemands de la tête de pont pour enfin ancrer une ligne défensive sur la Somme et mettre en place la « ligne Weygand ». On peut rapprocher cette idée du « miracle de la Marne » en 1914 arrêter les Allemands sur un fleuve et les contenir (Weygand tente ainsi de reproduire la manœuvre de Joffre). Encore une fois, on cherche à colmater et à établir un « front continu » et non pas à déstabiliser franchement l'adversaire. Pour les Français, l'opération est d'importance.

Jusqu'au , l'offensive est dirigée par le général Frère, commandant la française, puis par le général Altmayer, commandant le groupement Altmayer (futur ).

Côté allemand Pour les Allemands, il s'agit avant tout de protéger les flancs de leurs unités blindées qui combattent et contribuent, plus au nord notamment, à la prise des ports. Ils pouvaient très bien le faire de l'autre côté de la Somme et laisser les Français franchir le fleuve. Mais des décisions ont pesé sur l'OKH allemand pour que la tête de pont soit conservée. Lors du plan rouge (fall rot), les ponts d'Abbeville ne seront pourtant pas des passages privilégiés pour les Allemands, l'effort se fera plus à l'est. On peut donc dire qu’Abbeville revêt moins d'importance pour les Allemands que pour les Français.

27 mai : première tentative Forces en présence Côté allemand Les éléments de la 2. Infanterie-Division (motoriziert) ont depuis le formé une tête de pont solidement défendue au sud d'Abbeville, formant un triangle entre les communes d'Erondelle, Huppy et Cahon. Une deuxième tête de pont est aussi constituée sur la rive sud de la Baie de Somme entre Saint-Valery-sur-Somme et Boismont.

Côté Alliés Afin de réduire ces têtes-de-pont et contrôler les points de passage sur la Somme, le général Altmayer dispose des et divisions légères de cavalerie, en place depuis le 25 et et de la division blindée britannique ( Armoured Division) et de ses deux brigades.

Après une conférence à Blangy-sur-Bresle, la veille entre les commandants d'unités, il est décidé d'attaquer sur 3 axes : La DLC soutenue par la Armoured Brigade devront attaquer l'est de la tête de pont d'Abbeville. Les chars légers Mark VI.B des sur Limeux et du sur Huppy devront enfoncer les défenses allemandes suivis des dragons du RDP. La DLC soutenue par la Armoured Brigade et ses Cruiser Mk IV suivront deux faisceaux d'attaque. Le Royal Tank attaquera l'ouest de la tête de pont d'Abbeville alors que le Royal Tank a pour mission de s'emparer de la tête de pont de Saint-Valery et border la rive sud de la Baie de Somme. Ils doivent être suivis des dragons du RDP et d'éléments à pied des Cuirassiers et Chasseurs à cheval.

Malgré les remarques du général Evans sur la faible capacité de résistance de ses chars, plutôt adaptés à des missions de reconnaissance, les Français décident de les utiliser comme des chars d'assaut et de diviser cette force sur un terrain qui lui est inconnu.

Déroulement de l'attaque Le début des opérations est prévu pour 5 h du matin après un tir de barrage par l'artillerie française. Cependant l'installation des canons ayant pris du retard, l'attaque est reportée d'une heure.

Le Hussars à Huppy vignette|Char Vikers Mark VI.B détruits entre Huppy et Saint-Maxent le 27 mai. Malheureusement, cet ordre n'est pas parvenu au Hussars qui commence donc son assaut sur Huppy à 5 h, sans préparation d'artillerie.

Huppy (clé de voûte de la tête de pont d'Abbeville) est tenu par une compagnie de Panzerjäger (chasseurs de chars) bien camouflée dans les vergers qui entourent le village. À 5 h 12, alertés par le bruits de chars, les Allemands rejoignent leurs pièces PaK de , prêts à tirer sur tout ce qui approche. Sans effet de surprise, sur un terrain découvert et devant un ennemi invisible, les Hussars se font tirer comme des lapins. En 20 minutes, sur les 30 Mark VI.B engagés, 20 seront détruits sans pouvoir atteindre les lisières sud du village. Peu après , l'attaque est abandonnée.

Les Queen's Bays à Limeux Partis de Rambures, les Dragoons du Queen's Bays arrivent à Limeux vers et commencent à gravir le plateau au nord du village où ils retrouvent des éléments du RDP. Alors qu'ils s'avançaient vers leur premier objectif, le village de Caumont, les chars légers britanniques subissent le même sort que leurs compatriotes à Huppy. En quelques minutes, 12 d'entre eux sont détruits par les défenseurs allemands cachés dans les lisières et les bois. Ayant appris l'échec de l'attaque des Hussars sur leur gauche, les Queen's Bays décident de se replier, laissant le en appui des dragons français.

Le 2nd Royal Tank atteint la Somme vignette|Char Cruiser Mark IV détruit le 27 mai. L'attaque sur le flanc ouest de la tête de pont connut de meilleurs résultats. En début de matinée, le Royal Tank arrive à atteindre ses premiers objectifs : l'escadron A entre dans Tœufles rejoint par un escadron du RDP, l'escadron C reprend Miannay et l'escadron B atteint Quesnoy-le-Montant avec des éléments du Cuirassiers.

Cependant, l'élan s'essouffle durant l'après-midi. L'escadron A, continue son avance vers Moyenneville mais se retrouve bloqué par l'artillerie et les pièces antichars allemandes, l'obligeant à rebrousser chemin. À Miannay, l'escadron C attend les Français pour pouvoir progresser vers Cambron, mais ceux-ci n'étant jamais arrivés, le village est abandonné en fin de journée. Seul point positif, l'escadron B et les cuirassiers français atteignent la Somme à Saigneville.

Le Royal Tank devant Saint-Valery Parti de Gamaches, le Royal Tank connaît lui aussi un début de journée prometteur. Il traverse le Vimeu sans aucune résistance et atteint les abords de Saint-Valery vers 9 h. Après une reconnaissance, les Britanniques estiment que la ville est tenue par et décident d'attendre l'infanterie française pour lancer l'assaut. Entre-temps, une patrouille a réussi à s'infiltrer dans la tête de pont entre Saint-Valery et Boismont.

Après un après-midi de négociation entre Alliés, il est décidé de former une ligne de front à partir des villages atteints sans difficultés (Brutelles - Saint-Blimont - Quesnoy-le-Montant). L'attaque sur Saint-Valery (souhaitée par les Britanniques) est repoussée à plus tard et les chars du Royal Tank doivent abandonner le terrain conquis.

Bilan À l'issue de cette journée, Français et Britanniques se rejettent la responsabilité de l'échec de l'attaque. Pour Evans, le mauvais emploi de ses chars et la prudence excessive des troupes françaises ont laissé s'échapper de nombreuses opportunités de conquête qui aurait limité le nombre de pertes au sein de sa division. Pour Altmayer, c'est l'inexpérience et l'inconscience des équipages de chars britanniques qui ont été les causes du nombre important de pertes.

Au soir du , les têtes-de-pont allemandes sont toujours en place et n'ont même pas été diminuées. Il n'y a pas véritablement de "terrain conquis" puisque les Français se sont installés là où les Allemands n'étaient pas. Les Britanniques qui ont affronté les points de défenses allemands (Huppy, Caumont, Moyenneville, Saint-Valery) ont subi de lourdes pertes humaines et matérielles (120 chars sur 180, hors de combat par l'ennemi ou par pannes). Les Allemands de la 2. ID (mot) ont rempli leur mission de défense malgré quelques pertes (150 hommes dont 40 morts).

Fortement diminuée, la Armoured Division est mise en retrait du front. Seul un Regiment composite formé du Lancers et d'un escadron mixte (Hussars-Queen's Bays) restera en réserve au sud de la Bresle. Le lendemain, la DCr du colonel de Gaulle prend en charge les opérations sur Abbeville.

28-31 mai : De Gaulle à l'attaque Forces en présence Côté français vignette|Carte de la bataille Pour la suite des opérations, la division cuirassée du colonel de Gaulle, renforcée du régiment d'infanterie coloniale est insérée entre les et divisions légères de cavalerie au sud de la tête de pont d'Abbeville.

Lors d'une conférence au château coliné de Oisemont le à , le colonel de Gaulle donne ses ordres aux chefs d'unité françaises et britanniques, en vue de déloger les Allemands installés sur le mont Caubert et dans le triangle formé par les trois communes : Cahon-Gouy, Érondelle et Huppy. Pour cela, il décide de former 3 axes d'attaque : À gauche, la demi-brigade ( et bataillons de chars de combat) avec ses 33 chars B1-bis et le 4e bataillon de chasseurs à pied devront prendre Huppy avant de continuer via Bienfay sur le mont Caubert.