vignette|Un fidèle en adoration devant le Saint-Sacrement.
Ladoration eucharistique est une attitude de prière devant l'Eucharistie au sein de l'Église catholique et au sein de l'anglicanisme de tendance anglo-catholique. Selon la doctrine de l'Église catholique, le corps du Christ est réellement présent dans l'hostie consacrée. Lors de l'adoration eucharistique, celui-ci est exposé et adoré par les fidèles.
L'adoration peut se pratiquer à différents moments, et notamment lors de la prière eucharistique à chaque fois que la messe est célébrée. Il existe aussi des rites liturgiques propres pour l'adoration publique : le salut du Saint-Sacrement ou la procession de la Fête-Dieu. L'hostie consacrée est alors placée dans un ostensoir.
Dans certains lieux se déroule une « adoration perpétuelle », c'est-à-dire que le Saint-Sacrement est exposé en permanence, tandis que les fidèles laïques ou religieux se relaient auprès de lui. Certains ordres religieux ont été fondés pour promouvoir cette pratique, qui est considérée comme un prolongement de la messe.
Historique droite|vignette|redresse=0.75|Un ostensoir. La partie centrale est destinée à recevoir l'hostie consacrée, glissée dans une boîte transparente, la lunule. L'apparition des réserves eucharistiques gauche|vignette|190px|Une pyxide du . La reconnaissance de la présence réelle du Christ dans le pain consacré et la constitution de réserves eucharistiques remontent aux origines de l'Église. On pouvait ainsi apporter la communion aux malades, les évêques manifestaient leur unité en consommant le pain consacré par leurs confrères (coutume appelée fermentum) et les anachorètes conservaient le pain consacré dans leur cellule. À partir du premier concile de Nicée, l'usage de la réserve eucharistique se répand aux monastères et aux églises : divers types de réceptacles seront utilisés (en forme de colombe, de tour, de boîte) ; ils seront placés en différents endroits : suspendus au-dessus de l'autel, placés au-dessous, dans une armoire latérale, une sacristie... avant que l'utilisation du tabernacle ne s'uniformise au moment de la Contre-Réforme
Dès l'origine, les textes montrent que les espèces consacrées sont l'objet d'attentions spécifiques. Ainsi dans les écrits d'Hippolyte de Rome, il est demandé de faire preuve d'une vénération particulière pour le Sacrement.
Institution de la Fête-Dieu vignette|droite|180px|L'apparition des édicules eucharistiques (ici à Saint-Martin de Courtrai) témoigne du développement de l'adoration eucharistique.
Une des causes du développement de la dévotion au Saint-Sacrement serait le débat théologique consécutif à l'hérésie de Bérenger de Tours qui niait la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie au . À partir de Grégoire VII, les papes explicitent la doctrine de la transsubstantiation.
Le à Avignon, le roi Louis VIII de France demanda que le Saint-Sacrement fût exposé en chapelle pour célébrer et rendre grâce pour la victoire sur les Cathares. Devant l'afflux de fidèles, l'évêque décide de poursuivre l'adoration nuit et jour. L'initiative, confirmée par la papauté, se poursuit jusqu'en 1792.
Au cours du plusieurs figures de la chrétienté vont montrer une importante dévotion eucharistique, comme François et Claire d'Assise ou Thomas d'Aquin. En 1264, par la bulle Transiturus de hoc mundo, le pape Urbain IV étend à l'Église universelle la Fête-Dieu, solennité liturgique déjà célébrée dans la Principauté de Liège à l'instigation des mystiques liégeoises Julienne de Cornillon et Ève de Saint-Martin.
À partir du , se répand dans les églises, depuis le nord de l'Europe, un élément architectural pleinement détaché, l'édicule eucharistique qui permet une sorte d’exposition permanente du Saint Sacrement devant les fidèles. C'est une construction monumentale en forme de tour au sommet de laquelle est exposée l’hostie consacrée, placée dans un vase transparent.
Évolution de la dévotion gauche|vignette|160px|Pierre Julien Eymard.
En réaction aux doctrines protestantes sur l'Eucharistie, le concile de Trente réaffirme solennellement la doctrine de la « Présence réelle ». Il souligne que le Christ est entièrement présent sous chacune des deux espèces. Le concile peut alors confirmer et promouvoir le culte de lâtrie rendu au Saint-Sacrement.
La dévotion des Quarante-Heures, qui est une forme d'adoration continue, apparaît dans le diocèse de Milan au . Elle est étendue en 1592 par Clément VIII au monde entier, par la constitution Graves et diuturnae. Elle est entièrement codifiée en 1731 et se répand progressivement dans toute l'Église. Des ordres cloîtrés apparaissent qui incluent dans leur règle l'adoration perpétuelle, voire font vœu solennel de la pratiquer.
Après quelques initiatives ponctuelles, l'adoration permanente pour les fidèles laïques prend son essor au , avec la fondation des premières associations et sociétés. Ainsi après la mise en place de l'adoration eucharistique de nuit à Tours en 1849 à l'instigation de Léon Dupont, cette pratique se répand dans toute la France. Une autre figure joue un rôle important dans le développement de la dévotion eucharistique : Pierre-Julien Eymard, fondateur d'ordres religieux centrés sur l'adoration du Saint-Sacrement.
Le pape Léon XIII accompagne la mise en place du congrès eucharistique international à partir de 1881, dont l'objectif est de lutter contre l'ignorance et l'indifférence religieuse par la promotion du renouvellement de la foi en la présence réelle. Ce pape publie également en 1902 l'encyclique Mirae Caritatis consacrée à la doctrine eucharistique. Au , les congrès eucharistiques prendront une dimension de plus en plus internationale et missionnaireLes congrès eucharistiques internationaux..
Malgré la réaffirmation de la foi de l'Église concernant l'Eucharistie par le concile Vatican II et le pape Paul VI dans son encyclique Mysterium fidei de 1965 ou dans son Credo de 1968Sandro Magister, Le Credo de Paul VI. Qui l'a écrit et pourquoi, Chiesa, L'Espresso., les formes de piété eucharistique et notamment l'adoration connaissent une relative désaffection dans les années 1970. Elles sont progressivement remises à l'honneur. Ce renouveau a été encouragé par les papes Jean-Paul II et Benoît XVI. qui ont dénoncé l'appauvrissement extrême de la compréhension du mystère eucharistique qui a « parfois contaminé le renouveau liturgique post-conciliaire », citant notamment l'encyclique Ecclesia de Eucharistia de son prédécesseur..
Les pratiques vignette|droite|Le rite de l'encensement lors d'un salut du Saint-Sacrement.
Certains gestes et rites particuliers se retrouvent dans la plupart des cérémonies d'adoration. Ainsi la génuflexion est l'un des signes de l'adoration eucharistique. L'encens symbolise la prière des fidèles qui monte vers le ciel. Les cierges placés de part et d'autre de l'ostensoir manifestent que pour les croyants, le Christ est la « lumière du monde ».
Quelques prières et hymnes dédiées à l'Eucharistie sont particulièrement employées pour accompagner l'adoration.
Adoration au cours de la messe La messe elle-même est le plus grand acte d'adoration de l'ÉgliseExhortation apostolique , .. La partie la plus importante est la prière eucharistique, au cours de laquelle, avec les paroles de consécration, se produit la transsubstantiation. Il est en outre recommandé aux fidèles de se maintenir en prière d'action de grâce soit juste après la communion, soit après la fin de la messe, pour remercier Dieu de s'être donné à eux en personneOn trouve par exemple cette recommandation dans l'instruction Inaestimibile Donum, paragraphe 17, ou dans l'exhortation apostolique Sacramentum Caritatis au paragraphe 50..
Les autres formes d'adoration eucharistique sont toujours à comprendre en liaison avec la messe et le sacrement de l'Eucharistie : l'adoration eucharistique n'est en effet rien d'autre que le développement explicite de la célébration eucharistique.
Adoration publique vignette|droite|Adoration eucharistique à la basilique de Mafra, le Jeudi saint – Royale et vénérable confrérie du très saint sacrement de Mafra.
L'office du Jeudi saint prévoit une veillée d'adoration dans la continuité de la messe. Le Saint-Sacrement est amené en procession dans un lieu appelé « reposoir ». La tradition est de suivre la procession avec des cierges allumés. Une veillée silencieuse devant le Saint-Sacrement se poursuit jusqu'à minuit, en mémoire de la veillée de prière du Christ à Gethsémani. Dans l'église, les ornements sont ôtés, les cloches restent silencieuses, les tabernacles restent ouverts et vides jusqu'à la célébration de la vigile pascaleCérémonial du Jeudi-Saint selon l'édition du rituel romain de 2002.. vignette|gauche|165px|Tapis floral et reposoir dans un village d'Aragon. Un office liturgique spécifique, le salut du Saint-Sacrement, permet l'adoration de l'hostie déjà consacrée. Celle-ci est d'abord exposée, c'est-à-dire placée dans un ostensoir posé sur l'autel par le prêtre qui préside. Ce dernier est en général vêtu d'une chape recouverte d'un voile huméral à l'aide duquel il manipule le Saint-Sacrement. Le Saint-Sacrement est ensuite encensé, puis, après une prière, vient un temps d'adoration silencieuse. Les fidèles sont enfin bénis par Jésus-hostie quand le prêtre trace un large signe de croix au-dessus d'eux avec l'ostensoir.
Lors de la Fête-Dieu (dont le nom officiel est « Solennité du corps et du sang du Christ »), est particulièrement commémorée l'institution du sacrement de l'Eucharistie. Dans certains pays, le Saint-Sacrement est amené en procession solennelle à travers la ville, parfois avec la participation des autorités civiles. Pendant le parcours, l'ostensoir est placé sous un dais ou un ombrellino. Pour rendre le cortège plus solennel, peuvent être prévues des bannières de procession, des tapis de fleurs le long du chemin, voire quelquefois des arcs de triomphe floraux. Le Saint-Sacrement est amené jusqu'à son reposoir où ont lieu l'office du salut et de la bénédiction.
Les relais d'adorateurs
Les Quarante-Heures constituent la première officialisation d'une « chaîne ininterrompue de prière » devant le Saint-Sacrement. Une messe d'exposition et une messe de déposition du Saint-Sacrement en marquent le début et la fin. Dans l'intervalle, les fidèles se relaient devant le Saint-Sacrement qui reste exposé sur le maître-autel. Il est requis que deux personnes au moins soient présentes à tout moment. Le déroulement prévoit souvent également un relais entre différentes églises, le Saint-Sacrement étant déposé dans l'une au moment où il est exposé dans l'autre. La pratique est renouvelée avec une certaine fréquence, par exemple une fois par trimestre.
Le terme d'« adoration perpétuelle » est normalement réservé à une chaîne d'adoration véritablement ininterrompue, ni dans le cours de la journée (comprenant notamment l'adoration nocturne), ni dans le cours de l'année. Elle est pratiquée par certaines communautés religieuses, mais également par des paroisses dans lesquelles des fidèles laïcs s'engagent à être présents pour adorer le Saint-Sacrement, en général une heure par semaine à un créneau horaire dont la responsabilité leur est attribuéeVoir par exemple l'organisation de l'adoration eucharistique à Pau : .. Une chapelle est alors spécialement dédiée à cette pratique.
Dans plusieurs cas, une forme d'adoration plus restreinte dans le temps est mise en place : on parle alors plutôt d'« adoration prolongée », même si le terme d'« adoration perpétuelle » est parfois utilisé pour manifester que les différents lieux d'adoration dans le monde forment une seule et même adoration continue.
Les rassemblements et congrès droite|vignette|170px|Le congrès eucharistique de 1938 : rassemblement de fidèles au City Park Stadium de La Nouvelle-Orléans.