Hélène Vladimirovna de Russie (en / et en / ), grande-duchesse de Russie puis, par son mariage, princesse de Grèce et de Danemark, est née le à Tsarskoïe Selo, en Russie, et morte le , à Athènes, en Grèce. Fille du grand-duc Vladimir Alexandrovitch de Russie et épouse du prince Nicolas de Grèce, c'est une personnalité de la maison Romanov.
Issue de l'une des branches les plus brillantes, mais aussi les plus orgueilleuses, de la famille impériale de Russie, Hélène Vladimirovna passe une enfance dorée entre l'Empire russe, pays de son père, le grand-duché de Mecklembourg-Schwerin, pays de sa mère, et la France, où ses parents effectuent de longs séjours avec leurs enfants. À l'adolescence, la mère de la grande-duchesse essaie de la marier à l'héritier d'un trône européen, mais ses projets échouent et, après des fiançailles avortées avec le prince Max de Bade, Hélène finit par épouser un simple cadet de famille, le prince Nicolas de Grèce et de Danemark, en 1902.
À partir de cette date, Hélène vit à Athènes, dans une résidence cossue offerte par son cousin, le tsar . Dans son nouveau pays, elle donne le jour à trois filles, les princesses Olga, Élisabeth et Marina. Quand elle ne s'occupe pas de ses enfants, la grande-duchesse se consacre à la religion orthodoxe ou à des activités charitables. Pendant les guerres balkaniques, elle organise ainsi un hôpital de campagne pour secourir les victimes des combats (1912-1913). La Première Guerre mondiale bouleverse l'existence de la grande-duchesse et de sa famille. Le conflit divise en effet la classe politique grecque et aboutit au « Schisme national », puis à l'exil du roi et de sa parentèle (1917). Dans le même temps, la guerre amène la révolution en Russie, ce qui conduit au massacre de nombreux membres de la famille impériale et à l'exil des survivants. Chassés de Grèce et privés de tout revenu, Hélène et Nicolas passent trois années en Suisse, avant de rentrer à Athènes en 1920. Exilés par une nouvelle révolution en 1922, la grande-duchesse et ses proches s'installent en France, où ils restent jusqu'en 1936. À Paris, Hélène se consacre alors aux réfugiés russes blancs et à ses filles, qu'elle essaie, sans succès, de marier à des princes héritiers.
Rentrée en Grèce un an après la restauration de , Hélène perd son mari en 1938. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle choisit de rester vivre à Athènes avec sa belle-sœur, la princesse Alice de Battenberg. Traitée avec bienveillance par l'occupant, la grande-duchesse se consacre aux plus défavorisés et organise des soupes populaires dans la capitale. À la Libération, Hélène s'inquiète de la montée en puissance des communistes grecs et elle accueille avec soulagement le retour de la famille royale en 1946. Peu après, la grande-duchesse renoue également avec ses filles et ses gendres, qu'elle n'avait pas revus depuis 1941. Elle meurt finalement en 1957, dans sa villa du quartier de Psychiko.
Famille Hélène Vladimirovna est la fille du grand-duc Vladimir Alexandrovitch de Russie (1847-1909), frère cadet du tsar Alexandre III, et de son épouse la princesse Marie de Mecklembourg-Schwerin (1854-1920), plus connue sous le nom de Maria Pavlovna de Russie.
Par son père, Hélène Vladimirovna est donc la petite-fille du tsar (1818-1881) et de la princesse Marie de Hesse-Darmstadt (1824-1880) tandis que, par sa mère, elle descend du grand-duc (1823-1883) et de la princesse Augusta de Reuss-Köstritz (1822-1862). Elle est également la sœur du grand-duc Cyrille Vladimirovitch (1876-1938), prétendant au trône de Russie après l'assassinat de la famille impériale en 1918.
Le , la grande-duchesse Hélène épouse, à Tsarskoïe Selo, le prince Nicolas de Grèce (1872-1938), troisième fils du roi et de son épouse la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926).
De ce mariage naissent trois enfants : Olga de Grèce (1903-1997), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse, en 1923, le prince Paul de Yougoslavie (1893-1976), régent de Yougoslavie ; Élisabeth de Grèce (1904-1955), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse, en 1934, le comte Charles-Théodore de Toerring-Jettenbach (1900-1967) ; Marina de Grèce (1906-1968), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse, en 1934, le prince Georges du Royaume-Uni (1902-1942), duc de Kent.
Biographie
Une grande-duchesse russe Une enfance dorée Dernière enfant du grand-duc Vladimir Alexandrovitch de Russie et de son épouse, née Marie de Mecklembourg-Schwerin, Hélène voit le jour en 1882. Seule fille d'une fratrie de cinq enfants, dont un est mort avant sa venue au monde, la grande-duchesse est souvent rudoyée par ses aînés (Cyrille, Boris et André) et développe, en contrepartie, un caractère impétueux. Âgée de seulement , il lui arrive ainsi, un jour, de menacer sa gouvernante d'un couteau durant une séance de pose pour le peintre Henry Jones Thaddeus. Éduquée par sa mère dans la très haute idée de son rang, la petite fille se montre par ailleurs volontiers arrogante et vaniteuse, même si la famille impériale lui reconnaît aussi une grande douceur.
Confiés aux soins d'une gouvernante britannique nommée Millicent Croft, Hélène et ses frères ont pour première langue l'anglais. Avec leur nurse, les enfants s'initient très jeunes à la littérature, à travers des œuvres comme Oliver Twist ou Barnaby Rudge. Ils fréquentent en outre de nombreux intellectuels et artistes, invités réguliers de leurs parents dans leur palais de Saint-Pétersbourg. Tous les deux ou trois ans, ils se rendent dans le grand-duché de Mecklembourg-Schwerin, pays de leur mère, et fréquentent aussi régulièrement la France et d'autres pays d'Europe de l'Ouest. Les relations de la famille avec la cour d' sont, par contre, plus compliquées, les parents d'Hélène nourrissant une profonde jalousie vis-à-vis du tsar et de son épouse.
Une jeune fille à marier En grandissant, Hélène Vladimirovna devient une belle jeune femme et ses ambitieux parents cherchent à l'unir à l'héritier d'un trône européen. En 1898, la grande-duchesse est ainsi fiancée au prince Max de Bade, cousin et héritier présomptif du grand-duc Frédéric II. Cependant, le jeune homme rompt l'engagement, ce qui ternit durablement l'image d'Hélène. En 1900, une rumeur circule, parmi les cours européennes, disant que la grande-duchesse est sur le point d'être fiancée au prince , veuf de Marie-Louise de Parme mais, vrai ou non, le projet n'aboutit pas. Dans les mêmes moments, les Vladimirovitch implorent la Cour impériale d'aider Hélène à se rapprocher du prince Albert de Belgique, sans succès. Le couple envisage également de marier sa fille à l'archiduc héritier François-Ferdinand d'Autriche ou au prince Louis de Monaco mais rejette par contre la candidature du roi Alexandre de Serbie, jugée trop hasardeuse. Il est finalement probable que la mère d'Hélène ait aussi cherché à l'unir au deuxième fils du tsar Alexandre III, le grand-duc Michel, et cela en dépit de l'interdiction des mariages entre cousins germains dans l'Église orthodoxe.
Lassée par ces tentatives infructueuses, Hélène Vladimirovna se rapproche progressivement du prince Nicolas de Grèce, troisième fils du roi des Hellènes et de son épouse, née Olga Constantinovna de Russie. Les deux jeunes gens se sont rencontrés pour la première fois en 1894, à l'occasion d'une fête donnée à Livadia, en Crimée. Ils se sont revus deux ans plus tard lors du couronnement du jeune tsar et un sentiment de sympathie s'est développé entre eux. C'est cependant durant l'été 1900 que leur idylle apparaît réellement, les deux jeunes gens passant de longues heures à chevaucher ensemble. Malgré tout, les parents de la jeune fille s'opposent d'abord vigoureusement à ce rapprochement, considérant le prince comme à la fois trop éloigné du trône grec et trop pauvre. Les années passant et les perspectives de trouver une couronne pour leur fille s'amenuisant, les Vladimirovitch se résolvent finalement à accepter les fiançailles d'Hélène et de Nicolas en .
Le couple s'unit donc à Tsarskoïe Selo le suivant. Pour l'occasion, le grand-duc Vladimir offre à sa fille un kokochnik en diamants, acheté chez Cartier, et une broche en brillants en forme d'arc. Malgré la joie entourant l'événement, le mariage est aussi l'occasion de tensions au sein de la famille des deux époux. De fait, le grand-duc Paul Alexandrovitch, oncle d'Hélène et beau-frère de Nicolas, est sur le point de se remarier à une roturière, Olga Karnovitch, ce que ni les Romanov ni les Oldenbourg n'acceptent. La présence du grand-duc lors des festivités cause donc un réel malaise, d'autant que le roi Georges de Grèce évite ostensiblement son gendre durant toutes les cérémonies, alors qu'il se montre publiquement très tendre envers les deux enfants de celui-ci, Dimitri Pavlovitch et Maria Pavlovna.
En Grèce Une jeune femme orgueilleuse
Après une lune de miel à Ropcha, Hélène et Nicolas gagnent la Grèce à bord de l'Amphitrite et s'installent dans une aile du palais royal d'Athènes, en attendant l'aménagement de leur propre demeure. Finalement, en 1905, le couple s'établit au palais Nicolas, cadeau de mariage du tsar à sa cousine. Très moderne pour son époque, la résidence possède notamment l'eau courante, froide et chaude. Hélène et Nicolas y mènent une existence relativement simple mais confortable, grâce à la dot généreuse que la grande-duchesse a reçu de ses parents et qui constitue l'essentiel des revenus du couple.
Toujours aussi hautaine et convaincue de la supériorité de son rang, Hélène entretient des relations compliquées avec ses belles-sœurs. Elle montre ainsi un certain mépris pour les princesses Alice de Battenberg (épouse du prince André) et Marie Bonaparte (femme du prince Georges), toutes deux issues de familles non-dynastes. Ses liens avec la princesse Sophie de Prusse, mariée au diadoque Constantin, ne sont guère plus chaleureuses. Cependant, la société athénienne n'étant pas très animée, la grande-duchesse n'a pas vraiment d'autre choix que de les côtoyer. Ainsi, durant le règne de , le prince et la princesse Nicolas dînent, chaque jeudi, dans la résidence des souverains et, le mardi, c'est au tour de ces derniers d'être les invités du couple princier. Au fil des années, Hélène finit par ailleurs par développer une certaine proximité avec la princesse Alice, qui trouve davantage grâce à ses yeux après les mariages de sa sœur Louise avec le roi (1923) et de son fils Philippe avec la reine (1947).
Après son arrivée à Athènes, Hélène s'initie au grec moderne, qu'elle apprend en compagnie de la princesse Alice et qu'elle parvient à parler fluidement. Malgré ses efforts pour s'intégrer à son nouveau pays, la grande-duchesse conserve la nostalgie du monde des Romanov. D'après sa nièce, la princesse Sophie de Grèce, les priorités d'Hélène restent ainsi, toute sa vie : . Dans ces conditions, Hélène et son époux se rendent chaque année en Russie pour y retrouver leur nombreuse parentèle.
Vie familiale Au fil des années, Hélène et Nicolas donnent le jour à trois filles, les princesses Olga (née en 1903), Élisabeth (née en 1904) et Marina (née en 1906). Les naissances des deux aînées se passent sans difficulté, mais celle de la benjamine est beaucoup plus compliquée et laisse d'importantes séquelles à l'enfant, tout en manquant d'emporter la grande-duchesse. Gravement affaiblie par l'accouchement, cette dernière met deux ans à se rétablir et cesse alors d'apparaître à la Cour. Sur le conseil des médecins, elle quitte la Grèce et passe une longue période à Franzensbad, en Bohême, afin d'y suivre une cure thermale.