Mathias Énard, né le à Niort, est un écrivain et traducteur français, récipiendaire de plusieurs prix littéraires dont le prix Goncourt 2015 pour son roman Boussole. Depuis 2020, il produit et anime une émission littéraire sur France Culture (Radio France).
Biographie Mathias Énard est . Il grandit dans le Poitou. Après une formation à l'École du Louvre, il suit des études d’arabe et de persan à l'INALCO. .
Il passe son service militaire en Syrie, durant deux ans à Soueïda, où il donne des cours de français dans un centre culturel.
Après de longs séjours au Moyen-Orient, il s’installe en 2000 à Barcelone. Il y anime plusieurs revues culturelles. Il traduit deux ouvrages, l'un du persan, et l'autre de l'arabe. Il vit ensuite à Rome et à Berlin. Il participe aussi au comité de rédaction de la revue Inculte à Paris et, en 2010, il enseigne l'arabe à l'université autonome de Barcelone..
La Perfection du tir, son premier ouvrage, paraît en 2003, roman narratif d'un tireur embusqué durant une guerre civile — d'un pays non évoqué, mais qui pourrait être le LibanArticle dans le magazine Transfuge, , mai 2011. — et son obsession de la mort : L'ouvrage est récompensé l'année suivante par le prix des cinq continents de la francophonie, et prix Edmée-de-La-Rochefoucauld. Il est aussi sélectionné au Festival du premier roman 2004Festival du premier roman 2004, site officiel..
Il est pensionnaire de la Villa Médicis en 2005-2006..
En 2008, les éditions Actes Sud publient son roman Zone, caractérisé par une seule phrase à la première personne, de cinq cents pages.. (avec pour exceptions trois chapitres, extraits de l'ouvrage que lit le narrateur « Entretien avec Mathias Enard », site D-Fiction du 01/07/2010.), et récompensé par plusieurs prixListe des prix du roman, sur le site de l'éditeur, Actes Sud., dont le prix Décembre, le prix Candide et le prix du Livre Inter.
vignette|Membre du jury, Mathias Énard a remis le prix spécial au festival d'Angoulême 2017. Il publie en 2010 chez Actes Sud un petit conte, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, sur un épisode probablement fictif de la vie de Michel-Ange, une escapade à Constantinople, où il débarque le à l'invitation du sultan Bajazet II. Ce court récit montre la Constantinople tolérante et européenne qui a su accueillir les Juifs chassés d'Espagne par les rois catholiques. L'ouvrage est couronné par le prix Goncourt des lycéens 2010, et par le prix du livre en Poitou-Charentes & La Voix des lecteurs en 2012Les deux prix, sur le site du Centre du livre et de la lecture en Poitou-Charentes., décerné par le Centre du livre et de la lecture en Poitou-Charentes.
Féru d'art contemporain, Mathias Énard a par ailleurs créé en 2011 les éditions d'estampes Scrawitch, et sa galerie homonyme, dans le de Paris, créée avec Thomas Marin, lithographe, et Julien Bézille, philosophe de formationSite de la galerie Scrawitch, Paris..
En 2012, il publie Rue des voleurs chez Actes Sud, récit de voyage d’un jeune Marocain errant en Espagne lors des printemps arabes et du mouvement des Indignés. Rue des voleurs est la réaction de l’écrivain à ces événements, ainsi qu’une réflexion plus large sur l’engagement et la révolte.. Lors du Salon du livre francophone de Beyrouth ( - ), il reçoit le premier prix « Liste Goncourt : Le choix de l'Orient » décerné par un jury composé d'étudiants d'universités du Liban et d'autres pays du Proche-Orient, sur le modèle du prix « Liste Goncourt : le choix polonais ».. Le prix de l'Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire a également été décerné à cet ouvrage en 2013.
En 2015, le prix Goncourt lui est décerné pour son roman Boussole qui traite de la vision de l'Orient par l'Occident.
Avec Zeina Abirached à la coécriture et au dessin, il scénarise en 2018 la bande dessinée Prendre refuge.
En 2019 il collabore au Monde des livres pour une rubrique hebdomadaire « Des poches sous les yeux ».
En 2020, il enseigne comme professeur invité. à l'université de Berne. Le prix Ulysse pour l'ensemble de l'œuvre lui est attribué par le festival méditerranéen de Bastia. Depuis la rentrée 2020, il est présentateur et producteur. de l'émission L'entretien littéraire. sur France Culture, émission diffusée le dimanche, sous le titre initial de La salle des machines.. L'émission s'est arrêtée définitivement le 28 juin 2025. À la fin 2020, paraît le roman Le Banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs : l'action se déroule dans son Poitou natal, autour de Niort, et Ènard a travaillé à ce livredurant dix ans.
En 2024, il publie Mélancolie des confins. Nord, un récit qui est le premier volet d'une série de quatre ouvrages constituant un cycle. Le deuxième volet paraît en 2026 sous le titre Hôtel Balkan. Est.
Vie privée Sa femme, Anna, est professeure d’arabe et traductrice. Ils ont une fille, Alia, née en 2003.
Décoration Officier de l'ordre des Arts et des Lettres (Arrêté du 10 février 2016 portant nomination et promotion dans l'ordre des Arts et des Lettres.)
Analyses de l'œuvre
Érudition Le style littéraire de Mathias Énard a pu être qualifié d'« érudit ».. Cela s’explique par l’inclusion de fragments réels soigneusement prélevés dans l’histoire et les arts.. On peut, dans ces circonstances, parler d’une « littérature encyclopédique ». Malgré leur nature « semi-académique », les romans de Mathias Énard revendiquent une esthétique singulière dans laquelle la métaphore joue un rôle pertinent..
En ce qui concerne la syntaxe, on peut constater qu’Énard tend à construire de longues phrases, qui parfois se prolongent, si bien que le lecteur pas assez attentif se perd avant de les finir. Son premier roman, La Perfection du tir, qui se caractérise par un récit plus factuel constitué de phrases courtes est une exception ; ce livre présente toutefois certains passages qui laissent entrevoir le style des livres suivants. Dans Zone, cette inclination pour de longues phrases atteint un paroxysme, avec une seule phrase se déployant sur 500 pages, soit l'entier du roman.
On trouve fréquemment des éléments autoréflexifs dans les œuvres d'Énard, comme de l'intertextualité. Celle-ci se manifeste souvent par des références explicites à d'autres livres, mais aussi de manière plus subtile à travers certains personnages ou situations de la narration. En outre, le lecteur est souvent convié à une certaine forme de jeu, qui consiste à relier « l’intérieur », c’est-à-dire l’histoire, le contenu, avec son « extérieur », la forme du livre comme contenant. Dans Rue des Voleurs, on peut observer que le thème de l’entre-deux est particulièrement développé dans le deuxième chapitre qui non seulement occupe le milieu de l'ouvrage (le roman compte trois chapitres), mais qui de plus est intitulé « Barzakh », terme qui désigne un monde intermédiaire dans le Coran. Dans Zone, le nombre de pages correspond aux kilomètres parcourus par le narrateur, et dans Boussole, chaque page équivaut à 90 secondes dans le récit..
L’oralité chez Énard varie. En effet, selon le narrateur, l’auteur utilise un discours et un niveau de langue différents. « Le dit et l’écrit » s’unissent pour laisser s’exprimer la voix du narrateur qui diffère selon son origine, sa condition sociale ou son âge. Ainsi, Lakhdar étaie souvent ses propos de l’expression : « que Dieu me pardonne » issue de sa religion musulmane alors que le héros de La Perfection du tir s’exprime en phrases courtes et crues, témoignage de sa jeunesse et de la cruauté de son travail : « je ne sais pas pourquoi, mais je me souviens de tous mes tirs. Je ne les confonds pas, ils sont tous différents. Je ne choisis que les plus difficiles » ; tandis que dans Boussole, le narrateur est un musicologue érudit qui n’hésite pas à employer un vocabulaire choisi et poétique, une syntaxe complexe : « éclair du premier contact de nos lèvres, maladroitement après nos joues, des lèvres gourdes et avides, qui se perdent aussi sur les doigts qui parcourent nos visages ». Le but d’une telle oralité ou au contraire d’une écriture très classique est de plonger le lecteur dans la situation du narrateur puisque la parole de ce dernier donne à voir le monde de manière singulière.
Narration L’auteur écrit habituellement à la première personne, via des narrateurs homodiégétiques. Il évite les discours directs, ce qui semble priver les autres personnages de leur voix, renforçant ainsi la focalisation interne. La narration s’élabore souvent rétrospectivement ; les narrateurs la construisent en évoquant leurs souvenirs. Cette manière de raconter, tout en étant fréquemment interrompue par différentes anecdotes réelles, « étire le temps et l’espace romanesques au-delà de leurs limites traditionnelles » et cause une certaine désorientation du lecteur.
Le narrateur, autant dans La Perfection du tir que dans Rue des voleurs et Boussole, est la voix qui mène le roman. D’ailleurs, pour Énard, les narrateurs sont d’abord des voix qui présentent leur réalité. La première phrase de La Perfection du tir : « le plus important, c’est le souffle » laisse à penser que l’on peut rapprocher le souffle de la respiration de la voix du narrateur qui est la seule à s’exprimer pendant tout le roman. Cependant, parfois, la voix du narrateur n’est pas la seule du roman. C’est ainsi que dans Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, la voix du narrateur, Michel-Ange et celle de deux protagonistes, Mesihi et la danseuse, sont intercalées. De cette manière, le monde oriental est perçu par trois points de vue différents.
Rythme dans les œuvres d'Énard Énard avoue choisir un rythme pour ses romans, rythme qui échappe parfois au lecteur.. Par exemple, dans Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, l’alexandrin domine non seulement dans le titre — bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler un alexandrin ; batailles à la césure se découpant en trois pieds, ce qui donne un total de sept pieds pour le premier hémistiche, soit un de trop ; mais attendu qu'il est sujet du rythme, le titre se subvocalise en douze syllabes — mais on en retrouve de nombreuses occurrences dans le texte. On y relève aussi de nombreux noms exotiques sont comme une invitation au voyage : « cipolin, ophite, sérancolin, serpentin, cannelle, dauphin, porphyre, brocatin, obsidien ». Le rythme est accentué par la rime entre les deux« alexandrins » : « serpentin » et « obsidien ».
Le même travail sur le rythme de la phrase est présent dans La Perfection du tir où les phrases scandées de virgules traduisent le rythme cardiaque rapide du sniper : «j’avais une kalachnikov, je suais tout ce que je pouvais, il faisait chaud et j’avais peur ». Si l’écriture de Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants est d’une grande poésie tout du long, celle de La Perfection du tir l’est moins car le sujet violent ne le permet pas mais par le rythme des périodes Énard cherche à rendre au réel sa part de poésie :
Œuvres ; rééd. Babel, Actes Sud, n°903, 2008
; rééd. Babel, Actes Sud, n°1373, 2016
; rééd. Babel, Actes Sud, n° 1020, 2010
; rééd. coll. « Babel », n° 1153, 2013
. ; rééd. coll. « Babel », n° 1111, 2012
Boussole, Actes Sud, 2015, 400 p.
Massinissa Selmani (monographie), texte de Mathias Énard, Paris, Naima, 2016 . Dernière communication à la société proustienne de Barcelone, Inculte/Dernière marge, 2016 Désir pour désir, RMN, collection Cartels, 2018. Prendre refuge, coécriture et dessins de Zeina Abirached, Casterman, 2018 (bande dessinée) Le Banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs., Actes Sud, 2020, 432 p. Déserter, Actes Sud, 2023, Mélancolie des confins : Nord, Actes Sud, 2024, , rééd. coll. « Babel » n° 2090, 2026 Hôtel Balkan (Mélancolie des confins II : Est), Actes Sud, 2026,
Traductions Traduction du persan au françaisTraductions de Mathias Énard, dans l'article du site de la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations, du 5 décembre 2012. :
Traduction de l'arabe (Liban) au français :