Le Parti socialiste polonais (, PPS) est un parti politique polonais de gauche, créé à Paris en 1892. Il est l'une des principales forces politiques en Pologne jusqu'en 1948, date où le pouvoir communiste le fait disparaître.
Histoire
Le socialisme polonais moderne, apparu dans les années 1870, est influencé par les œuvres des idéologues russes et français et, plus tard, par Marx et Engels. Le mouvement socialiste polonais est également héritier de la tradition indépendantiste polonaise. La question de l'indépendance de la Pologne, occupée par l'Empire russe, la Prusse et l'Autriche depuis la fin du , et des objectifs nationaux et internationaux qui en découlent, préoccupe et divise les militants du mouvement depuis le début.
Pour Jarosław Dąbrowski et Walery Wróblewski, commandants militaires du soulèvement polonais de janvier 1863 contre le régime tsariste puis de la Commune de Paris en 1871, la lutte pour l'indépendance polonaise et la lutte socialiste sont liées. Ludwik Waryński, fondateur du premier parti révolutionnaire polonais Proletariat en 1882, qui appartient à la génération suivante, pense que la question de l'indépendance de la Pologne est devenue obsolète et que la révolution prolétarienne est la plus importante.. En 1883, Waryński est arrêté et condamné pour ses activités aux travaux forcés. Il mourra en martyre de la cause socialiste dans la forteresse russe de Chlisselbourg.
La vague des arrestations et des répressions des années 1878-1879 oblige beaucoup de socialistes polonais à s'exiler, principalement à Genève, dont Ludwik Krzywicki, Bolesław Limanowski, Marcin Kasprzak ainsi que Stanisław Mendelson et sa femme Maria Jankowska.
Congrès fondateur Du 17 au , se tient à Paris un congrès de l'Union des socialistes polonais à l'étranger auquel participe également le parti social-révolutionnaire Prolétariat. Cette date est symboliquement considérée comme la date de création du PPS - Parti Socialiste Polonais. Son principal dirigeant est Bolesław Limanowski, président de l'Union, mais d'autres personnalités en font partie comme Ignacy Daszyński, Józef Piłsudski ou encore les théoriciens de l'idée coopérative, Stanisław Wojciechowski et Edward Abramowski, l'économiste Zofia Daszyńska-Golińska.
Le programme du PPS est la synthèse des revendications socialistes et nationalistes. Il fait de l'indépendance nationale une condition nécessaire au socialisme et réclame l'annulation des partages de la Pologne et la création d'un État polonais indépendant.. Il prévoit la défense des travailleurs, l'école gratuite, la liberté d'expression, le respect des droits de chaque citoyen, indépendamment de son origine, de sa race, de sa nationalité et de sa religion, la limitation à de travail par semaine, une nationalisation des terres et des moyens de production, une planification de la production et une démocratie socialiste.
Action clandestine gauche|vignette|Leaders du PPS à Londres en 1896. De gauche à droite Ignacy Mościcki, Bolesław Jędrzejowski, Józef Piłsudski, Aleksander Dębski. Debout : Bolesław Miklaszewski, Witold Jodko-Narkiewicz. Le premier congrès national sur le sol de l'ancien État polonais se tient en juin 1893 à Vilnius avec la participation de Józef Piłsudski, Stanisław Wojciechowski, Aleksander Sulkiewicz, Ludwik Zajkowski et Stefan Bielak. Deux mois plus tard, en , les socialistes s'opposant vigoureusement à l'indépendance de la Pologne, dont Rosa Luxemburg et Leo Jogiches, fidèles à la Deuxième Internationale, font scission et se séparent du PPS en fondant le Parti social-démocrate du Royaume de Pologne et de Lituanie (SDKPiL). Ce mouvement va constituer la pépinière du futur parti communiste de Pologne..
vignette|L'organe de presse du PPS, Robotnik, en 1903. Le deuxième congrès du PPS se tient en février 1894 à Varsovie et fonde l'organe central du PPS : le Comité central ouvrier avec Jan Stróżecki, Julian Grabowski, Józef Piłsudski, Paulin Klimowicz. Le congrès décide aussi de créer son organe de presse nommé (« L'Ouvrier »). Józef Piłsudski en devient le rédacteur en chef et exerce une très forte influence sur l'idéologie de la formation. Après l'arrestation de Stróżecki, Grabowski et Klimowicz en , le parti est dirigé par Józef Piłsudski, Kazimierz Pietkiewicz et Stanisław Wojciechowski. Malgré la traque et les arrestations par la police tsariste, l'organisation se développe et des comités de travailleurs sont créés dans plusieurs villes polonaises.
Au départ, l'activité du parti se résume à la diffusion des idées et à l'agitation sociale. Mais en 1904, l'organisation se dote, à l'initiative de Piłsudski, d'une branche militaire : Organisation de Combat du PPS ( ou OB PPS), qui organise des attentats contre les autorités et les institutions tsaristes. Ses premières actions armées font suite à l'annonce de la mobilisation des Polonais dans l'armée russe pour participer à la guerre contre le Japon.
vignette|Stefan Okrzeja, Militant du PPS, condamné à mort et pendu sur les pentes de la Citadelle de Varsovie. Après sa mort, il devient un symbole des luttes révolutionnaires et indépendantistes. Le PPS participe activement à la révolution qui éclate en 1905 sur les terres polonaises, en écho à la révolution russe, et Piłsudski joue un rôle majeur dans ces événements. Au début de l'année 1905, il ordonne au PPS de lancer une grève générale qui implique et dure deux mois avant sa répression par les autorités russes. L'exécution publique par les autorités russes à Varsovie des militants PPS Stefan Okrzeja, Henryk Baronet Józef Montwiłł-Mirecki marque durablement le mouvement. Piłsudski engage également le PPS à boycotter les élections à la première Douma. De cette décision, et de sa volonté d'obtenir l'indépendance de la Pologne par la violence, résulte une scission au sein du PPS. La révolution met à jour le conflit entre deux factions au sein du parti qui finissent de se séparer définitivement lors du congrès de . Ainsi naissent :
le PPS-Gauche (PPS-Lewica) qui préfèrera ensuite s'associer avec le Parti social-démocrate du royaume de Pologne et de Lituanie (SDKPiL), en vue d'étendre une révolution prolétaire dans toute la Russie ; le PPS-Fraction Révolutionnaire (PPS-FR, ou Frak), qui vise l'indépendance de la Pologne, appelle au soulèvement national et multiplie des attentats. Józef Piłsudski est son chef incontesté. Le PPS-FR contrôle l'Organisation de Combat du PPS dirigée par Kazimierz Sosnkowski.
Rosa Luxemburg critique très durement le PPS-FR, qui selon elle JP Nettl, La Vie et l’œuvre de Rosa Luxemburg, Maspero, 1972, .. Bien qu'elle soit juive polonaise laïque originaire de Zamość, elle est tout aussi critique du parti socialiste juif, l'Union générale des travailleurs juifs (Bund), fondé en 1898, ce qui démontre la relation problématique entre socialisme et nationalité dans cette partie de l'Europe.
gauche|vignette|Józef Piłsudski. Piłsudski et ses partisans étendent le combat contre la Russie pour obtenir l'indépendance, appellent au soulèvement national, organisent des attaques pour financer leur cause, des expropriations, des attentats. Sa faction PPS-FR devient majoritaire au sein du PPS et Piłsudski s'impose comme l'un des dirigeants les plus importants du mouvement jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale.
En 1909, le PPS-FR, majoritaire, reprend le nom PPS, tandis que le PPS-Gauche rejoint le SDKPiL, qui soutiendra la révolution russe de 1917, et créera en 1918 le Parti Communiste de Pologne. En 1911, quelques membres s'opposent à Piłsudski et créent le PPS-Opposition, dont Tomasz Arciszewski et Feliks Perl, mais ils reviendront au PPS après son départ.
Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Piłsudski quitte le PPS, mais une grande majorité du parti reste influencée par ses concepts d'indépendance. Le Congrès du PPS qui se tient en 1916 à Piotrków Trybunalski est en faveur de la construction de la Pologne en tant que république démocratique indépendante. Après le et dernier congrès du PPS dans la clandestinité, qui a lieu en , le parti est dirigé par le Comité Central Ouvrier composé de : Tomasz Arciszewski, Rajmund Jaworowski, Marian Malinowski, Mieczysław Niedziałkowski (rédacteur en chef de Robotnik), Feliks Perl, Zygmunt Zaremba et Bronisław Ziemięcki.
Au sein de l’État polonais (1918-1939) Le , le PPS et le (PSL-Piast) créent le gouvernement intérimaire de la République de Pologne. Il est dirigé par Ignacy Daszyński, désormais membre du PPS. Le , Józef Piłsudski qui vient d'être libéré de la prison allemande de Magdebourg et de regagner la Pologne, est nommé, par le Conseil de régence, commandant en chef des forces armées polonaises et chargé de former un gouvernement pour le nouvel État. Le conseil de régence cesse d'exister et le gouvernement de gauche de Daszyński reconnaît l'autorité de Piłsudski et démissionne. Piłsudski nomme alors un autre socialiste, membre du PPS : Jędrzej Moraczewski. Le , le nouveau gouvernement formé par ce dernier offre à Piłsudski le titre de Chef de l'État. Il conserva ses fonctions jusqu'au , la date de l'élection de Gabriel Narutowicz à la présidence de la République. La droite comme la gauche polonaise reconnaissent alors que l'action militaire et politique de Piłsudski a largement contribué au recouvrement de la souveraineté par la Pologne..
Cependant, la nouvelle République polonaise n'a toujours pas de frontières et de territoires définis. Il lui faudra trois ans pour établir ses frontières au cours des six guerres contre l'Allemagne, la Tchécoslovaquie, la Lituanie, l'Ukraine occidentale et la Russie soviétique, et pour définir ses institutions..
vignette|Adam Pragier, Jędrzej Moraczewski, Norbert Barlicki, Marian Malinowski et Rajmund Jaworowski. Le gouvernement de Jędrzej Moraczewski est résolument de gauche et s’attelle tout de suite aux réformes sociales : il instaure des élections par scrutin démocratique universel, direct, secret et proportionnel et les femmes obtiennent le droit de vote. Les syndicats et les grèves sont légalisées, la journée de travail est désormais de et la semaine de . Le gouvernement instaure l'inspection du travail, l'assurance maladie obligatoire, un moratoire sur le logement des chômeurs, ainsi qu'une interdiction d'augmentation le loyer des appartements une ou deux pièces au-dessus du niveau de et restreint le droit d'expulsion.
Pour renforcer l'unité nationale, Piłsudski remplace, au début de l'année 1919, Moraczewski par l'éminent pianiste Ignacy Paderewski, très respecté par les nationaux-démocrates, à la tête d'un gouvernement d'experts indépendant des partis. Ainsi, les premières élections législatives polonaises, reposant sur le suffrage universel et la représentation proportionnelle, qui se déroulent en , donnent un parlement divisé mais relativement équilibré.. Le PPS remporte 9,1 % des suffrages et 35 des .
Pendant la guerre soviéto-polonaise en 1920, le PPS entre au gouvernement de la défense nationale, dans lequel Ignacy Daszyński prend le poste de vice-Premier ministre. Norbert Barlicki et son adjoint Bronisław Ziemięcki rejoignent le Conseil pour la défense de l'État. En , le PPS organise le Comité et le Régiment des travailleurs pour la défense de Varsovie. De nombreux militants du PPS prennent part aux combats.
Le PPS recrute ses adhérents dans l'environnement urbain et industriel, parmi les travailleurs et l'intelligentsia. En 1921, le prolétariat industriel ne représente que 17 % de la population du pays. et le PPS compte près de . Il crée diverses associations satellites, telles que l'Association des jeunes socialistes, ou les Camarades étudiants et ouvriers. Les principaux responsables politiques du parti dans les années 1920 et 1930 sont Ignacy Daszyński, Mieczysław Niedziałkowski, Kazimierz Pużak, Zygmunt Żuławski, Jędrzej Moraczewski et Herman Lieberman.