La Comédie (en italien Commedia Prononciation en italien standard retranscrite selon la norme API.), ou la Divine ComédieL'adjectif Divina, attribué par Boccace, s'impose surtout à partir de l'édition imprimée en 1555 par Ludovico Dolce (Divina Commedia ), est un poème de Dante Alighieri écrit en tercets enchaînés d'hendécasyllabes en langue vulgaire florentine. Composée, selon la critique, entre 1303 et 1321, la Divine Comédie est l'œuvre de Dante la plus célèbre et l'un des plus importants témoignages de la civilisation médiévale. Connue et étudiée dans le monde entier, elle est tenue pour l'un des chefs-d'œuvre de la littératureVoir Harold Bloom, Il canone occidentale, Bompiani, Milano, 1996 , Erich Auerbach, Studi su Dante, Feltrinelli, Milano 1964 et al.. Elle fait partie des ..

vignette|Gabriele Giolito de Ferrari (ici peint par Titien en 1554) donna pour la première fois, dans son édition imprimée à Venise en 1555, le titre « Divina » à la Comédie de Dante, qui restera ainsi jusqu'à nos jours.

La Divine Comédie est généralement considérée comme le premier grand texte en italien : la langue dans laquelle elle est écrite a eu une influence considérable sur l'idiome moderne de la péninsule. Pour écrire son œuvre, Dante a été très largement inspiré par le sanglant conflit qu'il a lui-même vécu en Italie, opposant les Guelfes (Guelfi) et les Gibelins (Ghibellini) (1125-1300). Du point de vue littéraire, Dante fait référence explicite à l’Énéide et à l'Apocalypse de Paul, les deux textes antiques les plus connus dans le genre des récits de voyage dans les EnfersEnfer, II, 31-32..

Le poème est divisé en trois parties appelées cantiche (pluriel italien pour cantica) : Inferno (Enfer), Purgatorio (Purgatoire) et Paradiso (Paradis), chacune composée de trente-trois chants (excepté lEnfer qui contient un chant préliminaire). Le poète narre un voyage à travers les trois règnes supraterrestres qui le conduira jusqu'à la vision de la Trinité. Sa représentation imaginaire et allégorique de l'au-delà chrétien est un sommet de la vision médiévale du monde développée par l'Église catholique romaine.

L'œuvre connut immédiatement un succès extraordinaire et contribua de manière déterminante au processus de consolidation du dialecte toscan comme langue italienne. Le texte, dont on ne possède pas l'autographe, fut copié dès les premières années de sa diffusion, et jusqu'à l'avènement de l'imprimerie, en un grand nombre d'exemplaires manuscrits. Parallèlement, se diffusa la pratique de la glose et du commentaire, donnant vie à une tradition de lectures et d'études dantesques jamais interrompue. L'étendue des témoignages manuscrits de la Commedia a constitué une difficulté majeure dans l'élaboration de l'apparat critique. On dispose aujourd'hui, en italien, d'une édition de référence réalisée par Giorgio PetrocchiLa Commedia secondo l'antica vulgata, Milano, A. Mondadori, 4 vol., 1966-67 et d'innombrables traductions en français et en d'autres langues.

Tout en recouvrant de nombreuses caractéristiques de la littérature et du style médiéval (inspiration religieuse, intention moraliste, langage et style fondés sur la perception visuelle et immédiate des choses), la Commedia, comme l'a notée Erich Auerbach dans Mimésis, est profondément innovante et tend vers une représentation large et dramatique de la réalité.

Composition thumb|alt=page de l'édition de 1472|Frontispice de la première édition imprimée de la Divine Comédie, 1472 (imprimé par Iohanni Numeister)

Titre Le titre original fut probablement Commedia, ou Comedìa, du grec . C'est en effet ainsi que Dante lui-même nomme son œuvre (Enfer XVI 128, Enfer XXI 2). Dans lEpistola (dont la paternité dantesque n'est pas absolument certaine) adressée à Cangrande della Scala, Dante confirme le titre latin de l'œuvre : Les Epistulae de Dante (28 et s.) sur le site liberliber.it (« Ici commence la Comédie de Dante Alighieri, florentin d'origine mais non de mœurs »). La lecture de cette lettre fournit deux raisons justifiant l'attribution de ce titre : l'une, de caractère littéraire, selon laquelle il était d'usage de définir par le terme de commedia un genre littéraire qui, après des débuts difficiles pour le personnage principal, connaît une fin heureuse ; l'autre, stylistique, puisque le mot commedia indiquait une œuvre écrite en langage médian. Ces deux aspects se retrouvent effectivement dans le poème : de la selva oscura, allégorie de l'égarement du poète, on passe à la rédemption finale, la vision de Dieu dans le Paradis ; en second lieu, les vers sont écrits en langue vulgaire et non en latin qui, bien qu'il existât déjà une riche tradition littéraire en lingua del sì, continuait à être considéré comme la langue par excellence de la culture.

L'adjectif « divina » fut utilisé pour la première fois par Boccace dans son Trattatello in laude di Dante (Petit Traité à la louange de Dante) (1373), environ soixante-dix ans après l'époque à laquelle le poète a vraisemblablement commencé la composition de son œuvre. La locution Divina Commedia, cependant, ne devint commune qu'à partir de la seconde moitié du , lorsque Ludovico Dolce, dans son édition vénitienne de 1555, reprit le titre boccacien.

Le nom « commedia » (sous la forme comedìa) apparaît seulement deux fois à l'intérieur du poème (Enfer) que Dante qualifie de poema sacro (poème sacré) dans le Paradis.

Contexte

La Divine Comédie se déroule « à la moitié du chemin de notre vie » ( : premier vers du ou Préambule général). Dante a précisément trente-cinq ans (l'espérance de vie étant faible au , et cet âge correspondant au point culminant de la vie selon la Bible).

Structure

thumb|alt=première page d'une édition ancienne|Première page d'une édition ancienne de la Divine Comédie. La Divine Comédie est divisée en trois cantiques composés de trente-trois chants chacun (plus un chant inaugural placé dans l’Enfer). Ce découpage très précis traduit la symbolique des nombres : on distingue 100 chants (33 + 33 + 33 + 1). Ce chiffre 100 renvoie au chiffre « 1 » qui traduit l'unité, alors que la répétition du chiffre « 3 » est associé à la Trinité. Les chants présentent une forme dite terza rima (rime tierce), ou terza dantesca (tierce dantesque) faisant se succéder trois fois la même rime embrassée avec une autre suite de trois occurrences. Les vers hendécasyllabiques sont regroupés en tercets à rime enchaînée. Ainsi, les premiers vers de l’Enfer :Nel mezzo del cammin di nostra vita — Ami ritrovai per una selva oscura, — Bché la diritta via era smarrita. — AAhi quanto a dir qual era è cosa dura — B esta selva selvaggia e aspra e forte — C che nel pensier rinova la paura! — B

Tant’ è amara, che poco è piú morte ; — C ma per trattar del ben ch’io’ vi trovai, — D dirò dell’altre cose ch’ i’ v’ ho scorte. — C

Géographie

thumb|alt=schéma en cercles concentriques|Ordonnance de l'Univers dans la Divine Comédie. J. : Jérusalem ; E. : L'Enfer ; D. : Le Diable ; P. : Le Purgatoire ; C.C. : Le chemin caché ; J.E. : Le jardin d'Éden.

Dans la Divine Comédie, la Terre est fixe au centre de l'Univers. Autour d'elle, tournent les neuf cieux : les sept cieux des planètes ; le ciel des étoiles fixes : le premier mobile (ou ciel cristallin). Au-delà, se trouve l'Empyrée.

Le Diable est au centre de la Terre. Sa chute a creusé une cavité conique dont l'axe passe par Jérusalem ; c'est l'Enfer, compartimenté en neuf cercles : les cinq premiers cercles à l'extérieur de la cité de Dité ; les quatre derniers cercles à l'intérieur de la même cité.

Un chemin caché mène de la demeure du Diable à une île, diamétralement opposée à Jérusalem, où s'élève le Purgatoire ; celui-ci comprend : le rivage de l'île ; l'Antépurgatoire ; les sept terrasses. Le Purgatoire est surplombé par le Jardin d’Éden.

Argument Le récit de l’Enfer, la première des trois parties, s'ouvre avec un chant introductif (qui sert de préambule à l'ensemble du poème) dans lequel le poète Dante Alighieri raconte à la première personne son égarement spirituel : il se représente , allégorie du péché, dans laquelle il se retrouve parce qu'il a perdu , celle de la vertu (il faut se souvenir que Dante se sent coupable du péché de luxure lequel est toujours présenté, dans l’Enfer et le Purgatoire, comme le moins lourd des péchés). Cherchant à en trouver l'issue, le poète aperçoit une colline illuminée par la lumière du soleil ; tentant d'en sortir pour avoir une perspective plus large, son avance est entravée par trois bêtes féroces : une lonce (lynx), allégorie de la luxure, un lion, symbole de l'orgueil et une louve représentant l'avarice, les trois vices à la base de tous les maux. La frayeur que lui inspire la louve est telle que Dante tombe en arrière le long de la pente.

En se relevant il aperçoit l'âme du grand poète Virgile auquel il demande de l'aide. Virgile, , lui révèle que pour arriver au sommet de la colline et éviter les trois bêtes féroces, il faut prendre une route différente, plus longue et plus pénible, à travers le bien et le mal, et prophétise que la louve sera tuée par un mystérieux vautreChien de chasse : cf. « vautrait » sur le wiktionnaire.À propos de ces vers, une ressemblance a été notée avec l'anonyme Serventese romagnolo (1277), certainement connu à Forlì, quand Dante s'y rendit. Voir : A. E. Mecca, Dante e il Serventese romagnolo del 1277, in Nuova rivista di letteratura italiana, 2005, 1 et 2, . Voir également : A. F. Massera, Il serventese romagnolo del 1277 (lire en ligne).. Le poète se présente comme l'envoyé de Béatrice, la jeune femme (morte à seulement vingt-quatre ans) aimée par Dante, qui avait intercédé auprès de Dieu afin que le poète fût libéré de ses péchés. Virgile et Béatrice sont ici les allégories de la raison et de la théologie : le premier en tant que poète le plus sage de l'antiquité classique, la seconde parce qu'elle est un moyen d'accès vers le créateur (scala al fattore), selon la vision élaborée par Dante dans la Vita Nuova.

Depuis la colline de Jérusalem sur laquelle se trouve la forêt, Virgile conduira Dante à travers l'enfer et le purgatoire parce qu'à travers ce voyage, son âme pourra se relever du mal dans lequel elle était tombée. Puis Béatrice prendra la place de Virgile pour guider Dante au paradis. Virgile, dans le récit allégorique, représente la raison, mais la raison ne suffit pas pour arriver à Dieu ; la foi est nécessaire et Béatrice représente cette vertu. Virgile en outre n'a pas connu le Christ, il n'est donc pas baptisé et il ne lui est de ce fait pas permis de s'approcher du royaume du Tout-Puissant.

L'Enfer

Virgile, mandé par Béatrice, qui vient chercher le poète, va le mener par l'Enfer, seule sortie de cette forêt. Dante et Virgile vont alors descendre à travers neuf cercles concentriques dans chacun desquels sont logés, par ordre de vice, les occupants de l'Enfer. Ici se succèdent des personnages célèbres, comme Virgile ou Ulysse, et des personnages côtoyés par Dante et envoyés en Enfer en châtiment de leurs péchés. Leurs supplices sont décrits, par ordre croissant à mesure que l’on descend vers le fond de l’Enfer, qui est aussi le centre de la Terre. Cette partie du voyage se termine par la rencontre avec Lucifer, sur lequel Dante et Virgile sont forcés de grimper pour sortir de l'Enfer, « et revoir les étoiles ». Dans la géographie dantesque l'Enfer se présente comme un abîme en forme d'entonnoir. Lucifer l'a creusé dans sa chute sous la ville de Jérusalem, c'est pourquoi il se trouve vissé au centre de la Terre. Les âmes des damnés sont envoyées selon leurs péchés dans l'un des neuf cercles infernaux. Plus leur faute est grave, plus ils tombent bas et plus leur châtiment est pénible. Les châtiments attribués sont en rapport (par analogie ou par contraste) avec le péché commis selon la loi du contrapasso.