La Palombie (nom officiel en espagnol: República de Palombia) est un pays fictif où se déroulent certaines des aventures de Spirou et Fantasio et du marsupilami. Il s'agit d'une petite république située (d'après la carte affichée sur la cage du marsupilami au zoo, dans Spirou et les Héritiers) dans une région entre le Venezuela, le Pérou, la Colombie, et le Brésil. Elle jouxte aussi la toute petite République (imaginaire) de Guaracha.

À l'image du San Theodoros dans Tintin de Hergé, la Palombie a joué un rôle important dans la perception de l'Amérique du Sud par les amateurs de bande dessinée franco-belge dans la deuxième moitié du , en particulier les jeunes lecteurs de périodiques de bande dessinée.

Développement

La Palombie est imaginée par l'auteur belge André Franquin dans l'épisode Spirou et les Héritiers en 1951. qui la situe en Amérique du Sud..

L'Amérique du Sud est à ce moment-là un sujet déjà choisi à plusieurs reprises par des auteurs de bande dessinée franco-belge Malgré une certaine hétérogénéité de ces apparitions de l'Amérique du Sud depuis le début du siècle, la plupart des auteurs se cantonnent à une vision très caricaturale, et pour Alain Musset, . L'Amérique du Sud est avant tout prétexte à l'aventure du héros occidental aux frontières de sa civilisation. Pour le géographe Jacques Gilard, ces visions sont directement héritées du passé colonial de leurs pays. Et rares sont alors les auteurs qui parviennent à rendre compte avec plus de subtilité de la réalité sud-américaine, mais nombreux au contraire sont ceux qui font proliférer les utopies. La Palombie constitue cependant un contre-exemple :

Analyses Géographie Le nom du pays et le nom de sa capitale, Chiquito, évoquent la toponymie sud-américaine réelle. Palombie pour Colombie (la palombe, tout comme la colombe, est une variété de pigeon), Chiquito pour Quito, la capitale de l'Équateur.

Selon les dires de Franquin, la Palombie est Géographiquement parlant, elle offre de larges et mornes plaines désertiques, à peine plantées, çà et là, de robustes cactées. À la sortie de la capitale commence la forêt vierge (à au Sud-Ouest de Chiquito, sont situées les ruines de l'ancien repaire de Zorglub), laquelle s'étend jusqu'au volcan El Sombrero (au Brésil.), qui peut être atteint en 20 jours de marche. À mesure que le sol s'élève vers le sud, la jungle fait place à une savane herbeuse. Celle-ci s'arrête au pied de hautes chaînes montagneuses. Les Andes palombiennes sont composées de pics et de volcans, pour la plupart éteints. Des lacs profonds, encore inexplorés par l'homme, parsèment la région.

Le Monte Urticando, un ancien volcan attiédi plutôt qu'éteint au cratère inaccessible et inviolé, fait partie des Andes palombiennes précédemment décrites. Une seule galerie y mène. Le volcan est doté d'un microclimat très doux grâce à ses sources d'eaux chaudes. C'est aussi là que poussent les comitl millénaires. Les Indiens Chahutas déclarent que les petits Marsupilami reviennent toujours plus forts de leur séjour au cœur de ce volcan de la forêt palombienne.

En termes de transport, le pays possède sa propre compagnie aérienne baptisée Palombian World Airways (PWA) "L'ombre du Z" planche 42.

Forêt palombienne vignette|Un marsupilami et un tapir dans la forêt palombienne. L'imaginaire auquel renvoie la forêt palombienne a permis aux ouvrages de Franquin de et de .

La flore de la forêt palombienne est également à l'honneur d'une , de à dans le Parc de Bercy à ParisBruce Boune, « Une promenade gratuite : les jardins de la BD », BDParadisio, septembre 2000, lire en ligne (consulté le 10 septembre 2018)., consacrée aux Jean-Philippe Martin, Les jardins de la bande dessinée, catalogue de l'exposition, Paris-Musée, 2000, p. 19..

La faune tropicale de Palombie est celle de l'Amazonie : jaguars, tapirs, perroquets et aras. Le pays est également traversé par deux rivières principales : le Rio Soupopoaro, affluent de l'Amazone, et le Rio Soupalagrimaz, affluent du précédent. Outre les bancs de piranhas, très présents dans les albums, ces fleuves abritent aussi des anacondas. L'occasion pour Jacques Gilard de rappeler que : .

Mais cette forêt abrite aussi un mammifère légendaire appelé marsupilami.. Véritable roi de la jungle, c'est lui qui l'emporte toujours contre les autres animaux. Pour Guliard, .

Chiquito vignette Ni les conquistadores espagnols, ni les bandeirantes portugais ne parvinrent à établir des colonies durables en Palombie. L'absence de richesses naturelles en fit rapidement un territoire peu convoité. À la fin du , des colons espagnols finirent, tout de même, par créer Chiquito, la future capitale. La ville acquit rapidement une certaine importance. Elle fut, par la suite, à la base du développement de la République de Palombie. Chiquito est, par ailleurs, bordé par la forêt vierge.

Histoire fictive Comme dans la plupart des pays fictifs sud-américains de bande dessinée franco-belge, la vie politique palombienne a souvent été agitée. Une « guérilla » d’indépendance du pays a lieu en 1923. Dans les années 1950, un aventurier du nom de Zantas prend le pouvoir et tente de mener une guerre de conquête dont la victime devait être le Guaracha. Selon Gilard,

La fin des années 1960 y est le théâtre d'une grande modernisation économique et d'un remarquable essor touristique : alors que dans les années 1950, un Européen devait d'abord rejoindre Caracas puis y prendre en correspondance un vol de la Palombian Airline pour se rendre en Palombie, des vols long courrier de la compagnie rebaptisée Palombian World Airways relient maintenant directement l'Europe à Chiquito. On voit aussi à cette époque un développement important du secteur bancaire.

Mais la vie économique de cette période est lourdement marquée par la « crise du savon », où les méthodes de marketing des entreprises Zugol et Z Bul (détenues par le malfrat Zorglub) furent sévèrement mises en cause. C'est aussi dans ces années-là qu'arrive au pouvoir Papa Prinz à qui succède son fils Baby Prinz lui-même renversé par Achilo Zavatas en 1990. Gilard y voit la mise en image de . Aux yeux du chercheur, Franquin est le seul auteur de bande dessinée à . De même, on peut voir dans cet acharnement de Zantafio à faire carrière en Palombie, une transposition du mythe de l'Eldorado, représenté par la fortune dans le pouvoir politique et dans le pillage économique.

La dictature palombienne Comme l'a analysé Jacques Gilard, l'histoire politique de la Palombie correspond à l'image figée que véhicule dans sa globalité la bande dessinée franco-belge de l'Amérique latine des années 1930. Les références à la guerre du Chaco dans L'Oreille cassée d'Hergé donnent notamment le diapason de la plupart des représentations futures de l'Amérique du Sud en bande-dessinée jusqu'à la fin des années 1970. Il s'agit d'une image faite de stéréotypes datés, dont certains viennent du : .

Dans l'album Baby Prinz, le peuple lui-même est tourné en dérision. Par exemple, on apprend que les attentats contre le dictateur sont une tradition que les dictateurs n'osent pas tenter d'abolir, tant elle plaît au peuple. Après la révolution, une femme dans la foule se rappelle que le nouveau dirigeant est un ministre du dictateur contre lequel ils viennent de faire une révolution : son mari lui ordonne de se taire. L'armée, pour sa part, se soucie de jouer un rôle positif dans la révolution pour la télévision. Cette révolution comporte plusieurs clins d'œil à la révolution roumaine de 1989 : le drapeau de la révolution est l'ancien drapeau en découpant l'emblème central, et le nom de la garde personnelle du dictateur, la Securitad.

Le pays fictif compte au moins sept dictateurs : Zantafio dit « général Zantas » : Zantafio, un aventurier peu scrupuleux qui est en fait le cousin de Fantasio, se fait passer pour le général Zantas. Considéré comme un héros de la révolution, et qui à son tour en déclenchera une contre lui. Il veut conquérir le pays voisin du Guaracha pour ses richesses naturelles et propose à Spirou et Fantasio d'être colonels dans son armée. Mais le général autoproclamé se fait prendre au piège par les colonels mutins récemment engagés et est contraint d'abandonner le pouvoir. Mais il revient plus tard et joue un rôle important lors de la crise du savon. Il est un bon exemple de l'entre-soi que, contrairement aux apparences, l'Occidental vient chercher dans son aventure sud-américaine, dans l'analyse de Gilard de la bande dessinée franco-belge. Pour Laurent Schang, il correspond à ce que déjà en 1928 John Frederick Charles Fuller définissait comme la dégradation du statut de général. Il fait partie de ces . Zantafio est Papa Prinz : il arrive au pouvoir en 1964, abolissant le système parlementaire (congrès composé de deux chambres élues pour 4 ans, président élu pour 6 ans), instauré dans le début des années 1960, période qui fut consacrée à une modernisation à outrance (d'où un fort endettement extérieur du pays). Il est assassiné lors du contre lui mais le pouvoir reste dans sa famille. Baby Prinz : Baby Prinz, dit le « dictatillon »., est le fils de Papa Prinz. Arrivé trop tôt au pouvoir, à la mort de son père ; obsédé de l'hygiène et plus intéressé par sa collection de peluches que par la politique, il ne s'accrocha pas au pouvoir lors du coup d'État de 1990 mis en place par Achilo Zavatas. Mais il fut néanmoins content de savoir que « grâce à cette histoire, son nom entrerait dans l'histoire ! ». Baby Prinz rajouta d'ailleurs lors de son « règne » un marsupilami au centre du drapeau palombien (ce symbole est depuis supprimé). Achilo Zavatas : propriétaire d'une fabrique et d'une chaîne de magasins spécialisés dans le savon (depuis le passage de Zorglub et Zantafio, les Palombiens sont très consommateurs de savons), et ministre de la Propagande.. Il profite de la destitution de Baby Prinz pour devenir dictateur à sa place, en 1990, à la suite d'une élection où il était le seul candidat à la présidence (ses adversaires ayant mystérieusement disparu). La devise de son gouvernement est : « Qui s'y frotte, s'y lave les mains » (peut-être en hommage à la devise hergéenne syldave (traduite de « Eih bennek, eih blavek ») « Qui s'y frotte, s'y pique »). Général Pochero Sr. : on sait peu de choses de lui sinon qu'il gagna les élections avec 99 % des voix. Quand il cessa de gouverner, il céda sa place à son fils, Pochero Jr. Général Pochero Jr. : il accéda au pouvoir à la suite de son père. Sa façon de gouverner était apparemment mise en question par certains, comme en témoignent les violentes guérillas et les nombreux slogans contre lui. Il se moqua ouvertement et pendant longtemps d'un botaniste natif du Bretzelburg, nommé Hermoso, qui s'était installé en Palombie depuis l'âge de 5 ans et à la recherche d'orchidées. Finalement, Hermoso, à ce moment âgé de 82 ans et rajeuni par un sérum de Jouvence à base d'orchidée, prit le pouvoir et le titre de Général Hermoso.