vignette|droite L’Apologie de Socrate (en grec ancien , du genre éthique) est un dialogue socratique de Platon. Il retranscrit le procès de Socrate, qui a lieu en Il fait partie de la première tétralogie, avec l'Euthyphron, le Criton et le Phédon, qui raconte la fin de Socrate.
Résumé Dans l’Apologie de Socrate, Platon rapporte les plaidoyers de Socrate lors de son procès en 399 av. J.-C. à Athènes qui déboucha sur sa condamnation à mort. La défense se déroule en trois parties, toutes en lien direct avec la mort. Socrate se défend devant les juges, mais aussi devant toute la cité d’Athènes (composant le Tribunal de la Cité). Il répond aux trois chefs d’accusation déposés contre lui : corruption de la jeunesse, non-reconnaissance de l’existence des dieux traditionnels athéniens, et introduction de nouvelles divinités dans la cité.
Le livre est composé de deux grandes parties : Socrate doit d'abord donner un discours contre ses accusateurs pour démontrer qu'il est innocent, puis, à la suite d'un vote des citoyens qui le jugent coupable, il doit proposer une peine de remplacement à celle proposée dans l'accusation, la condamnation à mort.
Exorde Dans l'Exorde17a - 18a, qui correspond à l'introduction du premier discours, Socrate admet que le discours de ses accusateurs, qui sont Mélétos, Anytos et Lycon, était particulièrement convaincant. Il avertit toutefois les juges que rien de ce qu'ils ont dit n'est vrai (Socrate appelle les juges « Athéniens », car ils n'ont pas encore délivré leur jugement et ne sont donc que des simples citoyens avant celaVoir l'édition annotée par Luc Brisson chez Garnier Flammarion, note numéro 3 : "Socrate n'emploie pas la formule habituelle [...] "juges". Mais on apprendra plus loin (40a) que c'est de façon délibérée que socrate utilise la formule [Athéniens]. En effet, avant qu'ils aient formulé leur verdict, Socrate ne peut vraiment pas dire que les Athéniens sont des juges. En outre, même s'il semble connaître les ficelles du métier, Socrate aborde ce procès comme s'il s'agissait d'une des conversations habituelles qu'il a avec ses concitoyens. Sur ce point, cf 17c-d. ", mais nous les appellerons juges pour plus de clarté, et pour les distinguer du public). Lui, au contraire de ses adversaires, ne sera pas éloquent, et ne fera que dire la vérité, car il parlera comme les mots lui viennent, sans avoir préparé son discours, contrairement à ses accusateurs. Il ajoute à cela qu'il n'a jamais comparu dans un tribunal en tant que citoyen, même à son âge très avancéSocrate avait plus de 70 ans lors de son procès : . Enfin, il présente son plan globalIci, il s'agit d'une autre partie, qui est le plan du développement (18a - 19a). Il a été décidé de la mettre dans la sous-section correspondant à l'Exorde car le résumé est très bref. : Socrate va d'abord répondre aux anciennes accusations, puis aux nouvelles.
Réfutation : les anciens accusateurs Dans cette partie19a - 24b, Socrate répond aux accusations les plus anciennes. Elles sont, selon lui, celles qui lui causent le plus de tort, car elles ont pris racine il y a longtemps dans l'esprit des plus jeunes, et sont ainsi les plus prégnantes. Socrate regrette ne pas pouvoir mettre de nom sur les anciens accusateurs, excepté Aristophane, qui le discrédite dans sa comédie Les Nuées.
Il synthétise les accusations faites par Aristophane : « Socrate est un homme dangereux qui, par une curiosité criminelle, veut pénétrer ce qui se passe dans le ciel et sous la terre, fait une bonne cause d’une mauvaise, et enseigne aux autres ces secrets pernicieux. »
Socrate commence d'abord par réfuter ces accusations : il argue qu'il n'est pas un penseur de la nature, et qu'il ne détient même pas ce type de savoir ; il avance qu'il n'est pas un sophiste car il n'a jamais demandé d'argent en échange de savoirs, puisqu'il affirme même ne pas avoir le talent d'instruire les hommes.
Socrate explique ensuite l'origine de ces calomnies20c - 24b : un jour, un Athénien du nom de Chéréphon, ami de Socrate, alla voir l'Oracle de Delphes pour lui demander s'il existait quelqu'un de plus sage que Socrate, à quoi l'oracle répondit qu'il n'y en avait aucun. Socrate, perplexe, et voulant réfuter l'Oracle, chercha aussitôt quelqu'un de plus savant que lui en discutant avec les personnes qui en ont la réputation. Dans un premier temps, il alla voir un homme politique, mais il fut surpris en se rendant compte que cet homme là ne possédait aucun savoir, contrairement à ce que l'on dit. Ensuite, il alla consulter les poètes, mais ces derniers non plus ne possédaient pas, aux yeux de Socrate, le savoir auquel ils prétendaient. Enfin, Socrate se rendit voir les hommes qu'il savait posséder un savoir : les hommes de métiers, les artisans, qui savaient tout du moins pratiquer leur métier. Sur ce point, il ne fut pas déçu, mais ces hommes, selon Socrate, pensaient connaître tant de choses là où ils n'en savaient rien, que Socrate dit ceci (traduction de Luc Brisson) : Ces bons artisans me parurent avoir le même défaut que les poètes : chacun, parce-qu'il exerçait son métier de façon admirable, s'imaginait en outre être particulièrement compétent aussi dans ce qu'il y a de plus important. Et cette prétention, me sembla-t-il, occultait ce savoir qui était le leur, si bien que, poussé par l'oracle, j'en vins à me poser la question suivante : ne serait-il pas préférable que je sois comme je suis, n'ayant ni leur savoir ni leur ignorance, plutôt que d'être comme eux, à la fois savant et ignorant ? Et, à moi-même comme à l'oracle, je répondis qu'il valait mieux être comme je suis. La conclusion de Socrate est donc, qu'effectivement, il n'y a personne de plus intelligent que lui, et, en cherchant à réfuter l'oracle, il n'a fait que confirmer sa parole. Cependant, lors de ses réfutations (qu'il poursuivra après avoir confirmé l'oracle, persuadé de s'être vu confier une tâche par Apollon), Socrate a froissé beaucoup de gens en leur démontrant qu'ils ne savaient rien. C'est donc l'origine de ces accusations : ces gens cherchent à se venger de Socrate et des gens qui ont souhaité l'imiter.
Réfutation : les nouveaux accusateurs (interrogatoire de Mélétos) Socrate va désormais répondre aux nouvelles accusations24b - 28a, donc à l'objet de son procès : « Socrate est accusé de corrompre la jeunesse et de reconnaître non pas les dieux que la cité reconnait, mais, au lieu de ceux-là, des divinités nouvelles. ». Pour ce faire, il va contre toute attente procéder à un interrogatoire de Mélétos, d'abord sur la corruption de la jeunesse (l'éducation) puis sur les « divinités nouvelles ». Cela permet à Socrate de procéder à une réfutation, et à l'ironie socratique.
Dans un premier temps, Socrate répond donc à la question de l'éducation24c - 26a. Il demande donc à Mélétos quelle est la personne qui rend les gens meilleurs. Sa réponse est que ce sont les lois, personnifiées par les juges. Socrate pousse le raisonnement de Mélétos, qui continue en avançant que les membres de l'assemblée, puis tous les citoyens rendent les gens meilleurs, excepté Socrate, qui fait remarquer à son interlocuteur l'absurdité de ce raisonnement. Ensuite, Socrate démontre à Mélétos qu'il est idiot de corrompre quelqu'un de son entourage (les jeunes appréciant Socrate, ils font donc partie de son entourage) car une personne corrompue, donc mauvaise, fera du mal à ses proches. Socrate ne corrompt donc pas la jeunesse.
Dans un second temps, Socrate va répondre à l'accusation qui veut qu'il ne reconnaisse pas les dieux de la cité, mais en introduise de nouveaux, et ainsi corrompe la jeunesse (c'est en tout cas l'interprétation qui en est faite)26a - 27e. Mélétos prétend que Socrate ne reconnaît « absolument aucun dieu », ce qui l'amène déjà à contredire le chef d'accusation. Puis Socrate lui démontre qu'il reconnaît bien des dieux en prenant le public pour témoin : il reconnaît qu'il existe des puissances démoniaques , et par conséquent qu'il existe des démons. Les démons étant des dieux, Mélétos est en totale contradiction avec lui-même, ce qui amène Socrate à prendre cette accusation pour une plaisanterie et à la tourner en ridicule.
Socrate a donc retourné les idées de Mélétos contre elles-mêmes et a démontré que l'accusation n'avait pas lieu d'être28a-b.
Digression : le mode de vie de Socrate Maintenant que Socrate a répondu aux accusations et a prouvé son innocence, il digresse et parle de ce qu'on aurait pu lui reprocher, c'est-à-dire, dans un premier temps, que son mode de vie (à savoir interroger les différents Athéniens pour leur montrer qu'ils ont tort) est un mauvais choix, car il se mettrait en danger28b - 31c. Socrate en tire une réponse concise et efficace : il commence par arguer que la tâche divine qui lui a été conférée vaut plus que la vie, et que le menacer de la lui ôter ne le refroidira pas car il continuera à la pratiquer. Puis il explique aux Athéniens que l'empêcher de réfuter les Athéniens (il entend par là en le condamnant à mort), n'est une bonne chose pour personne, mais que cela jouera surtout en défaveur des citoyens Athéniens, car il cherche à améliorer leur raisonnement.
Digression : l'inactivité politique de Socrate Socrate va désormais répondre à une autre accusation qu'on pourrait lui faire : il aurait dû prendre part à la vie politique athénienne31c - 34b. Socrate a deux justifications à proposer aux juges : d'une part, la voix divine qu'entend Socrate l'empêche de s'engager en paroles dans la politique, ce qui est selon le philosophe une heureuse chose, car, d'autre part, Socrate est convaincu que, s'il devient un homme public en politique, sa mort serait certainement plus rapide. Puis il prouve qu'il est en fait engagé politiquement, non en paroles, mais en actes, et a deux exemples pour le prouver : Socrate a été le seul a s'opposer à un jugement injusteCe jugement injuste est celui de condamner les "dix stratèges", des soldats qui n'avaient pas ramassé les cadavres de leurs confrères, ce qui était pourtant une obligation à l'époque. Ils furent jugés tous par un seul vote, non un par un, et c'est en ça que réside l'illégalité de la procédure, donc la raison pour laquelle Socrate se refuse à voter. Sur ces événements qui prirent place en -406, voir https://fr.linkfang.org/wiki/Bataille_des_Arginuses. , qui fut reconnu comme tel plus tard par les Athéniens, et plus tard, sous le régime des Trente, il a refusé de se soumettre à un de leurs ordres, parce-qu'il jugeait déraisonnable de s'y soumettre. Ces actes prouvent donc que Socrate agit pour le bien politique de la cité, bien qu'il ne manifeste pas bruyamment ses idées. Ce dernier point permet à Socrate d'insister sur le fait qu'il est discret et ne contraint personne à le côtoyer, donc de démontrer qu'il ne manipule ni ne corrompt la jeunesse, mais que cette dernière apprécie simplement sa compagnie.
Péroraison : Socrate ne va pas supplier les juges Socrate conclut son premier discours sur le fait qu'il ne va pas supplier les juges pour s'attirer leur pitié, car cela le décrédibiliserait34b - 35d : c'est selon lui une honte, et cela ruine la réputation de celui qui procède à cette triche. Puis il avance que ce n'est en aucun cas conforme à la justice : influer sur le choix des juges en les prenant par les sentiments, et non par la raison, n'est pas honnête. Les lois ayant un caractère sacré, cela n'est pas non plus conforme à la piété.