La peopolisation, pipolisation, peoplelisation ou encore (au Québec) vedettisation est la propension des médias à accorder de l’importance aux célébrités et personnalités (en dehors du monde du spectacle) de la politique et du sport en présentant leur vie privée au grand jour .

Définition La peopolisation peut désigner : la médiatisation, voulue ou non, de la vie privée d'une personnalité extérieure aux personnalités du monde du spectacle. On parle ainsi de la « peopolisation du politique » avec la multiplication dans la presse écrite et les médias d'information en général de sujets mettant en avant la personnalité et la vie privée des hommes politiques. Selon la BBC, « les critiques reprochent à la politique française de se peopoliser, en d'autres termes de devenir obsédée par l'image médiatique des responsables politiques plutôt que par le contenu des programmes politiques » French politics takes popular plunge - BBC News, 10 août 2006. ; l'utilisation à des fins médiatiques de l'image de personnalités célèbres par des associations, des entreprises ou des hommes politiques. En France, à la suite du soutien public apporté par les chanteurs Johnny Hallyday et Doc Gyneco, en , à Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2007, le quotidien Libération décrivait une « peopolisation de la campagne électorale » du président de l'UMP ; la tendance des médias généralistes à traiter de l'actualité des personnalités du show business et à aborder certains aspects de leur vie privée, au même titre que la presse spécialisée.

Origines du mot « Peopolisation » ou « pipolisation » — mot dérivé de la prononciation anglaise — est un néologisme dérivé de « people » (faux anglicisme pour personnage public, en anglais on parle de celebrities). On peut trouver aussi « peoplelisation ».

En France, le terme est apparu dans les années 2000 avec le développement de la presse people ou presse à scandale. Jusqu'alors, le terme de people ne s'appliquait qu'aux personnalités du monde du spectacle et aux médias spécialisés traitant de l'actualité de celles-ci. Il est désormais utilisé pour décrire aux moins deux phénomènes, l'un concernant la politique, l'autre les médias.

Au Québec, comme le mot people, le terme est peu répandu. L'Office québécois de la langue française recommande le mot « vedettisation ». Pour sa part, le Comité de terminologie de la Société Radio-Canada recommande plutôt l'emploi du terme « vedettarisation » pour désigner l’utilisation à des fins médiatiques de l'image de personnalités célèbres par des associations, des entreprises ou des hommes politiques (le terme « vedettisation » désigne plutôt l’action de faire accéder quelqu’un au rang de vedette).

La construction du mot, faisant appel au suffixe « -isation », reflète une pratique devenue relativement courante dans la néologie (voir balkanisation, aryanisation, starisation…). « Ces phénomènes sont souvent à la source de polysémies qui, même si elles sont intéressantes à analyser, ne sont pas sans semer la confusion dès lors qu'on isole le terme de son environnement événementiel », d'après l'analyse de la linguiste Maya Mady du Centre d’études et de recherches en terminologie arabe (CERTA)Site du Centre d’études et de recherches en terminologie arabe (CERTA). Ainsi le terme « peoplisation » pourrait désigner un processus devant déboucher sur une généralisation du phénomène de « politique people ».

Les diverses graphies du terme témoignent de sa nouveauté en 2007 et, sur le plan linguistique, montre qu'il s'insère mal dans les systèmes morphologique et orthographique du français. Si les néologistes ont raison et que la facilité d'intégration et de dérivation d'un terme nouveau sont indispensables à son implantation, la survie du terme n'est pas assurée.

« Peopolisation du politique » Modèle anglophone Dans les pays anglophones, le terme le plus proche de « peopolisation » est le concept de « Life politics ». Aux États-Unis d’Amérique et au Royaume-Uni, il s’agit d’un usage courant chez les responsables politiques qui communiquent aussi bien sur leur action publique que sur leur vie privéeJean-Marie Guéhéhenno, L’avenir de la liberté. La démocratie dans la mondialisation, Paris, éd. Flammarion, 1999, 222 pages. Dans le résumé du chapitre 8 de son essai, l'auteur décrit le développement d'une « nouvelle dialectique politique que sont les rapports entre secret et transparence, droit au respect de la vie privée et exigence démocratique de transparence. La distinction entre vie privée et transparence publique s’écroule quand activités privées et activités publiques se confondent. Si le pouvoir est multiforme, le contrôle lui aussi doit être multiforme. La volonté de transparence, née du souci de contrôler les gouvernants, doit cependant trouver ses limites, sous peine de dégénérer en tyrannie de tous sur chacun ».. Pour les élus, le but est d’apparaître sous un jour plus « humain », mais aussi de prouver qu’ils sont dignes de recevoir la confiance des électeurs dans la mesure où ils n’ont rien à cacher. En insistant sur l’homme au détriment des idées, ce phénomène a eu tendance à bipolariser le débat politiqueL'hebdomadaire Politis a consacré dans son édition du 9 décembre 2004 un dossier, intitulé De l’UMP au PS : la tentation américaine, sur la volonté de certains responsables politiques français de bipolariser le débat public autour de deux grands partis, à l'image du Parti démocrate et du Parti Républicain aux États-Unis d'Amérique. Présentation de l'article : « L'ascension de Nicolas Sarkozy a remis en évidence la tendance à l'« américanisation » de la vie politique française. Mais le nouveau président de l’UMP n'est pas le seul à aller dans cette direction. La tentation existe aussi à gauche. Au-delà du primat de la communication, cette tendance a un fort contenu politique qui repose sur l’idée que l'économie libérale s'impose désormais à tous, qu’elle ne peut plus être un axe de différenciation. D’où le rêve récurrent d'une bipolarisation à l’anglo-saxonne. »..

Tabou jusque dans les années 2000 En France, jusque dans les années 2000, la vie privée des responsables politiques n'est pas considérée comme pouvant nourrir le débat publicEva-Marie Goepfert, « Médias, politique et vie privée. Analyse du phénomène de peopolisation dans la presse écrite française », thèse en SIC, université Lyon 2, 2010. Les élus peuvent choisir, par exemple, d’exposer leur famille, de mettre en scène leur vie quotidienne ou leurs vacances pour les besoins d’un reportage.

C'est notamment le cas en 1974, lors de la campagne électorale pour l’élection présidentielle lorsque le candidat de l’UDF, Valéry Giscard d’Estaing, prit l’initiative de dévoiler une partie de sa vie privée afin de se défaire de son image de technocrate, (ou encore en 1992, lorsque Ségolène Royal invite les journalistes à la maternité afin de protester contre son remplacement au moment de son accouchement, et contre les discriminations dans leur travail des jeunes mères.). En cela, on peut noter l’influence des méthodes de communication anglo-saxonnes dans la politique françaiseDans un article daté du 23 août 2006 et intitulé, « Première campagne "à l'américaine" en France », le quotidien Le Monde détaille l'influence des méthodes de communication importées des États-Unis sur la campagne de Valéry Giscard d’Estaing : « La présence de sa femme, Anne-Aymone Giscard d'Estaing, au siège de la campagne et à plusieurs meetings, de même que ses affiches, sur lesquelles il apparaît avec sa plus jeune fille, Jacinte, donnent l'image d'un jeune père de famille dont le mode de vie et les soucis sont ceux des Français de 40 ans plutôt à l'aise. Ce style rappelle celui du président américain John Kennedy en 1960. Deux lieutenants de Giscard, le député Roger Chinaud et le préfet Charles-Noël Hardy, sont allés aux États-Unis pour étudier le marketing politique. Le directeur de L'Express, Jean-Jacques Servan-Schreiber, grand admirateur des États-Unis, devenu député de Meurthe-et-Moselle et président du Parti radical valoisien, a mené ce que le candidat a appelé, vingt-huit ans plus tard, la « partie américaine » de (sa) campagne. Servan-Schreiber a fait venir un ancien conseiller de Kennedy, Joseph Napolitan, dont Giscard minimisera le rôle. L'inspiration américaine est néanmoins reconnaissable dans l'utilisation de ce que l'on commence à appeler la communication politique. L'état-major giscardien est le premier à faire un usage systématique des sondages pour s'adapter aux réactions des électeurs. Les jeunes militants, arborant des T-shirts ornés du slogan « Giscard à la barre », sont très présents dans la campagne sous la direction, notamment, de Valérie-Anne, fille aînée du candidat. ». On peut noter toutefois que dans cette campagne de 1974, François Mitterrand fait également usage de sondages d'étude d'image (cf. Sylvie Colliard, La campagne présidentielle de François Mitterrand en 1974, Presses universitaires de France, Paris, 1979, 232 p. , ) et rectifie le tir en cours de campagne pour riposter à son adversaire : ainsi il fait participer son épouse Danielle à la première émission de la campagne officielle télévisée pour le second tour, et fait figurer en première page d'un document de campagne de second tour diffusé à plusieurs millions d'exemplaires une grande photo familiale, avec ses enfants et son chien devant la maison de campagne de Soustons..

Toutefois, les médias ne dévoilent alors pas sans leur accord les aspects les plus sensibles de la vie privée (enfants, divorce, décès d’un proche, pratiques sexuelles…) des politiques. Ce genre de traitement médiatique est réservé à des personnalités du Gotha et du monde du spectacle (exploitant leur propre image à des fins commerciales et non des idées philosophiques ou politiques) dans les limites du respect à la vie privée imposées par le droit français.

Contexte politico-médiatique français L'apparition du phénomène de peopolisation est liée aux nouveaux rapports établis entre médias et responsables politiques dans les années 2000. Ceux-ci se dessinent dans un contexte de méfiance, défiance, voire rejet de la classe dirigeante par une partie de l'opinion publique française et dans une période où les médias cherchent à élaborer de nouveaux concepts mêlant actualité et divertissement Dans un article daté du 18 avril 2002 intitulé « Le triomphe de la médiocratie », l'hebdomadaire L'Express dresse un bilan, en France, de l'influence des reality shows et de la téléréalité dans les médias. Le magazine décrypte notamment leurs effets en matière de communication politique : « Deux Français sur trois jugent que les hommes politiques sont éloignés de leurs préoccupations. En guise de réponse, ces derniers leur envoient des signes de proximité. C'est la mise en avant, par exemple, de leur vie privée qui vient combler un vide idéologique. Aujourd'hui, les ministres se battent pour aller sur les canapés du petit écran et n'hésitent plus à fréquenter les plateaux d'animateurs issus de la génération de la dérision, du nihilisme et de l'obscénité érigés en mode de pensée, au risque de s'y faire étriller, avec les encouragements appuyés de dirigeants de chaîne convaincus de tenir là le remède absolu à la baisse de l'audience. »..

Les politiques ayant de plus en plus de mal à faire passer leur message, ils vont notamment se tourner vers des émissions de divertissement télévisées, comme Tout le monde en parle, On ne peut pas plaire à tout le monde et Vivement dimanche afin de toucher un nouvel auditoire. Une partie des responsables politiques de gauche et de droite, des journalistes et des intellectuels décrivent alors une dérive médiatique dangereuse de la communication politique en France.