Persuasion est le dernier roman de la femme de lettres anglaise Jane Austen, publié posthumément en , bien que la page de titre soit datée de 1818. En France, il est paru pour la première fois en 1821 sous le titre : La Famille Elliot, ou L'ancienne inclinationNotice n°: FRBNF30973020 de la Bibliothèque nationale de France.

Le roman est regroupé en un volume double avec Northanger Abbey, le premier des grands romans de Jane Austen, écrit en 1803 mais resté non publié jusque-là. D'un ton plus grave que les œuvres précédentes de la romancière, il raconte les retrouvailles d'Anne Elliot avec Frederick Wentworth, dont elle a repoussé la demande en mariage huit ans auparavant, persuadée par son amie Lady Russell des risques de cette union avec un jeune officier de marine en début de carrière, pauvre et à l'avenir incertain. Mais alors que la guerre avec la France s'achève, le capitaine Wentworth revient, fortune faite, avec le désir de se marier pour fonder un foyer. Il a conservé du refus d'Anne Elliot la conviction que la jeune fille manquait de caractère et se laissait trop aisément persuader.

Outre le thème de la persuasion, le roman évoque d'autres sujets, tels que la Royal Navy, dont l'importance ici rappelle que deux des frères de Jane Austen y servaient, pour parvenir plus tard au rang d'amiral. Comme dans Northanger Abbey, la vie mondaine et superficielle de Bath – bien connue de Jane Austen – est longuement dépeinte, et sert d'arrière-plan à tout le second volume. Enfin, Persuasion marque une nette rupture avec les ouvrages précédents, par la chaleureuse attitude des personnages positifs qu'il met en scène, en fort contraste avec les héros souvent ternes, hautains ou peu cordiaux rencontrés auparavant, et dont le Mr Darcy de Orgueil et Préjugés est l'exemple extrême avant que son caractère intelligent, généreux et fort ne se révèle.

Écriture et publication Contexte Persuasion est le seul roman de Jane Austen qui a été écrit pendant la période même qu'il décrit, puisque, commencé en 1815 (le précisément, le jour où la population britannique dans son ensemble apprend le départ définitif de Napoléon pour l'exil à Sainte-HélèneJanet M. Todd, Antje Blank, , « Introduction ») pour se terminer le , alors que l'action commence au cours de l'été 1814 et se poursuit en 1815. En toile de fond se trouve donc la défaite française face aux forces alliées, l'abdication et l'exil de Napoléon à l'île d'Elbe en , et la signature d'un traité de paix avec la France le . Aussi, pour l'armée et la flotte anglaise, est-ce l'heure du retour en Angleterre, qui touche dans le roman l'amiral Croft et le capitaine Wentworth. Le court intermède des Cent jours, qui commence par l'évasion de l'île d'Elbe le , pour se terminer à Waterloo le , crée une brève inquiétude, qui se conclut finalement par une grande fierté nationale, teintée d'une certaine crainte des lendemains incertains qui attendent le paysJanet M. Todd, Antje Blank, , « Introduction ». De nombreux poètes – Robert Southey, William Wordsworth ou encore Byron avec son Napoleon's FarewellJanet M. Todd, Antje Blank, , « Introduction » (« L'Adieu de Napoléon ») – multiplient alors les poèmes à la gloire de Waterloo (Waterloo poems)Janet M. Todd, Antje Blank, , « Introduction ».

Cependant, le contexte personnel de Jane Austen à ce moment-là est plutôt sombre : en 1814, une action en justice est engagée contre Edward Knight, l'un de ses frères, pour lui contester la propriété du domaine de Chawton, y compris le cottage qu'il met à la disposition de sa mère et de ses deux sœurs ; ce n'est qu'après la mort de Jane Austen que l'affaire se conclut en faveur de son frère, la laissant vivre ses dernières années dans la crainte de se retrouver de nouveau sans domicileJanet M. Todd, Antje Blank, , « Introduction ». À l'automne de 1815, Henry Austen, le frère de Jane, est malade ; au printemps 1816, sa banque fait faillite, entraînant de sérieuses pertes financières pour plusieurs membres de la famille – dont Edward Knight – et, par contre-coup, pour la romancière, sa mère et sa sœur Cassandra. À cette même époque commence également la maladie qui cause la mort de l'écrivain au cours de l'été de 1817.

Achèvement du roman Le , Jane Austen commence le chapitre X du deuxième volume, et, le , appose le mot Finis (fin) en bas du chapitre XI. Mais elle est mécontente de son épilogue, qu'elle juge plat et insipide (tame and flat), comme le rapporte son neveu, James Edward Austen-Leigh. Elle reprend donc et étoffe la fin de l'ouvrage, le chapitre XI devenant alors le chapitre XII, pour achever l'œuvre définitivement le . Ces chapitres annulés de Persuasion constituent un cas uniqueJanet M. Todd, Antje Blank, , « Introduction », car ils sont les seuls des six grands romans de Jane Austen qui soient aujourd'hui détenus sous leur forme manuscrite originaleCes fragments se trouvent aujourd'hui au British Museum : voir à ce sujet , ratures et corrections comprises. À l'époque de Jane Austen, en effet, il n'était pas d'usage de conserver les manuscrits après la publication, et aussi bien les brouillons que les versions manuscrites au propre des grands romans de l'écrivain ont été détruits, les fragments de Persuasion ne devant leur survie qu'au fait qu'ils n'ont pas été publiés.

Titre Tout comme Northanger Abbey, dont le titre aurait dû être Susan, puis Catherine selon ce que l'on sait des intentions de la romancière, le titre sous lequel le roman est finalement publié, Persuasion, a sans doute été choisi par Henry Austen ; selon la tradition familiale en effet, Jane Austen en parlait comme de The Elliots. Toujours est-il que ce n'est qu'après la mort de Jane Austen, survenue le , que son frère fait publier les deux romans, à la fin du mois de (la date de 1818, sur la page de titre, résulte des impondérables des délais d'édition)Marilyn Butler, , « Introduction ». Northanger Abbey et Persuasion sont ainsi publiés ensemble par John Murray, en quatre volumes (deux par roman), pour la somme de 24 shillings.

Notice biographique de l'auteur La publication conjointe en 1818 de Northanger Abbey et de Persuasion est précédée d'une notice biographique sur l'auteur (). Écrite par Henry Austen et datée du , soit moins de cinq mois après la mort de sa sœur, cette notice revêt une grande importance : c'est tout d'abord un hommage chaleureux – bien que d'un ton plutôt hagiographique – rendu à la femme et à l'écrivain, qui donne au public des informations sur sa vie et ses derniers instants, sa personnalité, ses goûts, ses lectures favorites, ou encore la façon dont elle lisait ses œuvres, jamais aussi bien mises en valeur que par sa propre voix ().

Henry Austen y parle, par exemple, du goût de sa sœur pour le poète William Cowper, que l'on retrouve dans Persuasion au travers de la description des beautés naturelles des environs de Winthrop ou de Lyme Regis.

C'est aussi la première présentation de Jane Austen comme auteur, et comme auteur majeur digne de figurer dans une bibliothèque, « aux côtés d'une d'Arblay et d'une Maria Edgeworth » (), alors que sa réserve naturelle et ses doutes sur son propre talent avaient poussé toute sa vie l'écrivain à préserver le plus possible son anonymat. Cette notice, levant cet anonymat et la faisant connaître du public, reste la seule information biographique disponible sur l'auteur pendant plus de cinquante ans, avant que ne soit publié en 1870 A Memoir of Jane Austen, première biographie détaillée, écrite par son neveu James Edward Austen-Leigh.

Accueil critique

La publication simultanée de Northanger Abbey et de Persuasion est accueillie par trois critiques au printemps 1818.

Le British Critic tout d'abord, parle essentiellement du premier de ces romans, et n'accorde que bien peu de place au second, en disant qu'il est (« à tous égards une œuvre beaucoup moins heureuse que celle que nous venons d'examiner »). Si elle voit dans Persuasion « l'œuvre manifeste du même esprit et des passages de très grand mérite », cette publication, de tendance à la fois conservatrice et religieuse, lui reproche sa morale, « qui semble être que les jeunes gens se devraient toujours marier selon leur inclination et selon leur propre jugement... ».

De son côté, The Gentleman's Magazine partage cet avis sur les deux points : « Northanger Abbey [...] est décidément préférable au second roman, non seulement par les incidents qui sont contés, mais même par sa tendance morale ».

Le Edinburgh Magazine enfin, plus modéré dans son opinion, juge « le premier roman plus enlevé, et le second plus pathétique... On retrouve le même bon sens, le même bonheur et la même pureté dans les deux ».

Au début du encore, Persuasion reste le grand roman de Jane Austen le plus négligé par la critique (réévaluation de Persuasion, et de son approche, comparé à Pride and Prejudice).

Traductions françaises alt=Illustration en noir et blanc d'une scène clé|thumb|upright=0.8|Frontispice du tome II de La Famille Elliot, édition de 1828.

Persuasion fait partie, comme Mansfield Park des romans de Jane Austen les moins traduits en français :

La première traduction française est la d'Isabelle de Montolieu, publiée dès 1821 sous le titre La Famille Elliot, ou l'Ancienne InclinationHenri Plard, , « Postface ». de Montolieu justifie le changement de titre parce que Persuasion lui .

En 1882, traduit le roman sous le titre Persuasion, chez Hachette .

En 1980 Christian Bourgois réédite la traduction d'André Belamich, précédemment parue chez Edmond Charlot en 1945, sous le titre Persuasion.

Une traduction, par Pierre Goubert, préfacée par Christine Jordis, paraît en chez Gallimard, dans la collection folio classique. Elle comporte en annexe la traduction des chapitres supprimés.

En 2013 paraît une nouvelle traduction par Jean Paul Pichardie dans le tome II des Œuvres complètes de Jane Austen en Pléiade.

L'histoire

Contrairement aux précédents romans, tous édités en trois volumes, celui-ci a été écrit par Jane Austen en deux volumes de douze chapitres chacun, avec des correspondances subtiles entre les deux parties, comme l'arrivée de Wentworth, chaque fois au chapitre VII, par exemple.

Résumé

Volume I

thumb|left|upright=0.8|alt=Illustration. Une visiteuse debout, une jeune femme couchée sur un canapé|« Enfin, vous voilà ! », déclare à Anne sa sœur Mary, si malade, lui dit-elle, qu'elle peut à peine parler. (C. E. Brock, 1909).

Anne Elliot, beauté fanée et effacée de vingt-sept ans, est la seconde fille de Sir Walter Elliot, un baronnet veuf et vaniteux. Sa mère, une femme intelligente, est morte quatorze ans auparavant, en 1800Gillian Beer, , « Introduction » ; sa sœur aînée, Elizabeth, tient de son père la vanité de sa position. Sa plus jeune sœur, Mary, encline à se plaindre sans cesse, a épousé Charles Musgrove de , l'héritier d'un riche propriétaire des environs. Encore célibataire, sans personne dans son entourage qui soit digne de son esprit raffiné, Anne est en passe de devenir une vieille fille sans avenir.

Regrets du passé Pourtant, lorsqu'elle avait , elle était tombée amoureuse de Frederick Wentworth, mais s'était laissée persuader de rompre leurs fiançailles par les conseils de sa protectrice et amie, Lady Russell, qui lui avait fait valoir que cet officier de marine en début de carrière, ambitieux mais sans relations et à l'avenir incertain, n'était pas un parti digne d'elle.

Aujourd'hui, son père, qui connaît de sérieuses difficultés financières, doit louer sa propriété de Kellynch à l'amiral Croft pour aller vivre plus modestement à Bath. Pendant que Sir Walter et Elizabeth partent pour Bath, Anne s'installe un temps chez sa sœur Mary, non loin de Kellynch (chapitre VI).