vignette|Principe illustré de projection astrale. Dans le cadre de l'occultisme, on appelle corps astral l'un des sept corps dont les êtres humains sont constitués, superposé notamment au corps physique et au corps éthérique (voir Septénaire). Son nom vient de ce qu'il se compose de forces et de substances empruntées au plan astral. Selon certaines traditions ésotériques, il dispose d'organes suprasensibles nommés différemment, comme les fleurs de lotus ou chakras. Parmi les êtres vivant sur Terre, seuls les humains et les animaux en possèdent un. Uniquement perceptible grâce à la vision clairvoyante ou troisième œil, il est à l'intérieur des êtres vivants (à ne pas confondre avec le corps éthérique qui est à l'extérieur et animé d'une sorte d'aura parcourue de courants colorés et lumineux reflètant l'état psychique).

Synonymes selon Pierre A. RiffardPierre A. Riffard, Nouveau dictionnaire de l'ésotérisme, Payot, 2008, p. 69. : « âme sensitive » (chez Aristote), « corps-âme » (soul body chez Crookall), « corps de désir » (chez les hindouistes et les théosophistes), « corps émotionnel », evestrum (chez Paracelse), « force neurique » (dans le magnétisme animal), kâma-rupa (en sanskrit, « forme de désir »), première composante du linga-sharîra (« corps-signe »).

Histoire de la notion Dans l'Égypte ancienne, plusieurs égyptologues rapprochent l'âme ("ba") des anciens Égyptiens du corps astral des Occidentaux. Selon Christian Jacq, « l'initié égyptien prend conscience des neuf éléments essentiels de l'être : le corps [djet], image matérielle du grand corps céleste ; le ka, dynamisme créateur ; [l'âme], ba, possibilité d'incarner le divin sur cette terre ; l'Ombre [shut], reflet de la vérité ; l' akh, lumière de l'esprit ; le Cœur [ab], siège de la conscience ; le sekhem, puissance de réalisation ; le Nom [rèn], vérité ultime de toute création ; le sakh, corps spiritualisé. (...) »Christian Jacq, La sagesse égyptienne (1981), Pocket, 1997, p. 141. « Le ba a une totale liberté de mouvement et de déplacement ; il chemine entre ciel et terre, se sépare du corps momifié mais revient périodiquement vers lui, pour lui apporter la lumière qui relie tous les êtres. Le ba, au-delà de la mort, exerce toutes les fonctions : manger, boire, se rafraîchir sous un arbre, copuler, effectuer tous les types de déplacement. »Christian Jacq, apud Dictionnaire critique de l'ésotérisme, PUF, 1998, p. 197. Selon Valéry Sanfo, « nous pouvons considérer le ka comme correspondant au corps doublé éthéré, le ba au corps astral, le chu [sahu] au corps mental supérieur ou corps causal. »Valéry Sanfo, Les corps subtils, trad., Paris, De Vecchi, 2008, p. 106. Origine dans l'hindouisme : les corps subtils. Le corps astral de l'homme serait relié, selon la terminologie théosophiste au linga-sharîra (ou sûkshma-sharîra). L'expression linga-sharîra désigne, en fait, de façon plus générale, le « corps subtil ». Elle est issue des doctrines hindoues, en particulier du Védânta de Shankara (788-820), on la retrouve plus tôt dans les Sâmkhya-Kârikâ au II sBernard Bouanchaud, Les Sâmkhya-Kârikâ d'Isvarakrsna, Agamat, 1998.. La notion de « corps astral » en Occident correspondrait plutôt au kâma-sharîra, « corps de désir », au manomaya-kosha, « enveloppe de pensée », mental inférieur (manas). Ce « corps » est donc caractérisé principalement par le mental dit inférieur (sensations, émotions) et par le désir (souhaits, envies, libido...), mais il concerne aussi les rêves, les défunts, le dédoublement... « Différent de ce soi qui consiste en l'essence de l'énergie vitale [le prânamaya-kosha, l'enveloppe vitale, le corps éthérique], bien que situé à l'intérieur de l'enveloppe de celui-ci, se trouve un autre soi intérieur qui, lui, est fait de conscience, de matière mentale (manas). Oui, c'est par lui qu'est remplie l'enveloppe d'énergie vitale. Et ce Soi possède également la forme humaine, calquée sur celle de l'enveloppe d'énergie vitale. Les mantra [formules liturgiques] du Yajur-Véda sont bel et bien sa tête ; ceux du Rig-Véda sont son flanc droit ; ceux du Sâma-Véda, son flanc gauche ; la portion des Véda portant le nom de Brâhmana est son tronc ; les mantra “vus” par Atharvangiras, le Rishi [prophète des Véda], sont ses membres inférieurs et son support. » Taittirîya-Upanishad, (VII s. av. J.-C.).

Origine chaldéenne (néo-babylonienne) : la descente et la remontée astrale de l'âme. D'une part, c’est une vieille croyance orientale que les âmes, conçues comme matérielles, portent des vêtementsFranz Cumont, Les religions orientales dans le paganisme romain (1906), p. 282 ; Les Mystères de Mithra (1894-1900), t. I, p. 15.. D'autre part, les Babyloniens (selon W. Bousset), ou plutôt vers 600 av. J.-C. les néo-Babyloniens (selon Franz Cumont), défendent l'idée d'une remontée ou d'une descente planétaires. Les âmes, lors de l'initiation ou à la mort, traversent les sphères célestes et, à chaque passage, elles revêtent, comme une tunique, la vertu de cette sphère ou bien elles perdent ce vêtement. L'ordre babylonien des planètes est : « Jupiter, Vénus, Mercure, Saturne, Mars », et Jupiter et Vénus sont la paire bénéfique, Mercure est ambigu, Saturne et Mars sont les astres terribles (en Grèce : Saturne, Jupiter, Mars, Vénus et Mercure)Astrologie en Mésopotamie, Les dossiers d'archéologie, n° 191, mars 1994, p. 47, 50, 70.. On retrouvera cette théorie de la descente de l'âme chez les Mages de Perse, dans les Oracles chaldaïques (vers 170), dans le premier traité du Corpus Hermeticum, chez les gnostiques (Livre du Grand Traité initiatique, ou Les deux livres de Ieou), chez le néoplatonicien Porphyre de TyrPorphyre, Sentences, 29, édi. et trad. par Luc Brisson, Vrin, 2005, t. I p. 329 ; Fragments, 271 F, édi. par Smith, Teubner, 1933, p. 67-70., dans le judaïsme (Ascension d'Isaïe, II Énoch), dans le Coran (II, 29), dans les Mystères de MithraPierre A. Riffard, Ésotérismes d'ailleurs, Robert Laffont, coll. "Bouquins", 1997, p. 382-383..

Pré-notion chez Platon. « La théorie du corps pneumatique (ou astral) remonte à Platon, soit à des textes où il n'y a rien sur le corps astral, comme Phédon 113 d ; Phèdre, 247 b ; Timée, 41 e, 44 e, 69 c ; soit plutôt à Lois, X, 898 e »Édouard des Places, in Jamblique Les Mystères d'Égypte, Les Belles Lettres, 1966, p. 26. Platon, Lois, X, 898 e : « Le Soleil, la Lune, les autres astres, l’âme mène la ronde de toutes choses… L’âme qui mène le Soleil… Tout est plein de dieux… » Dans le Timée, Platon déclare qu'un dieu loge chaque âme dans chacune des étoiles fixes (41 e), pas dans les planètes ; les astres sont dieux dans la mesure où ils sont mus d’un mouvement régulier éternel (immortel = divin) et que ce mouvement implique la présence en eux d’une âme raisonnable immortelle (Phèdre, 246 c).

Rationalisation chez Aristote. Dans son traité De l'âme, (vers 330 av. J.-C.), Aristote distingue quatre grandes fonctions ou facultés (dynameis) ou formes de l'âme (psyché), qui marquent les étapes d'un développement de l'âme. 1) La faculté nutritive, ou « âme nutritive », est la capacité d'assimiler les éléments extérieurs. Elle appartient à tous les vivants, plantes et animaux, qui croissent ; elle est groupée avec la faculté reproductrice, fonction de procréation. 2) La faculté sensitive apparaît chez les seuls animaux, avec les sens (du plus bas au plus haut : le toucher, le goût, l'odorat, l'ouïe, la vue), la perception du plaisir et de la douleur, le désir, puis - pour l'homme - l'imagination et le bon sens (l'homme sent qu'il sent et discrimine les diverses sensations). 3) la faculté motrice, ou appétitive, fait que les animaux les plus parfaits peuvent se mouvoir pour satisfaire leurs besoins. 4) La faculté pensante, la raison, l'intellect (noûs), n'appartient qu'à des êtres « comme l'homme et tout être de cette sorte ou supérieur, s'il en existe » (De l'âme, II, 3, 414 b 18). - L'âme sensitive et l'âme appétitive, souvent groupées en âme faite de sensations, de désirs et mouvements (De l'âme, III, 10, 433 b 10-11), ressemblent assez au corps astral.

Selon les traités I (Poimandrès) et XII du Corpus Hermeticum (100-300), lors de sa naissance chaque âme revêt le vice de la planète qu'elle traverse, et en sens inverse, à la mort, chaque âme doit, pour son salut, remonter, acquérir la vertu de chaque planète. L'âme, qui n'était qu'intellect (noûs) se charge des propriétés de chaque planète et, dans la région infralunaire, elle s'enveloppe de souffle (pneûma), de sorte qu'elle parvient dans un corps physique. L'ordre suivi est l'ordre chaldéen : Lune (croissance), Mercure (malice), Vénus (désir), Soleil (commandement), Mars (témérité), Jupiter (richesse), Saturne (mensonge)Corpus Hermeticum, traité I : Poimandrès, § 25, trad. du grec par André-Jean Festugière, Les Belles Lettres, 1945-1954, t. I, p. 15-16 ; traité X.. L'âme astrale s'appelle véhicule (), tunique (), enveloppement, vêtement ().

Développement chez les néoplatoniciens. Dans les Oracles chaldaïques (vers 170), influencés par le moyen-platonisme, on retrouve la théorie imaginée en Babylonie selon laquelle, dans sa descente du ciel vers la terre, l’âme prend une part de l’éther, du Soleil, de la Lune et de tout ce qui flotte avec l’air, c’est-à-dire des souffles, esprits (pneúmata) André-Jean Festugière, Études de philosophie grecque, Vrin, p. 480.. Le néoplatonicien Plotin y fait allusion (Ennéades, IV, 4, 32 ; II, 2, 2). Le philosophe Jamblique (Les Mystères d’Égypte, IV, 13) appelle « souffle » (pneûma, ), véhicule (ochêma, ) de l’âme, cet esprit quand il descend du monde intelligible dans le monde sensible. Proclos en traite dans ses Éléments de théologieProclos, Elements of Theology, édi. par Eric Robertson Dodds, Oxford, p. 313 : "The Astral Body in Neoplatonism". Voir Proclos, Commentaire du Timée, Vrin, t. III p. 237, t. II p. 164. Marinus, Vie de Proclus, Les Belles Lettres, p. 68.. Il admet trois constituants dans l’être humain : le corps, le véhicule, l'âme. Synésius a aussi son concept de corps astralR. C. Kissling, "The ) of the neoplatonicians and the ‘De Insomniis’ of Synesius of Cyrinth", American Journal of Philology, XLIII, 1922..

Marsile Ficin le décrit comme « le médian entre le corps et l'âme », de la nature de l'étherMarsile Ficin, Les trois livres de la vie (1489), III, 21 : Opera omnia, p. 563. Voir D.-P. Walker, La magie spirituelle et angélique. De Ficin à Campanella (1958), Dervy, 1988.. Le « véhicule de l'âme » (vehiculum animae) est un petit corps très délié et très lumineux, mais pas astralMarsile Ficin, Théologie platonicienne, VII, 6 : Opera omnia, p. 177. Il est sphériqueMarsile Ficin, Théologie platonicienne, XVIII, 4 : Opera omnia, p. 404..