August Friedrich Ferdinand von Kotzebue, né à Weimar le et mort assassiné à Mannheim le , est un juriste, dramaturge et polémiste conservateur dont l'assassinat conduit à la promulgation des décrets de Karlsbad dont le but était de surveiller et refréner le mouvement unitaire et libéral allemand (1800-1848).
Biographie
Jeunesse August von Kotzebue est né le au , aux portes de Weimar, dans le Grand-Duché de Saxe-Weimar-Eisenach. Cette propriété est la résidence principale de ses parents, membres de la Famille von Kotzebue, une famille de la noblesse germano-balte d'origine saxonne, composée de négociants et de conseillers de région. Il est le fils du major (1727-1761), originaire de Brunswick et de Anna "Christine" Krüger (1736-1828). Son père, conseiller ducal de la légation de Weimar et agent de la duchesse Anne-Amélie de Brunswick, meurt quelques mois après sa naissance.
August von Kotzebue passe une partie de sa jeunesse au Gelber Schloß, puis à Weimar même, dans une maison de la . Il fréquente le , où enseigne notamment Johann Musäus, son oncle maternel, de par son mariage avec Juliane Krüger, sœur de sa mère.
En 1776, le jeune August von Kotzebue fait une apparition en tant qu'acteur. On le voit sur la scène du théâtre de Weimar lors de la première de Geschwister, en français Fratrie, pièce de Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) , en présence de l'auteur; August von Kotzebue tient le rôle du facteurcf Gerhard Schulz: Die deutsche Literatur zwischen Französischer Revolution und Restauration. Teil 1 Geschichte der deutschen Literatur von den Anfängen bis zur Gegenwart. Begr. von Helmut de Boor .... Bd. 7, Teil 1, Das Zeitalter der Französischen Revolution: 1789–1806. 2., neubearb. Aufl., C. H. Beck, München 2000, S. 472..
En 1777, il passe son baccalauréat à 16 ans et commence des études de droit à l'université d'Iéna, qu'il poursuit à Duisburg et termine en 1780. Avant de s'installer comme avocat à Weimar, mais pour une courte période .
Grâce à l’influence du comte von Görtz, ancien prince-éducateur, Maitre du Palais de la cour de Weimar et ambassadeur de Prusse auprès de la cour de Russie, August von Kotzebue devient secrétaire du gouverneur-général de Saint-Pétersbourg.
En 1783, il est nommé assesseur à la Cour suprême de Reval, capitale de l’Estonie, où il se marie avec la fille du lieutenant-général russe, d'origine germano-balte, Friedricke von Essen (1763-1790). Ceci lui permet d'être élevé dans l'aristocratie russe en 1785. La même année, il devient président de la magistrature de la province d'EstlandCorrespondant en partie à l'Estonie actuelle.
Premiers ouvrages À RevalActuelle Tallinn, August von Kotzebue acquiert vite une bonne réputation avec ses premiers romans, Die Leiden der Ortenbergischen Familie, en français « Les souffrances de la famille d'Ortenberg » (1785) et Geschichte meines Vaters, en français « Histoire de mon père » (1788), confortée par ses pièces Adelheid von Wulfingen (1789), Menschenhass und Reue, en français « Misanthropie et Repentir » (1790) et Die Indianer in England, en français « Les indiens en Angleterre » (1790). Toutefois cette bonne impression est presque aussitôt fortement hypothéquée par la publication, également en 1790, d'une satire dramatique extrêmement cynique, Doktor Bahrdt mit der eisernen Stirn, en français « Docteur Bahrdt, homme à l'esprit étriqué » sur la couverture duquel paraît le nom de Knigge, son contemporain, connu pour son recueil de bonnes manières.
En 1790, August von Kotzebue perd prématurément sa femme "Christine", morte en couche âgée de 27 ans. De ce mariage sont nés cinq enfants: Wilhelm Friedrich "Fritz" von Kotzebue (1785–1813), Otto von Kotzebue (1878-1846) et (1789-1861), Christel et enfin Karoline Friederike Hélène (1790).
August von Kotzebue se remarie en 1794 avec Christine Gertrud von Krusenstern (1769–1803). De cette untion naitront cinq autres enfants: Amalie "Emmy" Sophie Frederike (1795–1866), Elisabette "Betty" Emilie (1797–1883), August Julius (1799–1876), Paul Demetrius (1801–1884) et Luise "Louisa" (1803–1804).
Il quitte d'abord l'Empire de Russie et séjourne à Paris et Mayence et en 1795 il acquiert un domaine près de Reval dans lequel il s'installe et se consacre à l’écriture.
En trois années, il publie six volumes d'essais et de romans, Die jüngsten Kinder meiner Laune (1793-1796), en français, « les dernières conséquences de mes actes », mot à mot, les plus jeunes enfants de ma trempe, et plus de vingt drames, dont la majorité furent traduits en plusieurs langues européennes. thumb|right|Portrait de Kotzebue à la bibliothèque d'État de Weimar, par Heinsius
Auteur et metteur en scène En 1798, August von Kotzebue accepte la fonction de dramaturge au théâtre de la cour à Vienne, mais, des divergences avec les comédiens qu'il n'arrive pas à surmonter, l'obligent bientôt à démissionner.
Il revient alors à Weimar, sa ville natale, mais se brouille avec Goethe, dont il critique depuis un certain temps ouvertement l'école romantique. Sa position devient bien évidemment intenable et honni de tous, il lui faut repartir.
En , il retourne ainsi à Saint-Pétersbourg, mais il est arrêté dès son entrée sur le territoire russe: soupçonné de jacobinisme, il est aussitôt exilé à Tobolsk puis Kourgan en Sibérie. Fort heureusement, la parution d'une comédie qui flatte la vanité de l’empereur Paul , Der alte Leibkutscher Peters III, le vieux cocher de Pierre III, lui permet d'obtenir sa grâce. Il est alors rapidement conduit à Saint-Pétersbourg, il est pourvu en dédommagement de ses déboires, d'un domaine appartenant aux terres de la Couronne en Livonie, l'actuelle Lettonie, assurant sa subsistance et nommé directeur du théâtre allemand de la capitale. De cette palpitante épopée, il écrira une œuvre autobiographique Das merkwürdigste Jahr meines Lebens, L'année la plus étrange de ma vie.
À la mort de Paul en 1801, August von Kotzebue retourne en Allemagne et essaie une nouvelle fois de s’installer à Weimar. Toutefois, le souvenir de ses attaques contre Goethe et le Romantisme y étant encore vivace, les milieux littéraires le rejettent.
Sans espoir de réussir le moindre projet à Weimar, il est contraint de repartir, d'autant plus qu'il perd sa seconde épouse en 1803, également prématurément après avoir mis cinq autres enfants au monde. En 1804, il se marie une troisième fois avec Wilhelmina Friederike von Krusenstern (1778–1852) qui lui donnera huit enfants : Karl "Charles" Ferdinand Constantin Woldemar (1805–1896), Adam Friederich Ludwig (1806–1807), Friedrich Wilhelm (1808–1880), Georg (1810–1875), Wilhemine Friederike (1812–1851), Wilhelm Basilius Vasile (1813–1887), Alexander Ferdinand Wilhelm Franz (1815–1889) et Edouard (1819–1852).
August von Kotzebue repart et s'installe à Berlin. Il y publie un Almanach dramatischer Spiele, zur geselligen Unterhaltung auf dem LandeCet « Almanach des pièces dramatiques, pour le divertissement social dans le pays » était un recueil de trois à six drames, publié au rythme d'un volume par an. Il parut de 1803 à 1820. , qui paraîtra de 1803 à 1820. Et associé à Garlieb Merkel (1769-1850), il édite l'hebdomadaire Der Freimüthige oder Berlinische Zeitung für gebildete, unbefangene LeserEn allemand moderne, Der Freimutige, en français « l'audacieux, journal berlinois pour lecteurs cultivés et impartiaux », qui paraîtra de 1803 à 1807. Tous deux se plaisent à pourfendre Goethe et les Romantiques, mais l'aventure est de courte durée. En 1806, les deux hommes se disputent si bien que Merkel continue seul à publier la revue.
Retour à Riga Avant même la victoire de Napoléon aux batailles d'Iéna et d'Auerstedt en 1806, qu'il critique âprement, August von Kotzebue retourne à Riga par prudence. L'occupation napoléonienne de Berlin le confortera dans sa décision. Depuis son domaine en Livonie, il publie plusieurs articles satiriques contre Napoléon dans ses journaux trimestriels Die Biene, en français, l'abeille et Die Grille, le grillon.
Durant les années qui suivent, August von Kotzebue publie un certain nombre de romans et de drames ainsi que des ouvrages historiographiques critiques sur le plan social dont il était très fier : une histoire savante de l'ordre teutonique, basée sur des études d'archives (Preußische Geschichte, Histoire de Prusse, 1808) et une histoire didactique de l'Empire (Reichsgeschichte, Histoire de l'Empire, 1814-1815). Toutes deux resteront toutefois inachevées. À la suite de cela, à partir de 1815, il devient membre étranger de l'Académie des sciences de Russie à Saint-Pétersbourg en 1815.
Contexte historique Après Waterloo, le Congrès de Vienne siège de à pour remodeler les états européens, tous traumatisés par la révolution française de 1789 et l'épopée napoléonienne. En lieu et place de l’État national espéré par les démocrates, les princes allemands œuvrent à la restauration de l’ordre monarchique. Ils s'accordent pour instaurer la Confédération Germanique (1815-1866), composée de 37 Principautés et quatre Villes Libres. Unique organe commun, l’Assemblée confédérale - le futur « Bundestag », siège à Francfort-sur-le-Main, sous présidence autrichienne. En dépit de la lourdeur de ses mécanismes institutionnels, la Confédération Germanique sera longtemps stable.
Tandis qu’une série d’États du centre et du nord de l'Allemagne se doteront d’une constitution, la Prusse et l’Autriche rejetteront systématiquement l’introduction de constitutions dans les territoires sous leur domination jusqu’en 1848.
Consul général de Russie
En 1816, August von Kotzebue entre dans le ministère des affaires étrangères à Saint-Pétersbourg et en 1817, il est envoyé en Allemagne en tant que Consul Général de la Russie, avec un salaire confortable de 15 000 roubles.
Critiques du libéralisme et du nationalisme allemands August von Kotzebue se relance dans le monde littéraire, avec le Literarisches Wochenblatt, en français, hebdomadaire littéraire publié à Weimar où la liberté de la presse est garantie. Affichant des opinions ouvertement réactionnaires, il s'en prend aux universités allemandes avec leurs Burschenschaften, les corporations estudiantines, il dénigre les Turnverbände, associations de gymnastique, foyers révolutionnaires, ainsi que le libéralisme politique : il se moque de Friedrich Ludwig Jahn, gymnaste et nationaliste vénéré par les étudiants, il bat en brèche les prétentions à la démocratie et ridiculise les idéaux du mouvement national allemand.
Lors de la fête de la Wartburg de 1817, son Histoire de l'Empire est même l'objet d'un autodafé symbolique par les membres de la corporation TeutoniaL'aversion que lui voue désormais la jeunesse allemande est telle qu'un de ses ouvrages est même brûlé symboliquement par des membres de la Burschenschaft Teutonia lors de la première fête de la Wartbourg, le ., ce qui l'incita à déménager à Mannheim.
Assassinat August von Kotzebue est à ce point détesté que des étudiants de l'Université de Tübingen, membres de la Teutonia, corporation estudiantine militant pour les libertés civiques, fomentent un attentat. L'adresse de son domicile, carré A 2, bloc 5, à Mannheim n'est pas difficile à trouver puisque l'un des fils du polémiste, August Julius (1799–1876), en est membrecf Peter Kaupp (Bearb.): Stamm-Buch der Jenaischen Burschenschaft. Die Mitglieder der Urburschenschaft 1815–1819 (= Abhandlungen zum Studenten- und Hochschulwesen. Bd. 14). SH-Verlag, Köln 2005, , S. 102. Le , l'un des comploteurs, Karl Ludwig Sand, étudiant en théologie, frappe à sa porte. Lorsqu'August von Kotzebue ouvre la porte, il s'écrie « Hier, du Verräter des Vaterlandes! », « voilà pour toi, traître de la patrie! » et le poignarde mortellement sous les yeux de son plus jeune fils, Alexandre, 4 ans. thumb|right|Sépulture de Kotzebue.