thumb|260px|Les pyramides de Gizeh L'art architectural en Égypte antique désigne les pratiques architecturales qui avaient cours pendant plus de trois millénaires de cette période. Cette durée particulièrement longue invite à considérer non pas une architecture, mais des architectures égyptiennes, dont les différences sont à la fois imputables aux évolutions technologiques de cette civilisation et aux aléas historiques multiples. Bien que les vestiges conservés soient à dominante culturelle et funéraire, les habitations ou constructions utilitaires ont un intérêt architectural certain.

Bien que les influences culturelles et mythologiques soient lisibles dans cette architecture, elle correspond avant tout à des réponses pragmatiques aux problèmes posés par l'environnement, la technique et les matériaux utilisés par les anciens égyptiens. Les connaissances scientifiques des bâtisseurs égyptiens, dans la plupart des cas purement expérimentales, ont permis de construire tout en tenant compte des propriétés réelles ou supposées des matériaux utilisés.

Même si l'Histoire nous a laissé quelques noms d'architectes de l'époque de l'Égypte antique, il est très difficile - voire impossible -, de faire correspondre à certaines constructions un architecte, et encore plus difficile de connaître quelles étaient leurs prérogatives.

Matériaux et ressources

L'architecture pratiquée par les anciens Égyptiens est fortement tributaire des différents matériaux utilisés. On a souvent insisté sur le fait que la pierre était un matériau réservé à l'édification des temples et édifices royaux, pourtant, bien que son emploi soit marginal, elle est également utilisée dans l'architecture citadine comme seuil de porte, base de colonnes, etc. La brique, quant à elle, était le matériau de prédilection pour l'ensemble des constructions qui n'étaient pas a priori destinées pour durer (ainsi l'érosion fait qu'il n'existe que très rarement des vestiges de l'architecture civile comme à Amarna, protégée de l'érosion, car recouverte par les sables), mais également pour la construction d'échafaudages et de rampes, accompagnant l'ensemble du processus d'édification.

Pierres

Le grès

L'emploi du grès pour la construction tend à se généraliser sous la et restera le matériau de construction le plus employé jusqu'à la fin de la domination romaineJ-C. Goyon et al., .. Il est extrait des carrières du Gebel Silsileh, à au sud de Louxor. Il est employé, dans l'architecture cultuelle, pour tout type de structure.

Le calcaire

Massivement employé pendant l'Ancien et le Moyen Empire, le calcaire est remplacé par le grès après la . Les lieux d'exploitation principaux du calcaire égyptien sont : Tourah, Ma'asara, toutes deux situées au sud du Caire, Al-Minya en Moyenne-Égypte, Cheikh Abd el-Gournah et El-Dibabiya dans les environs de ThèbesJ-C. Goyon et al., .. Le calcaire utilisé dans les constructions fut bien souvent utilisé comme pierre à chaux à partir de l'époque romaine, expliquant l'état de délabrement, voire la disparition complète, des monuments construits avec ce matériau.

La calcite

La calcite est souvent appelée albâtre, à tort. L'aspect translucide de ce matériau, ainsi que sa fragilité toute particulière, en a limité l'utilisation à des parties particulières du temple. Elle est extraite des carrières de l'ouadi Gerrawi, de Beni Suef ou de Beni Hassan.

Le granite rose

La dureté du granite lui a valu une utilisation massive comme seuil de portes ou obélisques. Son utilisation est également fréquente pour la statuaireJ-C. Goyon et al., .. Les sources de granite rose sont principalement Assouan jusqu'à l'époque romaine, puis les carrières du Mons Claudianus.

Le quartzite

Le quartzite est une pierre principalement utilisée pour la statuaire ou de gros éléments comme les piliers. Le seul monument connu entièrement réalisé en quartzite est la Chapelle rouge d'HatchepsoutJ-C. Goyon et al., .. Cette pierre est extraite des carrières du Gebel Ahmar, près du Caire et à proximité d'Assouan.

La pierre de Bekhen

La métapélite est souvent appelée grauwacke, silstone ou schiste vert et n'est utilisée que pour des ouvrages monolithiques comme statues ou sphinx. Elle est extraite du Ouadi Hammamat.

Autres matériaux

Briques en argile dites briques crues.

Architecture cultuelle

Les origines

Les premiers lieux de culte de l'Égypte antique semblent être de simples alignements de pierres ayant quelques rapports avec l'observation des cycles solaires. De tels alignements ont été retrouvés à NabtaR. H. Wilkinson, . et dateraient de 6000 à 6500 ans avant notre ère.

D'autres découvertes dans des sites plus récents montrent une évolution de l'architecture vers -3500. D'après les vestiges de Hiérakonpolis, il semble en effet que les premiers sanctuaires égyptiens aient été réalisés à l'aide de bois. Déjà, les principaux symboles comme les oriflammes étaient présents.

L'évolution pendant les premières dynasties vignette|Le complexe pyramidal de Djéser à Saqqarah

L'observation des premiers complexes funéraires d'Abydos ou de celui de Djéser à Saqqarah permettent de restituer l'organisation générale des temples des premières dynasties. En règle générale, une enceinte rectangulaire est percée de portes à l'extrémité d'un de ses côtés, par lesquelles on accède au complexeR. H. Wilkinson, .. Cette structure est bien visible à Saqqarah, au complexe de Djéser.

C'est grâce aux complexes funéraires que l'on peut retracer l'évolution de l'architecture des temples égyptiens. Effectivement, agrandissements et remplacements des premiers temples par des souverains plus tardifs rendront les observations directes de monuments très anciens rares.

vignette|gauche|200px|Le temple bas de Khéphren à Gizeh Quoi qu'il en soit, un important changement a lieu pendant cette période : les constructions qui autrefois se faisaient en briques crues se font alors en pierre de taille. Les blocs du complexe funéraire de Djéser sont relativement petits et rappellent la période de transition entre la maîtrise des gros volumes de pierres et celle des petits volumes de briquesH. Stierlin, .. Il est probable que cette modification se soit faite après la prise de conscience des Égyptiens de la fragilité des briques non cuites et l'affirmation d'une religion dans laquelle la conservation du corps pour l'éternité est une des composantes importantes.

Une fois le principe de la pyramide adopté par les souverains égyptiens comme monument funéraire, les techniques de construction se modifient et les Égyptiens de l'époque apprennent alors à manier de plus gros volumes. Si ces volumes se retrouvent très bien dans les dalles des chambres de décharge de la pyramide de Khéops, mais également dans les voûtes de soutien des pyramides à texte, ils n'y sont pas moins présents dans les temples proprement dits. Ainsi, les temples bas et haut de la pyramide de Khéphren sont-ils faits d'énormes monolithes en guise de piliers.

Le Moyen Empire ou l'élaboration de l'élégance

vignette|gauche|150 px|Le reposoir de la barque ou Chapelle blanche de vignette|Temple de à Deir el-Bahari

Comme l'art de l'époque, la construction du Moyen Empire atteint des sommets. Sous , le temple prend une forme plus rigoureuse, marquée par la symétrie par rapport à l'axe principal de l'édificeR. H. Wilkinson, .. La chapelle blanche est sans doute l'exemple absolu de l'architecture cultuelle de l'époque, grâce à la finesse de sa décoration et de son architecture. L'époque n'en est pas moins ouverte à de nouvelles formes, comme le complexe mortuaire de à Deir el-Bahari qui voit l'apparition des colonnades et du plan incliné, ainsi que la création des premiers spéos. Globalement, les portiques se généralisent puisqu'on en retrouve d'une part à Deir el-Bahari, mais également à KarnakL. Gabolde, ..

C'est également pendant cette période que le temple de Karnak prend de l'importance puisqu'on y retrouve de nombreuses constructions, notamment les fondements du temple actuelL. Gabolde, préparant ainsi le terrain aux souverains du Nouvel Empire qui feront de Karnak leur principal lieu de travaux.

Cette période de mutations s'éteint dans les troubles, mais prépare à l'éclat du Nouvel Empire.

Le Nouvel Empire

Étant une période de prospérité, le Nouvel Empire permet aux souverains de se consacrer à la construction de temples et de monuments. Le chantier de prédilection de ces souverains est sans aucun doute Karnak, qui sera agrandi durant presque toute cette période. D'un point de vue architectural, on assiste à l'élaboration du temple typeR. H. Wilkinson, . comprenant :

un pylône, déjà utilisé dans les complexes funéraires de l'Ancien EmpireR. H. Wilkinson, ., dont la façade est ornée d'oriflammes et précédée ou non par : une paire d'obélisques un dromos une cour péristyle une salle hypostyle un reposoir de la barque un sanctuaire ou Naos des dépendances, à savoir : entrepôts habitations des prêtres greniers, etc.

La domination de l'Égypte se faisant de plus en plus importante en Nubie, de nouveaux monuments y sont construits. En Égypte même, de nouvelles techniques de construction apparaissent, puisque la chapelle rouge est le premier exemple de bâtiment préfabriqué de l'histoireLa chapelle rouge sur osirisnetCh. Desroches Noblecourt, .. Les spéos sont de plus en plus présents pendant cette période.

L'épisode amarnien

La période amarnienne voit se construire des temples d'un type différent. Contrairement aux temples classiques où la plupart des pièces sont couvertes, le temple amarnien est presque intégralement à ciel ouvertH. Stierlin, .R. H. Wilkinson, .. De plus, afin de construire rapidement de grands monuments, ce sont des pierres de petite taille qui sont utilisées pour la construction : les talatates.

Organisés principalement autour d'autels, en raison des particularités du culte d'Aton, les temples amarniens tels que la « Maison du disque solaire à Akhetaton » prennent des dimensions impressionnantes compte tenu du temps réduit de leur construction. Les autels étaient répartis dans des « enclos » de taille variable, mais toujours à ciel ouvert.

Un style particulier de porte se généralise également pendant cette période : des portes dont le linteau est composé de deux parties disjointesH. Stierlin, ..

L'époque ramesside

Particularisée par l'importance du nom parmi les souverains, cette période est extrêmement importante du point de vue architectural. Bien que le pouvoir politique tente d'effacer toutes les traces de l'épisode amarnien, les constructions, et notamment le registre iconographique, en gardent de nombreuses traces. Les grands chantiers se concentrent alors à Thèbes où les nombreux temples funéraires font de la rive ouest un ensemble architectural important, tandis que Karnak reçoit toujours les agrandissements successifs des différents souverains. AbydosH. Stierlin, . également, avec le temple de , lieu de culte osirien, est un excellent exemple de la beauté des créations ramessides.

L'archétype du temple égyptien d'époque ramesside est le temple de Khonsou à Karnak. La rigueur de la construction, et notamment de l'agencement, est également omniprésente dans les temples funéraires de cette époque. Lieux de culte divin avant tout, ces monuments suivent les règles, qui semblent alors immuables, de l'architecture du temple de cette époque. Le temple est alors bien souvent accompagné d'un palais, dont le rôle n'est pas encore bien précisCollectif, Pharaon, Exposition présentée à l'Institut du monde arabe, Flammarion, , article de Pierre Tallet.

L'influence grecque

vignette|Le temple d'Edfou, archétype du temple ptolémaïque