Gatsby le Magnifique (titre en anglais : ) est un roman de l'écrivain américain Francis Scott Fitzgerald (1896-1940). Publié en 1925 aux États-Unis, il a été traduit en français à partir de 1926 sous ce titre (hormis la retraduction de 2011 intitulée Gatsby). L'histoire se déroule à New York dans les années 1920. Il est souvent décrit comme le reflet des années folles dans la littérature américaine.
Il figure à la dans la liste des 100 meilleurs romans de langue anglaise du établie par la Modern Library en 1998 The Modern Library : 100 Best Novels.
Historique
Publié le , il est édité à , mais il atteint difficilement les en , à la mort de Fitzgerald. Dès 1925, le livre est retiré des librairies pour défaut de lecteurs.
Le , Maxwell Perkins, directeur littéraire aux Éditions Charles Scribner’s Sons, écrit à Fitzgerald :
Quoi qu'il en soit, je crois que nous pouvons être sûrs que sitôt le tumulte et les vociférations de la foule des critiques et des échotiers apaisés, Gatsby le Magnifique s'imposera comme un livre tout à fait extraordinaire. Peut-être n'est-il pas parfait ! Mais mener à la perfection le talent d'un cheval somnolent est une chose, et c'en est une autre de maîtriser le talent d'un jeune et sauvage pur-sangCorrespondance entre F. Scott Fitzgerald et Max Perkins. F. Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique, Le Livre de poche, ..
Le livre est réédité en 1934, et le tirage de exemplaires rencontre le même insuccèsCorrespondance entre F. Scott Fitzgerald et Max Perkins. F. Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique, Le Livre de poche, & 232.. Pendant la crise des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale, il tombe pratiquement dans l'oubli. Dans les années 1950, il est à nouveau réédité, et trouve alors, rapidement, un grand cercle de lecteurs.. Durant les décennies suivantes, il devient un texte couramment étudié dans les lycées et les universités du monde entier.
Dans une lettre destinée à Maxwell Perkins en , F. Scott Fitzgerald indique qu'une de ses nouvelles, Rêves d'hiver, écrite en 1922, à 26 ans, est comme , notamment par les thèmes abordés, de ce romanF. Scott Fitzgerald and Matthew J. Bruccoli, ed., The Short Stories of F. Scott Fitzgerald, "Winter Dreams," New York: Scribner's, 1989. .. Un passage de cette nouvelle est d'ailleurs repris dans Gatsby le Magnifique, celui de la description de la maison de l'héroïne..
Synopsis Raconté par un voisin devenu son ami, le roman tourne autour du personnage de Gatsby, jeune millionnaire charmant au passé trouble qui vit luxueusement dans une villa toujours pleine d'invités. Par certains aspects, le livre peut paraître une critique complexe de la bourgeoisie, de son opulence et de sa superficialité, où chaque personnage est prêt à tout pour parvenir à ses fins.
Nick Carraway, un jeune homme américain du Midwest atteignant la trentaine, se rend à New York pour travailler dans la finance comme agent de change. Par hasard, il trouve à louer une petite bicoque à Long Island, zone résidentielle très huppée et snob de la banlieue new-yorkaise. Sa demeure, presque invisible, est située dans West Egg entre deux énormes et luxueuses villas. De là, la vue est imprenable sur East Egg, l'endroit le plus cossu et sélect de toute la zone. C'est là qu'habitent Daisy, sa cousine germaine, et le mari de celle-ci, Tom Buchanan, issu de la même promotion que Nick à l'université Yale.
Nick se rend un soir chez les Buchanan, sur invitation de Daisy. Tom, beau et riche colosse, mais quelque peu bourru, paraît végéter auprès de Daisy, laquelle semble tout autant s'ennuyer avec son mari. Elle passe le plus clair de son temps avec son amie, Jordan Baker, joueuse de golf professionnelle.
Tom, peu de temps après, demande à Nick de l'accompagner pour lui présenter sa maîtresse, Myrtle Wilson, femme d'un garagiste sur la route qui relie New York à Long Island. Nick, témoin de l'inconstance de Tom, de l'enlisement du couple qu'il forme avec Daisy, n'aurait guère d'intérêt à fréquenter les Buchanan s'il n'y avait le rapprochement de plus en plus sensible avec la belle Jordan. Celle-ci s'étonne qu'il ne connaisse pas Gatsby puisqu'il habite West Egg, comme elle, et qu'on ne parle que de cet homme à la richesse fabuleuse.
Gatsby est justement son voisin. C'est lui qui possède l'immense maison (inspirée de Beacon Towers.) très animée qui occulte celle, misérable, de Nick. Gatsby donne fréquemment des réceptions somptueuses, qui accueillent des centaines de convives. Mais qui est Jay Gatsby ? D'où vient-il ? Que fait-il ? Les rumeurs les plus folles circulent sur son passé et sa fortune, même au sein de sa propre maison. C'est ce que Nick brûle de découvrir lorsqu'un jour il reçoit une invitation pour passer la soirée chez Gatsby. Une incroyable histoire va lier Nick, Tom, Gatsby, Jordan, Myrtle et Daisy pendant cet été 1922…
Personnages Jay Gatsby : c’est un jeune millionnaire vivant dans une débauche de luxe et qui aime étaler sa richesse pour éblouir les autres. Il organise dans son grand manoir des fêtes grandioses qui attirent des centaines de convives, mais il reste souvent en retrait lors de ces réceptions et semble méprisé par ses invités, qui font courir les plus folles rumeurs sur son passé. On apprend au fil du roman qu’il est issu d’une famille de fermiers pauvres et que sa fortune est vraisemblablement fondée sur des activités criminelles, notamment la contrebande d’alcool. Gatsby est obsédé par l’argent mais il est surtout dévoré par les sentiments qu’il éprouve pour Daisy, qu’il a connue cinq ans plus tôt, mais qui lui a échappé pendant qu’il était mobilisé à la guerre. C’est un amour obsessionnel. Gatsby est prêt à tout pour la reconquérir et cette passion devient dévorante, au point de le rendre inconsolable. Il mourra dans l’indifférence générale de ceux qui l’ont connu.
Nick Carraway : c’est le narrateur du roman et on suit aussi sa propre histoire dans ce livre. C’est un jeune homme, originaire du Minnesota (Middle West), qui s’est installé à New York comme agent de change. Il est honnête et tolérant, aime la littérature. Il sert souvent de confident et va se trouver mêlé à la vie de Gatsby, qui devient un vrai ami. Dans ce livre, Nick apparaît comme un observateur lucide de la société de l’époque, de la superficialité de la bourgeoisie et du pouvoir de l’argent sur les rapports humains.
Daisy Buchanan : c’est une lointaine cousine de Nick et c’est l’épouse de Tom Buchanan. Elle est belle et riche (elle vient d’une famille aisée), courtisée par de nombreux officiers dont Gatsby. Elle est attachée à sa vie de luxe, mais ne semble pas heureuse dans sa vie de couple avec son mari Tom. Elle apparaît comme froide et distante.
Tom Buchanan : c’est le riche mari de Daisy. Il est brutal, arrogant et souvent hypocrite, raciste, sexiste et n’hésite pas à tromper sa femme avec Myrtle. Il utilise sa richesse pour contrôler et dominer les autres. Lorsqu’il apprend la liaison entre sa femme et Gatsby, il réagit avec indignation.
Jordan Baker : c’est l’amie de Daisy. Cette belle jeune femme est golfeuse de haut niveau.
Georges Wilson : Il est garagiste, habite sur la route qui mène vers New York, un endroit pauvre et dévasté. Sa femme Myrtle est la maitresse de Tom Buchanan. Tous deux représentent l'espoir d'ascension sociale : Georges par le dérisoire commerce qu'il espère entretenir grâce aux voitures de Tom Buchanan ; Myrtle par la relation adultère qu'elle entretient avec le même Tom.
Analyse
Nostalgie Ce livre raconte l’histoire de Gatsby qui essaie de remonter le temps et de reconquérir Daisy, la jeune femme qu’il a rencontrée cinq ans plus tôt, avant d’être mobilisé pour la Grande guerre. Le jeune millionnaire semble idéaliser les moments qu’il a vécus avec elle et voudrait faire revivre ce passé, toujours présent dans son esprit. C’est une passion dévorante qu’il éprouve, qui l’empêche d’avoir d’autres projets. Il pense que Daisy quittera son mari pour l’épouser lui, son ancien amant, et il espère même retourner vivre avec elle à Louisville, la ville où ils se sont rencontrés.
Daisy aussi aime Gatsby et paraît comme bouleversée lorsqu’elle le revoit, cinq ans après leur séparation. Mais au moment où son mari devient menaçant, lorsqu’il comprend ses sentiments pour Gatsby, elle choisit de rester avec lui, préférant la sécurité de sa vie présente.
L’idée du temps qui passe et la nostalgie sont aussi présentes chez le narrateur Nick, notamment le jour de ses trente ans. Célibataire, il se voit déjà vieillir n’est guère optimiste sur sa future vie conjugale, et surtout, il est acerbe quant aux éléments de réussite de tous ceux qui, venant du middle west comme lui, ont réussi sur la côte est. Dans les dernières pages, après la mort de Jay Gatsby, il exprime un profond désarroi au sujet de ce que devient tout le pays, trois siècles après l'arrivée des premiers immigrants.
Portée sociologique Gatsby offre une perspective sur la société américaine des roaring Twenties. Les personnages proviennent chacun de milieux sociaux différents et se trouvent enchevêtrés dans des configurations sociales multiples. Michael Löwy a étudié le phénomène de consommation ostentatoire dans le roman.
Certains ont notamment souligné la question de la mobilité sociale abordée par le roman; ; ., et symbolisée dans le roman par la traversée du "chemin de cendre" où vivent Georges et Myrtle Wilson. En économie, la courbe de Gatsby, qui montre une corrélation entre un niveau d'inégalité sociale élevé et une mobilité intergénérationnelle faible, porte le nom du personnage principal de Gatsby le Magnifique. Le roman a par ailleurs fait l'objet d'analyses économiques.
Rôle culturel Le roman a été analysé comme l'une des grandes oeuvres littéraires américaines. Elle a connu à ce titre des interprétations diverses selon les époques.
Traductions Versions Il existe plusieurs traductions du roman en françaisVoir la notice d'autorité Fitzgerald sur IdRef et ses liens vers les fiches du Sudoc. :
Gatsby le magnifique, traduction de Victor Llona ( version), 1926, éd. S. Kra (alias Le Sagittaire). Gatsby le magnifique, traduction de Victor Llona ( version), 1946, éd. Grasset (et Le Sagittaire en poche) ; rééd. Livre de Poche, 1962. Gatsby le Magnifique, traduction de Michel Viel, 1991, Lausanne : L'Âge d'homme. Gatsby le magnifique, traduction de Jacques Tournier ( version), 1996, Grasset. Gatsby le magnifique, traduction de Jacques Tournier ( version), 2007, Grasset. Gatsby, traduction de Julie Wolkenstein, 2011, P.O.L. Gatsby le Magnifique, traduction de Philippe Jaworski, 2012, La Pléiade et Folio. Gatsby, traduction de Jean-François Merle, 2013, Pocket. Gatsby le Magnifique, traduction de Michel Laporte, 2013, Hachette. Gatsby le Magnifique, traduction de Éric Coutelle, 2014, Galand.
Chaque nouvelle version a donné lieu à divers débats, comparaisons et critiques dans la presse, souvent en utilisant comme support les premières et dernières phrases du roman (voir ci-dessous).
Traductions de l'incipit À titre d'exemple, voici comment sont traduites, selon ces versions, les deux premières phrases du roman, « »
1926 : « Quand j'étais plus jeune, ce qui veut dire plus vulnérable, mon père me donna un conseil que je ne cesse de retourner dans mon esprit : / — Quand tu auras envie de critiquer quelqu'un, songe que tout le monde n'a pas joui des mêmes avantages que toi. » (trad. Victor Llona, version) 1946 : « Quand j'étais plus jeune, c'est-à-dire plus vulnérable, mon père me donna un conseil que je ne cesse de retourner dans mon esprit : / — Quand tu auras envie de critiquer quelqu'un, songe que tout le monde n'a pas joui des mêmes avantages que toi. » (trad. Victor Llona, version)