vignette|300px|Pourcentage de morts (masculins) par guerre, pour différentes sociétés humaines. Le graphique compare des tribus amazoniennes et de Nouvelle-Guinée avec les États-Unis et l'Europe au . Le ratio homme/femme et le ratio guerrier/civil varient également considérablement parmi les morts de guerre, selon les époques et les cultures. vignette|Francisco de Goya, Desastre de la Guerra.

L'expression « séquelles de guerre » désigne les conséquences différées, aux échelles locales ou globales, dans l'espace ou dans le temps des actions de guerre. Cette notion diffère de celle de dommages de guerre qui ne couvre et concerne qu'une partie de ces séquelles.

Ces séquelles sont de natures variées, dites et non-dites. On en distingue souvent quatre grandes catégories ; économique, humaines et médicales, culturelles et environnementales, ci-dessous décrites. Dans l'Anthropocène, les enjeux écologiques et climatiques deviennent indissociables des dynamiques géopolitiques et sécuritaires.

Archives et séquelles de guerre Les archives jouent un rôle majeur en termes de mémoire. Une partie de ces séquelles n'a cependant simplement pas été archivée, en raison des situations d'urgence et du contexte de guerre puis d'après guerre. De nombreux documents et preuves ont en outre disparu lors des conflits. Puis au moment de la reconstruction, la priorité n'est pas à l'archivage, (alors que parfois même le papier et les moyens de filmer, photographier et enregistrer manquent).

Ensuite, les archivistes se trouvent confrontés à une brutale augmentation du nombre et de la masse de documents très variés, souvent relatifs aux dépenses et travaux de reconstruction, et aux dommages de guerreRobert Favreau, « Les archives des dommages de guerre… », art. cité, . et au lent processus de reconstruction. Ils n'y sont pas préparés ainsi, l'un d'entre eux répondait à une interview : Réponse à l’enquête de 1927-1928 citée anonymement par Robert Favreau, « Les archives des dommages de guerre 1914-1918 et 1939-1945 », art. cité, .. Ces archives sont en France souvent classées dans la série R (documents militaires), mais peuvent parfois être trouvées dans d'autres séries, par exemple relatives au transport, à la santé, l'urbanisme, Dans les départements de la Zone rouge dont en Meuse, les services chargés de contrôler et accompagner la reconstruction à partir de 1919, ADN Meuse Répertoire numérique de la Série R / Affaires militaires et organismes du temps de guerre (1800-1940), par Adeline Barb Sylviane Delaby Danielle Hédin Régine Petitjean, Archives départementales de la Meuse..

Géographie des séquelles de guerre Elle comprend les zones et territoires stratégiques directement touchés par les combats, mais aussi des territoires distants (répartis dans le monde entier lors des guerres mondiales) concernés par les effets indirects (touchés par les morts, les blessés au combat et les séquelles psychiques), par des accidents liés à la production de guerre (explosions d'usines ou trains de munitions carte postale tirée d'un cliché daté du présentant l'explosion d’un train de munitions en gare de Clermont-Ferrand, bien loin du front. Cliché pris de Cébazat à 3 heures du matin ; collection Louis Saugues. par exemple), par des faillites commerciales ou au contraire par l'avènement d'industries de guerre (armes, munitions…) qui ont bouleversé les économies locales.

Durant la Grande Guerre, à l'image de la zone rouge en France, selon Daniel Hubé (2020). du BRGM, . Longtemps après les guerres, les armes et munitions (dont munitions non explosées, immergées ou exportées hors des zones habitées et cultivées) continuent à tuer ou polluer, loin des zones de combats. Les axes et lieux de transports, de décharges et d'accidents, maritimes y compris pour les épaves Xenius (2019) Un danger qui vient de la mer - L'héritage toxique de la 2e Guerre mondiale, disponible en ligne du 28/03/2019 au 25/06/2019. et munitions immergées sont aussi concernés.

Séquelles économiques droite|vignette|260px|Un aspect de Stalingrad après la bataille.

Elles ont été parmi les premières à faire l'objet d'évaluations, notamment après l'invention du PIB, mais sont en réalité difficiles à quantifier.

Les guerres semblent doper les économies mais si elles enrichissent les secteurs de l'armement et de la production utile aux armées, elles ruinent d'autres secteurs, détruisent des ressources naturelles (forêt notamment, par exemple en France ou les armées allemandes et alliées ont surexploité certains massifs pour les besoins de guerreYann Hodicq (de la Commission départementale d'histoire et d'archéologie du Pas-de-Calais), L’exploitation des massifs forestiers du nord de la France par l’armée britannique, Chemins de mémoire.) accélèrent le recours aux ressources non renouvelables, et endettent durablement les États.

Les industries stratégiques, l'accès aux ressources énergétiques et les infrastructures font par ailleurs, quand elles ne peuvent être récupérées à l'ennemi, l'objet de destructions systématiques, souvent coûteuses et polluantes dont les coûts sociaux-environnementaux sont d'évaluation délicate et récente, sous l'impulsion de l'ONU et d'ONG notamment.

Séquelles médicales et sociopsychologiques vignette|Génocide au Rwanda.Photo Sascha Grabow. vignette|Génocides et guerres civiles causent des traumatismes extrêmes et indicibles, rendant l'apaisement (résilience) particulièrement difficile.

On peut distinguer les séquelles de guerre suivant leurs effets, d'ordre physique, médical ou bien d'ordre psychique, psychiatriqueMarie Derrien (2015) « La tête en capilotade» Les soldats de la Grande Guerre internés dans les hôpitaux psychiatriques français. Thèse / Université Lumière Lyon 2 ; Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes ; École doctorale Sciences sociales 483 ; Soutenue le 21 novembre 2015. et/ou sociopsychologique.

Certaines blessures sont des deux ordres, comme le fait d'avoir souffert de la faim ou de carences alimentaires ou de tortures. et certaines pathologies ont des origines mal comprises (paralysies générales constatées lors de la Première Guerre mondiale par exemple)Roger Mignot, Alix Joffroy, La paralysie générale, Paris, Doin, 1910. Roger Mignot, Ludovic Marchand, Manuel technique de l’infirmier des établissements d’aliénés, Paris, Doin, 1912.Roger Mignot, « L’évolution de la paralysie générale chez les officiers combattants », La Presse médicale, , 1917, ..

On peut aussi distinguer les séquelles suivant qu'elles ont laissé un effet immédiat, comme celles acquises lors d'un combat, ou selon qu'elles ont laissé une blessure apparue à moyen ou long terme.

vignette|260px|De nombreux soldats et civils conservent des séquelles physiques des suites de blessures de guerre, malgré les efforts des personnels soignants. Ici, un électro-aimant inventé pour extraire les éclats de métaux de l'intérieur des yeux ; dans une ambulance chirurgicale spéciale conçu par le lieutenant Julien pour la croix rouge et les armées alliées afin de traiter les intoxications par les gaz, l’œil, l'oreille, le nez et de la gorge (29 mai 1918).

Des séquelles psychiques acquises au champ de bataille ou durant la guerre Ce sont notamment les effets de choc liés à la violence des combats, qui ont connu des sommets lors de la Grande Guerre (.

Ce sont aussi divers syndromes et troubles comportementaux de guerre notamment observés par exemple dans les conflits longs ( 1914-1918) et complexes ( après la guerre d'Afghanistan), des effets de moyen et court termes avec les séquelles médicales ou les traumatismes sociopsychologiquesGuillemain Hervé et Tison Stéphane, Du front à l'asile. 1914-1918, Paris, Alma, 2013.. La non-reconnaissance par le vocabulaire même de la médecine de guerre de certaines souffrances peut aggraver certains traumasSophie Delaporte, Le discours médical sur les blessures et les maladies pendant la Première Guerre mondiale, Thèse de Doctorat, Université de Picardie, 1999..

Des séquelles de moyens et long termes

Des séquelles traumatiques gravesLouis Crocq, Les traumatismes psychiques de guerre, Paris, Ed. Odile Jacob, 1999, 422 p. dites et non-dites, moins mesurables que les effets physiques des blessures peuvent persister des années (trouble de stress post-traumatique), et parfois sur plusieurs générations.

C'est par exemple le cas après les vols et spoliations, les violsStéphane Audoin-Rouzeau, L'enfant de l'ennemi 1914-1918, Aubier, Paris, 222 p. et avortementsLe Naour, Jean-Yves ; Valenti Catherine, Histoire de l’avortement – , L’Univers Historique, Seuil, mars 2003. de femmes, l'enrôlement d'enfants ou de jeunes combattantsAudoin-Rouzeau Stéphane, La guerre des enfants (1914-1918). Essai d’histoire culturelle, Paris, A. Colin, 1993. et les trauma subis par les enfants..., le veuvagePetit Stéphanie, Les Veuves de la Grande Guerre, d'éternelles endeuillées ?, Paris, Éditions du Cygne, 2007, 166 p., les séquelles psycho-sanitaires d'opérations chirurgicales effectuées dans de mauvaises conditions, les déplacements forcés de soldats et d'esclaves (déportés civils ou militaire, prisonniers de guerreBecker Annette, Oubliés de la grande guerre. Humanitaire et culture de guerre 1914-1918. Populations occupées, déportés civils, prisonniers de guerre, Paris, Noesis, 1998, 405 p.). Le retour des soldats traumatisés ou des couples séparés et changés par la guerre peut aussi être difficileVidal-Naquet Clémentine, « Imaginer le retour. L’anticipation des retrouvailles chez les couples pendant la Grande Guerre »..

L'impossibilité de deuil en l'absence de corps, d'injustices flagrantes (fusillés pour l'exempleNicolas Offenstadt, Fusillés pour l'exemple ? Les exécutions de la Grande Guerre dans l'espace public 1914-1999, Paris, Odile Jacob, 1999.) ou le transfert de restes humainsBéatrix Pau-Heryries, Le transfert des corps des militaires de la Grande guerre ; Étude comparée France-Italie (thèse dirigée par J.-C. Jauffret), université de Montpellier III. peuvent également être très traumatisants pour les prochesJean-Claude Jauffret, « La question du transfert des corps 1915-1934 », Traces de 14-18, Actes du colloque de Carcassonne, Les Audois, 1997, ..

La démobilisation par la honte, la perte de confiance en soi ou en la société. La folie ou certaines formes de déni peuvent être des freins à la réintégration dans une vie normale, conséquences d'opérations psychiquement insupportables (torture, expérimentations médicales de guerre). Certaines formes d'avancement ou de détournement scientifique et technologiqueAnne Rasmussen, « Mobiliser, remobiliser, démobiliser : les formes d’investissement scientifique en France dans la Grande Guerre », dans 14-18 Aujourd’hui, today, heute, numéro « Le sabre et l’éprouvette. L’invention d’une science de guerre 1914-1939 », Paris, Éditions Noesis, 2003, . ( armes chimiques, bactériologiques, nucléaire…)Anne Rasmussen, « Réparer, réconcilier, oublier : enjeux et mythes de la démobilisation scientifique, 1918-1925 », numéro « Sorties de guerre au », Histoire@politique, , novembre-décembre 2007.,

Certains auteurs ont montré chez le grand public l'apparition après la "victoire" d'une désillusionJean-Yves Le Naour, "Les désillusions de la libération d'après le contrôle postal civil de Lille (octobre 1918-mars 1919)", Revue du Nord, tome LXXX, , avril-juin 1998, . et d'une Yaël Dagan, La NRF entre guerre et paix (1914-1925), Paris, Tallandier, 2008, 427 p. Version remaniée de sa thèse dirigée par C. Prochasson et soutenue en 2005 : La Nouvelle Revue française de la guerre à la paix, 1914-1925, mobilisations et démobilisations culturelles, EHESS, 2005.John Horne, « Introduction » à « Démobilisations culturelles après la guerre », 14-18 ; Aujourd’hui, Today, Heute, , 2002, .. La victoire ou la défaite sont aussi suivie d'une forte hausse du nombre de veufs, veuves, orphelins et "handicapés de guerre" que la société doit prendre en charge.