Yves Félix Marie Guillou, plus connu sous le nom d'Yves Guillou, Yves Guérin-Sérac, (alias Jean-Robert de Guernadec, alias Ralf), né le à Ploubezre (Côtes-d'Armor) et mort le au Revest-les-Eaux (Var), est un militaire puis activiste anti-communiste français, animateur de la fausse agence de presse Aginter Press, hébergé par le Portugal de Salazar.
Alors officier de l'armée française, il avait pris part à la guerre d'Indochine (1946-54), la guerre de Corée (1950-53) et la guerre d'Algérie (1954-62). Durant cette dernière, Yves Guérin-Sérac fut membre de la parachutiste de choc (« »), bras armé du service action du SDECE. La fiabilité de cette source est cependant discutée': voir The Journal of Intelligence History, Volume 5, Number 1 été 2005.. Ayant rejoint l'OAS, il se réfugie après les accords d'Évian en Espagne, où Franco l'engage pour combattre l'opposition. Il partit ensuite pour le Portugal de Salazar.
Officier dans l'armée française (1947-1962) vignette|257x257px|Yves Guillou, alias Yves Guérin-Sérac, durant la guerre d'Algérie. Yves Guérin-Sérac est incorporé pour le service militaire le . Du au , il suit une formation d'élève-officier de réserve à l'école militaire de Cherchell (Algérie) puis le cours d'officier de réserve à l'EAABC de Saumur du au . Il est promu au grade d'aspirant le de la même année.
Il est nommé chef de peloton au RSA (Régiment de spahis algériens) à compter du . Promu sous-lieutenant de réserve le , il se porte volontaire quelques mois plus tard pour combattre en Corée.
La guerre de Corée Devenu officier de réserve en situation d'activité (ORSA) à partir du , il arrive en Corée le . Il est nommé le à la tête de la section de la compagnie du Bataillon français de Corée.
Il est cité à l'ordre du corps d'armée et décoré de la Croix de Guerre des Théâtres d'opérations extérieures pour sa bravoure lors des combats de janvier et .
Lors des combats du , il est blessé par des éclats de grenade, ce qui lui vaut une seconde citation à l'ordre du corps d'armée.
Il est de nouveau cité à l'ordre de la division pour son action lors des combats de juillet et . C'est sa troisième citation. À la même occasion, il est décoré de la Silver Star américaine.
Le , il reçoit en récompense le Combat Infantryman Badge, décerné par l'armée américaine.
Du 6 au , le bataillon français participe à la bataille pour défendre Arrow Head Hill, ce qu'il fait au prix de lourdes pertes. Pour sa bravoure lors de cette action, Guérin-Sérac est décoré de la Bronze Star américaine. Pour les mêmes faits, il reçoit également une quatrième citation à l'ordre de l'armée (une palme).
Guérin-Sérac est promu lieutenant de réserve en situation d'activité (ORSA) le , avant d'être blessé une seconde fois par des éclats d'obus de mortier le .
La guerre de Corée se termine en tandis qu'Yves Guillou a été rapatrié en France. Il obtient son brevet parachutiste à Pau le 3 (brevet n° 83 504) au sein de la compagnie du RIPC (Régiment d'infanterie parachutiste de choc). Il est par ailleurs également breveté nageur de combat après un stage de formation sur la base navale de Saint-Mandrier près de Toulon.
La guerre d'Indochine Muté à la compagnie du BPC (Bataillon de parachutistes coloniaux) comme chef de section, il se retrouve en opération en Indochine. Il a entre temps été nommé lieutenant d'active le .
Le BPC participe à l'opération Castor en .
Toutefois, la compagnie de Guérin-Sérac sera la seule du bataillon qui ne sautera pas sur la cuvette de Dien Bien Phu durant le siège.
En , le BPC participe à diverses opérations dans les régions de Hadong, Tien Lu, Son Lo, Tho Lao, Gia Tuong, Co Dien, Yen Ha, Bac Ninh, Son Tay, Tourane, Qua Gian, Dong Hoi, RC1 et RP 2.
Les 23 et , alors que la guerre d'Indochine s'est terminée le par les accords de paix Genève, le BPC fait mouvement par air sur Saigon ou il s’installe provisoirement à Baquéo. Il restera à Thu Duc jusqu’à son rapatriement, poursuivant l’instruction.
Le lieutenant Yves Guérin-Sérac prend en le commandement de la compagnie du BPC.
En , aux ordres du capitaine Ferrano, le BPC embarque en unité constituée sur le paquebot Nantes et rentre en France.. Le BPC est ensuite dissous le .
La guerre d'Algérie gauche|vignette|245x245px|Défilé de la 11e DBPC le 11 novembre 1957. Le lieutenant Yves Guérin-Sérac est tout à gauche de la photo, visage en partie coupé. Promu capitaine le , Yves Guérin-Sérac est alors en poste à Calvi (Corse), au sein du BPC ( Bataillon parachutiste de choc, à ne pas confondre avec le Bataillon de parachutistes coloniaux), lequel fait partie de la DBPC ( Demi-Brigade Parachutiste de Choc), créée le .
La DBPC envoie en Algérie un groupement de marche (le GM-11.DBPC) dont fait partie Guérin-Sérac qui commande le Commando à Oran. Le capitaine Guérin-Sérac est décoré en pour ses actions contre les rebelles du FLN : il reçoit la Croix de la valeur militaire avec citation à l'ordre de la division.
L'OAS (1962-1963) En permission en France métropolitaine du 3 au , il ne rejoint pas son unité en Algérie à l'issue de sa permission. Il est déclaré déserteur le . En désaccord avec la politique du général de Gaulle qui s'apprête à donner l'indépendance à l'Algérie, Yves Guérin-Sérac entre dans la clandestinité au sein de l'OAS. C'est à cette époque qu'il prend son surnom de Guérin-Sérac.
En tant que membre de l’OAS, il est condamné par contumace, en , à 3 ans de prison.
Après l'échec de l'OAS, Guérin-Sérac choisit de continuer la lutte et s'envole pour l'Espagne puis le Portugal en 1963.
Chef de l'Aginter presse (1966-1974) Selon un rapport du SDECE daté de 1974, Yves Guérin-Sérac a gagné le Portugal en 1963 grâce à des officiers portugais rencontrés durant la guerre d'Algérie, où ils s’étaient rendus pour se documenter sur les méthodes de guerre anti-subversive de l’armée française contre le FLN..
Dans un premier temps, Yves Guérin-Sérac aurait été instructeur au profit de la Légion portugaise et des unités contre-insurrectionnelles de l'armée portugaise.
Origines de l'Aginter presse Par la suite, dans un rapport daté d' et complété par un second rapport de , Yves Guérin-Sérac propose à la PIDE (les services de renseignement du régime de Salazar) de constituer une organisation qui mènerait une activité de renseignement contre les adversaires du Portugal, une activité d’action psychologique dans les pays étrangers, et enfin des opérations de représailles.
Ce projet finit par aboutir en : Yves Guérin-Sérac créé à cet effet à Lisbonne l'Aginter Press, officiellement une agence de presse. Sous couvert d’une activité d’agence de liaison et de lutte contre la pensée communiste dans le monde, Aginter presse, qui publie des bulletins d’information, va mener en réalité des activités occultes et contre-subversives, étroitement liées aux services de renseignement occidentaux. L’Aginter presse possède en outre une branche politique clandestine, « Ordre et Tradition » également appelée OACI.
Les mercenaires recrutés par Yves Guérin-Sérac se revendiquent pour beaucoup de l'OAS, d'autres proviennent de la Waffen-SS ou sont des activistes néonazis et néofascistes européens..
Les missions de l'Aginter presse sont de trois types. Le premier consiste en une action publique d’information, basée sur des échanges avec des agences de presse étrangères anticommunistes. Le deuxième secteur vise à mener des actions de contrôle, d’information et d’espionnage. Le troisième domaine est celui de l’action armée anticommuniste.
Le mercenariat Aginter Presse possède une branche politique clandestine, « Ordre et Tradition », basée à Johannesburg. Celle-ci possède elle-même une branche armée secrète dénommée « Presenza Occidentale », qui étend ses ramifications en Afrique (à Salisbury, Luanda, Bissau) et en Europe (Lisbonne, Madrid, Hamburg, Vienne et Malmoe). Sa mission principale réside dans l’enrôlement de mercenaires, recrutés principalement parmi les membres d’organisations d’extrême droite ou des anciens combattants. Les centres d’entraînement aux opérations de sabotage et de guérilla sont localisés dans le sud du Portugal et en Afrique du Sud, notamment à Windhoek.
Actions en Afrique Dans un premier temps, l’action de l’Aginter presse – Ordre et Tradition est essentiellement tournée vers les colonies portugaises d’Outre-Mer. Selon un rapport daté de 1994 du SDCI (les services de renseignement de l'armée portugaise), « les plans des agents de l’Aginter incluaient la liquidation de dirigeants, infiltration ou interception de collaborateurs et provocateurs et utilisation de faux mouvements de libération ». Outre Yves Guérin-Sérac, le rapport du SDCI portugais identifie plusieurs des membres de l’organisation : Robert Leroy, l'un des principaux bras droits de Guérin-Sérac, Guy d’Avezac de Castera, Jean Vallantin, Jean Guillou (frère de Guérin-Sérac), Jean-Denis Raingeard de la Bletière, Jean-Marie Laurent [dit Lafitte] et Jean Brune, etc.
Le SDCI portugais identifie par ailleurs un certain nombre de collaborateurs de l’organisation, dont l’activité fut mise à profit lors des conflits africains. Ainsi, Jacques Depret, ancien de l’OAS proche des services de renseignement français, aurait signé un accord avec Guérin-Sérac pour intervenir au Biafra en 1967, et favoriser un coup de main (raté) de Moise Tschombé au Congo (Kinshasa) en 1967. Depret aurait également tenté en 1967 de recruter des instructeurs français pour l’Angola par l’intermédiaire du mouvement d'extrême droite Occident de Paris.
Les agents de l’Aginter établirent également des relations avec la tentative de sécession du Katanga en 1967, avec les tentatives de coup d’État contre le gouvernement du Congo (Brazza) en et de la Guinée (Conakry).
L'une des plus importantes actions de l'Aginter fut une opération d’infiltration menée en 1968 et 1969 par Robert Leroy, bras droit de Guérin-Sérac, au sein du Front de Libération du Mozambique (FRELIMO), mouvement indépendantiste mozambicain.
Actions en Amérique latine Peu de documents et de témoignages existent sur les activités d'Aginter en Amérique latine. On sait néanmoins que l'agence y a été extrêmement active entre 1969 et 1974.
Des membres d'Aginter ont opéré principalement au Guatemala, pays sous dictature militaire plongé dans la guerre civile. La correspondance envoyée par les hommes de Guérin-Sérac au cours de leurs nombreux voyages en Amérique du Sud a permis de situer les pays où ces derniers avaient également très vraisemblablement opéré : Bolivie, Colombie, Venezuela, Nicaragua, Pérou, ainsi qu'au Brésil et en Argentine. Le groupe serait aussi impliqué dans certaines phases de l'opération Condor, le plan d'élimination des opposants aux dictatures d'Amérique du Sud dans les années 1970-1980.
Actions en Europe
Yves Guérin-Sérac est soupçonné par la justice italienne d'avoir participé à des attentats en Italie dans le cadre de la « stratégie de la tension » visant à favoriser l'avènement d'un pouvoir dictatorial. Le juge décrit Aginter Press comme une « structure détachable » utilisée par les services de renseignement européens et américains pour mener des opérations clandestines.
Guérin-Sérac est en particulier soupçonné d'avoir commandité l'attentat à la bombe de la Piazza Fontana à Milan en 1969 (seize morts et 88 blessés). Le terroriste Vincenzo Vinciguerra confirmera en 2012 la participation d'Yves Guérin-Sérac à cet attentat.
Aginter Press est également soupçonné d’être impliqué dans l'attentat contre le consulat d'Algérie à Marseille en 1973.
Après 1974 gauche|vignette|146x146px|Yves Guérin-Sérac en 1996 À la suite de la « révolution des œillets », Yves Guérin-Sérac se réfugie en Espagne franquiste. Il croise alors, pendant les funérailles de Franco, le à Madrid, l'Italien Stefano Delle Chiaie, 2008, ..