Philippe de Belgique, comte de Flandre, né au château de Laeken (en Belgique) le et mort le au palais du comte de Flandre à Bruxelles, est un prince de Belgique, duc en Saxe, prince de Saxe-Cobourg et Gotha.
Troisième fils du roi et de la reine Louise, née princesse d'Orléans, il est le frère cadet du roi , dont il devient l'héritier présomptif le , à la suite de la mort de son neveu le prince Léopold (fils du roi ). Le comte de Flandre est également le frère de Charlotte, impératrice consort du Mexique.
Le prince Philippe de Belgique est le père du roi et, conséquemment, l'ancêtre de tous les membres actuels de la dynastie régnant sur la Belgique. Il est également l'ascendant du grand-duc Guillaume V de Luxembourg, et du prétendant au trône d'Italie.
Sénateur de droit en 1855, il ne siège toutefois jamais à la chambre haute. Atteint d'une surdité précoce, il refuse le trône de Grèce en 1863, de même qu'il avait décliné l'offre de s'établir au Brésil en épousant Isabelle de Bragance, fille et héritière de l'empereur . En 1866, il est élu prince régnant des principautés roumaines, mais ne donne pas suite à cette nomination qu'il n'avait pas sollicitée.
Son mariage en 1867 avec Marie de Hohenzollern-Sigmaringen, une cousine du futur empereur allemand , assure à la Belgique une alliée majeure dans le contexte politique délicat pour le pays entouré de puissantes voisines : la France et l'Allemagne. En 1869, il devient commandant supérieur de la cavalerie, fonction qu'il exerce jusqu'en 1902. Au cours de la guerre franco-prussienne de 1870, à laquelle Philippe participe, la neutralité et l'intégrité du territoire belge sont préservées.
Sa richesse et son train de vie somptueux le désignent comme un symbole du capitalisme et lui valent les critiques publiques de la mouvance socialiste qui s'organise dans le royaume à partir de 1885 et dont les premiers élus siègent à la Chambre des représentants en 1894. Cependant, sa fortune lui permet de mener une véritable action culturelle s'exprimant par son mécénat envers des artistes plutôt adeptes du genre conventionnel. Opposé à la politique coloniale de son frère, mais partageant le même souci de développer l'armée belge, ses relations avec deviennent délétères au fil du temps. À sa mort en 1905, cette figure familière aux Bruxellois laisse le souvenir d'un prince bibliophile et esthète.
Biographie
Enfance et contexte familial vignette|gauche|alt=gravure représentant les trois enfants du roi : ses deux fils sont en uniforme|Le prince Léopold, le prince Philippe et la princesse Charlotte. Gravure de Charles Baugniet (1850).
Philippe est le troisième fils du roi des Belges et de la reine Louise d'Orléans. Il est le petit-fils du roi des Français et le cousin de la reine Victoria. Philippe a deux frères aînés : Louis-Philippe (mort au berceau en 1834) et Léopold, né en 1835, ainsi qu'une sœur cadette, Charlotte, née en 1840.
La troisième grossesse de la reine est délicate, au point que l'on craint une fausse couche en , mais c'est un fils en bonne santé qui naît au château de Laeken le . Il est prénommé « Philippe Eugène Ferdinand Marie Clément Baudouin Léopold Georges ». Aux côtés des prénoms se référant aux membres de sa famille, le roi Léopold a adjoint deux prénoms historiquement symboliques : Philippe qui rend hommage à son grand-père maternel et rappelle également le souvenir du duc de Bourgogne Philippe le Bon, et Baudouin celui des comtes de Flandre du Moyen Âge. Ces choix s'inscrivent dans une volonté du roi d'ancrer solidement la jeune dynastie belge dans le pays où elle ne règne que depuis moins de six ans. Très tôt, une hiérarchie s'installe entre les deux frères, Léopold, l'aîné et héritier du trône, s'arrogeant invariablement la place prépondérante. Dès l'enfance, Philippe effectue de réguliers séjours à Ostende en été et passe de longues vacances chez ses grands-parents maternels dans les résidences royales françaises.
À la mort de la reine Louise, le , Philippe n'a que treize ans. C'était la reine qui veillait personnellement à l'instruction et à l'éducation des enfants royaux. Fuyant Laeken dès qu'il le peut, le roi Léopold est peu présent auprès des princes, lesquels en pâtissent. La reine Victoria recommande au roi d'être davantage près des siens, mais elle est peu écoutée. Philippe et son frère se retrouvent désormais livrés aux mains d'une succession de gouverneurs, issus du monde militaire, qui tentent, parfois en vain, d'imposer leur autorité sur les deux princes. Très tôt, Philippe est à même de s'exprimer, oralement et par écrit, en français, anglais et allemand. En revanche, si on lui donne l'écrivain Hendrik Conscience comme précepteur, cette nomination demeure honorifique car Philippe n'apprend jamais la langue néerlandaise.. Au point de vue moral, le roi Léopold exige que ses enfants effectuent de fréquents examens de conscience.
Jeunesse vignette|redresse=1.3|alt=groupe familial photographié autour de la reine Victoria|Debout : le prince Philippe, comte de Flandre ; Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, prince consort du Royaume-Uni ; la princesse Alice du Royaume-Uni ; le prince Louis, duc de Porto ; le prince Édouard, prince de Galles ; , roi des Belges, et Victoria, reine du Royaume-Uni, assise photographiés à Osborne House (). À dix-huit ans, la vie de Philippe prend une nouvelle direction. La Constitution belge lui permet de devenir sénateur de droit, mais il ne siège jamais à la chambre haute. En cette même année 1855, ses études sont officiellement terminées. Auprès de Philippe, le roi Léopold a adjoint depuis 1853 Théobald Burnell., un capitaine qui le sert comme aide de camp à partir de 1855 et devient au fil du temps son meilleur ami. Depuis 1852, Philippe participe aux manœuvres militaires qui ont ordinairement lieu au camp de Beverloo. Tandis que Léopold, l'héritier de la couronne, commence à élaborer d'ambitieux projets pour la Belgique et voyage à travers le monde, Philippe préfère souvent se consacrer à ses plaisirs, et tout particulièrement à la chasse pour laquelle il nourrit une intense passion. Il est considéré comme un chasseur de petit gibier qui privilégie l'aspect sportif au côté mondain..
Toutefois, le comte de Flandre s'intéresse également aux mécanismes qui règlent le système politique belge et échange à ce sujet avec son frère. Philippe commence aussi à fréquenter seul les cours européennes : il rend régulièrement visite à sa cousine la reine Victoria et tente de recueillir lors de ces séjours des renseignements utiles aux intérêts belges auprès d'Albert, le prince consort de Grande-Bretagne.
En 1857, la princesse Charlotte quitte la Belgique pour s'installer à Milan où son mari, l'archiduc Maximilien vient d'être nommé vice-roi de Lombardie-Vénétie. Leur séparation constitue une épreuve difficile pour Charlotte et Philippe qui entament dès lors une intense correspondance. Philippe se plaignant régulièrement de son absence d'activité, le roi le nomme, en , son référendaire en matière militaire et navale. Cette nomination ne suffit cependant pas à occuper suffisamment son existence. Pour y remédier, le prince se promène, collectionne les livres et participe avec plaisir aux divers bals et concerts donnés à Bruxelles ou dans les cours qu'il visite.
Missions économiques et diplomatiques vignette|alt=Debout sur une estrade, le roi de Prusse portant une couronne et revêtu d'un long manteau rouge est entouré de nombreux membres du gotha : des dames en crinolines claires et des hommes en uniformes|Couronnement de Guillaume roi de Prusse à Königsberg par Adolph von Menzel (1861). En été 1860, le comte de Flandre effectue un long voyage qui le mène au Danemark, en Suède-Norvège et jusqu'à Saint-Pétersbourg. Ce voyage comprend des aspects diplomatiques et politiques : à Moscou, il rencontre la famille impériale, ainsi que des industriels qui promeuvent l'industrie belge.
En 1861, Philippe effectue deux visites en Prusse : la première lors des funérailles du roi ; la seconde pour assister aux fêtes du couronnement de son successeur Guillaume, à Königsberg. Avant chacune de ses visites auprès des cours étrangères, le roi dispense force conseils à son fils et le mandate afin qu'il s'enquière de l'opinion des princes européens qu'il rencontre.
En été 1863, pour la première fois depuis la chute de la monarchie de Juillet qui a chassé du trône ses grands-parents Louis-Philippe et Marie-Amélie, Philippe se rend à Paris où l'empereur vient l'accueillir personnellement à sa descente du train. L'amabilité de l'empereur des Français est partiellement dictée par les projets qu'il nourrit au Mexique où l'archiduc Maximilien, le beau-frère du comte de Flandre, est appelé à régner le ..
Perspectives monarchiques et matrimoniales
vignette|redresse|alt=la princesse Isabelle pose debout en toilette de cour de teinte sombre|Isabelle du Brésil photographiée par Augusto Stahl (vers 1865). Depuis la naissance de son neveu Léopold, fils du futur , le , Philippe est rétrogradé au troisième rang dans l'ordre de succession au trône de Belgique. Cette nouvelle situation ne l'affecte pas outre-mesure car, bien que plusieurs fois sollicité, il n'a jamais exprimé son désir de ceindre quelque couronne que ce soit.
À la fin de l'année 1860, le roi , considérant les excellentes relations commerciales et diplomatiques avec le Brésil, songe à y envoyer s'établir son fils cadet. Célibataire, Philippe pourrait épouser l'une des deux filles de l'empereur . Ce dernier, sans héritier de sexe masculin, souhaite en effet octroyer à ses futurs gendres de vastes territoires sur lesquels s'installeraient des colons européens. Un mariage belgo-brésilien constituerait une belle opportunité d'investissements pour la Belgique et étendrait l'influence des Cobourg outre-Atlantique.. Initialement désireux de se rendre au Brésil pour estimer si l'une des princesses lui convient, le comte de Flandre temporise. En , lors d'une visite qu'il rend à sa sœur Charlotte à Miramare, cette dernière tente de le convaincre d'entreprendre le voyage pour rencontrer sa fiancée potentielle, Isabelle, l'aînée des princesses brésiliennes. Cependant, Philippe rejette les conseils de sa sœur avant de renoncer définitivement à tout projet au Brésil en .
Toujours outre-Atlantique, dans le cadre du nouvel empire que cherche à créer au Mexique, l'ambassade des États-Unis à Madrid informe son gouvernement en que le comte de Flandre pourrait épouser sa cousine Marie-Isabelle d'Orléans, union qui servirait de prélude à la candidature du prince Philippe comme souverain du Mexique. Cette opportunité n'aurait cependant pas intéressé le comte de Flandre, ni recueilli le soutien britannique car John Russel, secrétaire d'État aux Affaires étrangères à Londres, avait clairement affirmé que la Grande-Bretagne ne soutiendrait la candidature de personne au Mexique..
À l'automne 1862, le roi apprend que les chancelleries suggèrent le nom de son fils Philippe pour occuper le trône de Grèce vacant depuis la déposition du roi en . À l'intention de son fils cadet, le roi Léopold rédige un memorandum exposant les avantages et inconvénients de ceindre la couronne hellène. Hormis la douceur du climat, Philippe ne voit aucun motif de se porter candidat pour régner sur un pays dont la situation est instable. Plus tard, il confie lucidement : .
vignette|redresse=1.3|alt=une foule enthousiaste célèbre l'élection du comte de Flandre à Bucarest|Célébration de l'élection du comte de Flandre au trône de Roumanie à Bucarest le (gravure publiée dans l'Illustrirte Zeitung, ).