Toutes les munitions de guerre et l'essentiel des munitions de chasse contiennent des composants ou agents toxiques et/ou polluants. La toxicité des munitions tirées ou non tirées est un des problèmes de séquelles des guerres qui préoccupe de plus en plus les experts en pollution environnementale.
Les mémoriaux ont rassemblé de nombreux témoignages sur les séquelles de guerres mais, étonnamment, il semble que les impacts écotoxicologiques ou même sanitaires liés aux munitions tirées ou perdues aient été complètement oubliés par les historiens, comme d'ailleurs par les gestionnaires et usagers des sites concernés.
Des munitions dites « vertes » ou « non polluantes » ont été conçues à partir de la fin du , mais elles ne sont que très marginalement vendues et utilisées (moins de 0,1 % du total en service), et elles contiennent souvent encore une proportion de composants toxiques.
Plomb
En raison de ses caractéristiques (poids, malléabilité, disponibilité), le plomb est le composant le plus ancien et le plus utilisé pour fabriquer les projectiles et grenaille pour armes à feu et canons. Des milliards de billes de plomb durci d'arsenic et/ou d'antimoine ont été fabriquées pour les obus Shrapnel les plus utilisés dans les zones de tranchées.
On voit nettement qu'après environ 80 ans passés dans le sol, à de profondeur environ, le plomb se délite sur la partie périphérique de la bille (couleur grise et consistance entre crémeuse et granuleuse) alors que l'oxyde blanchâtre de la bille de gauche n'a pas sensiblement corrodé la bille, qui même est restée presque intacte sur sa face aplatie à l'impact (dans un milieu plus acide, il aurait pu en être autrement). Le caractère bioassimilable du plomb oxydé en surface ou dans le sol ou dans l'eau à partir de ce type d'objet ne semble pas encore avoir été étudié. Le plomb, à l'état de molécules bioassimilables est une substance très toxique pour tous les animaux et l'Homme, notamment pour l'embryon et le fœtus.
Autres toxiques Le plomb est le premier polluant, mais d'autres toxiques sont présents dans les munitions ou émis par elles ; des radionucléides contenus ou produits par les armes nucléaires en passant par les gaz de combat contenus par les munitions dites « chimiques » ou l'uranium appauvri récemment utilisé, de nombreux autres composants posent des problèmes potentiels ou avérés de santé publique et d'environnement.
Ces problèmes se posent au moment de leur fabrication, au moment du tir ( vaporisation de mercure issu de l'amorce ou de plomb et cuivre arraché par le frottement), au moment de l'impact ( vaporisation, dispersion et inhalation d'uranium appauvri). Le risque persiste à moyen et long terme concernant les toxiques libérés par la dégradation de munitions anciennes stockées, perdues ou immergées en mer.
Impacts à long terme des munitions tirées et obus ayant explosé On ignore ce que sont devenus les tonnes de mercure libérés par les amorces (d'obus, balles et autre engins). Depuis un siècle, les taux de mercure croissent dans l'environnement, en mer notamment, mais il reste difficile d'en tracer l'origine. De plus le fulminate de mercure naturellement très instable était souvent stabilisé et protégé dans une capsule assez résistante à la corrosion, ce qui pourrait ralentir sa diffusion dans l'environnement.
Pour le triplé Plomb/Antimoine/Arsenic, les sites longuement pilonnés par les obus shrapnels sont probablement ceux qui pourraient poser le plus problème. En France, c'est a priori essentiellement sur terre et en zone rouge (11 départements), et plus particulièrement dans les secteurs de Verdun, de la Somme et de Vimy que ce problème se pose, avec une densité de plomb-métal qui compte parmi les plus élevées au monde. Ce « plomb de guerre » est un déchet toxique et dangereux, présent en quantité dispersée. C'est une forme de séquelle très mal prise en compte par la législation et les administrations, et non évalué du point de vue écotoxicologique et sanitaire.
Dans un domaine proche qui peut éclairer celui des séquelles de guerre, certains effets environnementaux et sanitaires du plomb de chasse (grenaille) et de pêche (agrès) ou de tir sportif ou d'exercice ont été mieux étudiés, notamment en Amérique du Nord et chez les Inuits où on a confirmé leur impact écologique et sanitaire (grâce au traçage isotopique notamment). En France, l’école nationale vétérinaire de Nantes a également confirmé1) Effet de l’ingestion de plombs de chasse sur la reproduction du canard colvert, thèse du vétérinaire Mathilde Mezieres (ENV-Nantes) 2) Effet de l’ingestion de plombs de chasse sur le comportement alimentaire et la condition corporelle du canard colvert Thèse du vétérinaire Arnaud Duranel (ENV Nantes), . 3) École nationale vétérinaire de Nantes ; étude de la relation dose-effet chez les anatidés. Méthode Gavage par plomb - avec lots témoins gavés aux billes de verre. - Avec 1 plomb : mortalité comprise entre 33 % après 15 jours, et 80 % après 1 mois. - Avec 3 plomb : 80 % en 5 jours. - Les canards qui ne meurent pas pondent d’autant moins d’œufs qu’ils ont ingéré de plomb, avec des coquilles plus fines. et précisé le niveau de risque de saturnisme aviaire pour les oiseaux d’eau (expériences d’intoxications de canards colverts).Même si les tonnages. À titre d'exemple, étaient estimées déposées par ces activités en France fin des années 1990, selon le rapport du sénateur Miquel, soit les émissions annuelles de Metaleurop-Nord à la fin des années 1990, avant sa fermeture) annuels de plomb émis annuellement par les munitions de chasse et de ball-trap ne doivent pas être sous-estimés, on ne peut transférer ces résultats au cas du plomb de guerre, généralement présent sous forme de balles, billes ou pièces ou éclats plus gros et plus lourds que la grenaille de chasse ou ball-trap, et donc a priori beaucoup plus lent à diffuser dans l'environnement.
On a curieusement éludé l'étude et le suivi des impacts écologiques et sanitaire des munitions de guerre, même là où elles ont été le plus utilisées, en particulier autour de Verdun, de Vimy ou dans la Somme, là où les sols ont été soumis à une pluie de feu, de fer et de plomb durant plusieurs mois parfois. Ni en milieu agricole, ni en milieu forestier ou urbain, il ne semble y avoir eu d'évaluation scientifique sérieuse, pas plus que de gestion des impacts écologiques liés à la toxicité des métaux lourds ou des composants des munitions de la « grande guerre ». Quelques indices montrent pourtant que le monde agricole soupçonnait dès les années 1920 les risques lié aux métaux lourds (cf. par exemple les précautions prises lors de l'installation de la première porcherie industrielle en zone rouge près de Verdun peu après la guerre).
Les premiers travaux publiés sur ce sujet en France ne datent que de la fin des années 1990 ou du début du Exemples : étude INRA/ENSAIA à Verdun dans le cadre d'un programme LIFE) plus travail/Thèse de Jean-Paul Amat sur les polémosylvofacies qui n'a cependant pas porté sur les aspects écotoxicologiques..
La nature et le pH du sol ont une grande importance pour la mobilité et la biodisponibilité de ces métaux. Par chance, la plupart des zones de combat présentaient des sols calcaires réputés peu propices à la circulation rapide des métaux toxiques.
Le risque d'incendie et d'érosion sont aussi à prendre en compte.
Les champignons sont un facteur de biomagnification du transfert des polluants qui pourrait avoir été très sous-estimé (cf. études D. Michelot/CNRS). En particulier ils pourraient accélérer le transfert de métaux tels que le mercure vers les arbres et certains animaux (dont les sangliers).
Risques liés au vieillissement des munitions non tirées ou non explosées (Ce paragraphe inclut les munitions perdues ou stockées en vue d'un traitement ultérieur).
Ces munitions ou engins sont une source potentielle durable de diffusion de toxiques et de polluants dans l'environnement. Le risque et le danger d'exposition de l'Homme et de l'Environnement à ces toxiques augmente avec le temps.
Depuis 1946, des États, organisations, pêcheurs ou ONG alertent périodiquement sur la gravité de ce risque, mais il n'existe toujours pas de stratégies commune ni consensuelle concernant les impacts, la connaissance, le suivi, la gestion et le devenir des munitions cachées, perdues, et des stocks considérables d'obus et munitions dispersés dans l'environnement, mais encore potentiellement actifs pour des décennies, voire des siècles lorsque conservés à l'abri de l'air et de la corrosion.
Dans la plupart des pays européens des engins de guerre non explosés (hors mines terrestres) mais toujours en état de fonctionnement sont quotidiennement mis au jour ou détectés…
Ils causent régulièrement la mort ou des blessures corporelles par perforation, amputation, arrachement ou effet de choc, mais aussi surdité, cécité, graves brûlures, sans parler du traumatisme psychologique.
Au Kosovo, 2/3 des victimes des engins non explosés sont des enfants.
Au Cambodge, selon AeDe, les enfants sont trois fois plus victimes d'engins non explosés que de mines ! Obus, mortiers, grenades, roquettes, bombes et "sous-munitions" issues de bombes d'avion du type cluster ou dispenser restent une menace permanente, même des décennies après les conflits. Localement, jusqu'à 1/3 des bombes du type cluster ou « bombelettes » sont encore actives. Sur certains terrains « mous » (vases, tourbes, boue, sédiments, zones humides) de nombreux engins n'ont pas explosé (jusqu'à 80 % sur certains sites de 14-18).
Dans les vases froides et peu oxygénées ou à grande profondeur les munitions et certains agents chimiques peuvent se conserver bien plus longtemps qu'exposées à l'air ou en sub-surface, ce qui ne signifie pas qu'elles perdent de leur toxicité.
Dans l'ex-URSS qui a beaucoup contribué à la course aux armements lors de la guerre froide, les risques pour l'environnement et de perte de la « mémoire des faits » sont élevés, y compris concernant les armes nucléaires. Mais ailleurs l'information reste très peu disponible, et il semble qu'en Belgique, on ait oublié durant au moins 20 ans le dépôt immergé de Zeebruges-Knokke-Heist.
Cas particuliers Les munitions ont aussi été volontairement immergées dans certains lacs, étangs, douves, etc. (en France à Chaffois, dans le gouffre de Jardel, ou dans le lac d’Avrillé., en Suisse également) après les deux dernières guerres mondiales ou plus récemment l'ont été en quantité parfois importante et sans la moindre étude d'impact. Il est probable que le cycle des toxiques en eau douce et en milieu très confiné diffère fortement de ce qu’il est en mer. De même en mer, un dépôt de sub-surface (comme en Belgique) ne se comporte probablement pas comme un dépôt à grande profondeur, ou développe des impacts différents.
L'immense zone du golfe de Gascogne a été utilisée comme dépôt de munitions immergées, compte tenu de sa superficie (la moitié de la superficie de la France), et la présence de profondes fosses, en particulier celle du Gouf de Capbreton au large de Capbreton (Landes)..
Dans le Golfe de Gascogne, par de profondeur, à des côtes françaises, et à environ au nord-ouest des côtes espagnoles, gît depuis le le sous-marin nucléaire d'attaque soviétique K8 avec le reste de son armement constitué de quatre torpilles nucléaires. Le sous-marin a coulé avec ses deux réacteurs nucléaires lors d'un exercice naval dédié au centenaire de la naissance de Lénine...
Au large de Lorient et à proximité de l'île de Groix subsistent de nombreux stocks de munitions. Celles-ci ont été immergées dans trois fosses, entre 1914 et les années 1970. On peut craindre qu'elles libèrent peu à peu leur contenu toxique, et en particulier le mercure du fulminate de mercure des amorces.. D'autre part, un article dans Le Télégramme en date du , rappelle la présence dans ces fosses, de d’ypérite ou gaz moutarde, immergées dans des fûts en béton, au milieu des années 1960..