La pyramide de Mykérinos est la plus petite des trois grandes pyramides du plateau de Gizeh. Elle s'élève à la hauteur de à l'extrémité Sud du plateau, ne représentant qu'un dixième du volume de la plus grande, la pyramide de Khéops. Dominant un complexe composé de deux temples reliés par une chaussée et de trois pyramides satellites, elle est de type à faces lisses et fut élevée sous la durant l'Ancien Empire pour le pharaon Mykérinos. De nombreux signes d'inachèvement montrent que la mort du souverain intervint au cours de l'édification du monument.
Le complexe funéraire
vignette|La pyramide de Mykérinos et les trois pyramides de reines vues depuis le nord-ouest du complexe.
Le complexe funéraire de Mykérinos est le troisième et dernier grand chantier royal édifié à Gizeh sous la .
L'ensemble présente un plan régulier, alignant les différents éléments constitutifs du complexe pyramidal égyptien. Le temple du culte du roi défunt est situé contre la face est de la pyramide. Il est relié à un temple bas, ou temple de la vallée, par une chaussée longue de plus de six cents mètres. Cette chaussée autrefois couverte est ici parfaitement droite, contrairement aux chaussées des pyramides de Khéops et de Khéphren, qui présentent elles une déviation des axes principaux de leurs complexes monumentaux.
Tout autour du monument royal de Mykérinos se trouvent des nécropoles et d'autres tombes princières ou de reines, qui viennent compléter et accompagner la tombe du roi dont le culte fut maintenu tout au long de l'Ancien Empire.
Outre les trois pyramides de reines bâties sur le flanc sud de la pyramide du roi, on trouve au sud-est du temple funéraire une nécropole des prêtres du culte du roi, installée dans la carrière qui servit pour la construction des monuments. Une seconde nécropole est installée au nord de la chaussée, et dominée par la tombe de la reine , parente de Mykérinos, qui est parfois qualifiée de Quatrième Pyramide de Gizeh. Devant ce tombeau, une chaussée jouxte une ville de prêtres, reliée au débarcadère situé en contrebas du temple de la vallée.
vignette|centre|redresse=2|Carte des pyramides de Gizeh.
La pyramide
La superstructure
vignette|Revêtement en granite de la pyramide de Mykérinos.
La base de la pyramide est un carré presque régulier de de côté. L'angle d'inclinaison des faces est de 51°20', ce qui portait initialement l'élévation du monument à près de de hauteur.
Comme pour la pyramide de Khéphren, le sol du site étant irrégulier, les architectes ont dû réajuster l'ensemble grâce à d'énormes blocs de pierre afin de préparer l'édification de la pyramide. Pour y parvenir, les tailleurs de pierre entamèrent le plateau calcaire choisi pour l'édification du complexe sur sa partie occidentale, débitant de grands monolithes de manière régulière et systématique. Ces derniers ont été amenés à l'endroit nécessaire à l'est et au sud du périmètre du monument, non loin du lieu de leur extraction. Retaillés et réajustés, ils constituent un rehaussement du sol venant rattraper le niveau des fondations de la pyramide. Le même procédé sera utilisé pour édifier le temple haut de la pyramide, ainsi que le corridor menant à la chaussée qui relie l'ensemble à la vallée. Ce travail considérable montre assez bien l'ampleur du chantier alors engagé. vignette|gauche|Vue en coupe de la pyramide, avec la saignée des mamelouks. La pyramide proprement dite est constituée de gros blocs taillés dans un calcaire local extrait des carrières environnantes. Ajustés en assises régulières, ils forment des gradins sur lesquels prennent appui les blocs du parement.
À l'origine, la pyramide était recouverte d'un parement de granite rouge d'Assouan pour les seize premières assises depuis sa base, soit sur plus de vingt mètres de hauteur, puis de calcaire jusqu'au pyramidion, qui a disparu et dont on ne sait s’il était en calcaire ou en granite. Il ne reste rien du revêtement aujourd'hui, excepté les premières assises couvertes de granite. L'exploitation par les carriers du Moyen Âge des monuments pharaoniques se concentra sur les matériaux de choix qu'étaient le calcaire fin de Tourah.
C'est du Moyen Âge également que date la grande saignée qui éventre la face nord de la pyramide. Le sultan mamelouk Osman Bey, qui cherchait l'entrée de la pyramide, en ordonna la percée au . Ses ouvriers se basant sur leur expérience acquise sur les deux grandes pyramides voisines, attaquèrent la face nord à une hauteur d'une vingtaine de mètres dans le parement de la pyramide, espérant y découvrir l'entrée du monument. N'y trouvant rien, ils poursuivirent leur chantier en prolongeant la brèche. Cette destruction irrémédiable, qui défigure la face nord du monument, permet toutefois d'en étudier la constitution interne. Elle révèle que la pyramide a été conçue d'abord comme une pyramide à six ou sept degrés, dont trois sont actuellement visibles. Puis elle fut achevée en pyramide à face lisse par le comblement des gradins avec des assises successives, recouvertes par un parement qui lui confère ainsi son aspect de pyramide à faces lisses.
Au , les explorateurs Caviglia et Vyse, également à la recherche de l'entrée de la pyramide, firent le même raisonnement. Ils suivirent le même chemin que les mamelouks, et creusèrent un puits profond dans le cœur de la maçonnerie, espérant mettre au jour les pièces intérieures de la pyramide, mais sans plus de résultats. Caviglia n'hésita pas alors à faire sauter les premières assises du monument et à y creuser un tunnel. C'est à la même époque que le parement de granite commença à être démonté, sous les ordres de Méhémet Ali qui l'utilisa pour la construction de l'arsenal d'Alexandrie.
L'accès à l'infrastructure de la pyramide fut finalement découvert qen 1837 par Vyse, à quatre mètres du sol, presque à l'aplomb de la tranchée du Moyen Âge, non loin des travaux quelque peu excessifs de ses prédécesseurs.
Les appartements funéraires vignette|droite|Vue isométrique de la pyramide et des appartements funéraires. L'entrée des appartements funéraires est aménagée traditionnellement dans la face nord de la pyramide.
Après avoir traversé le corps du monument, un couloir s'enfonce dans le sol rocheux et débouche dans une première antichambre. De plan rectangulaire, ses parois sont décorées de motifs sculptés imitant la façade d'un palais. C'est la première fois que l'on trouve ce type de décor dans une pyramide, les monuments des prédécesseurs de Mykérinos ne présentant aucune décoration.
vignette|gauche|redresse=0.6|Sarcophage en bois au nom de Mykérinos conservé aujourd'hui au British Museum. Immédiatement après cette pièce se trouve la chambre des herses, qui est munie d'un dispositif coulissant de trois porticuli en granite barrant l'accès au reste des appartements funéraires. Un couloir en pente douce mène à une grande pièce rectangulaire, orientée est-ouest et donnant sur une petite alcôve, qui devait initialement servir de chambre funéraire. Dans cette chambre, Howard Vyse découvrit un sarcophage en bois portant une inscription au nom de Mykérinos, et qui contenait des restes humains enveloppés dans un tissu grossier. Ce sarcophage est conservé au British Museum. Les os découverts à l'intérieur ont révélé lors de leur analyse qu'ils appartenaient bien à un homme, mais leur datation n'excède pas deux millénaires, montrant qu'il s'agit d'une inhumation tardive. Le sarcophage quant à lui est daté de l'époque saïte, confirmant que le tombeau avait déjà été profané, puis restauré par des prêtres.
L'exploration de cette pièce a également révélé un second couloir, parallèle au premier et situé au-dessus. Prolongé par une autre descenderie qui remontait dans le coeur de la pyramide, ce second dispositif a été interprété comme un changement de plan réalisé au cours de la construction. Ce serait le couloir d'accès du projet initial, et donc il aurait dû logiquement déboucher à l'extérieur de la pyramide, au milieu de son parement de calcaire. Abandonné, ce couloir est un cul-de-sac.
Un troisième dispositif fut découvert sous la chambre rectangulaire. Aménagé dans son sol, un couloir descend vers une grande chambre, longue de plus de six mètres et large de deux mètres soixante. Orientée nord-sud, elle est entourée de granite rouge d'Assouan et couverte de grandes poutres en granite, disposées en chevrons dont le soffite a été retaillé en cintre, lui donnant l'aspect d'une voûte.
vignette|droite|Le sarcophage de Mykérinos découvert dans le caveau de sa pyramide à Gizeh. C'est dans cette chambre funéraire qu'a été découvert le sarcophage original du roi. Il était fait en basalte et décoré d'un motif évoquant la façade d'un palais. Sur ses longs côtés étaient figurés quatre bastions à redans encadrant trois portes factices. Sur ses petits côtés était répété le même dispositif, réduit à deux bastions et à une fausse porte. L'ensemble était encadré par un bandeau et surmonté d'une corniche à gorge égyptienne.
Ce sarcophage, unique et exceptionnel pour cette époque de l'histoire de l'art égyptien, fut extrait après sa découverte afin d'être exposé au British Museum. Pour ce faire, Vyse ordonna de faire démonter les parois de granite qui tapissaient le couloir d'accès à la chambre funéraire, le sarcophage étant trop large pour passer par ce chemin. Pour la même raison il fit enlever les montants de la porte d'accès à la chambre des herses. Seuls le linteau et le bas d'un des montants subsistent aujourd'hui. Au prix d'efforts considérables, le sarcophage fut tiré hors de la pyramide par la descenderie, son volume occupant presque tout l'espace du couloir. Il fut ensuite emballé dans une caisse, acheminé jusqu'à Alexandrie et embarqué pour l'Angleterre. Mais le Béatrice, le navire qui l'emportait avec d'autres antiquités à destination de Londres, traversa une violente tempête dans le golfe de Gascogne et coula en 1838 avec tout son chargementUn robot à la recherche du sarcophage de Mykérinos article sur le site Egyptos.net. Note : Les événements politiques qui ont secoué l’Égypte en 2011 ont empêché le projet de se concrétiser.. Il ne reste comme seul témoignage du sarcophage qu'un dessin établi par Perring, qui assistait Howard Vyse dans ses travaux pour le compte du British Museum, et une aquarelle de l'égyptologue français Émile Prisse d'Avesnes.
Peu avant l'accès à la chambre funéraire de granite, une porte ménagée dans la paroi nord du couloir d'entrée donne par un escalier à six marches à une série de six magasins, disposés en dents de peigne et creusés dans la roche. Leur usage est interprété comme étant les chambres dans lesquelles étaient conservés les vases canopes et les couronnes de Haute et de Basse-Égypte.
Il apparaît donc que trois projets se sont succédé pour le tombeau du roi. Un premier de dimension modeste correspondant au couloir inachevé. Un second agrandissant le projet initial avec une antichambre, une chambre des herses, une grande pièce précédant une chambre funéraire et qui fut finalement abandonnée. Enfin un troisième projet est inscrit dans le second par le percement d'un couloir souterrain menant directement à une chambre funéraire en granite, dotée de magasins afin d'abriter le viatique funéraire du roi. Si le premier projet semble avoir été abandonné, il est possible que le second et le troisième aient été réalisés en même temps. Cela expliquerait les dimensions de la grande chambre rectangulaire, qui aurait ainsi servi de chambre de manœuvre pour disposer les blocs et les poutres de granite qui recouvrirent la chambre funéraire du roi.