Hélène de Montgeroult, née Hélène Antoinette Marie de Nervo le à Lyon et morte le à Florence, est une compositrice et pianiste française, reconnue comme étant une des meilleures interprètes de piano-forte et improvisatrices de son temps.

Elle est considérée par son biographe Jérôme Dorival comme un pont entre classicisme et romantisme : elle .

Biographie Origines et fin de l'ancien régime Hélène de Nervo est née le à Lyon au sein d’une famille à la noblesse récente et non terrienne ; mais il y a des terres en Beaujolais (héritées de J.A. Rique, parrain d’Hélène), à Oingt et Theizé (château de Rochebonne). Son père, Jean-Baptiste de Nervo a exercé plusieurs fonctions dans les instances judiciaires de Lyon et avait hérité ses titres de noblesse de degré d’une charge de conseiller à la Cour des monnaies, sénéchaussées et présidial de la Cour de Lyon achetée par son propre père. La famille de sa mère, Anne Marie Sabine Mayeuvre de Champvieux a des attaches terriennes sur les monts du Lyonnais (manoir de Champvieux à Saint-Germain-au-Mont-d'Or), celle-ci avait elle-même acquis ses titres de noblesse quelques années plus tôt par une charge échevinale. La maison natale d'Hélène est une belle maison de ville, rue de la Charité dans le centre de Lyon, qui a pris le nom d'« Hôtel de Nervo »..

thumb|alt=frontispice de la partition de l'opus 5|Page de titre des trois sonates opus 5 de Jan Ladislav Dussek, dédié à Hélène de Montgeroult, édité par Boyer en 1788. Elle aurait passé une partie de ses jeunes années à Paris, ville de baptême de son frère, Christophe Olympe de Nervo, né en 1765, et y aurait suivi les leçons de grands maîtres du clavier y ayant séjourné dans les dernières décennies de l’Ancien Régime : Nicolas-Joseph Hüllmandel, Jan Ladislav Dussek et, de façon moins certaine, Muzio Clementi.

Son premier mariage en 1784, l’a unie au marquis André Marie Gautier de Montgeroult. Dans les dernières années de l’Ancien Régime, les talents pianistiques de la marquise se sont exprimés dans quelques salons parisiens réputés tels que ceux de Madame Vigée-Lebrun., de la famille de Rochechouart., ou de Madame de Stael et de Madame de Genlis. En novembre 1785, Hélène de Montgeroult rencontre le violoniste Giovanni Battista Viotti avec lequel elle entretient une amitié artistique. Elle aurait également donné quelques leçons de piano au jeune Johann Baptist Cramer à cette époque.

Premières années de la Révolution française Dans les premières années de la Révolution française, le marquis et la marquise fréquentent les cercles de révolutionnaires modérés, partisans de l'instauration d'une monarchie constitutionnelle, ainsi que certaines figures politiques importantes de l'époque (notamment Bailly.). Ils sont notamment vus à la société des amis de la Constitution dès sa création, puis au club des Feuillants..

Hélène de Montgeroult participe au programme musical du théâtre de Monsieur, puis du théâtre Feydeau dirigé par Viotti. En 1791, à la suite de la représentation d’une pièce « Les deux Nicodèmes dans la plaine de Jupiter » au théâtre de la rue Feydeau, la marquise s’est trouvée mêlée avec Viotti à une querelle opposant plusieurs journaux politiques et à l’occasion de laquelle la marquise sera qualifiée de « claveciniste dévergondée ».. vignette|alt=photo : un château au fond d'une allée pavée|Le château de Montgeroult où réside Hélène de Montgeroult de 1784 à 1792. Au cours de ces années, elle vécut au château de Montgeroult, dans plusieurs résidences de campagne à Montmorency et dans une maison rue du Faubourg-Saint-Honoré à ParisLettre de dénonciation du concitoyen Artrain. Archives Nationales, Comité de sûreté générale F7 pièce 4720/1. Citée par .. Madame de Montgeroult quitte finalement la France pour Londres en juillet 1792 avec son mari et Hugues-Bernard Maret. Elle revient à Paris en décembre de la même année, en raison des mesures ayant suivi l'adoption des lois de confiscation des biens des émigrésHélène de Montgeroult, lettre au comte de Litta, Vico Soprano, 28 juillet 1793..

Mission diplomatique Maret-Sémonville  vignette|alt=gravure : un groupe de soldats, font monter des prisonniers sur un petit navire pour traverser le lac Mezzola|Arrestation des ambassadeurs Sémonville et Maret, le à Novate Mezzola. — Hélène de Montgeroult, lettre du 28 juillet 1793, au comte de Litta de MilanCité par ..

En juillet 1793, le marquis et la marquise accompagnent Maret, tout juste nommé ambassadeur à Naples, dans le voyage devant le conduire vers le lieu de sa nouvelle fonction. Ils sont rejoints en chemin par Charles-Louis Huguet de Sémonville lui-même nommé ambassadeur près la Porte ottomane, son épouse et leur escorte. En traversant le Piémont, ils sont arrêtés par les Autrichiens à Novate Mezzola. Les hommes de l'expédition (dont le marquis de Montgeroult) sont transportés de l'autre côté du lac de Mezzola, enfermés dix jours à la prison de Gravedona, puis retenus au palais des ducs de Mantoue. Le marquis, âgé de 57 ans, y meurt le . ..

Au cours de l'arrestation, femmes et enfants sont frappés à coups de crosses et tenus en joue. L'expédition ayant été pillée, Hélène de Montegroult, Madame de Sémonville avec les femmes et enfants de la mission sont laissés dans une situation de grande détresse. Elles parviennent à se mettre à l'abri à Vico Soprano d'où elles tâchent d'obtenir le soutien de leurs relations à Venise (François Noël), Gênes, Milan (le comte Alberto de Litta) et Florence. Leurs efforts sont vains, car leurs missives sont saisies par le service vénitien de l’intercept et ne parviennent jamais à leurs destinataires..

La marquise finit par trouver protection auprès de François de Barthélémy, ministre de France à Baden où elle retrouve également Viotti. Elle y reste jusqu'au .

Sous la Terreur Alors que la marquise et le marquis de Montgeroult sont retenus loin de France, une lettre de dénonciation, décrivant leur comportement et listant certains de leurs biens, est adressée le aux jacobins de Paris. Selon les termes du citoyen Arlain son auteur : Lettre de dénonciation du concitoyen Artrain. Archives Nationales, Comité de sûreté générale F7 pièce 4720/1. Citée par .. Le , une perquisition est effectuée chez euxArchives Nationales, Comité de sûreté générale F7 pièce 4720/1. Cité par ..

En , un décret proscrit hors de Paris et des grandes villes certaines catégories de personnes dont les nobles et les étrangersDécret du 27 Germinal et 5 Floréal An II, (16-24 avril 1794), article , 6., (Collection complète des Lois, décrets, etc. ; de 1788 à 1830, par J. B. Duvergier, t. 7, éd. 2, Paris, 1834) . Cependant, le Comité de salut public adopte quelques milliers de réquisitions individuelles permettant à certains nobles jugés utiles à la République d'échapper à l'exil en provinceArchives Nationales, AF II 226-227. Cité par .. Le registre des réquisitions accorde une place à la marquise de Montgeroult : . La marquise peut donc rester à Paris.

Le récit d'une scène au cours de laquelle Hélène de Montgerout aurait sauvé sa tête de la guillotine en improvisant au piano-forte sur le thème de La Marseillaise devant le Tribunal révolutionnaire est apparu dans la deuxième moitié du sous la plume d'Eugène Gautier (1873), et quatre autres sources, avec quelques variantes. L'absence apparente de références écrites antérieures de cet épisode de même que le silence des archives du tribunal révolutionnaire font douter certains spécialistes de la réalité de ce récit., après la parution du livre de J. Dorival, mais sa réalité n’a jamais été mise en doute, ni au ni au ; en revanche, Eugène Gautier l’a enjolivée.

Ce récit romancé a probablement comme source le corniste Louis François Dauprat, élève du Conservatoire sous la Révolution et proche d'Hélène de Montgeroult, qui aurait recueilli le témoignage de la musicienne elle-même.. Dauprat rapporte brièvement l'épisode dans une lettre adressée en à Gabriel Lucas de Montigny, dont un large extrait a été publié en 1860..

Il semble que la marquise ait perdu beaucoup de sa fortune pendant ces années troubléesTestament de de Montgeroult, écrit tout entier de sa main le 10 février 1832.. Cependant, l'argent produit par une série de concerts à succès qu'elle donne en Angleterre à cette époque lui aurait permis d'acquérir le château de la Salle situé dans le canton de Senonches en 1794.

Mère et professeure Le , naît l'unique enfant de la marquise : Aimé Charles His, dit Horace His de La Salle (1795–1878). Son père, Charles-Antoine-Hyacinthe His (1769-1851), l'un des rédacteurs du Moniteur, reconnaît l'enfant par son mariage avec Hélène de Montgeroult le (12 Prairial an V)La 12 Prairial an V, Archives Nationales, minutier central, Lefebvre, notaire XIX, liasse 913. Cité par ..

Le (16 thermidor an III), la Loi portant établissement d’un conservatoire de musique à Paris pour l’enseignement de cet art est promulguée et indique que l'institution recherche six professeurs de clavecin16 Thermidor an IV, Décret portant établissement d’un Conservatoire de musique à Paris pour l’enseignement de cet art. Collection complète des lois, décrets, etc., par J. B. Duvergier, t. 8., Paris, 1825, p.256. Ayant été reçue au concours, Hélène de Montgeroult est nommée professeure de première classe chargée de la classe de piano hommes, le par arrêté de nomination du frimaire an IV.. Il s'agit d'ailleurs à l'époque de la seule femme nommée professeure de première classe, catégorie d'artistes regroupant plusieurs instrumentistes célèbres de l'époque tels que Pierre Rode ou Pierre Gaviniès. Pour une telle fonction, le salaire annuel de la marquise, égal à celui de ses homologues masculins, est fixé à . Marcel Vilcosqui présente cet engagement comme une énigme et en cherche les raisons dans Madame de Montgeroult (1764-1836) par Marcel Vilcosqui, sur femmes-et-musique.fr. (qui n’est pas avérée pour Montgeroult).

Après deux ans et demi d'enseignement au sein de l'illustre institution, Hélène de Montgeroult démissionne le (3 Pluviose an VI), officiellement pour raisons de santé, au grand regret des responsables du Conservatoire. Cité par ..

Compositrice vignette|Portrait présumé d'Hélène de Montgeroult, peint par Louis-Philippe-Joseph Girod de Vienney, baron de Trémont (Musée des Beaux-Arts de Tours). Dès 1795, la marquise publie ses Trois sonates .

Au cours des années du Consulat et l'Empire, Hélène poursuit la composition et la publication de son œuvre pour clavier. Elle publie en 1800 trois sonates pour piano opus 2 chez Troupenas à Paris, puis sa Pièce pour piano opus 3, le . Les opus 4 et 5 de son œuvre, Trois fantaisies (perdues) et Trois sonates sont publiées entre 1804 et 1807. Cette dernière année est également celle de publication de ses 6 nocturnes opus 6. Enfin, le début des années 1810 voit l'achèvement de la conception et de la gravure de son Cours complet pour l'enseignement du fortepiano comprenant 114 études. Cet ouvrage eu un impact non négligeable sur de grands noms de la musique de la génération suivante, tels que Marmontel.

Outre la composition, la marquise continue de partager son art dans son Salon où elle réunit ses amis dans le cadre des « lundis de de Montgeroult ». Ils sont l'occasion pour la marquise de réunir ses proches (tels que Maret, Prony ou Girodet) et de jouer de la musique avec des musiciens de son temps tels que Alexandre Boucher, Viotti, Baillot, Cherubini ou Kreutzer. Cité par .. Benjamin Constant put écouter le jeu d'Hélène au cours de la soirée du ; cité par , avec la date du mois précédant..

Au cours de cette période, Hélène de Montgeroult vit une passion amoureuse avec le baron Louis de Trémont rencontré en 1798.

Sous la Restauration et la monarchie de Juillet