vignette|Vidéo de la pose du drapeau, tournée par le Marine Bill Genaust. (en français, « Lever le drapeau sur Iwo Jima») est une célèbre photographie prise le par le photographe américain Joe Rosenthal avec un appareil . Elle dépeint six Marines américains et un soldat infirmier de la Navy hissant le drapeau des États-Unis sur le mont Suribachi, lors de la bataille sur l'île japonaise d'Iwo Jima durant la Seconde Guerre mondiale.

La photographie eut immédiatement un immense succès, et fut reproduite dans des centaines de publications. Elle devint également le seul cliché à obtenir le prix Pulitzer de la photographie l'année de sa publication. Considérée comme l'une des images les plus significatives de son époque, elle constitue également l'une des photographies les plus diffusées de tous les tempsL'ouvrage 100 photos du siècle (Marie-Monique Robin, Chêne, 2004) indique que l'image a été reproduite sur de posters, d'affichage, de timbres. Voir aussi Fifty Years Later, Iwo Jima Photographer Fights His Own Battle.. Des six hommes présumés présents sur la photographie, trois (Franklin Sousley, Harlon Block et Michael Strank) n'ont pas survécu à la bataille ; les trois survivants (John Bradley, René Gagnon et Ira Hayes) sont restés célèbres. La photographie fut plus tard utilisée par Felix de Weldon pour la sculpture de l'USMC War Memorial, situé à proximité du cimetière national d'Arlington, non loin de Washington.

Après enquêtes et recherches, l'armée américaine a reconnu le que John Bradley n'était pas sur la photo et qu'en réalité, c'était le Marine Harold Schultz« Le sixième soldat sur la photo d'Iwo Jima n'était pas le bon », Libération, consulté le 30 avril 2017.« Un des soldats de l’une des photos les plus célèbres de l’histoire mal identifié », Europe 1, consulté le 30 avril 2017. « USMC Statement on Marine Corps Flag Raisers », Bureau de la Communication US Marine, consulté le 30 avril 2017., mort en 1995. Les deux hommes avaient hissé ensemble un premier drapeau, plus tôt dans la journée. Le , le Corps des Marines a annoncé que le militaire précédemment identifié comme René Gagnon sur la photo était en fait le caporal des Marines Harold Keller, mort en 1979. Ni Harold Schultz ni Harold Keller n'ont jamais mentionné publiquement de leur vivant qu'ils avaient levé le drapeau de la photo.

Contexte

Le , dans la perspective stratégique de conquérir le Japon, les États-Unis envahissent Iwo Jima. L'île n'était pas à l'origine une cible. La chute relativement rapide des Philippines procure aux Américains une accalmie plus longue que prévu avant l'invasion prévue d'Okinawa. Iwo Jima est située à mi-chemin entre le Japon et les îles Mariannes, qui servent de base aux bombardiers américains. Elle est ainsi utilisée par les Japonais comme un poste d'observation avancée leur permettant de surveiller et d'avertir par radio en cas de pénétration de bombardiers américains en territoire japonais. Les Américains, après la conquête de l'île, privent donc ces derniers de leur poste d'observation et utilisent celui-ci comme piste d'atterrissage de secours pour les bombardiers endommagés, sauvant ainsi de nombreuses vies américainesGerhard L. Weinberg, A World At Arms, ..

Iwo Jima est une île volcanique, de forme trapézoïdale. L'emplacement ayant été solidement fortifié, les Marines américains participant à sa conquête essuient de lourdes pertes — cette opération est d'ailleurs la seule offensive américaine de la campagne du Pacifique durant laquelle leurs pertes seront supérieures à celles des Japonais. L'île est dominée par le mont Suribachi, un volcan éteint d'une altitude de , situé à l'extrémité sud de l'île. Administrativement, Iwo Jima fait partie de la préfecture de Tokyo — le maire de la capitale nippone étant également le maire d'Iwo Jima. L'île constitue donc le premier territoire menacé par l'invasion américaine, et la défense de celui-ci est pour les Japonais une question d'honneur.

Le sommet du Suribachi est l'un des endroits les plus stratégiques de l'île. De cette position avantageuse, les défenseurs japonais peuvent repérer de manière précise la localisation de l'artillerie américaine — et particulièrement les plages de débarquement. Les Japonais effectuent la majeure partie de la bataille à partir de bunkers et de tunnels souterrains. Il n'était pas rare que des Marines réduisent au silence un bunker à l'aide de grenades ou d'un lance-flammes, et qu'ils ripostent de nouveau quelques minutes plus tard après que l'infanterie japonaise s'y soit repositionnée grâce à des tunnels. L'effort américain se concentre sur la prise du mont Suribachi dans un premier temps, but atteint le , quatre jours après le début de la bataille. Malgré la capture de ce point culminant, les combats firent rage pendant plusieurs jours et l'île fut déclarée sécurisée plus tard, le .

Les poses des drapeaux vignette|gauche|Timbre américain montrant une représentation de cette photo de Rosenthal.

Joe Rosenthal a en réalité photographié l'installation d'un second drapeau sur l'île. Le drapeau américain avait été hissé une première fois au sommet du Suribachi, dans la matinée du . Le capitaine Dave E. Severance, commandant l'Easy Company ( du Marines, de Marines), ordonne au lieutenant Harold G. Schrier de confier à une patrouille l'érection d'un drapeau, afin de signaler à leurs camarades que le sommet est tombé aux mains des Américains. Après un échange de tirs, un drapeau de par 71 est dressé, et photographié par le sergent d'état-major Louis R. Lowery, photographe pour Leatherneck magazine« CLOSING IN: Marines in the Seizure of Iwo Jima », par le colonel Joseph H. Alexander, USMC, 1994, sur the National Park Service.Photo du changement de drapeau, Department of Defense Photo (USMC) 112718.. Ce premier drapeau était trop petit pour être facilement repérable des plages voisines.

James Forrestal, le secrétaire d'État à la Marine, avait décidé la nuit précédente de débarquer le lendemain sur l'île pour assister à l'assaut final sur le volcan. Il se trouvait à bord d'une barge de débarquement en compagnie du général « Howlin' Mad » Smith, un homme rude auquel il avait promis une stricte obéissance. Leur barge accosta juste après que le premier drapeau ait été hissé au sommet du volcan et l'atmosphère tourna à l'allégresse parmi le haut commandement. Après avoir levé les yeux vers le carré d'étoffe rouge, bleu et blanc, Forrestal s'adressa à Smith :

Forrestal, sous le coup de l'émotion, décida de récupérer pour lui le drapeau hissé sur le mont Suribachi. Ce souhait arriva jusqu'aux oreilles du colonel Chandler Johnson, dont le tempérament était aussi fier et orgueilleux que celui de Smith. , s’exclama-t-il lorsqu’on lui transmit le souhait de Forrestal. Pour le colonel, le drapeau appartenait à son bataillon et il était impensable qu'on le lui reprenne. Il le mit donc en lieu sûr et dépêcha l'un de ses officiers, le lieutenant Ted Tuttle, sur la plage à la recherche d’un drapeau de substitution. Comme pris d'une arrière-pensée, Johnson hurla à Tuttle :

Michael Strank, Harlon Block, Ira Hayes, et Franklin Sousley ont passé la matinée du à tirer une bobine de câble téléphonique jusqu'au sommet du mont Suribachi, sur ordre du colonel Chandler Johnson et sous la responsabilité du capitaine Dave Severance. Ce dernier ordonna également à Rene Gagnon, son estafette, de se rendre au poste de commandement afin d'y récupérer des batteries neuves pour sa radio SCR-300. Dans le même temps, selon l'histoire officielle du corps des Marines, Tuttle, ayant trouvé un drapeau américain à proximité du bâtiment de débarquement LST-779, revint au poste de commandement et confia le drapeau à Chandler Johnson. Celui-ci, à son tour, le confia à Gagnon et donna l'ordre d'atteindre le sommet et de hisser le drapeau.

Les Marines atteignirent le sommet aux environs de midi, rejoints au même moment par le soldat Gagnon. En dépit du fait qu'un grand nombre de troupes japonaises se trouvaient encore à proximité des lieux, la patrouille composée d'une quarantaine d'hommes gravit le sommet sans subir la moindre attaque, les Japonais étant sous le feu des bombardementsU.S. Naval Historical Center — Recollections of the flag raising on Mount Suribachi by John Bradley..

Joe Rosenthal, accompagné des photographes marines Bob Campbell et (tué au combat neuf jours plus tard)The Man We Left Behind — Sgt. Bill Genaust USMC-Iwo Jima 1945. gravissait le mont Suribachi. Sur le chemin de l'ascension, le trio croisa Lowery, l'auteur du cliché de la première pose du drapeau. Alors qu'ils avaient prévu de changer de direction, Lowery leur indiqua que le sommet était un lieu particulièrement adapté pour prendre des photos.

Avec le soldat infirmier de la Navy, Bradley, les Marines hissèrent le second drapeau des États-Unis à l'aide d'un tuyau d'eau comme mât. Le trio de photographes atteignit le sommet alors même que les soldats fixaient le drapeau au mât.

Publication polémique et accusation de mise en scène Rapidement après la pose du drapeau, Rosenthal envoya sa pellicule à Guam afin de la développer et de l'imprimer. George Tjaden, de Hendricks dans le Minnesota, fut probablement le technicien qui développa la photographieHemmingsen: A Developing Story.. En la voyant, le chef du bureau photo de l'Associated Press John Bodkin s'exclama et les photographies furent transmises par phototélégraphie au siège de l'AP, à New York, à sept heures du matin. Le cliché fut rapidement choisi par des centaines de journaux. La photo .

La publication de la photo fit polémique. Après la photographie de la pose du drapeau, Rosenthal demanda aux Marines de l'Easy Company de poser pour une autre prise, qu'il appellera le « cliché tout feu tout flamme »Joe Rosenthal, Le « cliché tout feu tout flamme », ., en anglais shot. Celui-ci sera par ailleurs étudié dans un documentaire de Bill GenaustBill Genaust, Photo de Rosenthal prenant le « cliché tout feu tout flamme », .. Quelques jours après que les photos eurent été prises, de retour à Guam, on demanda à Rosenthal s'il avait demandé aux soldats de poser pour la photographie. Croyant que la question se référait au « cliché tout feu tout flamme », il répondit par l'affirmative. Robert Sherrod, un correspondant pour le , informa alors le siège de New York que la pose du drapeau avait été mise en scène par Rosenthal pour les besoins de la photographie. L'émission de radio du Time, Time Views the News, diffusa l'information, et accusa le photographe .

La conséquence de la diffusion de cette information fut l'accusation répétée contre Rosenthal d'avoir volontairement mis en scène l'image, ou d'avoir voulu dissimuler la première pose du drapeau. Un critique littéraire du New York Times est même allé jusqu'à suggérer que le prix Pulitzer lui soit retiré. Rosenthal ne cessa durant les décennies qui suivirent de réfuter de façon répétée l'accusation dont il était l'objet. . Le documentaire de Genaust montre que la thèse selon laquelle la pose du drapeau fut mise en scène est erronée.

Le de guerre et la controverse autour du sixième homme

En voyant la photographie, le président des États-Unis Franklin D. Roosevelt réalisa que celle-ci constituerait un excellent symbole pour la campagne du War Bond, un immense emprunt national lancé par l'État afin que l'épargne privée soutienne l'effort de guerre. Le président demanda alors le rapatriement des soldats identifiés sur le cliché.