L’histoire des Celtes est mal connue puisqu'ils n'ont pas produit d'écrits sur eux-mêmes, leurs actions, leur culture, leur religion. La classe sacerdotale des druides privilégiait en effet la transmission orale au détriment de l’écriture, qu'elle connaissait pourtant, vraisemblablement pour des raisons spirituelles et politiques. C'est la raison pour laquelle l'Europe celtique ancienne fait partie de la protohistoire. Les rares documents écrits sont tardifs et secondaires, pour la plupart rédigés en grec.

La reconstitution d'une « histoire celtique » ne peut se faire qu’à partir des témoignages de leurs voisins Grecs et Romains et des découvertes de l’archéologie. Dans les deux cas, les sources sont lacunaires pour des espaces aussi vastes, tant pour la chronologie que pour la géographie.

Historiographie

L'historiographie des Celtes prend racine dans les traités historiques et géographiques des auteurs antiques et repose aujourd'hui sur une écriture pluridisciplinaire dans laquelle le concept de Celtes est redéfini. Les données et disciplines exploitées pour déterminer l'Histoire des Celtes, ses repères chronologiques et géographiques, sont multiples : inscriptions celtiques, sources gréco-latines, sources médiévales irlandaises et galloises, linguistique, onomastique, linguistique comparée, et l'étude des vestiges archéologiques.

Dépeint comme barbares par les auteurs grecs et romains, l'instrumentalisation des celtes à des fins politiques, en opposition à la civilisation romaine, par Polybe, Tite-Live ou Jules César illustre les conséquences durables des migrations celtes en Italie, dans les Balkans et l'Asie Mineure. L’absence d’écrits celtes, en raison du caractère oral de leur tradition, renforce cette dépendance aux sources extérieures et oriente durablement les représentations .

Le Moyen Âge marque un tournant avec la christianisation, permettant la transcription partielle de la tradition orale, principalement dans les îles britanniques. Cette production se concentre en Irlande et au Pays de Galles et alimente une réception littéraire qui influence les représentations postérieures, en particulier les textes de la légende arthurienne. À partir de la Renaissance, malgré la prééminence du modèle gréco-romain, un intérêt marginal mais croissant pour les Celtes se développe dans les milieux insulaires . Au , la celtomanie romantique amplifie ce phénomène, souvent au service de revendications identitaires et nationales.

Au , l’historiographie devient un instrument idéologique. En France, les Gaulois sont intégrés au récit national comme fondateurs de la nation, opposés aux Germains, tandis qu'en Allemagne, une approche plus critique se structure. Parallèlement, les débuts de l’archéologie scientifique permettent de mieux cerner les cultures de Hallstatt et de La Tène.

À partir du , une approche pluridisciplinaire se développe. Les débats se déplacent vers la définition même du terme Celte, désormais limité dans son acception linguistique. L’idée d’un peuple ou d’une culture celte homogène est largement remise en question au profit de lectures régionales et différenciées. L’historiographie contemporaine tend ainsi à dépasser les récits nationalistes ou romantiques pour adopter une posture critique et contextualisée, intégrant les apports méthodologiques récents.

Origines

Concept celte La question de l'origine des peuples celtes fait l'objet de nombreuses hypothèses et s'inscrit dans le cadre de la diffusion des langues indo-européennes en Europe. La question de leur émergence reste délicate à cerner, en raison de la difficulté à relier avec certitude des cultures archéologiques à des groupes linguistiques. Néanmoins, plusieurs hypothèses fondées sur des données linguistiques, archéologiques et génétiques permettent de retracer les grandes étapes menant à la formation des groupes proto-celtiques.

Les récentes recherches scientifiques concernant l'Europe dite celtique sont interdisciplinaires : archéologie comparée (intégrant notamment l'archéométrie), méthodologie historique (dont l'analyse critique de « l'historiographie celtique »), mythologie comparée (notamment dans le cadre de la « mythologie celtique »), linguistique comparée, onomastique (commune à ces deux dernières disciplines), génétique des populations (intégrant notamment la paléogénétique). Les modélisations des données ressortant de ces recherches questionnent préalablement le « concept de Celtes »B. Cunliffe, Les Celtes, Infolio, 2006, . Concomitamment au débat sur un diffusionnisme indo-européenJ. Loicq, Les Indo-Européens et l'archéologie protohistorique d'après M. Bosch-Gimpera, Revue belge de Philologie et d'Histoire, Année 1963, 41-1, pp. 112-134, le paradigme de « celtitude » est contesté et à fortiori le postulat d'un groupe ethnique celte J.-R.Collis, The Celts : Origins, myths and inventions, Stroud, Tempus Publishing, 2003 Celtes, culture, contacts : confrontation et confusion, Aquitania, XII, 1994Frédéric Morvan, Une nouvelle vision de l’origine des Celtes, blog.mysciencework.com, 30 juillet 2012.

Outre cette controverse, les conjectures résultant des études les plus récentes infirment ou confirment les diverses théories jusqu'alors avancées par les celtologues et comparatistes concernant l'émergence d'une entité culturelle celtique et d'une éventuelle communauté celte « génétiquement homogène » Brian McEvoy et al., The Longue Durée of Genetic Ancestry: Multiple Genetic Marker Systems and Celtic Origins on the Atlantic Facade of Europe, Am. J. Hum. Genet.. 2004 Oct; 75(4), pp. 693–702..

C'est ainsi que sont revisitées les relations spatio-temporelles de ces problématiques S.James, The Atlantic Celts : Ancient People or Modern Invention, London, British Museum Press, 1999, leur processus de diffusion ainsi que leur association avec un certain nombre de groupes de populations et cultures archéologiques protohistoriques : culture campaniforme, culture d'Unétice, culture de Polada, culture de Bonnamaro, culture du Wessex, culture d'Hilversum, culture des tumulus, bloc du Nord-Ouest, Âge du bronze atlantique, culture des champs d'urnes, culture de Deverel-Rimbury, culture de Villanova, culture de Hallstatt, culture de Golasecca, culture des castros, La Tène David K.Faux, A Genetic Signal of Central European Celtic Ancestry: Preliminary Research Concerning Y-Chromosome Marker U152, 17 novembre 2008, , civilisation des oppida...

Contextes et hypothèses de formation proto-celtique

La première hypothèse, formulée par Pere Bosch Gimpera, fait remonter les prémices de l’indo-européanisation de l’Europe à la colonisation néolithique venue d’Asie Mineure au Par la vallée du Danube, des groupes d’agriculteurs s’implantent durablement dans les plaines fertiles d’Europe centrale. Leur expansion est lente mais constante, favorisée par une forte homogénéité culturelle et un accroissement démographique soutenu. Cette culture se caractérise notamment par une architecture monumentale dite mégalithique. Les populations locales, composées essentiellement de chasseurs-cueilleurs, sont progressivement assimilées. Cette hypothèse linguistique permet de couvrir plusieurs zones, mais n'intègre pas les ensembles régionaux qui bordent la Mer Méditerranée, l'Océan Atlantique et l'Europe du Nord.

Une seconde vague indo-européenne serait intervenue durant le , dans un contexte de profonds bouleversements socio-économiques. C’est à cette époque qu’apparaissent plusieurs éléments nouveaux tels que la domestication du cheval, le développement d’une élite guerrière, et la diffusion de la métallurgie du cuivre. La culture de la céramique cordée, originaire des plaines d’Europe orientale, est souvent associée à cette seconde expansion. Elle serait à l’origine de la propagation de nouveaux dialectes indo-européens dans les plaines du nord et le bassin du moyen Danube.

Cette phase de l'hypothèse migratoire reste critiquée car rien ne permet d'appuyer l'essaimage linguistique depuis un noyau initial capable de s'imposer jusque dans les Îles Britanniques. Ce modèle paraît invraisemblable dans le contexte de l'âge du bronze avant la formation de la culture des champs d'urnes que quelques savants associent à une phase migratoire récente, voire de premier mouvement protoceltique attribué à la branche goïdélique. Ces dernières hypothèses restent insatisfaisantes car la culture des champs d'urnes n'est pas considérée comme homogène, mais multiforme. L'élément culturel commun, la crémation, n'est pas uniforme non plus ce qui tend à penser que cette culture archéologique ne serait qu'un indicateur de mutation culturelle au sein d'un vaste groupe différencié.

Un autre modèle a longtemps été considéré comme le pendant occidental de la culture de la céramique cordée, mais est aujourd'hui remis en cause par les datations au carbone 14. Le complexe culturel campaniforme est considéré comme porteur des technologies métallurgiques et de mouvements migratoires vers l’ouest et le sud, atteignant les îles Britanniques, la péninsule Ibérique, l’Italie du Nord et même l’Afrique du Nord. Il s'établit de manière complémentaire dans toutes les régions qui ne sont pas encore touchées par les précédentes cultures archéologiques. Certains chercheurs tendent à ne plus y voir un mouvement migratoire mais l'adoption technologique, indépendante de tout déplacement humain. Cependant, l'impulsion originelle de cette diffusion est vraisemblablement bien liée à des groupes mobiles culturellement et ethniquement homogènes.

Au début du , plusieurs groupes de dialectes tribaux indo-européens sont vraisemblablement différenciés. Parmi eux, le groupe proto-celtique se serait constitué à l’ouest, dans un large espace couvrant la Bohême, l’Autriche occidentale, le bassin parisien et les régions atlantiques. Cette entité se distingue d’autres groupes tels que les proto-vénètes, les proto-baltes ou les proto-balkaniques. Dès cette époque, une diversité culturelle et linguistique s’installe. Plusieurs complexes culturels se développent sur cet espace proto-celtique. La culture des tumulus se développe et plus tard la culture de Golasecca, la culture de Hallstatt et de La Tène. Ainsi, les hypothèses d'expansions tardives à partir de foyer unique, comme depuis Hallstatt, sont relativisées. L'ancrage linguistique et la diversification culturelle identifiable plaident pour une formation progressive et multicentrique du monde celtique, sur une durée d’au moins un millénaire avant leur apparition dans les sources historiques.

Hypothèses d'expansion à foyer unique Les historiens ont longtemps identifié les cultures de Hallstatt et de La Tène du comme étant le berceau des langues celtiques, plusieurs études récentes mettent en doute cette hypothèse. Tant en Autriche qu'à l’est de la Hongrie (Pannonie), les toponymes celtiques semblent former un superstrat au-dessus d’une couche de toponymie plus ancienne que Peter Anreiter appelle Eastern Alpine Indo-European « indo-européen alpin de l'Est » Anreiter, Peter, Ulrike Roider, et Marialuise Haslinger, “The names of the eastern Alpine region mentioned in Ptolemy”, in: Parsons, David N., and Patrick Sims-Williams (eds), Ptolemy: towards a linguistic atlas of the earliest Celtic place-names of Europe, Aberystwyth: CMCS Publications, 2000. 113–142. Patrick Sims-Williams, An Alternative to ‘Celtic from the East’ and ‘Celtic from the West’, cambridge.org, 2 avril 2020. La densité de noms de lieux à l'allure celtique dans la région des Alpes orientales est plus faible qu'en Grande-Bretagne ou en France. La nature clairsemée mais souvent militariste de ces noms de lieux orientaux suggère, selon Patrick Sims-Williams, une colonisation relativement tardive par une élite de langue celtique.