Le traité de Londres pour la pacification de la Grèce fut signé le par les représentants du Royaume-Uni, de la France et de la Russie. L'Autriche et la Prusse, invités aux négociations, refusèrent d'y participer.
Ce traité concernait la Grèce alors en pleine guerre pour son indépendance contre l'Empire ottoman. Son but était de faire cesser le conflit et les effusions de sang. Cependant, il contrevenait aux principes de la Sainte-Alliance qu'il affaiblissait de fait. En effet, il impliquait la reconnaissance d'un nouveau pays (la Grèce) et rompait ainsi l'équilibre européen établi depuis le congrès de Vienne et dont la Sainte-Alliance était la garante.
Ce traité reflétait autant l'intérêt de l'Europe pour la cause grecque que la volonté de chacun des signataires d'être présent en Méditerranée orientale afin de ne pas laisser le champ libre aux deux autres puissances. Il prévoyait une médiation des trois signataires entre les belligérants pour faire cesser les hostilités.
Accepté par la Grèce, mais refusé par la Sublime Porte, il fut à l'origine de l'envoi d'une flotte de « maintien de la paix » britannique, française et russe. Une opération navale, dans l'Ouest du Péloponnèse, qui entrait dans le cadre de l'application de ce traité, déboucha sur la bataille de Navarin. Pour compléter l'application de ce traité, une « force d'interposition » terrestre fut ensuite envoyée par la France : l'expédition de Morée.
Contexte
vignette|alt=tableau XIXe siècle : une foule autour d'un drapeau blanc à croix bleu|Le Serment à Aghia Lavra.Ce tableau de Theodoros P. Vryzakis commémore le soulèvement du . En 1821, les Grecs s'étaient révoltés contre l'occupation ottomane. Ils avaient d'abord remporté de nombreuses victoires et proclamé leur indépendance en . Les victoires grecques avaient été de courte durée, en partie parce que les insurgés s'étaient rapidement déchirés entre factions rivales au cours de deux guerres civiles. Le Sultan avait aussi appelé à l'aide son vassal égyptien Méhémet Ali qui, en 1824, avait dépêché en Grèce son fils Ibrahim Pacha avec une flotte et d'abord puis finalement . L'intervention d'Ibrahim avait été décisive : le Péloponnèse avait été reconquis en 1825 ; le verrou de Missolonghi était tombé en 1826 ; Athènes avait été prise en 1827. Il ne restait plus alors à la Grèce que Nauplie, Hydra et Égine.
Le jeu des puissances européennes était alors ambigu, tout comme celui de leurs représentants au Levant. Le soulèvement grec, considéré comme libéral et national, ne convenait pas à l'Autriche de Metternich, principal artisan de la politique de la Sainte-Alliance. Cependant, la Russie, autre gendarme réactionnaire de l'Europe, était favorable à l'insurrection par solidarité religieuse orthodoxe et par intérêt géo-stratégique du contrôle des détroits des Dardanelles et du Bosphore. La France, autre membre actif de la Sainte-AllianceElle venait d'intervenir en Espagne contre les libéraux., avait une position ambiguë : les Grecs, certes libéraux, étaient d'abord des chrétiens et leur soulèvement contre les Ottomans musulmans pouvait ressembler à une nouvelle croisade. La Grande-Bretagne, pays libéral, s'intéressait surtout à la situation de la région sur la route des Indes et Londres désirait pouvoir y exercer une forme de contrôle.
Le protocole de Saint-Pétersbourg vignette|gauche|alt=tableau XIXe : un homme torse nu, allongé sur un lit aux draps blancs|La mort de Byron à Missolonghi. Le massacre de Chios, la mort de Lord Byron ou la chute de Missolonghi avaient suffisamment ému les opinions publiques occidentales pour que les gouvernements s'en inquiétassent, d'abord diplomatiquement. De plus, dès le mois d', le gouvernement grec avait demandé au Royaume-Uni d'intervenir en vue d'obtenir un règlement du conflit. Le ( calendrier julien), Wellington, à Saint-Pétersbourg, signa avec Nesselrode et Lieven un protocole anglo-russe prévoyant une médiation entre Grecs et Ottomans en vue de régler le conflit. Le protocole était une première reconnaissance politique de la Grèce dont le nom était pour la première fois écrit dans un document diplomatique. Ce protocole était aussi une première entorse à la Sainte-Alliance puisque celle-ci, lors du congrès de Vérone, s'était prononcée contre les revendications grecques.
En , les institutions grecques s'étaient à nouveau adressées au gouvernement britannique afin de lui demander sa médiation avec l'Empire ottoman. Le protocole de Saint-Pétersbourg, le quatre avril suivant, était cette tentative de médiation. Le texte disposait queTexte du Protocole sur Gallica. : la Grèce, dont le territoire serait ultérieurement défini, resterait une dépendance de l'Empire ottoman. Cette dépendance serait marquée par le paiement d'un tribut annuel. De même, si les Grecs avaient le droit de disposer d'eux-mêmes et de choisir leur gouvernement, celui-ci devrait être approuvé par la Porte ; afin d'éviter des conflits futurs, une sorte d'échange de populations devrait avoir lieu, les Grecs devant acheter les propriétés des Ottomans ; si l'Empire ottoman refusait les termes de l'accord, les ambassadeurs britannique et russe à Constantinople devraient continuer à user de leur influence pour le convaincre de les accepter ; la Russie et le Royaume-Uni ne devraient en aucun cas tenter de profiter de la situation pour y gagner un accroissement territorial.
Négociations vignette|alt=gravure noir et blanc : portrait d'un homme chauve, la main dans le veston|George Canning. Ce protocole, sans volet militaire, n'avait que le mérite d'exister. Il servit cependant à George Canning, de point de départ aux négociations suivantes avec les autres pays européens, auxquels il fut immédiatement adressé.
Premières réactions La première réaction de Metternich fut d'espérer que l'accord anglo-russe serait et de se réjouir qu'aucun volet militaire n'ait été prévu. Il se tourna vers la France à laquelle il fit dire par son ambassadeur que le protocole allait à l'encontre de la Sainte-Alliance et menaçait l'équilibre européen mis en place en 1814-1815. De son côté, Canning fit tout son possible pour faire adhérer la France à ses vues. Le texte du protocole fut officiellement communiqué au gouvernement français le , même si le Times l'avait publié dès la mi-avril. En , il semblait de plus en plus probable que la tentative de médiation anglo-russe allait échouer lorsque Charles X commença à manifester son intérêt personnel pour la cause grecqueSon cousin et adversaire politique le duc d'Orléans avait tenté, vainement, l'année précédente de placer son second fils, le Duc de Nemours sur le trône de Grèce. Cette démarche orléaniste avait été une des causes du changement d'attitude de Charles X. (D. Brewer, p. 317 et Driault/Lhéritier p. 334).. Il convint avec son amiral Henri de Rigny, présent dans l'Égée, que les puissances occidentales devraient intervenir pour la pacification de la Grèce. Fin septembre, Canning vint à Paris en visite privée. Il rencontra cependant longuement Villèle, le président du Conseil. Il fut aussi régulièrement reçu à dîner de façon informelle aux Tuileries par Charles X. Le cas grec fut ainsi discuté parmi diverses autres questions. La France consentit à adhérer au protocole de Saint-Pétersbourg à condition que les Autrichiens, mais aussi les Prussiens y consentissent aussi, c'est-à-dire que son application se fît dans le cadre de la Sainte-Alliance. L'Empire ottoman quant à lui refusa le protocole, dans lequel il ne voyait que l'œuvre de Canning, en arguant du fait que . L'insurrection grecque restait pour lui un problème intérieur.
vignette|alt=tableau XIXe : portrait d'un homme moustachu, le crâne dégarni, de profil, en veste noire avec des décorations|Le tsar Nicolas de Russie.
La Russie accentua sa pression sur l'Empire ottoman par la convention d'Akkerman dont la signature avait été pratiquement imposée aux Ottomans par Nicolas , le . Le Tsar semblait vouloir accélérer les choses et surtout ne rien céder. Canning suggéra de menacer la Porte de rappeler les ambassadeurs et de reconnaître officiellement la Grèce. Les Russes voulaient un accord qui irait plus loin qu'une simple menace de retirer les ambassadeurs de ConstantinopleLa Russie venait de rétablir les relations diplomatiques avec la Porte à la suite de la signature de la convention d'Akkerman. Elle ne souhaitait donc pas immédiatement rappeler son ambassadeur. mais qui envisagerait une intervention militaire. Une conférence des diplomates anglais, russes et français fut convoquée à Londres pour en discuter. En effet, le , la France avait annoncé qu'elle adhérait au protocole. L'Autriche de Metternich, plutôt que de tout rejeter en bloc et se trouver exclue voire d'assister à la disparition de la Sainte-Alliance, décida de suivre les négociations et de les ralentir au maximum. La Prusse adopta le point de vue de l'Autriche.
Projets vignette|gauche|alt=tableau XIXe : portrait d'un homme grisonnant, en manteau à fleurs de lys, devant lui, sa couronne et son sceptre sur un coussin|Le roi Charles X de France. Les mois qui suivirent furent consacrés à la finalisation de l'accord par d'incessants allers-retours entre les trois capitales. Chacune des puissances tenait en effet à marquer sa présence afin de ne pas laisser le champ libre aux deux autres et de risquer ainsi d'être évincée de Méditerranée orientale. La France proposa un texte de traité (et non plus de protocole) dès le . Il s'inspirait très fortement du texte du protocole de Saint-Pétersbourg, mais y ajoutait les idées de Canning : la menace d'un retrait des ambassadeurs voire d'une reconnaissance de la Grèce en cas de refus de la médiation par les Ottomans. Aucune mention d'un recours à la force n'était faite. L'idée était d'obtenir le soutien britannique tout en rassurant l'Autriche. La Russie exigea alors, dans un contre-projet en , un véritable calendrier des mesures de rétorsion à l'encontre de Constantinople : quand retirer les ambassadeurs, quand reconnaître la Grèce et surtout que faire si les Ottomans persistaient à refuser la médiation ? Le projet français écartait la guerre ; le projet russe la ramenait sur la table des négociations. Canning déclara fin févrierIl avait été gravement malade pendant près d'un mois et Lord Liverpool, son Premier ministre, avait fait une attaque d'apoplexie pendant ce temps. Les négociations en furent retardées. . que le projet russe était « plus positif » que le projet français et qu'il allait tâcher de concilier les deux dans un nouveau texte. Celui-ci, rédigé avec Lieven, l'ambassadeur russe, partit du principe que l'Autriche ne l'accepterait pas. Il ne fut donc plus tenu compte de son avis diplomatique, au moment où Metternich suggérait qu'une discussion ait lieu d'abord sur les contingents potentiellement envoyés. Paris annonça alors (pour ne pas être distancée) vouloir aller aussi loin que la Russie et le Royaume-Uni, sans plus attendre la Prusse et l'Autriche.