Louvrage de Rimplas, appelé dans un premier temps ouvrage de la Madeleine, est une fortification faisant partie de la ligne Maginot, située sur la commune de Rimplas dans le département des Alpes-Maritimes.

Il s'agit d'un gros ouvrage d'artillerie, situé à d'altitude et interdisant de ce sommet le passage par la vallée de la Tinée, couvrant les petits ouvrages de Fressinéa et de Valdeblore (qui se trouvent en fond de vallée).

Description Mission L'ouvrage de Rimplas offre des vues sur la Haute-Tinée, au Nord, et jusqu’à Saint-Dalmas de Valdeblore et La Colmiane, à l’Est ; il pouvait donc battre de ses feux la route de la Haute-Tinée et celle menant à Saint-Martin-Vésubie.

Il pouvait également faire du tir d’action frontale en direction de la frontière qui, avant la rectification de 1947, passait à moins de cinq kilomètres de l’ouvrage et longeait l’actuelle D 2565 à un km au plus, la ville de Saint-Martin-Vésubie étant quant à elle pratiquement encerclée aux trois-quarts par la frontière. Entre Isola, où se trouvait une casemate, et Valabres, au débouché du vallon de MollièresIl y avait deux casemates, Valabres Nord et Valabres Sud., la frontière longeait la route.

Souterrains Les locaux souterrains renferment tous les moyens logistiques habituels dans un ouvrage de cette taille : casernement, PC, cuisine, latrines, usine, atelier, stocks de munitions, de gazole, d'eau et de nourriture, poste de secours et même un bloc opératoire. Les galeries et les alvéoles de cette vaste infrastructure souterraine se situent sur trois niveaux.

L'électricité était produite par trois groupes électrogènes, composés chacun d'un moteur Diesel 6 SR 19 (six cylindres, fournissant à )La SMIM, Société des moteurs pour l'industrie et la marine, est basée à Paris, construisant des moteurs sous licence Körting. Les SMIM 6 SR 19 ont six cylindres à quatre temps, chacun avec de cylindrée (alésage de 190 mm, pour 260 mm de course). couplé à un alternateur, complétés par un petit groupe auxiliaire (un moteur 1 PJ 65, de à )Le nom du petit moteur Diesel CLM 1 PJ 65 correspond au fabricant (la Compagnie lilloise de moteurs, installée à Fives-Lille), au nombre de cylindres (un seul fonctionnant en deux temps, mais avec deux pistons en opposition), au modèle (PJ pour « type Peugeot fabriqué sous licence Junkers ») et à son alésage ( de diamètre, soit de cylindrée). servant à l'éclairage d'urgence de l'usine et au démarrage pneumatique des gros diesels. Le refroidissement des moteurs se fait par circulation d'eau.

L'ensemble est complété par un téléphérique à un seul câble du constructeur Brien-Anzun dont la recette inférieure est toujours visible en bordure de la route de la Haute-Tinée. Il avait une longueur de , pour un dénivelé de , et pouvait transporter 52 tonnes de munitions ou de ravitaillement par jour avec 21 wagonnets. L'entraînement était assuré par deux moteurs thermiques.

Les observatoires du Caïre-Gros (indicatif ), de La Pinea (sur la pointe de la Penna, indicatif : ), de Fraccia-de-Roure Haut (ou ouest, indicatif : ) et de Fraccia-de-Roure Bas (ou est, indicatif : ) sont rattachés au PCA (PC de l'artillerie) de Rimplas.

Blocs

thumb|Le bloc 5. Le gros ouvrage de Rimplas est composé de cinq blocs reliés à une infrastructure de galeries sous roc et de quelques autres aménagements, intérieurs ou extérieurs : bloc 1 : deux créneaux pour mortier de , deux créneaux pour jumelage de mitrailleuses (JM) et une cloche lance-grenades. Les deux mortiers de faisaient du tir d'action frontale vers le nord, mais sans atteindre la frontière ; bloc 2 : un créneau pour fusil mitrailleur et une accès extérieur pour accéder à la plate-forme B pour mortiers à l'air libre ; bloc 3 : une cloche GFM (servant d'observatoire, comprenant un périscope , indicatif ) et une cloche pour jumelage de mitrailleuses ; bloc 4 : deux créneaux pour canon-obusier de modèle 1933, un créneau pour canon-mortier de modèle 1931, une cloche JM et une cloche d'observation (VDP, indicatif ) ; les 75/33 tiraient vers l'ouest, mais ne pouvaient cependant même pas tirer jusqu'à Isola où se trouvait un avant-poste du SFAM ; bloc 5 : deux créneaux pour canon-obusier de modèle 1933, un créneau pour canon-mortier de modèle 1931, une cloche GFM et une cloche d'observation (indicatif ). Les 75/33 prenaient la frontière en enfilade vers l'est jusqu'au-delà de Saint-Martin-Vésubie ; bloc 6 : un poste optique, situé sur la face ouest, à l'extérieur, constitué par une petite casemate sous roc fermée par un masque de béton ; bloc d'entrée (bloc 7 ?), trois créneaux pour fusil-mitrailleur (FM) en caponnière, protégeant la porte mixte et le portail téléphérique ; une issue de secours, situé au-dessus de la falaise ouest, près de l'actuel relai téléphonique..

S'y rajoutent une casemate en maçonnerie et couverte d'une dalle en béton armé, située avant le virage de la route qui débouche sur l'esplanade, ainsi que le casernement de sûreté situé au village de Rimplas.

Armement Les mitrailleuses et fusils mitrailleurs de l'ouvrage étaient chacun protégé par une trémie blindée et étanche (pour la protection contre les gaz de combat). Ils tirent la même cartouche de à balle lourde (modèle 1933 D de au lieu de pour la modèle 1929 C)..

Les mitrailleuses étaient des MAC modèle 1931 F, montées en jumelage (JM) pour pouvoir tirer alternativement, permettant le refroidissement des tubes. La portée maximale avec cette balle (Vo = 694 m/s) est théoriquement de (sous un angle de 45°, mais la trémie limite le pointage en hausse à 15° en casemate et à 17° dans une cloche GFM), la hausse est graduée jusqu'à et la portée utile est plutôt de . Les chargeurs circulaires pour cette mitrailleuse sont de chacun, avec un stock de pour chaque jumelage.. La cadence de tir théorique est de par minute., mais elle est limitée à 450 (tir de barrage, avec trois chargeurs en une minute), 150 (tir de neutralisation et d'interdiction, un chargeur par minute) ou par minute (tir de harcèlement, le tiers d'un chargeur).. Le refroidissement des tubes est accéléré par un pulvérisateur à eau ou par immersion dans un bac.

Les fusils mitrailleurs (FM) étaient des MAC modèle 1924/1929 D, dont la portée maximale est de , avec une portée pratique de l'ordre de .. L'alimentation du FM se fait par chargeurs droits de , avec un stock de par cloche GFM, par FM de casemate et pour un FM de porte ou de défense intérieure. La cadence de tir maximale est de par minute, mais elle est normalement de par minute...

Histoire

Construction thumb|left|Entrées de l'ouvrage. D'abord dénommé ouvrage de la MadeleineDu nom de la cime sur laquelle se situe le fort, à proximité de la chapelle de la Madeleine., c'est le premier ouvrage de la ligne Maginot, sa construction ayant commencé dès 1928 par décision à effet immédiat du gouvernement français en date du , à la suite des multiples déclarations de Mussolini pendant toute l'année sur l'origine italienne de la région de Nice. Le gouvernement français décida également : la réoccupation des postes de haute montagne (Gondran, les Accles, le Janus, etc.) inoccupées depuis 1912, ainsi que la construction par la main-d'œuvre militaire d'une ligne d'avant-postes sur la position retenue auparavant par la région militaire..

En raison de l'urgence déclarée par le gouvernement, le projet fut d'abord pris en charge par la Direction des travaux de fortification de Nice en fondant son étude préalable sur le « Programme réduit de défense de Nice » établi en par le général Degoutte. Les travaux de fouille commencèrent le . mais le projet initial fut vivement critiqué et rapidement arrêté. La Commission d'organisation des régions fortifiées (CORF) hérita alors du dossier et fit approuver une solution d'ensemble par le ministre de la Guerre, Paul Painlevé, le . L'ouvrage de Rimplas a servi, en quelque sorte, de prototype à la CORF car, à ce moment, elle n'avait pas encore totalement défini le schéma des futurs ouvrages, étant elle-même dans l'ignorance des spécifications techniques des armements à mettre en place. Plusieurs plans de l'ouvrage de Rimplas furent donc établis, mais ce n'est qu'en que le plan définitif fut adopté.

thumb|Créneau et volet blindés d'action frontale. Cet ouvrage n'illustre d'ailleurs pas les concepts mis en œuvre dans les fortifications ultérieures car il s'agit d'un fort monobloc entouré de murs d'escarpe et dont les blocs sont en action frontale. Il s'agit de véritables casemates blindées en acier d'une épaisseur de noyées dans le béton et qui se prolongent à l'intérieur en enveloppant le canon ; l'embrasure est fermée par deux volets également blindésPhilippe Truttmann, La ligne Maginot ou la Muraille de France, Gérard Klopp éditeur, 1985, p. 189.. La construction du fort se heurta aussi à de nombreux problèmes dus à la friabilité du sol, qui obligea à bétonner les fouilles en plusieurs endroits, et aux infiltrations d'eau à fort débit ; en , des fissures furent encore constatées dans les bétons. Le fort ne sera remis officiellement qu'en au BAF, les travaux n'étant cependant pas totalement achevés. Le coût de l’ouvrage au était de . (valeur de ).

Combats de 1940 En 1939, l'ouvrage de Rimplas avait une grosse garnison de et de huit officiers appartenant au bataillon alpin de forteresse (BAF) et du régiment d'artillerie de position (RAP).

En , la zone frontalière, entre Saint-Étienne-de-Tinée et Valdeblore, est tenue par quatre sections d'éclaireurs-skieurs (SES) appartenant au et au : I/55 au mont Raja, II/55 au Collet de la Sagne, III/55 au Bifarquet et celle du aux Cabanes de Lenton. Elles ont en face d'elles le bataillon Val Elero du Alpini.

L’Italie a déclaré la guerre à la France le , mais l’offensive réelle ne débute que le . Ce jour-là, des unités de la division Livorno franchissent la frontière près d’Isola et remontent la Tinée jusqu’à mi-chemin de Saint-Étienne-de-Tinée, cherchant à s'engager sur le sentier de Roya à Péone par Tolondet, sachant certainement que cette zone n’était pas couverte par les tirs de RimplasLe sentier de Tolondet à Péone aurait dû être couvert par le petit ouvrage du Col-de-Crous qui n’était pas achevé en 1940 (seul le bloc 4 avec deux créneaux pour jumelage de mitrailleuses Reibel était terminé).. Ils sont cependant arrêtés au niveau du Pont-Rouge, avant Douans. Aucune source ne fait état de combats dans le secteur les jours suivants et jusqu’à l’armistice.

Le fort de Rimplas est intervenu dans les combats par quelques feux d’interdiction sur la frontière. L’ouvrage lui-même n’a jamais été menacé par l’avance ennemie qui n’a pas débouché de la frontière dans ce secteur.

État actuel thumb|Mur d'escarpe camouflé et faux créneaux de tir. Désarmé après l’armistice du , les Italiens ont démonté et emporté les canons de .

Le fort de Rimplas a été réarmé partiellement en 1947 et il a été entretenu par le génie jusqu’à sa déclassification du domaine public militaire en 1972, date à laquelle il est vendu à la commune de Rimplas ; celle-ci le loue alors à une société qui l'utilisa comme champignonnière, l'humidité ainsi entretenue contribuant à dégrader les équipements.

Le fort était en grande partie dépouillé et il ne reste donc que peu de choses à l'intérieur, mais les peintures de camouflage et les faux créneaux sont toujours bien visibles sur les murs d'escarpe.

L'ouvrage de Rimplas a ensuite été racheté par le Conseil général des Alpes-Maritimes qui envisagerait d'en faire un « lieu de mémoire ». Une association créée début 2008, « Les Amis de l’Ouvrage Maginot de la Madeleine », a entrepris des travaux de réhabilitation à l'intérieur et à l'extérieur et a ouvert les portes de l’ouvrage à l’occasion des Journées du patrimoine 2009Pour visiter l'ouvrage téléphonez pour rendez-vous au 0686921371.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Général Étienne Plan et Eric Lefevre, La bataille des Alpes, 10-, Charles Lavauzelle, 1982.