Maria Anna Marzia Alboni, dite Marietta Alboni, est une cantatrice italienne, née le à Città di Castello (Ombrie) et morte le à Ville-d'Avray (Hauts-de-Seine). Elle est considérée comme l’une des plus grandes contraltos de l’histoire de l’opéraRosenthal/ Warrack, I, ..
Biographie
Marietta Alboni fut l’élève d' à Cesena, et surtout, pendant un cycle triennal complet d’étudePougin et suiv., de Gioachino Rossini et Alessandro Mombelli au lycée musical de Bologne, dont ils venaient d'être nommés respectivement « conseil perpétuel honoraire ». et professeur de chant par intérim.. La cantatrice resta tout au long de sa vie profondément reconnaissante et totalement dévouée à son ancien « maestro » Rossini, presque un deuxième père pour elle. Après avoir obtenu son diplôme en 1842, elle fit ses débuts à 16 ans à Bologne dans le rôle comprimario de Climene en Saffo de Giovanni Pacini, mais, grâce à l’entremise directe de RossiniComme Marietta était encore mineure, ce fut justement Rossini en personne qui signa le contrat comme « mandataire d'Eustachio Alboni », le père de la cantatrice (Pougin, )., elle fut tout de suite engagée par Bartolomeo Merelli, alors directeur soit du théâtre La Scala de Milan soit du Kärntnertortheater de Vienne, en s’imposant en rôles comme Néocles dans l’édition italienne de Le Siège de Corinthe de Rossini, Orsini de Lucrezia Borgia, Pierotto de Linda di Chamounix et Leonora de La favorite (édition italienne renommée Elda), tous de Gaetano Donizetti.
Entre 1844 et 1847, elle se produisit dans les plus grandes villes de l’Europe nord-orientale : Vienne et Saint-Pétersbourg d'abord, puis Prague, Berlin, Hambourg, Carlsbad et bien d’autres endroits de la Pologne, de la Hongrie et de l’AutrichePougin, chapitre III, et suiv.. En 1847, après être passée brièvement par l’Italie, elle s’établit à Paris et débuta à Londres, à Covent Garden, dans le rôle d’Arsace de Semiramide de Rossini. Ce même rôle fut choisi l’an suivant pour le début parisien au Théâtre-Italien. Au cours des quinze années suivantes, Alboni chanta, pratiquement sans interruption, dans les différents théâtres des deux capitales. En 1850, après avoir acquis une maîtrise convenable de la langue française, elle accepta finalement de débuter sur la scène de l'Opéra dans le rôle de Fidès du Prophète de Giacomo Meyerbeer. Dans la même période elle fit aussi beaucoup de tournées internationales, allant jusqu'aux États-Unis au cours des années 1852-1853 avec la violoniste Camille Urso et la cantatrice Henriette Sontag.
Les succès qu'elle obtient à l'Opéra, font qu'elle est choisie pour prendre part aux exécutions musicales données au palais des Tuileries pour l'impératrice Eugénie. Ces concerts réunissaient les noms des plus grands artistes de l'Académie impériale de musique et du Théâtre-Italien Sax, Castelmary, Geymard, Penco, Nilsson, Sasse, Marie Battu, MM. Tamberlick , Bartolini, Mario, Zucchini, Delle-Sedie, Faure, Obin, Obin, Geymard, Belval, Villaret..
Elle épouse en 1854 le comte Achille Pepoli (souvent cité erronément comme Carlo Pepoli)Le nom complet rapporté sur l’acte de mariage est : Achille Francesco Luigi Carlo Maria (Pougin, , note 2). Le mari de Marietta Alboni était fils du comte Ferdinando et de la comtesse Maria Teresa Baldi della Cappellina. Souvent confondu avec le quasi homonyme comte Carlo Pepoli, auteur du livret de I puritani, dont il était cousin germain, le mari de l’Alboni était en effet désigné par le nom d’Achille dans les lettres de la famille Pepoli (Tiziano Costa e Antonio Rosati Pepoli, Storie dei Pepoli, Bologna, Costa, 2011. )., tout en conservant son nom de jeune fille pour la scène. En 1863, elle doit brusquement interrompre sa carrière musicale pour la première fois à cause de la grave maladie mentale qui avait atteint son mari. Il meurt en 1867, et une année plus tard, en 1868, elle n’hésite point à sortir de sa retraite pour participer aux funérailles de son adoré maître et ami, Rossini, dans l’église de la Sainte-Trinité à ParisLeurs rapports étaient encore si étroits que, comme Rossini ne possédait pas son propre caveau de famille au cimetière du Père-Lachaise, son cercueil fut provisoirement déposé dans celui de l’Alboni et y demeura une année entière jusqu’à ce que Madame Rossini eût fait construire un nouveau tombeau (Pougin, , note 1).. Au cours de la cérémonie, elle chante, aux côtés d’Adelina Patti, une strophe du Dies iræ : Liber scriptum, adaptée sur la musique du duo du Stabat mater de Rossini : Quis est homo. Par déférence pour son ancien maître l’Alboni consentit, en outre, à reparaître devant le public pour chanter, en tournée par l’Europe, la version orchestrale de la Petite messe solennelle, ainsi qu’elle avait autrefois promis à Rossini mêmePougin, et suiv..
Elle fait ses adieux définitifs à la scène au Théâtre Italien de Paris en 1872, dans le rôle de Fidalma de Il matrimonio segreto de Domenico Cimarosa, mais elle ne cesse jamais complètement de chanter, en privé ou en concerts de bienfaisanceLe 23 décembre 1880, elle reparaît aussi, une dernière fois, avec une émotion presque douloureuse, sur la scène de l'Opéra pour une représentation extraordinaire donnée au bénéfice de l'Association des artistes dramatiques (Pougin, ).. Lorsque, en 1887, sur la demande du gouvernement italien, le gouvernement français autorisa la translation des restes mortels de Rossini dans la basilique Santa Croce de Florence, Marietta Alboni, alors une riche dame de 61 ans, se tenant à l’écart depuis de longues années, met la main à la plume et adresse au ministre italien des Affaires étrangères Di Robilant une lettre dans laquelle elle se met à la disposition du gouvernement italien en réclamant l’honneur, « comme Italienne et élève du maître immortel », de chanter elle-même la Petite messe solennelle, « dernière composition de Rossini », « dans [sa] chère et aimée patrie, le jour de la cérémonie officielle ». La pensée généreuse de l’Alboni ne peut cependant se réaliser et elle doit se contenter de participer, « émue et tremblante », à la cérémonie de l’exhumation à Paris. Le correspondent parisien du journal de Rome Fanfulla écrit pour l’occasion : « Les photographes fixèrent dans le même objectif celle qui fut la plus grande exécutante de la Cenerentola et de Semiramide et ce qui reste de celui qui écrivit ces chefs-d’œuvre »Pougin, et suiv..
En 1877, la comtesse Pepoli avait épousé en secondes noces, en l'église Saint-Pierre-de-Chaillot, Charles Denis Zieger, capitaine de la Garde RépublicaineCe fut Ziéger qui fournit à Arthur Pougin les documents personnels de Marietta Alboni, et en particulier ces « Souvenirs pour servir à ma biographie, si jamais je me décide à l’écrire – Marietta Alboni. Paris, avril 1891 », qui ont constitué la base fondamentale de son petit livre sur la cantatrice (et donc aussi du présent article). En tête de la première page était notée la suivante considération : « Pourquoi fais-je ce griffonnage ? Et à quoi peut-il servir ? Après l’avoir écrit, je le jetterai au feu, car il ne pourrait avoir quelque intérêt qu’aux yeux de mes enfants, si j’en avais, mais malheureusement je n’en ai pas. » (Pougin, , note 1).. Elle meurt à Ville-d'Avray, près de Paris, dans sa « Villa La Cenerentola », et est inhumée au cimetière du Père-Lachaise. Toujours engagée en œuvres de charité (souvent en mémoire de son maître Rossini), Marietta Alboni légua presque tous ses biens aux pauvres de Paris. Dans son testament, elle écrit ces mots : « C’est en chantant, en pratiquant cet art suprême, que j’ai acquis toute la fortune que je possède, et je quitterai la vie avec cette douce pensée d’en avoir disposé pour encourager et pour consoler »Pougin, ..
Caractéristiques artistiques
Elle a été considérée, de pair avec sa devancière Rosmunda Pisaroni, comme la plus grande contralto rossinienne du Caruselli, I, ., ou, encore, grâce à ses études de jeunesse, elle peut être regardée comme une véritable incarnation des principes du chant rossinien. Sa voix avait une étendue très large, vers le haut aussi : ainsi qu'elle-même put coucher par écrit en mainte occasion, son ambitus allait du sol2 au do5Selon Rodolfo Celletti, l'étendue de l'Alboni aurait allé du fa2 au do5 (La grana, ), mais il n’y a pas lieu de douter du témoignage de la même cantatrice, selon laquelle le fa grave était parfois atteint exclusivement durant l’entraînement, ainsi que le ré et le miFichier:flat.svg aigus: « En public je ne me suis jamais permise que le sol bas et l’ut aigu » (Pougin, ). et donc couvrait la suite entière des registres de la voix féminine, lui permettant d’être un contralto authentique, tel qu’elle s’estimait premièrement, mais aussi d’aborder des rôles de véritable soprano, surtout quand elle était en tournée hors de France et devait respecter les gouts locaux : « J’étais obligée de choisir mon répertoire comme je le pouvais, la musique de Rossini n’étant pas toujours appréciée à sa juste valeur »Pougin, . Elle choisissait, de toute façon, avec circonspection, en se bornant d’ordinaire aux rôles créés par une catégorie particulière de cantatrices qui s’épanouit à cheval entre la période classique et l'avènement définitif de la musique romantique. Elle était composée grosso modo par des mezzo-sopranos, appelées initialement contraltos pour raisons d’étiquetteLe terme mezzo-soprano n’était pas encore entré pleinement dans l’usage et avait initialement le sens, vaguement dénigrant, de « seconda donna »., et qui s'étaient ensuite transformées en véritables sopranos, même si leur ambitus n'était pas sûrement très étendu. C’est là le cas des rôles d’Elena en La donna del lago, créé par Isabella Colbran, de Ninetta en La gazza ladra, créé par Teresa Belloc-Giorgi, et d'Amina, Anna Bolena et Norma, créés par Giuditta PastaLa première interprète d’un autre rôle de soprano souvent chanté par l’Alboni, Marie de La Fille du régiment, Juliette Euphrosyne Bourgeois, ou Giulietta Borghese de son nom d’artiste, était elle-même classifiée tantôt comme soprano, tantôt comme mezzo-soprano ou contralto (Casaglia Juliette Euphrosine Bourgeois) Si l'on considère que le rôle de Zerlina du Don Giovanni de Mozart a été très souvent interprété par des mezzo-sopranos, aussi bien que par des sopranos, le seul véritable rôle de soprano aigu qui reste, en fin de compte, au répertoire de Marietta Alboni est celui de Norina de Don Pasquale de Donizetti, mais on a encore noté que ce rôle aussi, écrit pour la soprano « absolue » Giulia Grisi, présente une « tessiture légèrement plus grave » que d'ordinaire pour cette cantatrice (Caruselli, IV, )..