Louise d’Artois , née le au palais de l’Élysée à Paris et morte à Venise le est une petite-fille de France, devenue par son mariage la dernière duchesse de Parme et de Plaisance.

Issue de la branche d’Artois de la Maison de Bourbon et petite-fille du roi , Louise devient orpheline de père à l’âge de quatre mois, la jeune fille reçoit une éducation artistique et littéraires, sous l’égide de sa mère, la duchesse de Berry. Peu avant son dixième anniversaire, une révolution renverse son grand-père et la famille part en exil, d’abord en Écosse puis en Autriche. Moins d’un an après la mort de son oncle et tuteur, en 1845, la jeune fille épouse le futur Charles III de Parme et part s’installer à Lucques. Après une installation difficile, elle donna naissance à une nombreuse famille et s’investit dans l’aide aux démunis, suivant ainsi les traces de sa belle-mère, la duchesse Marie-Thérèse. C’est cependant après l’assassinat brutal de son époux en 1854 que Louise se montre la plus active, sur le plan social et politique : la jeune veuve devenue régente met alors en place un vaste plan d’apaisement social et tente de protéger les droits de son fils Robert de Parme.

Cependant, Louise n’est guère récompensée pour ses actions : si elle devient une figure très populaire à Parme, les italiens lui reprochent son opposition au Risorgimiento. Finalement, lorsqu’éclate la Campagne d’Italie en 1859, la famille ducale choisit de s’enfuir et trouve refuge en Suisse. Malgré des appels lancées à ses amies et parentes la reine Victoria du Royaume-Uni et la reine Isabelle II d’Espagne, le duché de Parme est annexé au nouveau royaume d’Italie.

Après être repartie en exil pour la troisième fois de sa vie, Louise se consacre à l’établissement de ses enfants, dont l’aînée, Marguerite, fête son anniversaire en 1864. Le mois suivant, Louise meurt à Venise des suites d’une courte maladie, à l’âge de 44 ans. Ses enfants, désormais orphelins, sont recueillis par leur oncle le comte de Chambord, prétendant au trône de France.

Par ses quatre enfants, Louise est l'ascendante des maisons royales de Bulgarie, de Saxe et de la famille grand-ducale de Luxembourg. Elle est également l'ascendante des prétendants aux trônes de Parme, de Toscane, d'Autriche, de Wurtemberg et de Roumanie, mais également de plusieurs prétendants aux trônes de France, issus des mouvances légitimistes et orléaniste (Jacques de Bourbon et Jean d'Orléans).

Biographie

Une princesse française

Une naissance dans un contexte difficile

gauche|vignette|La duchesse de Berry en veuve avec sa fille Louise, 1820, par François-Joseph Kinson. La princesse LouiseElle est parfois connue sous le triple prénom de « Louise-Marie-Thérèse » ou sous le double prénom de « Louise-Marie ». d'Artois, petite-fille de France, est le premier enfant survivant de Charles-Ferdinand d'Artois (1778-1820), duc de Berry et de sa jeune épouse Marie-Caroline de Naples et de Sicile. Comme l'écrit l'écrivain Jean des Cars, le mariage du couple est heureux; le duc tomba littéralement « amoureux » de son épouse. Ainsi le couple se tutoie et mène une vie joyeuse au palais de l'Élysée.

À sa naissance, Louise est la troisième enfant de ses parents même si les deux précédents (Louise-Élisabeth et Louis) sont morts peu de temps après leur naissance. La naissance de Louise est donc une déception pour la famille royale qui attend avec impatience la naissance d'un fils. Ainsi la duchesse de Berry s'écrie-t-elle « Après la fille, le garçon » peu après avoir accouché de Louise.

Premières années

Entre Paris et Rosny vignette|La famille royale française en 1823. Louise naît au palais de l'ÉlyséeRésidence du duc et de la duchesse de Berry à Paris. à Paris le . Elle est baptisée le à la chapelle palatine des Tuileries et tenue sur les fonts baptismaux par son parrain le roi (son grand-oncle le roi Louis XVIII) et par sa marraine sa tante la duchesse d'Angoulême (futur dauphine de France).

La marquise de Gontaut Saint-Blacard (1773-1857), dame d'honneur de la duchesse de Berry, est nommée gouvernante de la petite fille tandis que la comtesse de Gain de Montagnac et de Riveira sont ses sous-gouvernantes.

Dès sa naissance, de nombreuses rumeurs entourent Louise. Certains prétendent en effet qu'elle est aveugle et sourde ou qu'elle ne vivra pas, tous comme son frère et sa sœur aînés. Ainsi même la duchesse d'Orléans, Marie-Amélie des Deux-Siciles, future reine des Français, prétend que la fillette ne vivra pasLa duchesse de Dino affirmera que c'est la sœur du duc d'Orléans, Madame Adélaïde qui prononcera cela..

Le , son père Charles-Ferdinand est assassiné en sortant de l’ancien opéra de Paris par Louvel, un bonapartiste qui souhaite l' « extinction de la maison de Bourbon ». C'est plus qu'un deuil pour la famille royale et ses partisans. Cependant, quelque temps plus tard, la duchesse de Berry fait part d'une nouvelle grossesse et en , naît « l'enfant du miracle », un garçon qui porte les espoirs de la dynastie, reçoit le titre de duc de Bordeaux et le prénom d'Henri, hommage au premier roi de France de la Maison de Bourbon et plus populaire que le traditionnel Louis porté depuis Louis XIII et rappelant le saint ancêtre Louis IX.

Son père achète le château de Rosny, ancienne résidence de Sully pour son épouse afin de la consoler de la perte de ses enfants.

Une éducation rigoureuse, mais joyeuse gauche|vignette|La duchesse de Gontaut, gouvernante des Enfants de France, promenant Louise d’Artois et son frère, Henri, duc de Bordeaux, dans les jardins de Saint-Cloud (détail), 1826, par Adolphe Ladurner. Louise grandit au Palais de l'Élysée et au château de Rosny jusqu'à la mort de son père ; la princesse et sa mère déménagent alors dans le pavillon de Marsan du Palais des Tuileries. C'est ici que Louise connaîtra les deux premiers attentats de sa vie. En effet, le premier qui à lieu dans la salle de bain de sa tante (l'auteur s'est trompé) et le deuxième le , dans le vestibule de son appartement. Marie-Caroline se voulant proche de ses enfants, les élève elle-même et les tutoie. De même elle passe beaucoup de temps avec eux et en est très proche.

La culture tient une place importante dans l'enfance de Louise, en effet sa mère est une lectrice acharnée des œuvres de Walter Scott, de Victor Hugo, d'Alphonse de Lamartine ou encore de Balzac et de Musset. Ainsi Louise est élevée dans l'amour de l'art et de la culture. De plus, de Gontaut élève la fillette en se référant au Traité de l'éducation des filles de Fénelon. Cependant, Louise n'a aucun attrait pour l'histoire et déclare même .

Louise et son frère Henri sont très proches, n'ayant qu'un an d'écart. De plus étant élevés ensemble par la marquise de Gontaut, Louise grandit littéralement avec son frère. La jeune princesse avouera plus tard ressentir pour son frère « une affection singulière qui devait être la joie et l'orgueil de sa vie ».

La duchesse de Berry et ses enfants passent la majorité du temps (du lundi au samedi) au château de Rosny et ne reviennent aux Tuileries que pour la fin de semaine. Leur mère lance également la mode des bains de mers et s'y rend en compagnie de ses enfants, tous les ans, à Dieppe notamment. vignette|Louise d'Artois en costume de bain sur la plage de Dieppe, 1830, par Alexandre-Jean Dubois-Drahonet. En 1823, Louise et son frère assistent au retour de leur oncle, le duc d'Angoulême, qui revient de l'expédition d'Espagne. Voulant redonner à la France sa place dans le concert des Nations, le roi l'a envoyé mâter les libéraux Espagnols qui mettaient en péril le pouvoir absolu du roi Ferdinand VII, un autre Bourbon. L'année suivante, en 1824, le roi Louis XVIII s'éteint. Son frère, le comte d'Artois, grand-père de Louise, lui succède sous le nom de Charles X. Le joyeux beau-frère de la « reine martyre » Marie-Antoinette est un veuf de 67 ans, pieux, de convictions des plus conservatrices (il a été le chef des ultras) et peu avisé. À l'instar de ses ancêtres, il se fait couronner à Reims en 1825, ce qui amuse nombre des détracteurs de la monarchie et l'opéra Le Voyage à Reims de Gioacchino Rossini est retiré de l'affiche après cinq représentations. Louise et Henri assistent à l'événement et s'amusent à détailler les éléments décoratifs dont regorge alors la cathédrale de Reims.

Le , Louise pose la première pierre de l'église Saint-Jean-Baptiste de Grenelle. L'année suivante, à Dieppe, la petite princesse participe au bazar de bienfaisance organisée par sa mère. Louise réalise à cet effet des dessins. Durant ces années, Louise et son frère apprennent diverses langues dont l'anglais, l'allemand et l'italien et possèdent également de solides notions de latin et de grec. vignette|Louise d'Artois et son jeune frère Henri, duc de Bordeaux.

La révolution

Le , promulgue des ordonnances qui provoquent la révolution de 1830, connue aussi sous le nom de Trois Glorieuses, s'étant étalée sur trois journées. Le , un groupe d'hommes politiques parisiens lance la candidature au trône de Louis-Philippe, duc d'Orléans. Le , abdique en faveur de son petit-fils Henri d'Artois. L'ordre de succession donnait cependant le trône au fils aîné du roi, le dauphin Louis-Antoine de France, qui était appelé à régner sous le nom de . Mais celui-ci est contraint de contresigner l'abdication de son père. Ainsi, la Couronne passerait au jeune Henri, duc de Bordeaux, qui deviendrait . envoie cet acte d'abdication au duc d'Orléans lui confiant de facto la régence, l'ayant déjà nommé dès le lieutenant-général du royaume (confirmant de fait ce titre, que le duc d'Orléans avait reçu des députés). Dans cet envoi, il le charge expressément de faire proclamer l'avènement d' . Louis-Philippe d'Orléans ne se tient pas pour régent à partir du ; il se contente de faire enregistrer l'abdication de et la renonciation de son fils, sans faire proclamer . Le , la chambre des députés puis la chambre des pairs appellent au trône le duc d'Orléans, qui prête serment le , sous le nom de « Roi des Français » (et non roi de France). Néanmoins, dès le , certains légitimistes (qui seront appelés les henriquinquistes) commencent à désigner le jeune Henri, âgé de neuf ans, sous le nom d'. La famille royale part en exil en Angleterre le Achille de Vaulabelle, Histoire des deux Restaurations jusqu'à l'avènement de Louis-Philippe, de janvier 1813 à octobre 1830, Paris, Perrotin, 1856, édition, ..

L'exil En , à la suite d'une révolution, son grand-père Charles est chassé de France et le duc d'Orléans est devenu roi des Français. Accompagné d’une partie de la famille royale, Charles X trouve refuge dans un premier temps au Royaume-Uni, au château de Lulworth puis en Écosse, au palais de Holyrood. Louise y reste avec son frère et sa mère et le reste de la famille royale jusqu'à ce que la duchesse de Berry s'embarque seule pour l'Italie ou elle recherche des soutiens pour son soulèvement en faveur de son fils. Son grand-père la charge à cette époque, d’aller saluer quelques membres de l’aristocratie anglaise. Ainsi, Louise se rend chez puis chez le duc de Wellington. Durant son exil en Ecosse, Louise désormais âgée de 11 ans pratique le dessin, écoute de la musique et reçoit pour le thé.

En 1832, après une vaine tentative pour soulever la Vendée qui est restée royaliste légitimiste, la duchesse de Berry est arrêtée à Nantes, puis emprisonnée à la citadelle de Blaye où elle donne le jour à une enfant née hors mariage. Nonobstant la proche parenté qui le lie à la duchesse, le roi Louis-Philippe fait donner une grande publicité à l'événement qui déshonore la belle-fille du roi détrôné et mère du futur prétendant. Louise, qui a 12 ans, et son frère sont alors confiés à leur tante, la Dauphine, fille des défunts souverains Louis et Marie-Antoinette. Marie-Thérèse deviendra une seconde mère pour les deux enfants qui lui resteront fidèles jusqu'à leur mort. Ainsi la fille ainée de Louise sera la filleule de la Dauphine.