Joseph Gallieni, né le à Saint-Béat (Haute-Garonne) et mort le à Versailles, est un général, maréchal de France et administrateur colonial français.
Il prend une part active à l'expansion et à la consolidation de l'empire colonial, notamment en Afrique. Il fonde une méthode qui associe la brutalité, comme avec la répression de l'insurrection des Menalamba à Madagascar, au développement économique après une conquête progressive des territoires. Pendant la Première Guerre mondiale, gouverneur militaire de Paris, il prend notamment la décision de réquisitionner les taxis parisiens pour apporter du renfort à la bataille de l'Ourcq. Grand-croix de la Légion d'honneur en 1905, médaillé militaire en 1911, il est élevé à la dignité de maréchal de France à titre posthume en 1921.
Administrateur et militaire, il est également un théoricien de premier plan, laissant comme legs théorique principal la stratégie de « pacification », une doctrine de maintien de l'ordre colonial poursuivie par son disciple Lyautey et notamment appliquée durant la guerre d'Indochine et la guerre d'Algérie.
Biographie Famille Joseph Simon Gallieni est le fils de Gaétan Marie Gallieni (1805-1894), officier d’infanterie, né en Italie, d’origine lombardeGaétan Marie Gallieni, né à Pogliano le 24 février 1805, décédé à Saint-Béat le 23 janvier 1894, officier d'infanterie au 5° de ligne, naturalisé en 1842. et de Françoise Périssé (1828-1902), originaire de Saint-Béat.
Époux de Marthe Savelli (1856-1914), le général eut pour fils l'ingénieur Théodore François Gaëtan Gallieni (1887-1940), père de l'artiste Michel Gallieni (1925-1979), dit Michel de Ré.
Études Après des études au Prytanée militaire de La Flèche où il a reçu le matricule 3522a, il intègre l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1868. Le , il est nommé sous-lieutenant dans l’infanterie de marine.
Bazeilles (1870) Avec le d’Infanterie de marine ( RIMa), le nouveau promu participe à la guerre franco-allemande de 1870, au cours de laquelle il se bat notamment à Bazeilles, dans les rangs de la brigade Martin des Palières et de la fameuse Division BleueRémy Porte, « Gallieni, créateur d'Empire et défenseur de Paris », La Nouvelle Revue d'histoire, n°86 de septembre-octobre 2016, p. 23-25. Blessé et fait prisonnier le , il est envoyé en captivité en Allemagne et ne rentre en France que le . Il a appris l'allemand lorsqu'il était prisonnier là-bas, et plus tard a tenu un carnet en allemand, anglais et italien intitulé "Erinnerungen of my life di ragazzo" ("Souvenirs de ma vie depuis mon enfance")Tuchman 1962, pp. 339–340.
Séjour à La Réunion (1872-1875) Il commence sa carrière coloniale à La Réunion, où il reste trois ans, d' à . Il est promu lieutenant au d’infanterie de marine ( RIMa) le .
Expéditions en Afrique subsaharienne (1877-1881) vignette|gauche|Itinéraire de la mission Gallieni, de Saint-Louis à Nango. Le , il obtient son envoi aux tirailleurs sénégalais et embarque le 20 pour Dakar, seuil de l’Afrique noire, où il prend part à diverses expéditions militaires et explorations. Il est promu capitaine en 1878.
Depuis la prise de Sabouciré, près de Logo, le , la France affirme ses visées expansionnistes vers l'est. Gallieni est chargé par le gouverneur Brière de l'Isle d'explorer la région entre le Sénégal et le bassin du Niger, de nouer des liens avec les tributaires d'Ahmadou Tall et d'établir un poste aux frontières de l'Empire toucouleur. Il part le en bateau de Saint-Louis à Richard-Toll (environ ) sur le fleuve Sénégal. Établissant des protectorats avec des chefs locaux, il subit une déroute à la suite de l'attaque de guerriers bambaras et se retrouve emprisonné à Nango. Souhaitant éviter l'affrontement, l’almamy le laisse partir le et accepte de signer un traité accordant la navigation française sur le NigerPaul Butel (éd.), Un officier et la conquête coloniale : Emmanuel Ruault (1878-1896), Presses Universitaires Bordeaux, 2008, , ., « Chapitre 1 - Du gibier au colonisé ? Chasse, guerre et conquête coloniale en Afrique (France, Royaume-Uni, Belgique, 1870-1914) », dans Nouvelle histoire des colonisations européennes (). Sociétés, cultures, politiques. Paris, Presses Universitaires de France, « Le Nœud Gordien », 2013, p. 13-26. DOI : 10.3917/puf.lorin.2013.01.0013. Lire en ligne..
Commandant supérieur du Soudan français (1886-1888) thumb|Le commandant Joseph Gallieni. Mission d’exploration dans le Haut-Niger 1880-1881. Après un séjour en Martinique, de 1883 à 1886, il est nommé lieutenant-colonel, et reçoit, six mois plus tard, le , le commandement supérieur du Haut-Fleuve (colonie du Sénégal), territoire militaire au sein de la colonie du Sénégal. Il y obtient des succès aux dépens d’Ahmadou (1887) et fait consentir à Samory Touré un traité abandonnant, entre autres, la rive gauche du Niger, après une grande défaite dans la ville de Siguiri en Guinée, où il bâtit un fort, le fort Gallieni, qui abrite un cimetière où sont enterrés des spahis et des Français. Au cours de ce commandement, il réprime durement une insurrection des autochtones. Il quitte le Sénégal en et son successeur sera le chef de bataillon Louis Archinard, nommé à compter du et qui arrivera à Kayes le .
Mission en Indochine (1892-1896) vignette|gauche|Gallieni et la commission d’abornement de la frontière entre Tonkin et Kwang-Si, 1894. De retour en France, il est promu colonel le , chef d’état-major du corps d’armée de la Marine et breveté d’état-major avec la mention « très bien ». De 1892 à 1896 il est envoyé au Tonkin (Indochine), où il commande le de tirailleurs tonkinois le puis la première brigade le avant la seconde division militaire du territoire. Il lutte contre les pirates chinois puis consolide la présence française en organisant l’administration du pays. Son principal collaborateur est alors le commandant Lyautey. C’est à cette époque qu’il élabore les prémices de ce qui est convenu d’appeler sa doctrine coloniale, tels que la « tache d’huile »Extension progressive de l'influence française dans de nouvelles régions à partir des postes et des petits relais mis en place dans les territoires nouvellement conquis., et la « politique des races »Jean Martin, L'empire triomphant, 1871/1936, Éditions Denoël, 1990, ., raffinement de la politique du diviser pour régner. Il s’exprime en outre avec une brutale franchise sur la méthode à suivre pour affermir les conquêtes coloniales :
Gouverneur général de Madagascar (1896-1905) Promu général de brigade, il est envoyé en 1896 à Madagascar en tant que résident général. Il arrive à Tananarive le . À la méthode diplomatique de son prédécesseur, Hippolyte Laroche, il préfère la méthode forte pour endiguer la montée de la résistance anti-coloniale. Il instaure le travail forcé des indigènes en imposant 50 jours de corvée par adulte. La cour royale, foyer de résistance contre la France, est placée sous surveillance.
vignette|« Pacification » de Madagascar : exécution du prince Ratsimamanga et du ministre Rainandriamampandry qui s'étaient opposés à l'annexion de Madagascar par la France.
Le , lendemain du départ de l’ancien résident général Laroche, Gallieni, qui jouit des pleins pouvoirs, fait arrêter le prince Ratsimamanga et Rabezandrina Rainandriamampandry, ministre de l’Intérieur, et les traduit devant le Conseil de guerre pour rébellion et « fahavalisme ». Le , à l’issue d’une parodie de procèsLa femme de Ratsimamanga ayant essayé d'engager un agent d'affaire, Louveau, pour défendre son mari, Gallieni envoya aussitôt à ce dernier un message lui intimant qu'il préférait qu'il ne prenne pas la défense des accusés. Louveau s'étant incliné, l'état-major nomma alors d'office le chef du renseignement militaire pour défendre les accusés. L'état-major fait préparer un avis destiné à être publié au journal officiel le 16 octobre et qui annonçait, avant même la fin du procès, le rejet du pourvoi en appel des accusés et leur exécution.Stephen Ellis, Un complot colonial à Madagascar : L'affaire Rainandriamampandry, Karthala, 1990, ., ils sont condamnés à mort et exécutés à titre d’exemple, souhaitant faire « forte impression sur les indigènes ». Un des membres du Conseil de guerre devait confirmer par la suite que les deux accusés avaient été « condamnés sur ordre » de Gallieni. Ce dernier détruit le procès-verbal de l’audience plutôt que de le transmettre aux archives militairesEllis, ..
La reine Ranavalona III est accusée de comploter contre l’influence française, elle est déchue le et exilée à l’île de la Réunion, proclamant la fin de la monarchie malgache et de la dynastie des Mérinas. En huit ans de proconsulat, Gallieni « pacifie » la grande île, procédant à sa colonisation. L'instauration du travail forcé et les exécutions sommaires massives qui caractérisèrent la répression qu’il conduisit contre la résistance malgache à la colonisation, firent de nombreux morts.
À la suite du vote de la chambre des députés, en même temps que l'annexion de l'île, l'esclavage est aboli à Madagascar le par le général Laroche, entraînant la libération de plus de 500 000 esclaves à travers le pays.
Paul Vigné d'Octon dénonce le massacre d'Ambiky à la Chambre des députés en 1900Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés : compte rendu in-extenso. 24 novembre 1900. en désignant le commandant Augustin Gérard et son supérieur Joseph Gallieni comme des possibles organisateurs. Pour ce dernier, le nombre des victimes, évalués à 5000 par les uns, fut de 2500 pour les autres. Le rapport de Gérard indique 97 Sakalava tués sur le terrain et au moins 150 blessés (…) laissés dans les bois aux abords de la position. En outre, 450 prisonniers (dont deux tiers de femmes et d’enfants) sont restés entre nos mains.
Gallieni est aussi à l’origine du massacre de Menalamba à Madagascar, qui a eu pour conséquence de maintenir l'esclavage sur l'île qu'il avait pourtant aboli plus tôt.
Selon le général Gallieni, l’action militaire devait être accompagnée d’une aide aux peuples colonisés dans différents domaines tels que l’administration, l’économie et l’enseignement. Elle nécessitait un contact permanent avec les habitants ainsi qu’une parfaite connaissance du pays et de ses langues. Sous l’impulsion de Gallieni, de nombreuses infrastructures sont mises en place : chemin de fer de Tamatave à Tananarive, Institut Pasteur, écoles laïques dispensant un enseignement en français.
Son subordonné, le futur maréchal de France Hubert Lyautey, alors commandant, affirme qu’il .
Le général fait appliquer la politique dite de politique des races, qui consistait dans la reconnaissance de l’identité de chaque groupe ethnique et la fin de leur subordination à un autre groupe ethniqueJean Martin, ., ceci avant tout pour mettre fin à la domination mérina séculaire, les Merinas étant les plus hostiles à la domination françaiseJean Martin, .. En s’appuyant sur les écrits d’anthropologues, comme Alfred Grandidier, voire de simples récits de voyagers du et après un recensement systématique de la population utilisant la photographie, il tente de découper les circonscriptions administratives en suivant cette cartographie des races.
Le , l'ancien maire de Lyon Jean-Victor Augagneur lui succède comme gouverneur..
Première Guerre mondiale (1905-1916) vignette|redresse=0.8|Gallieni, gouverneur militaire de Paris.
Le , il est promu général de division. Depuis son séjour au Soudan français, il a gagné de nombreuses relations au sein de ce que l'on nomme le « Parti colonial », un groupe de pression républicain qui regroupe parlementaires, journalistes et représentants de chambres de commerce. Il publie plusieurs ouvrages narrant son expérience coloniale et y gagne une réputation d'administrateur capable. Il est alors considéré comme l'un des grands chefs militaires du moment.