thumb|Taux d'assistance sociale par municipalités régionales en février 2015 Au Québec, l'aide sociale est un programme du gouvernement du Québec accordant des allocations aux citoyens canadiens, résidents permanents ou réfugiés du Québec dont les ressources sont insuffisantes pour subvenir à leurs besoins de base et qui, depuis 2007, ne présentent pas de contraintes sévères à l'emploi. Il s'agit d'une Aide financière de dernier recours (AFDR) du Ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale remise sous certaines conditions prescrite par la Loi sur l'aide aux personnes et aux familles.

En , on comptait du programme de l'aide sociale au Québec Rapport statistique sur la clientèle des programmes d'assistance sociale - Février 2015, Direction de la statistique, de l'information de gestion et du suivi de la performance, MESS, février 2015.

L'aide sociale peut parfois être appelée de manière familière bien-être social (abrégé B.S.). Cette formulation vient de l'ancien nom issu du Ministère du Bien-être social et de la Jeunesse. De même, les prestataires de l'aide sociale sont encore parfois appelés « BS », un terme péjoratif contribuant à la stigmatisation des prestataires.

Programmes Lorsqu'une personne physique transmet les preuves nécessaires qui démontrent son incapacité à se soutenir financièrement sur une longue durée, le gouvernement du Québec lui verse une allocation mensuelle. De plus, la personne a accès à différents services à coût réduit ou gratuitement, comme les soins dentaires.

Historique

Pendant des décennies, avant l'introduction de politiques gouvernementales d'aide de l'État, les services de charité étaient confiés à des organismes non étatiques comme l'Église, l'Armée du salut, la Société de Saint-Vincent-de-Paul., les refuges, les soupes populaires, les Hôtel-Dieu et hôpitaux diverses privés gérés par des communautés religieuses.

Grande Dépression La crise de 1929 entraîne un taux de chômage au Québec de 27 % en 1933, plusieurs familles doivent vivre dans le même logements. Durant les années de la Grande Dépression, les divers organismes bénévoles et de charité ne suffisent plus à la tâche, ni a faire des collectes suffisantes de fonds pour aider les gens dans la pauvreté. Les gouvernements municipaux, provinciaux et fédéral créent des travaux publics pour à aider les chômeurs. Les travailleurs sont parfois logés dans des camps de secourshttps://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/camps-de-secours-pour-les-chomeurs; puis les trois paliers de gouvernement fédéral, provinciaux et municipaux ont recours au secours direct pour subvenir aux besoins essentiels des chômeurs et des indigents. Au début, des coupons sont distribués aux familles pour se procurer des biens essentielshttps://www.museedelabanqueducanada.ca/collection/artefact/afficher/1963.0007.00002.000/canada-corporation-riviere-du-moulin-10-cents-7-janvier-1934, puis les coupons sont remplacés par des chèques afin de payer les loyers et les biens. Ce fut la première fois qu'un montant est donné au travailleur sans emploi même s'il est en santé pour travailler.

Dans les années suivant la Grande Dépression (1929-1936), un grand effort est déployé afin de porter assistance aux plus pauvres : le ministère de la Santé et du Bien-être social est créé en 1940 par le gouvernement Godbout. Son premier titulaire fut Henri Groulx, qui était ministre de la santé depuis 1939..

Après-guerre En 1946, le Ministère du Bien-être social et de la Jeunesse est créé sous le gouvernement de Maurice Duplessis en tant que département (ministère) du Bien-être social et de la Jeunesse. Le premier titulaire est Paul Sauvé. Il occupera ce poste pendant plus que douze ans, soit jusqu'au , jour où ce ministère est scindé en deux ministères distincts. Entre 1959 et 1970, ce ministère a changé plusieurs fois de nom.

Le est créé le ministère des Affaires sociales qui obtient la responsabilité de l'administration des programmes d'aide socialeProclamation de la Loi du Ministère des Affaires sociales, , publié dans du , vol. 2, 249-250

Création du réseau Travail-Québec (1981-1983) Le Pierre Marois est nommé ministre du Travail, de la Main-d'œuvre et de la Sécurité du revenu, il obtient alors la responsabilité d'administrer les programmes d'aide sociale à la place du ministère des Affaires sociales. Quelques semaines plus tard, le , le ministère du Travail, de la Main-d'œuvre et de la Sécurité du revenu est officiellement créé et des amendements législatifs confèrent au ministère nouvellement des pouvoirs élargis pour percevoir les sommes qui lui sont dues.

Sur le plan régional les directions régionales de la main-d'œuvre et celles de l'aide sociale sont fusionnées en 13 directions régionales intégrées et les 67 centres locaux de main-d'œuvre sont fusionnés avec les 105 bureaux locaux d'aide sociale dans un nouveau réseau appelé Travail-Québec, qui est pourvu de 126 bureaux locaux dès l'année suivante.

Le un décret indexe les barèmes d'aide sociale de 8 %, dans un contexte de récession et de forte inflation, et institue l'indexation trimestrielle des barèmes de besoins essentiels.

Réforme de 1988 Dispositions principales Lors de la campagne pour les élections générales de 1985, le Parti libéral du Québec annonce vouloir réserver les prestations d'aide sociale aux personnes inaptes au travail ou suivant un programme de réinsertion sur le marché du travail nommé « Action positive pour le travail et l'emploi » faisant l'objet d'un contrat avec le prestataire. L'aide financière pouvant être suspendue si l'allocataire ne respecte pas les conditions de son contrat. Le programme libéral prévoit aussi la fin de la prestation réduite pour les moins de 30 ans.

Le système d'aide sociale est ainsi profondément remanié en 1988 et 1989 lorsque la Loi sur la sécurité du revenu (projet de loi 37) est sanctionnée (le ) et que la majorité de ses dispositions entrent en vigueur (le ). La loi sur l'aide sociale est abrogée et de nouveaux programmes sont instaurés: Le programme « Soutien financier » qui vise à accorder une aide financière aux personnes qui ne peuvent occuper un emploi; Le programme « Actions positives pour le travail et l'emploi » (APTE) qui accorde une aide financière aux personnes aptes à occuper un emploi dans une optique de favoriser leur intégration au marché du travail; Le programme APTE est subdivisé en 5 barèmes selon la capacité et/ou la participation du prestataire à des activités d'intégration au marché du travail. Le programme « Aide aux parents pour leurs revenus de travail » (APPORT) qui accorde une aide financière aux familles avec enfants à revenu faible. Ce programme, contrairement aux autres, entre en vigueur dès la sanction de la loi soit le avec effet rétroactif au .

Déroulement de la réforme Le projet de loi, initialement porté par le ministre Pierre Paradis, échoit à André Bourbeau lorsque ce dernier est nommé ministre de la Main-d'œuvre et de la Sécurité du revenu le . Ce dernier présente le une déclaration ministérielle à l'Assemblée nationale pour annoncer des amendements significatifs au projet de loi 37Assemblée nationale, Journal des débats, 21 novembre 1988.. Une dernière série d'amendements est présentée en pour corriger certaines dispositions critiquées du projet de loi (notamment par la Commission des droits de la personne ou le Barreau du Québec).

Les ailes jeunesses du Parti libéral du Québec et du Parti québécois s'opposent en au projet de réforme de Pierre Paradis, jugeant que la réforme maintient une discrimination envers les jeunes assistés sociaux mais sous une forme nouvelle. Les jeunes libéraux maintiennent leur opposition à la réforme Paradis à l'été 1988 notamment du fait de la disposition de contribution parentale qui prévoit une réduction (d'au moins 100 $ par mois) de la prestation versée basée sur les revenus des parents de l'allocataire. Après avoir annoncé un assouplissement du calcul de la réduction, la contribution alimentaire parentale de 100 $ minimum est remplacée lors de la déclaration du par une contribution calquée sur celle en vigueur dans le régime d'aide financière aux études. Cet amendement ne satisfait pas les jeunes libéraux qui maintiennent leur opposition à la réforme.

Le règlement d'application du programme APPORT est publié en urgence le alors que les recours devant la Commission des affaires sociales sont paralysés, faute d'un règlement en vigueur. Ce règlement est remplacé par le règlement sur la sécurité du revenu, publié le et qui entre en vigueur presque intégralement le .

Modifications subséquentes Le ministre des Finances Gérard D. Levesque annonce dans le budget pour 1991-92 que le programme APPORT sera revu pour améliorer les prestations reçues par les familles monoparentales percevant des pensions alimentaires. Il annonce également que les barèmes des programmes Soutien financier, APTE et APPORT seront indexés de 4,5 % au pour tenir compte de l'augmentation du coût de la vie, dans le contexte de l'entrée en vigueur de la TPS (en 1991) et de la TVQ (en 1992).

En le projet de loi 115 est adopté et sanctionné, il prévoit un resserrement du régime à partir du avec: La suppression du barème de disponibilité ; Une réduction de 30 $ appliqué au barème de participant ; Une durcissement de la comptabilisation des avoirs liquides pouvant réduire les prestations ; Une intensification des contrôles et des échanges d'informations avec le ministère du Revenu.

Ces mesures doivent générer 138 millions d'économies en 1996-1997. Le projet de loi prévoit également que le coût des services médicaux, dentaires et des médicaments rendus aux prestataires soient à la charge de la Régie de l'assurance maladie du Québec et non plus du ministère de la Sécurité du revenu.

Le jour du déclenchement des élections générales de 1998 le conseil des ministres approuve une indexation de 1,1 % des barèmes du régime APTE au , la première depuis le .

Réforme de 1998 Dépôt du projet de loi En , au moment du dépôt du projet de loi 186, la ministre Louise Harel obtient un financement complémentaire de 80 millions de dollars par an pour améliorer certains aspects du régime : Une prestation spéciale de 500 $ est créée pour les personnes retournant en emploi ; La pénalité de 100 $ par mois imposée aux familles monoparentales partageant leur logement est abolie ; Les seuils de revenus de travail permis sont relevés ; Un financement est accordé pour l'implantation des parcours pour l'emploi pour les jeunes allocataires. Ces mesures sont prises dans un contexte de forte baisse du nombre de ménages allocataires, passé de 475 000 en 1996 à 445 000 (prévu pour 1998). Françoise David, alors présidente de la Coalition nationale sur l'aide sociale, salue les bonifications mais demeure critique de la réforme dans son ensemble qui ne permet pas selon elle de lutter efficacement contre la pauvreté.

Dispositions principales La Loi sur la sécurité du revenu de 1988 est abrogée le et remplacée par la Loi sur le soutien du revenu et favorisant l'emploi et la solidarité sociale qui repose sur trois programmes : Le programme « Assistance-emploi » remplace le programme APTE et vise à accorder une aide financière de dernier recours aux personnes capables de travailler et un supplément pour celles présentant des contraintes temporaires ou permanentes ; Le programme APPORT est maintenu ; Un autre programme nommé « Protection sociale », visant à accorder une aide financière aux personnes ne pouvant pas travailler, est également légiféré dans la loi mais n'est jamais entré en vigueur;

La réforme, qui entre en vigueur en majorité le , simplifie nettement le régime d'aide social qui, conjointement avec le nouveau régime d'allocations familiales, passe de plus de 70 barèmes différents à une douzaine.