Le Fort Saint-Louis, au Texas, est fondé en 1685 par l'explorateur français René-Robert Cavelier de La Salle et les membres de son expédition, parmi lesquels le missionnaire franciscain Zénobe Membré, sur les berges de la Garcitas Creek, à quelques kilomètres à l'intérieur des terres depuis l'embouchure du fleuve Lavaca. La Salle a l'intention de créer la colonie à l'embouchure du Mississippi, mais des cartes imprécises et des erreurs de navigation conduisent ses navires à plus de six cents kilomètres à l'ouest, sur les côtes du Texas.

La colonie, au cours de sa brève existence, connait de nombreuses difficultés, dont l'hostilité des indigènes et les épidémies venant s'ajouter à de rudes conditions climatiques. Conscient de sa mission originelle, La Salle conduit plusieurs expéditions pour trouver le Mississippi, ce qui lui permet d'explorer une bonne partie du Río Grande et l'est du Texas. Lors d'une de ses absences, en 1686, le dernier navire de la colonie est détruit, ce qui empêche les colons de s'approvisionner auprès des possessions françaises de la mer des Caraïbes. Sa dernière expédition a lieu sur le fleuve Brazos, au début de 1687 : La Salle et cinq de ses hommes sont assassinés en raison de rivalités au sein du groupe qu'il conduit.

L'Espagne, entendant parler de la mission de La Salle en 1686, s'inquiète de ce qu'une colonie française puisse menacer ses possessions de Nouvelle-Espagne. Les autorités espagnoles lancent plusieurs expéditions afin de la découvrir et de la détruire. Une expédition espagnole conduite par Alonso de León tombe finalement sur les restes du fort au printemps 1689, trois ou quatre mois après que les indiens Karankawas ont tué la plupart des Français, à l'exception de cinq enfants qu'ils capturent. Bien que n'ayant existé que durant trois années, cette colonie permet à la France de revendiquer la possession du Texas puis, plus tard, aux États-Unis de justifier leur revendication sur le Texas espagnol, en prétextant qu'il fait partie du territoire concerné par la vente de la Louisiane. thumb|Carte française de 1681, attribuée à l'abbé Claude Bernou, représentant l'Amérique du Nord.

Contexte vignette|Gravure du représentant René-Robert Cavelier de La Salle.

À la fin du , une grande partie de l'Amérique du Nord est occupée par les pays européens. L'Espagne possède la Floride, le Mexique et la plus grande partie du sud-ouest du continent (Texas espagnol). La côte nord-atlantique est aux mains des Britanniques et les Français occupent la Nouvelle-France, une grande partie de ce qui est aujourd'hui le Canada, ainsi que le pays des Illinois. Les Français craignent que leur territoire ne soit vulnérable aux visées expansionnistes de leurs voisins. En 1681, Robert de La Salle lance une expédition qui descend le Mississippi, espérant rejoindre l'océan Pacifique, mais il découvre en fait une voie menant au golfe du Mexique. Bien que Hernando de Soto ait exploré et pris possession de cette région pour l'Espagne, cent quarante ans auparavant, le , La Salle revendique la vallée du Mississippi au nom du roi de France, Louis XIV, et la baptise Louisiane, en son honneur.

Sans la présence française à l'embouchure du Mississippi, l'Espagne contrôlerait l'ensemble du golfe du Mexique et constituerait une menace sur les frontières méridionales de la Nouvelle-France. La Salle estime que le Mississippi est proche de l'extrémité orientale de la Nouvelle-Espagne, et lors de son retour en France en 1683, il propose la création d'une colonie à l'embouchure du fleuve. Celle-ci pourrait fournir une base pour la promotion du christianisme au sein des peuples autochtones ainsi qu'une tête de pont idéale pour attaquer la province espagnole de Nueva Vizcaya et prendre le contrôle de ses riches mines d'argent. Il fait valoir qu'un faible nombre de Français pourrait parvenir à envahir la Nouvelle-Espagne grâce à une alliance avec les peuples autochtones, fâchés d'être réduits en esclavage par les Espagnols. Après que l'Espagne a déclaré la guerre à la France, en , Louis XIV accepte de soutenir le plan de La Salle ; ses fonctions officielles comprennent dès lors .

L'expédition thumb|upright|Louis XIV en 1684. La Salle prévoit à l'origine de faire route vers la Nouvelle-France, puis un voyage terrestre jusqu'au pays des Illinois et de descendre ensuite le Mississippi jusqu'à son embouchure. Cependant, Louis XIV enjoint à La Salle de faire voile à travers le golfe du Mexique que l'Espagne estime être sa propriété exclusive. Bien que La Salle n'ait demandé qu'un seul navire, le , il quitte La Rochelle avec quatre vaisseaux : le de Le Joly, le ravitailleur de L'Aimable, le trois-mâts barque La Belle et le ketch Saint-François. Bien que Louis XIV ait fourni Le Joly et La Belle, La Salle, qui souhaite plus d'espace de chargement, a loué L'Aimable et le Saint-François à des marchands français. Le roi a également fourni cent soldats et la totalité des équipages des navires, ainsi que des fonds pour embaucher des travailleurs qualifiés qui se joindront à l'expédition. La Salle est cependant contraint d'acheter sur ses fonds propres les biens à échanger avec les Amérindiens.

Les navires emportent près de , parmi lesquelles des soldats, des artisans, six missionnaires, huit commerçants, et plus d'une douzaine de femmes et d'enfants. Peu après leur départ, la France et l'Espagne cessent les hostilités, et Louis XIV n'est plus guère intéressé à envoyer des renforts à La Salle. Les détails du voyage ont été tenus secrets, de sorte que l'Espagne ne soit pas au courant de son objet, et l'officier de marine de La Salle, le sieur de Beaujeu, est furieux de n'avoir été informé de leur destination qu'après leur départ. La discorde entre eux s'intensifie lorsque, arrivés à Saint-Domingue, ils se querellent sur le lieu de leur mouillage. Beaujeu part vers une autre partie de l'île, ce qui permet aux corsaires espagnols de se saisir du Saint-François, alors pleinement chargé de provisions et d'outils pour la colonie.

Lors des 58 jours de voyage, deux personnes meurent de maladie et une femme donne naissance à un enfant. Le trajet jusqu'à Saint-Domingue a duré plus de temps que prévu et les provisions sont plutôt restreintes, en particulier après la perte du Saint-François. La Salle a peu d'argent pour reconstituer les réserves, mais deux des commerçants du bord ont vendu une partie de leurs marchandises aux habitants de l'île, et prêté leurs bénéfices à La Salle. Pour renflouer les effectifs après la désertion de plusieurs hommes, La Salle recrute quelques habitants de l'île pour se joindre à l'expédition.

Fin , alors que La Salle vient de se remettre d'une maladie sévère, les trois navires partent à la recherche du delta du Mississippi. Avant qu'ils ne quittent Saint-Domingue, les marins locaux les mettent en garde contre les puissants courants du golfe qui peuvent repousser leurs bateaux vers le détroit de Floride s'ils ne corrigent pas leur route. Le , l'expédition atteint le golfe du Mexique et pénètre dans un territoire que l'Espagne revendique comme sien. Aucun des membres de l'expédition n'a jamais navigué dans le golfe ni ne connaît ses côtes. À cause de cartes imprécises, d'une erreur de calcul de La Salle lors de la détermination de la latitude de l'embouchure du Mississippi et d'une correction exagérée des courants, l'expédition ne parvient pas à trouver le Mississippi. Elle débarque dans la baie de Matagorda au début de 1685, à plus de six cents kilomètres à l'ouest du fleuve.

Construction du fort Le , les colons débarquent pour la première fois depuis qu'ils ont quitté Saint-Domingue, trois mois plus tôt. Ils installent un campement provisoire à l'emplacement de l'actuel phare de Matagorda. Le chroniqueur de l'expédition, Henri Joutel, décrit ainsi sa première impression du Texas : thumb|Expédition de Robert Cavelier de La Salle à la Louisiane en 1684, peint en 1844 par Théodore Gudin.La Belle est sur la gauche, Le Joly au centre et L'Aimable est échoué à droite.

Contre l'avis de Beaujeu, La Salle ordonne à La Belle et à L'Aimable afin d'apporter les provisions plus près du camp. Pour alléger L'Aimable, ses huit canons et une petite partie de sa cargaison sont déchargés. Après que La Belle a négocié avec succès la passe, La Salle envoie son pilote à L'Aimable pour l'aider dans sa navigation, mais le capitaine de L'Aimable refuse cette aide. Alors que L'Aimable établit ses voiles, un groupe d'Amérindiens Karankawas s'approche et enlève quelques colons. La Salle emmène un petit groupe de soldats pour les secourir. Lorsqu'il revient, L'Aimable est échoué sur un banc de sable. Après avoir appris que le capitaine a donné l'ordre de faire voile bien que son navire ait touché le banc, La Salle est persuadé que celui-ci a délibérément échoué son navire.

Pendant plusieurs jours, les hommes tentent de sauver outils et provisions qui se trouvent sur L'Aimable, mais une tempête les empêche de sauver plus que quelques canons, de la poudre, un peu de nourriture et de marchandises avant que le navire ne coule le . Les Karankawas pillent alors les restes du naufrage qui viennent s'échouer sur la côte. Lorsque les soldats français approchent de leur village pour reprendre leurs biens, les indigènes se cachent. Découvrant le village désert, les soldats récupèrent les marchandises mais volent également des fourrures et deux canoës. Les Karankawas furieux attaquent, tuant deux Français et en blessant quelques autres.

Beaujeu, ayant accompli sa mission d'escorte des colons à travers l'océan Atlantique rentre en France à bord du Joly à la mi-. Nombre de colons choisissent alors de repartir avec lui, seul reste un groupe de 180 personnes. Bien que Beaujeu remette à son arrivée un message de La Salle demandant davantage de provisions, les autorités françaises, maintenant en paix avec l'Espagne, n'y répondront jamais. Parmi les colons restant, ceux qui souffrent de dysenterie et de maladies vénériennes meurent peu à peu. Les bien-portants construisent des puits et un fort provisoire sur l'île de Matagorda.

Le , La Salle emmène 52 hommes sur cinq canoës pour trouver un site moins exposé. Ils découvrent la Garcitas Creek, une rivière poissonneuse, dont les rives semblent fertiles. Ils la nomment la rivière aux Bœufs en raison des bisons qui paissent dans les environs. Fort Saint Louis est construit sur un promontoire qui domine la rivière, à une lieue et demie de son embouchure. Deux hommes meurent, l'un mordu par un crotale et l'autre se noie en pêchant. Parfois, pendant la nuit, les Karankawas les encerclent et poussent des hurlements, mais les soldats parviennent à les effrayer en tirant quelques coups de feu.

right|thumb|Plan du fort Saint Louis dessiné par un membre de l'expédition espagnole qui le découvrit en 1689. On y remarque la rivière, les bâtiments et l'emplacement des 8 canons.

Au début de , La Salle conduit les colons qui restent vers le site récemment découvert. Soixante-dix personnes entament alors un voyage de par voie de terre, le . Toutes les provisions et marchandises sont déchargées de La Belle, une tâche harassante qui s'achève à la mi-juillet. Le dernier chargement est emmené par les trente hommes qui gardaient jusqu'alors le navire. Bien que des arbres poussent à proximité du nouveau site, ils ne conviennent pas pour la construction d'un fort et des troncs doivent être transportés vers le site de construction sur plusieurs kilomètres. Certaines poutres et planches sauvées de L'Aimable y sont également acheminées. Fin , la moitié des colons sont morts d'épuisement et de faim.