La Symphonie en ut majeur, op. 60, dite Léningrad (en russe : Симфония № 7 «Ленинградская» до мажор соч. 60) est une symphonie composée par Dmitri Chostakovitch.

La composition de la Symphonie a été achevée par l'auteur en , alors qu'il était évacué à Kouïbychev. La création a eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale, le au théâtre d'opéra et de ballet de Kouïbychev par l'orchestre du Bolchoï de Moscou sous la direction de Samuel Samossoud. La symphonie est dédiée à la ville de Léningrad.

Fait rare pour une symphonie de Chostakovitch, l'œuvre est rapidement devenue populaire dans le monde soviétique comme à l'Ouest. Ceci s'explique par l'objet même de la symphonie, qui exalte la résistance contre l'envahisseur allemand. Moins universelle après la guerre, la symphonie a plus récemment été analysée comme une œuvre antistalinienne. L'intention de Chostakovitch reste cependant floue, puisqu'elle dépend particulièrement de la date de début de composition de la symphonie, mal connue. C'est une symphonie très harmonieuse et très poétique, à la fois pleine d'espoir et pleine d'émotions.

Structure La symphonie, la plus longue du compositeur, est composée de quatre mouvements : Allegretto Moderato (poco allegretto) Adagio Allegro non troppo

Fiche technique Titre : Symphonie en ut majeur, Sous-titre : Léningrad Composition : 1941 Création : par l'Orchestre du Théâtre Bolchoï de Moscou sous la direction de Samouil Samossoud Durée :

Orchestration La symphonie est composée pour (dont deux doublent à la manière d'un piccolo et d'une flûte alto), , un cor anglais, , une petite clarinette, une clarinette basse, , un contrebasson, , , , un tuba, percussions (timbales, triangle, caisse claire, tambour de basque, grosse caisse, cymbales, wood-blocks, tam-tam, xylophone), , piano et cordes (la partition prescrit un minimum de violons, violons, , et ).

Histoire Circonstances de composition On sait que la symphonie fut terminée le . Des incertitudes demeurent cependant sur l'époque où Chostakovitch a commencé à travailler sur la partition, à Léningrad. Officiellement, la symphonie aurait été composée en réaction à l'invasion allemande, mais certains (comme Rostislav Dubinsky) pensent que le premier mouvement aurait déjà été terminé un an plus tôt.

Le troisième mouvement fut terminé le avant que Chostakovitch et sa famille ne soient évacués vers Moscou, le , au plus fort des combats. Ils se retirèrent ensuite à Kouïbychev (aujourd'hui Samara) le , où Chostakovitch achève la partition en deux mois.

Création

La création de l'œuvre est assurée à Kouïbychev, le , par l'Orchestre du Théâtre Bolchoï dirigé par Samuel Samossoud. Le concert est retransmis dans toute l'Union soviétique et, plus tard, en Occident. La création moscovite a lieu le dans la salle aux colonnes du Palais des Unions. Pour l'occasion, l'Orchestre du Bolchoï est renforcé par l'Orchestre symphonique de la Radio de Moscou.

La partition est ensuite transmise sur microfilms à l'Ouest, en camion via Téhéran, en voiture vers Le Caire, puis en bateau. Parvenue en , l'œuvre est créée en Europe, d'abord pour la radio par Henry Wood et l'Orchestre philharmonique de Londres, à Londres, le , puis en concert lors des Proms, au Royal Albert Hall. La première américaine a lieu le à New York. La création américaine provoqua un véritable bras de fer entre de nombreux chefs d'orchestre, en premier lieu Artur Rodzinski, Leopold Stokowski et Arturo Toscanini. Ce dernier, anti-fasciste convaincu, remporta la palme, mais frôla une brouille avec Stokowski. Le lendemain, le « pompier » volontaire Chostakovitch fait la une du Time portant un casque de sapeur. Cette photographie fut utilisée à des fins de propagande, Chostakovitch n'ayant endossé la tenue de pompier que tout au plus dix minutes pour les besoins de la photo.

L'Orchestre philharmonique de Léningrad, réfugié à Novossibirsk, y exécute l'œuvre le en présence de Chostakovitch (également venu assister aux répétitions), puis de nouveau les 11, 12 et . À Léningrad, ville à laquelle la symphonie est dédiée, la création a lieu le , alors que le siège dure toujours, par l'Orchestre symphonique de la radio de Léningrad (seul orchestre à être resté dans la ville pendant les hostilités), sous la direction de Carl Eliasberg. Pour cela, la partition est introduite de nuit au mois de marsOrchestral manœuvres (part two). From the Observer, puis une équipe de copistes fabrique le matériel d'orchestre avant que les répétitions ne puissent commencer. Les membres de l'orchestre bénéficient de rations alimentaires supplémentaires, tandis que des musiciens surnuméraires sont recrutés parmi les soldats pour pallier l'absence des artistes, évacués ou morts. Pendant le concert, la musique de Chostakovitch, conçue comme une arme psychologique, est retransmise par haut-parleurs dans toute la ville pour être entendue de la population et des troupes ennemies. L'artillerie allemande tenta d’en perturber l’exécution, mais fut réduite au silence par des tirs de contre-batterie soviétiques, à la joie des LéningradoisAntony Beevor, La Seconde guerre mondiale, page 41..

Quelque temps plus tard, le compositeur exprime ses remerciements pour l'intérêt témoigné à sa symphonieOutchitelskaïa gazeta du :

Accueil public et critique Pendant la guerre, l'œuvre demeure très populaire en URSS comme chez les Alliés occidentaux, en tant que symbole de la résistance russe face à l'envahisseur nazi. Le compositeur lui-même a écrit dans ses Mémoires : . Elle est jouée sur le continent américain pendant la saison 1942-1943 (États-Unis, Canada, Mexique, Argentine, Uruguay, Pérou). Certains critiques semblent toutefois désarçonnés par l'apparente brutalité de la musique. Virgil Thomson écrit ainsi que

Après le conflit, la vision de cette symphonie comme une œuvre de propagande soviétique outrancière a dominé à l'Ouest. Ce n'est que récemment que la Symphonie Léningrad, comme d'ailleurs le reste de l'œuvre de Chostakovitch, a retrouvé une certaine popularité, et a été décrite comme une condamnation du totalitarisme, qu'il soit nazi ou communiste, ce que Chostakovitch confirme par ses propos :

Notons qu'en URSS, la Symphonie 7 fut l'une des rares œuvres de Chostakovitch apparemment appréciées du pouvoir. Le compositeur reçut un Prix Staline pour elle, en 1942.

Analyse Allegretto La symphonie est surtout connue pour le thème dit « de l'invasion » (sous-titre n'étant cependant pas de Chostakovitch), de ce premier mouvement, une marche désinvolte de 18 mesures, accompagnée par un rythme répété à la caisse claire, est répété douze fois, de plus en plus fort, avec une exploitation de l'orchestre similaire à celle de Maurice Ravel dans le Boléro. Le thème de cette marche est adapté d'un motif enjoué de l’opérette La Veuve joyeuse du compositeur autrichien Franz Lehar. La marche dure environ onze minutes, et est traditionnellement analysée comme une représentation de l'envahisseur. Plus récemment, certains chercheurs ont décrit la marche comme un symbole de la destruction interne de l'URSS, en notant que le thème est formé de fragments de thèmes populaires russes. Volkov avance que le début timide de la marche indique un changement insidieux autant que la violence de l'invasion nazie. Flora Litvinova, amie du compositeur, a également déclaré l'avoir entendu dire que son travail ne portait . La marche s'achève brutalement, balayée par un adagio de basson à l'ambiance funèbre. Cette musique est très puissante.

Moderato (poco allegretto) Le deuxième mouvement est un scherzo au caractère espiègle ou apeuré. Adagio Le troisième mouvement est un adagio douloureux dominé par un registre bas et des harmonies en quartes et en quintes, poussé à son paroxysme dans des cantilènes de cordes. Allegro non troppo Le finale, un mouvement triomphant interrompu par des passages sinistres, peut être interprété comme offrant un regard chargé d'ironie sur l'optimisme belliqueux censé présider à la pièce.

Points de vue divergents Le chef d'orchestre hongrois Antal Doráti qui avait été l'élève de Béla Bartók en composition à Budapest, rapporte une conversation qu'il eut avec lui, lors d'une visite à New York, à propos du quatrième mouvement du Concerto pour orchestre que Bartók avait composé en 1943 : « Après m'avoir fait promettre de n'en rien dire à personne tant qu'il était en vie... il me confia qu'il avait caricaturé un morceau de la Septième Symphonie « Léningrad » de Chostakovitch, qui a bénéficié d'une grande popularité en Amérique, et, de l'avis de Bartók, plus que ce qu'elle ne méritait ». « – Alors [ajouta Bartók], je donnais libre cours à ma colère », dit-ilTraduction des propos de Dorati, cités sur : http://www.laphil.com/philpedia/music/concerto-for-orchestra-bela-bartok.

Sur cet épisode, il existe un autre éclairage, venant cette fois du fils de Bartók. Selon lui, Béla Bartók rendit hommage à la Symphonie Léningrad en citant le thème de la marche dans le quatrième mouvement dans son Concerto pour orchestre. Un clin d'œil souvent interprété de façon erronée (« mauvais goût » supposé de Chostakovitch), en réalité lié à la fois à la foudroyante célébrité mondiale de la symphonie de Chostakovitch, dont Bartók estimait l'œuvre, et à l'opposition des deux hommes à l'Allemagne nazie (voir les propos de Peter Bartók dans son livre Mon père).

Utilisation au cinéma Le thème principal du premier mouvement est utilisée dans le film Un cerveau d'un milliard de dollars (1967) de Ken Russell. L'introduction du premier mouvement et le thème de l'invasion sont repris tous deux dans un épisode de l'anime japonais La Mélancolie de Haruhi Suzumiya (2006).

Discographie sélective Direction Orchestre Année Label Note Arturo Toscanini Orchestre symphonique de la NBC 1942 RCA Ievgueni Mravinski Orchestre philharmonique de Léningrad 1953 Melodiya Karel Ančerl Orchestre philharmonique tchèque 1957 SupraphonLeonard BernsteinNew York Philharmonic1962Sony Ievgueni Svetlanov Orchestre symphonique d'URSS 1968 Scribendum Kirill Kondrachine Orchestre philharmonique de Moscou1975Melodiya Bernard Haitink Orchestre philharmonique de Londres 1979 Decca Guennadi Rojdestvenski Orchestre symphonique du ministère de la culture d'URSS 1984 Melodiya Valery Gergiev Orchestre philharmonique de Rotterdam et Orchestre du Théâtre Mariinsky réunis 2003 DeccaVasily PetrenkoOrchestre philharmonique royal de Liverpool2012Naxos

Notes et références

Annexes Bibliographie Rostislav Dubinsky (1989). , Hill & Wang 1989 . Elizabeth Wilson (1994). , . Laurel Fay (1999). , . Solomon Volkov (2004). , Knopf .

Littérature Sarah Quigley, La Symphonie de Leningrad, roman, traduction de The conductor par Sylvie Cohen, Mercure de France, 2013 Borris (dessin) et Céka (scénario), Lutte majeure, Casterman, 2010

Radio Daniel Mermet et Zoé Varier, Leningrad, l'orchestre sous les bombes, Là-bas si j'y suis, France Inter, 1994 .

Articles connexes Création à Léningrad de la Symphonie de Chostakovitch Siège de Léningrad Liste des œuvres de Dmitri Chostakovitch

Liens externes Anniversaries : Dmitri Shostakovich Born 110 Years Ago

Chostakovitch Dmitri, symphonie n° 07 Chostakovitch|07 Catégorie:Œuvre musicale composée en 1941