En 1792, le duché de Savoie est plongé dans la période révolutionnaire avec l'entrée de la légion des Allobroges et son occupation. La région historique connaît ainsi une situation proche des provinces françaises. Elle devient le département du Mont-Blanc, avec pour chef-lieu l'ancienne capitale du duché, Chambéry. Avec l'occupation de Genève, la partie nord du duché est détachée pour former le département du Léman en 1798. Le duché retrouve ses princes avec la restauration en 1814 puis 1815.
La Savoie avant 1792 À partir de 1789, la Savoie suit de très près les évènements qui constituent la Révolution française par le canal des émigrants savoyards établis à Paris ou à Lyon qui correspondent avec leurs compatriotes qui sont tenus au courant des évènements et familiarisés avec les idées révolutionnaires. À Paris, François Amédée Doppet, né à Chambéry (Savoie), mais député de l'Isère en 1791, milite pour le rattachement de la Savoie à la France. En , il participe à la création d'une Légion des Allobroges dont il est nommé lieutenant colonelF. Wartelle, article Doppet in Dictionnaire historique de la Révolution française, dir. Albert Soboul, Quadrige/PUF, 1989 . À Chambéry, la population assiste à l'arrivée ou au transit des émigrés qui fuient la Révolution française. Par ailleurs, la situation au royaume de Piémont-Sardaigne n'est guère différente de celle que connaît la France à la même époque. Sur le plan économique, les mauvaises récoltes des années 1780 ont appauvri la campagne. Sur le plan culturel, la Savoie vit en osmose avec la France, et l'on voit, à Chambéry, par exemple une prolifération de loges maçonniques, auxquelles s'affilie Joseph de Maistre dont les convictions vont pourtant évoluer vers la résistance contre-révolutionnaire lors de l'invasion de la Savoie par les troupes françaises. La Savoie présente cependant des spécificités par rapport aux provinces françaises : à partir de 1770, il existe un processus d'abolition des droits féodaux qui constitue une avance incontestable sur la législation française, bien qu'il implique le rachat de ces droits par les communautés paysannes. Le royaume de Victor-Amédée III de Sardaigne peut paraître en avance sur son temps, mais en Savoie un mécontentement est né : les nobles en veulent aux bourgeois d'avoir empiété sur leurs privilègesVoir la conclusion de la thèse de Jean Nicolas, La Savoie au , Noblesse et Bourgeoisie, Maloine éditeur, 1978 et ils exigent toujours plus de leurs fermiers. Les bourgeois dont l'ascension est pourtant incontestable prennent conscience du décalage entre la Savoie et le Piémont, accusé de monopoliser à son seul profit les progrès certains du royaume. Ils dénoncent l'indifférence croissante de la dynastie envers ses « sujets les plus anciens et les plus fidèlesVoir André Palluel-Guillard, 1792-1799 La Révolution française.. »
L'invasion de la Savoie en 1792 Dans la nuit du 21 au , l'Armée des Alpes française commandée par Anne Pierre de Montesquiou-Fézensac, soit quelque au sein desquels on trouve la Légion des Allobroges, envahit la Savoie. par les Marches et Apremont. La garnison de Chambéry se replie précipitamment, en passant par les Bauges, pour rejoindre la Tarentaise, puis le Piémont, via le Val d'Aoste.. Les troupes sardes se retirent pratiquement sans combattre sur les crêtes des Alpes, nonobstant la tentative de résistance isolée organisée par Charles-François de Buttet, officier d'artillerie du roi Victor-Amédée III de Savoie, en installant une batterie au Château des Marches Tredicini de Saint-Séverin: Un Régiment Provincial de Savoie en 1792. chez Puthod, à Chambéry-1836.. "Fuite infâme de la troupe. Trahison ou bêtise des généraux, déroute incroyable et même un peu mystérieuse suivant quelques personnes...", écrit Joseph de Maistre dans ses carnets Les carnets du comte Joseph de Maistre publiés par le comte Xavier de Maistre- Livre Journal, 1790-1817. Librairie catholique Emmanuel Vitte. Lyon. 1923. . Sans doute le royaume de Sardaigne vivait-il depuis longtemps en paix avec son voisin français, et la Constituante avait déclaré la paix au monde, mais les révolutionnaires français sont en guerre contre l'empereur d'Autriche et se méfient du souverain sarde Victor-Amédée III, allié de l'Autriche depuis le . Il s'agit donc pour les Français de prévenir une arrivée éventuelle des armées autrichiennes par le sud-est, mais l'invasion de la Savoie est également liée aux visées que peut avoir le ministre des finances françaises Clavière sur Genève, sa ville d'origine Henri Ménabréa Histoire de la Savoie, Les Imprimeries réunies de Chambéry, 1976, p. 252.. Un club jacobin s'ouvre dans Chambéry le jour même de l'entrée des Français dans la ville qui voit arriver, quelques jours plus tard, quatre commissaires dont Philibert Simond envoyés par la Convention. Ils sont chargés de mettre en place l'élection d'une Assemblée des Communes.
La période révolutionnaire, de 1792 à 1802
vignette|Les états italiens en 1796, la Savoie dans le royaume de Sardaigne. vignette|Carte du département du Mont-Blanc (1800) L'Assemblée des Députés des Communes de la Savoye, appelée encore Assemblée nationale des Allobroges se réunit en la cathédrale de Chambéry avant la fin du mois d'octobre et démolit les fondements de l'ancien régime lors des séances des 26 et en décidant de la suppression des droits souverains de la Maison de Savoie, de la noblesse, des redevances féodales (sans indemnisation), de la dîme, ainsi que la confiscation des biens du clergé Henri Ménabréa Histoire de la Savoie, Les Imprimeries réunies de Chambéry, 1976, p. 254 . Dès le , l'assemblée se dissout non sans avoir émis le vœu d'un rattachement à la France, sous réserve du respect des libertés religieuses savoyardes, demande qui ne sera pas respectée par la Convention. Doppet et Simond sont chargés d'aller porter le vœu à la Convention de Paris, et c'est sur l'intervention de l'abbé Grégoire que la Convention, par le décret du 27 novembre 1792, proclame l'annexion de la Savoie qui constitue dès lors le département du Mont-Blanc. Quatre commissaires sont désignés pour organiser la Savoie, qui sont Grégoire, Simond, Hérault de Séchelles et Jagot. Les provinces, formant désormais un seul département, disparaissent et sont remplacées par sept districts : Annecy (15 cantons, 117 communes), Carouge (8 cantons, 85 communes), Chambéry (83 cantons, 652 communes), Cluses (10 cantons, 61 communes), Moûtiers (10 cantons, 71 communes), Saint-Jean-de-Maurienne (11 cantons, 70 communes) et Thonon (7 cantons, 64 communes).. De 1792 à 1793, ils fournissent cinq bataillons de volontaires nationaux.
L'installation du nouveau régime s'effectue donc. C'est évidemment la bourgeoisie, et notamment la classe des juristes que l'on trouve à l'avant-garde du mouvement, alors que la fraction de la noblesse qui n'a pas émigré à Turin ou à Lausanne reste sur la réserve. Les représentants de l'Église font preuve d'une certaine bienveillance. L’application de la Constitution civile du clergé est une pierre d'achoppement dans bien des régions françaises, et l’est spécialement en Savoie.
La question religieuse est l'une des causes majeures du mouvement contre-révolutionnaire que l'on observe au cours de l'année 1793 et qui se traduit par des insurrections dans le Haut-Faucigny, et dans la vallée de Thônes. Dans cette vallée, ce que l'on va appeler la guerre de Thônes., au mois de mai., ce ne sont pas moins de qui se soulèvent et se dirigent vers Morette face aux troupes du général d'Oraison. Une préceptrice savoyarde, Marguerite Frichelet-Avet est arrêtée comme étant l'instigatrice de ces émeutes, jugée puis exécutée à Annecy le .. Elle marchait à la mort en disant son chapelet; à genoux, face aux soldats, elle s'écria: « Vive Jésus-Dieu, Vive notre roi ! » Victor Flour de Saint-Genis, Histoire de Savoie,.... Le chef des royalistes du Grand-Bornand, Jean Avrillon, pris le , est exécuté le 29. Les paysans révoltés sont fusillés sur place et leurs chalets incendiés. Ces révoltes sont également en relation avec la présence des troupes sardes restées dans les Alpes. Victor-Amédée III a fait entrer le royaume de Sardaigne dans la coalition européenne en , et tente une reconquête en août.. Les troupes royales tentent de reprendre le duché de Savoie par le Faucigny, la Tarentaise, la Maurienne, et même par le Briançonnais. Annecy se soulève les 20 et . Malgré une avancée des troupes, ces dernières sont contraintes quelques mois plus tard de se replier face à la réorganisation des révolutionnaires. En Faucigny, à la suite de la bataille de Méribel, le , les armées coalisées se replient..
L'état de guerre latent avec l'ancienne puissance souveraine ne cesse qu'en 1796, lorsque les victoires de Bonaparte contraignent Victor-Amédée III à signer le traité de Paris par lequel il reconnaît la souveraineté française sur la Savoie et le comté de Nice.
La période de la Terreur est personnalisée par Antoine Louis Albitte, représentant en mission. Il prend ses fonctions à Chambéry à partir de , et remplace en quelque sorte Simond, rappelé à Paris. La Terreur est plus verbale que réelle. La guillotine est bien mise en place, mais le couperet ne fait tomber aucune tête en Savoie. En revanche, paradoxalement, Hérault de Séchelles et Simond, rentrés à Paris, n'échappent pas au rasoir national et sont condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire, avant de périr sur l'échafaud en avec les Indulgents et les modérésRobert Avezou, Histoire de la Savoie, PUF, 1949, p.103 . Sur le plan religieux, la dictature d'Albitte se montre sévère en faisant déporter ou fusiller des prêtres, cependant qu'un grand nombre de prêtres savoyards insermentés partent en exil. La mémoire collective conserve le souvenir du raccourcissement de tous les clochers. Le « proconsulat » d'Albitte dure neuf mois. Affecté à l’armée des Alpes en mai, ce n'est qu'en septembre, après la chute de Robespierre que la Convention envoie un nouveau représentant en mission, Gautier dit de l’Ain.
Si Albitte remplit les prisons, il lui arrive aussi de les vider, par exemple lorsqu'après avoir constaté au cours de l'une de ses tournées l'extrême misère de la Maurienne, il libère des laboureurs suspects pour qu'ils puissent aller travailler la terre. Gautier et les autres représentants en mission envoyés par la Convention sont plus modérés.
La question religieuse de 1793 jusqu'au concordat vignette|Royaume de Sardaigne en 1799.