thumb|Cathédrale Notre-Dame de Paris, fondée en 1163, monument emblématique du catholicisme, confession chrétienne majoritaire en France mais non officielle depuis 1905. vignette|Grande mosquée de Paris, inaugurée en 1926.|alt= vignette|Grande synagogue de Paris, inauguré en 1874. vignette|Temple de l’Oratoire du Louvre, protestant depuis 1811. vignette|Pagode de Vincennes, bouddhiste depuis 1977.
La pratique religieuse en France est protégée par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, tant que sa . Sa pratique est suivie par le Bureau central des cultes, créé par la loi de séparation des Églises et de l’État du qui a fait de la France un État laïc. Depuis cette séparation, la République française n’a donc plus de religion d’État ni de religion officielle.
La France ne dispose pas de statistiques officielles qui permettent de comparer les chiffres de chaque communauté religieuse. Les estimations doivent s’appuyer sur des sondages qui restent très incertains.
Une étude, réalisée par l’INSEE en 2019-2020 parmi les 18 à 59 ans en France métropolitaine, avait trouvé que 51 % des personnes se déclaraient sans religion, 29 % de personnes se déclarant chrétiens catholiques (religion majoritaire) et 9 % se déclarant d’une autre religion chrétienne, 10 % se déclarant musulmans, environ 1 % se déclarant bouddhistes et moins de 1 % se déclarant juifsLa diversité religieuse en France : transmissions intergénérationnelles et pratiques selon les origines, Insee, 30 mars 2023Quel est le poids de l'islam en France ?, lemonde.fr, 21 janvier 2015.
Selon une étude de 2015, environ 70 % de la population totale (adultes et enfants compris) de la France métropolitaine est baptisée (87,5 % des plus de 70 ans et seulement 45,9 % des moins de 20 ans)Les baptisés aujourd'hui... et en 2045 ?, La Vie, 31 mars 2015. Une enquête de l’IFOP en 2022 révèle de son côté que 80 % des adultes interrogés disent avoir été baptisés dans la religion catholique (59 % de baptisés chez les 18-24 contre 88 % chez les 65 ans et plus)En 2022, plus de quatre Français sur dix se déclarent sans religion, Ouest-France, 6 octobre 2022.
Cependant, dans l’ensemble, le taux de pratique religieuse y est relativement faible. Le pays compte parmi les moins « religieux » au monde et les plus athées (plusieurs sondages estiment que 40 % des Français se considèrent comme athées, ce qui place la France à la quatrième place mondiale sur ce critère, et que la part de Français ne s’identifiant à aucune religion s’établit à près de 70 %)Plus de la moitié des Français ne se réclament d'aucune religion sur lemonde.fr du 7 mai 2015.
Malgré le statut des religions en France, des organismes officiels ont été mis en place à partir de 1996 pour analyser et proposer des moyens de lutter contre le phénomène des sectes, cette mission étant assurée depuis 2002 par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).
Législation Une République laïque
La République française a, depuis plus d’un siècle, une forte tradition de laïcité. Selon l’ de la loi de séparation des Églises et de l’État du , .
Spécificités locales
La loi de séparation des Églises et de l’État ne s’applique pas en Alsace-Moselle qui n’était pas française en 1905, au moment de la séparation, et a imposé à Georges Clemenceau de conserver le régime du concordat, faute de quoi elle demandait à la Société des Nations un référendum pour valider ou non le rattachement. Quatre cultes y sont reconnus : le culte catholique, le culte luthérien de l’Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine, le culte de l’Église réformée d’Alsace-Moselle et le culte israélite, qui reçoivent un traitement financier de l’État français.
Trois autres territoires français ont un régime dérogatoireCaroline Sägesser, « Le financement public des cultes en France et en Belgique : des principes aux accommodements », dans François Foret (éd.), Politique et religion en France et en Belgique, Éditions de l'Université de Bruxelles, 2009, pages 91 à 105..
Les îles de Wallis-et-Futuna sont soumises au régime ancien ; l’Église catholique y est officiellement chargée de l’enseignement..
En Guyane, le régime des cultes qui remonte à Charles X ne reconnaît que le culte catholique. Les prêtres, et eux seuls, sont financés par le départementCirculaire du 25 août 2011 (NOR/IOC/D/11/21265C) relative à la réglementation des cultes outre-mer. Après avoir décidé d’arrêter cette rémunération fin avril 2014, le Conseil général s’est vu enjoint de reprendre cette rémunération par le tribunal administratif de Guyane..
Le régime à Mayotte est également spécifique : ses habitants peuvent opter pour un statut personnel dérogatoire au code civil et à la laïcité, réservé aux musulmans originaires de Mayotte (ou éventuellement d’autres îles des Comores ou du nord-ouest de Madagascar). Ils peuvent renoncer à ce statut et choisir le statut de droit commun. Ce statut concerne aussi le droit des successions (discriminations selon la religion des héritiers) et le droit foncierPierre Caminade, Mayotte-Comores : une histoire néocoloniale, Marseille, Éditions Agone, 2003, et suiv.. Cependant depuis l’ordonnance du , la justice touchant le statut personnel n’est plus rendue par des cadis mais par les tribunauxCes juridictions étaient régies par le décret du 10 juin 1939 et un arrêté du 13 juillet 1944. Rapport parlementaire du député Jacques Floch, 29 mars 2000, section 2B3..
Législation anti-sectes
Dans le contexte de la polémique et de la lutte contre les sectes, qui a pris une ampleur internationale au début des années 1980, la France s’est engagée dans une lutte dont l’objectif fut d’abord de puis . La France est un pays laïc donc l’État doit respecter tous les cultes et n’en reconnaître aucun ; les mouvements spirituels sont donc a priori considérés comme licites et seuls leurs délits sont répréhensibles.
Dans ce cadre, plusieurs commissions d’enquêtes ont été initiées à l’Assemblée nationale afin d’enquêter de manière plus approfondie sur le phénomène sectaire. Le gouvernement s’est également doté d’un nouvel organisme interministériel appelé « Mils » quand il était question de puis « Miviludes » pour .
La commission parlementaire , présidée par Alain Gest., a publié en 1995 une liste de jugés sectaires et proposé des modifications de législation qui ont mené au vote de la loi About-Picard en 2001. La liste de sectes, très controversée, a été officiellement abandonnée par la circulaire du relative à la lutte contre les dérives sectaires..
La France est l’un des pays les plus engagés dans cette lutte en Europe et à l’origine de positions controversées qui lui valent quelques critiques, y compris de l’Assemblée parlementaire européenne .
Lois sur les signes religieux En 2004, une loi interdisant de porter des signes religieux ostensibles dans les écoles, collèges et lycées publics est promulguée (loi -228 du ).
En juin 2009, le député communiste André Gerin déclare : . Il demande ensuite et obtient en juillet 2009, avec un soutien bipartisan et l’aval du président de la République Nicolas Sarkozy, la création d’une mission d’information parlementaire sur le port du niqab. Cette mission parlementaire est composée de trente-deux députés de différents groupes politiques : de l’UMP, , du Nouveau centre (NC) et du GDR (groupes des députés Verts et communistes). Elle se réunit pendant une durée de six mois afin d’enquêter sur les faits déterminés et d’en faire rapportMission d'information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national, site de l'Assemblée nationale.. Cette mission aboutit le au vote d’une loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, qui ne fait pas d’allusion explicite à la religion..
Histoire
La première religion connue en France est la religion gauloise. Dès la fin du , l’Empire romain qui a sa propre religion conquit la Gaule narbonnaise puis le reste de la Gaule de 57 à 50 Le lieu de rassemblement annuel des druides est alors déplacé de Autricum – que Jules César ne cite jamais – à Lutèce (Paris).
À partir de 12 , le titre de Pontifex maximus est porté exclusivement par les empereurs. La fonction de Pontifex maximus, connue depuis 753 à Rome, est attribuée au chef de la religion romaine. Après le décès de l’empereur Auguste en 14 ap. J.-C., commence le culte impérial appelé « culte d’Auguste ». Mais le refus des juifs et des chrétiens de participer au culte de l’empereur va conduire à leur persécution : en l’an 38 ap. J.-C., le judaïsme est interdit en Italie. Certains Juifs migrèrent alors probablement en Gaule. Divers vestiges, retrouvés pour la plupart dans la vallée du Rhône, attestent de la présence juive au , parmi lesquels une lampe à huile ornée du chandelier à sept branches découverte en 1967 à Orgon.Voir la carte, page 173 : ..
La religion gauloise fut interdite par l’empereur Claude (41-54), au motif d’abolition des sacrifices humains et probablement aussi en raison de l’implication de la classe sacerdotale dans les révoltes gauloises.
De 64 à 68, l’empereur Néron commence la persécution anti-chrétienne considérée comme tel. Pour renforcer le lien commun entre les provinces de l’Empire romain, l’empereur Aurélien (270-275) substitue la religion d’État du culte impérial par une religion de l’État : le culte du Sol Invictus.
En 313, l’empereur romain Constantin signe l’édit de Milan qui autorise la liberté de religion et met fin aux persécutions anti-chrétiennes. En 382/383, l’empereur Gratien abandonne le titre de Pontifex maximus. Puis enfin, en 391, l’empereur Théodose signe l’édit de Thessalonique qui interdit l’ensemble des cultes dits « païens » et le culte impérial d’Auguste. Le christianisme devient religion d’État. Après 642, le pape Théodore puis ses successeurs porteront le titre de Pontife.
Démographie Études sociologiques et sondages L’appartenance religieuse est une notion ambiguë, qui recouvre deux réalités distinctes qu’il convient de distinguer : la foi (être croyant) et l’existence d’un sentiment d’appartenance au corps socioreligieux que forme une confession, son histoire et son emprise socioculturelle sur un territoire (être lié à une religion). La plupart des études distinguent ces deux notions, et insistent sur l’importance d’une telle distinction, notamment en ce qui concerne l’interprétation de leurs résultats. Par exemple, l’étude publiée en 2019 par l’Observatoire de la laïcité estime à 37 % la proportion de Français se déclarant croyants (31 % de non-croyants ou athées, 15 % d’agnostiques), mais 48 % des Français se déclarent liés à la religion catholique (34 % se déclarant liés à aucune religion, 7 % ne souhaitant pas répondre). De fait, malgré le recul de la pratique religieuse en France, des millions de Français se déclarant non-croyants se revendiquent en parallèle comme liés à la religion catholique d’un point de vue social mais non religieux, notamment pour des raisons d’héritage historique.
Par principe, la République française s’interdit de poser la question de l’appartenance religieuse dans les recensements légaux, qui sont obligatoires. La priorité reste la protection de la liberté de religion, dans le contexte d’un État républicain laïc. Cette interdiction est affirmée dans l’ de la loi du relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés. L’INSEE étudie toutefois l’ dans un cadre sociologique. L’INSEE et l’INED co-réalisent notamment une étude intitulée , dont la dernière date de 2008.
Les sociologues s’appuient sur plusieurs types d’informations : les sondages commandés par divers organismes sont pris avec précaution car se déclarer catholique ou protestant peut recouvrir des réalités très différentes.