Le littoral aquitain présente des dunes sableuses sur environ 200 km de côteObservatoire de la Côte Aquitaine : Zoom sur les dunes côtières en Aquitaine : description et histoire de leur mise en place. Jusqu’à ce que les , le vent entraînait régulièrement de grandes quantités de sable à l’intérieur des terres. Certains villages ont ainsi dû être déplacés ou reconstruits et d'autres ont disparu.

On peut citer parmi les précurseurs de cette fixation les Captaux de la famille de Ruat, qui ont mené des essais concluants à La Teste de Buch à la fin du . Ces travaux seront généralisés à l’ensemble du littoral grâce à des hommes comme Guillaume Desbiey, le baron Charlevoix de Villers, ou encore Brémontier. L’État français a pris en charge l'ensemencement des dunes durant le , en 1876 : ont été fixés. Durant le jusqu'à nos jours, l’Office national des forêts assure la gestion et l’entretien d'une grande majorité de ces dunes. thumbnail|300px|right|Littoral de la Côte d'Argent.

La menace des sables Jusqu'à ce qu'elles soient boisées, les dunes mobiles ont constitué une menace pour les habitants de la côte aquitaine. L'avancée de la mer entraînait des accumulations de sable sur le rivage et les dunes ainsi formées s’étendaient de plus en plus loin à l'intérieur des terres. De nombreux documents du Moyen Âge au témoignent de villages détruits, d'églises déplacées et de cultures recouvertes par l'avancée des sables.

Les sites déplacés ou reconstruits Du nord au sud :

L'ancien village de Saint-Trojan (devenu Saint-Trojan-les-Bains en 1898) et son église ont été ensevelis au par les dunes du littoral.. Celles-ci ont alors été fixées par des pins maritimes en même temps que celles des Landes, formant ainsi la forêt de Saint-Trojan de type landaise et dans sa continuité géographique.

Au XVIIIe siècle, la ville de Soulac est progressivement envahie par les dunes et entre dans une période de déclin. Des quartiers entiers sont peu à peu engloutis par les sables. En 1741, les habitants évacuent en masse le « Vieux-Soulac » et se regroupent à quelques kilomètres à l'est, reconstruisant un nouveau village baptisé « Jeune-Soulac », en 1744, la basilique Notre-Dame-de-la-fin-des-Terres de l'ancien Soulac est envahie par les sables et ne sera dégagée qu'en 1859.

Au Porge, la première église de la paroisse, située en bordure des marais et plus proche des dunes océaniques a été ensevelie par les sables, et reconstruite en 1662 à 5 km vers l'est à l'emplacement du bourg actuel.

À Lacanau, l'ancienne église est démolie en 1764 pour être reconstruite à l'emplacement actuel, en raison de la montée des eaux consécutive à l'avancée des sables.

Le village de Lège aurait été déplacé trois fois au cours des siècles pour échapper à l’invasion des sables.

La vieille église de Saint-Paul-le-Vieux, occupant le tuc de l'antique Segosa, doit être déplacée en 1678 de quelques kilomètres vers le nouveau bourg du village de Saint-Paul-de-Frontignac (l'actuel Saint-Paul-en-Born) en raison de la montée des eaux de l'étang d'Aureilhan.

L'ancienne église de Bias est définitivement abandonnée en 1743, envahie par l'étang de Bourg-le-Vieux déplacé par les dunes..

Les sites disparus Des lieux situés sur la côte ouest à l’extrémité du Médoc disparurent ensevelis sous les sables ou engloutis par les flots de la mer, tel Domnotonus où habitait Théon, l’ami d’Ausone et la paroisse de Saint-Pierre de Lilhan. Losa, village romain abandonné dans la plaine landaise, près du cours d'eau de la Gourgue, a disparu sous les eaux de l'étang de Cazaux et de Sanguinet dans les Landes.

Les premiers travaux À partir du Néolithique, une fois l’épandage du sable des Landes terminé et une fois que la végétation est venue fixer cette couverture sableuse, il restait néanmoins une partie de ce sable libre de se déplacer sur de faibles distances au gré des vents. En dehors des boisements anciens sur la côte, représentant environ avant le boisement systématique de la plaine des Landes de Gascogne, toutes les dunes littorales étaient en mouvement. Entre le Moyen Âge et le milieu du , plusieurs documents font état de villages engloutis, d’églises déplacées ou ensevelies.

Les Captaux de Buch Les premiers travaux significatifs ont été entrepris par des seigneurs du Pays de Buch, le premier fut Jean-Baptiste Amanieu de Ruat, Captal de Buch, qui entreprit dès 1713 de fixer les sables mobiles en semant des pins à La Teste de Buch. Il lança une seconde campagne de plantation en 1727, mais un berger y mit criminellement le feu en 1733. En effet, les plantations de pins dans les Landes ne furent pas vues d’un très bon œil par ces pasteurs. Le système agro-pastoral, largement répandu dans les Landes de Gascogne à cette époque, reposait sur l’élevage des ovins et les cultures de quelques céréales et les bergers avaient pour habitude de faire paître leurs troupeaux librement sur les terres incultes (vaine pâture).

Dans les années 1760, François Alain de Ruat conçut un plan pour maîtriser les dunes. Aucune mise en œuvre n’était cependant possible sans la coopération et la participation des habitants. Entre 1782 et 1787, François de Ruat, le dernier Captal de Buch, réussit à faire ensemencer non point des dunes mais des lettes (dépressions entre les dunes) dans les environs d’Arcachon et du Cap Ferret. Ce chantier fut conduit par son homme d’affaires à la Teste, Jean Baptiste Peyjehan jeune (1753-1803). L’argent fit rapidement défaut au Captal, ainsi il fut soulagé quand un certain Brémontier engagea Peyjehan, homme du pays et initié à ces travaux, pour entreprendre le boisement à grande échelle. thumbnail|120px|left|L'abbé Matthieu Desbiey.

Matthieu et Guillaume Desbiey

L’abbé Desbiey et son frère Guillaume ont entrepris en 1769 un essai de fixation d’une dune mobile à Saint-Julien-en-Born. Ces tentatives ont été couronnées de succès. Afin de permettre aux jeunes pins de pousser, il suffisait de couvrir le sol de branchages ou de rameaux de genêt, de bruyère ou d’ajonc, afin de protéger les semis de l’action du vent qui aurait entraîné les graines avec le sable superficiel.

Le baron Charlevoix de Villers En 1778, le baron Charlevoix de Villers, ingénieur du génie maritime, fut envoyé à La Teste de Buch pour étudier la faisabilité de creuser un canal reliant le bassin d'Arcachon à l'Adour pour des raisons militaires. Après trois années d'études, M. de Villers réalise cinq mémoires dont l'un est consacré à la fixation des dunes, qu'il considère comme un préalable à tout aménagement. Un autre mémoire traite de l'hostilité des populations locales vis-à-vis de tout projet d'ensemencement, ce qui leur empêcherait de faire pâturer le bétail. Le rôle de M. de Villers restera théorique, et il quittera le pays de Buch en 1781 pour ne jamais y revenir. Il est néanmoins l'inventeur de la méthode de fixation mise en œuvre ultérieurement par Brémontier : le semis de pins.

Nicolas Brémontier

thumbnail|120px|left|Nicolas Brémontier. thumbnail|300px|Carte élaborée par Brémontier au , montrant les semis réalisés à La Teste de Buch. La bande au milieu de la carte représente les semis qu'il a réalisés. Les massifs à gauche et à droite de la carte sont naturels et existaient avant les campagnes de boisement. Le nord est à droite.|alt= Nicolas Brémontier s’intéressa de près aux projets de réalisation du canal reliant le bassin d’Arcachon à l’Adour. Il évoque la nécessité de fixer les dunes en 1778, et en 1787 après avoir pris connaissances des précédentes réalisations des frères Desbiey et de Charlevoix de Villers, il estima prioritaire de faire des essais de fixation, sans faire référence à ces précurseurs, afin de s'en attribuer les mérites . Il obtint un crédit pour lancer des essais et choisit le site de La Teste de Buch où il rencontra M. Peyjehan jeune, qui avait déjà effectué de nombreux travaux pour le compte du Captal de Buch François de Ruat, et qui bénéficiait d’une parfaite connaissance locale. De son côté le Captal, qui souhaitait depuis longtemps fixer les dunes du Buch, accepta très volontiers que l’on tente l’expérience entre le Pilat et Arcachon, dès le printemps 1787. Les premiers semis du Moulleau protégés par des clayonnages parallèles utilisés par les Hollandais, furent après l'hiver 1787-1788, un échec, ce qui conduisit Peyjehan à demander à Brémontier d'expérimenter la couverture de branchage qu'il tenait de Desbiey, ce qui fut un succès. La Révolution française vint perturber les expérimentations, qui continuèrent tant bien que mal jusqu’en 1793, grâce au zèle extraordinaire de Peyjehan qui avança bien souvent le salaire des ouvriers de sa poche.

Un rapport, dont la rédaction fut présidée par Brémontier et commandé par la Société d’histoire naturelle et d’agriculture de Bordeaux, fut rédigé en 1795 en dressant un bilan très positif de ces essais et fut envoyé au gouvernement à Paris. Le 13 messidor an IX () parut un arrêté signé par les consuls de la République dont voici l’article premier :

« Il sera pris des mesures pour continuer de fixer et planter en bois les dunes des côtes de Gascogne, en commençant par celles de La Teste de Buch, d’après les plans présentés par le citoyen Brémontier, ingénieur, et le préfet du département de la Gironde’’ »

L'ensemencement des dunes par l'État

Historique Un second arrêté du des consuls installa une Commission des dunes de la Gironde, présidée par Brémontier et composée du Conservateur des Forêts à Bordeaux Pierre-Timothée Guyet-Laprade et de trois membres de l'Académie des sciences de Bordeaux : Jean-Marie Bergeron (agronome et oenologue), Toussaint-Yves Catros (pépiniériste et botaniste) et Jean-Baptiste Labadie de Lalande dit Labadie-de-Haux (agronome) et comme inspecteur des travaux, Peyjehan . Dès 1801, des ateliers de fixation furent établis au Verdon, puis au Cap-Ferret, à Arcachon, La Teste et Mimizan. Au décès de Peyjehan en 1803, son gendre Pierre Dejean (1780-1864) prendra la suite comme inspecteur des travaux. Une commission semblable fut créée en 1808 dans le département des Landes. Ces deux commissions ont réussi à fixer 4 500 hectares en 1816.

Le , par ordonnance du roi Louis XVIII, les travaux de fixation dunaire reprennent. Cette décision est suggérée notamment par le vicomte Joseph Lainé, alors ministre de l’intérieur, propriétaire dans les Landes girondines qui connait bien l’importance et les faiblesses de l’entreprise. Celle-ci est confiée à l’administration des Ponts et Chaussées, afin de les mener à plus grande échelle puis de remettre les dunes une fois boisées à l’administration des Eaux et Forêts, ce qui fut fait en 1862. La fixation des dunes s’est achevée en 1876, où hectares avaient été ensemencés.

En 1840, Bernard Lorentz, avait effectué une mission diligentée par le directeur général des forêts.

Pierre Buffault, conservateur des eaux et forêts, relate dans de nombreux articles et notamment dans son ouvrage de 1942, l'histoire de la fixation des dunes domaniales.

Appropriations et aliénations thumb|left|200px|Importance des forêts domaniales littorales.