Uluru/Ayers Rock est un inselberg en grès situé dans le Territoire du Nord, au centre de l'île principale de l'Australie. Il s'élève à au-dessus de la plaine et est situé à au sud-ouest d'Alice Springs. Exploré et gravi par les Européens pour la première fois par William Gosse et en 1873, il a été nommé en l'honneur de Henry Ayers, Premier ministre et secrétaire en chef de l'Australie-Méridionale entre 1863 et 1877.

Il est sacré pour le peuple aborigène de la région, les Pitjantjatjaras, qui font partie des Anangus. Le site abrite des points d'eau, des grottes et des peintures rupestres. Il est classé sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO au travers du parc national d'Uluṟu-Kata Tjuṯa dont il est, avec les Kata Tjuṯa/monts Olga, l'une des formations emblématiques.

Ses singularités géologiques et hydrologiques, associées aux remarquables teintes qu'il peut prendre, en particulier au coucher du soleil, en ont fait un des emblèmes de l'Australie. Il est devenu une attraction touristique à partir de la fin des .

Toponymie Les autochtones Pitjantjatjaras appellent le rocher Uluṟu (API : ). Le caractère (r souligné) dans Uluṟu représente une consonne spirante rétroflexe voisée utilisée par certains dialectes de l'anglais américain. Ce mot n'a pas de signification particulière, si ce n'est qu'il est porté comme un nom de famille local chez les anciens.. Cependant, on le retrouve pour traduire les mots « protection » et « long sommeil » ou « périple » utilisé aussi pour définir la « liberté », dans la plupart des langues anangus.

Le , William Gosse nomme le site (API : ) en hommage à Henry Ayers, Premier ministre d'Australie-Méridionale au . Le nom aborigène est rapporté par l'expédition de Burke et Wills en 1903. Depuis lors, les deux noms sont utilisés indifféremment, bien qu’ continue d'être employé surtout par les Blancs.

En 1993, une politique de double dénomination est officiellement adoptée, consistant à accoler au nom anglais le nom traditionnel aborigène. Ainsi, le , il est renommé « / Uluṟu » et devient le premier nom double du Territoire du Nord. Le , l'ordre est inversé en « Uluṟu / » sur la demande de l'association du tourisme régional d'Alice Springs..

Géographie Situation et description vignette|Vue depuis le sommet d'Uluru/Ayers Rock.

Uluru/Ayers Rock se situe au sud-ouest du Territoire du Nord, au cœur de l' australien, au sein du parc national d'Uluṟu-Kata Tjuṯa, près de la petite ville, assimilable à un complexe touristique, de Yulara et à à vol d'oiseau au sud-ouest d'Alice Springs ( par la route).. Il a une hauteur de par rapport au sol et une altitude de par rapport au niveau de la mer, bien qu'il s'enfonce profondément sous terre. Il a un périmètre de et une longueur de . La formation rocheuse des Kata Tjuṯa/monts Olga est située à d'Uluru/Ayers Rock.

Un aérodrome (aéroport Connellan, code AITA : AYQ, code OACI : YAYE.) dessert le site. Des routes d'accès et des parkings ont également été construits pour fournir des points de vue aux touristes.

Uluru/Ayers Rock est un des symboles de l'Australie. Il a une grande importance culturelle pour les Pitjantjatjaras. Une de ses caractéristiques est de changer de couleur en apparence en fonction de la lumière qui l'éclaire au long du jour et de l'année. Ces effets de couleur particuliers sont dus à la présence abondante dans la roche de grains de feldspaths qui réfléchissent de façon remarquable la lumière rouge des oxydes de fer. Les couchers de soleil sont particulièrement spectaculaires lorsqu'ils teintent brièvement en rouge le massif. Bien que les pluies soient rares dans cette région aride, Uluru/Ayers Rock devient gris argenté durant les périodes humides en raison du développement d'algues noires microscopiques à la surface des goulottes d'érosion empruntées par les écoulements d'eau.

Hydrographie vignette|gauche|redresse=0.7|Érosion au niveau des ravines creusées par les écoulements d'eau.

Les Pitjantjatjaras considèrent que toutes les sources aquifères du parc sont l'œuvre du temps du rêve. La connaissance de leur localisation et de leur pérennité a de tout temps été une composante essentielle de la capacité des Aborigènes à survivre en se déplaçant à travers ces terres , ..

La source de Mutitjulu, à la base d'Uluru/Ayers Rock, est considérée comme la seule source permanente du parc. Elle est alimentée par un des deux systèmes hydrographiques souterrains du parc. Après les pluies, qui surviennent de manière irrégulière, l'eau peut rester présente plus ou moins longtemps dans les mares, au niveau de la partie supérieure du rocher, et dans les chenaux d'écoulement qui forment des ravines. Le milieu naturel a une capacité de régénération très rapide après chaque pluie importante. Ensuite, l'eau s'infiltre dans le sous-sol et recharge les nappes souterraines.

Géologie Géomorphologie vignette|Vue aérienne d'Uluru/Ayers Rock.

On décrit souvent Uluru/Ayers Rock comme un monolithe mais il est en fait la partie émergée d'une formation rocheuse du sous-sol dégagée par l'érosion. Du point de vue géomorphologique, il s'agit d'un inselberg, une « montagne-île » David N. Young, N. Duncan, A. Camacho, P.A. Ferenczi, T.L.A Madigan, , , 1: , 2002.. Il s'agit du deuxième plus grand au monde, après le mont Augustus P.C. Muhling, A.T. Brakel, « », , Bull. 128, 1985, 266, également en Australie.

Une caractéristique d'Uluru/Ayers Rock est son homogénéité pétrographique et une quasi-absence de diaclases en surface, ce qui a pour conséquence une quasi-absence d'éboulis sur les pentes et à la base du relief. Ces particularités ont permis sa pérennité, alors que les roches environnantes étaient aplanies I.P. Sweet, I.H. Crick, , , Canberra .. L'étude des relations entre le relief en inselbergs et les dépôts lacustres d'âge Paléocène de la plaine, lors de climats plus humides, montre que ces reliefs relictuels ont pratiquement conservé les mêmes contours et le même aspect depuis d'années et que la surface d'aplanissement qu'ils dominent est sans doute plus ancienne C.R. Twidale, W.K. Harris, « », Trans. R. Soc. S. Austr., 101, 1977, .J.-P. Peulvast, J.R. Vanney, Géomorphologie structurale. Terre, corps planétaires solides, : Relief et géodynamiques, éd. SGF, BRGM, , CPI, GBSP, 524.

Orogenèse vignette|gauche|Schéma simplifié d'une structure synclinale hypothétique reliant Uluru/Ayers Rock et les Kata Tjuṯa/monts Olga et de la strate des arkoses de Mutitjulu qui compose Uluru/Ayers Rock. vignette|Vue aérienne d'Uluṟu/Ayers Rock et du site des Kata Tjuṯa/monts Olga dans le lointain.

L'arkose (grès feldspathique) de Mutitjulu aurait approximativement le même âge que le conglomérat des Kata Tjuṯa/monts Olga et aurait une origine similaire malgré un type de roche différent. En revanche, elle est plus récente et sans rapport avec la formation rocheuse tabulaire nommée mont Conner, à à l'est. La strate qui compose Uluru/Ayers Rock est pratiquement verticale, avec un pendage de vers le sud-ouest et une épaisseur apparente d'au moins . Elle s'enfonce profondément sous la plaine environnante mais son étendue est inconnue. La roche qui la compose était à l'origine du sable d'un vaste cône de déjection qui débouchait en contrebas des chaînes de Mann et Petermann, les « ancêtres » des monts Musgrave, en direction du nord et de l'est. Il était proche d'un autre cône de déjection constitué de sable, de galets et de pierres qui constitue désormais les Kata Tjuta/monts Olga. Ceci explique la similarité minéralogique entre l'arkose de Mutitjulu et les montagnes granitiques érodées au Sud. Elles constituaient autrefois un massif plus large, soulevé au cours de l'orogenèse de Petermann qui s'est déroulée de la fin du Néoprotérozoïque au début du Cambrien (), époque durant laquelle se serait formée l'arkose de Mutitjulu. La composition granulométrique du grès montre une érosion rapide des granites. Les couches de sable étaient relativement horizontales lorsqu'elles se sont déposées au niveau du cône de déjection puis ont été basculées quasiment à la verticale durant une phase tectonique postérieure, probablement l'orogenèse d'Alice Springs pendant le Paléozoïque (). . Seul Uluru/Ayers Rock émerge aujourd'hui.

Pétrologie vignette|gauche|Desquamation et délamination de la roche à la surface d'Uluru/Ayers Rock.

Pour décrire l'histoire géologique de la zone, les géologues appellent la strate qui constitue Uluru/Ayers Rock Mutitjulu Arkose, une des nombreuses formations sédimentaires composant le bassin du lac Amédée. Uluru/Ayers Rock est en effet principalement composé d'arkose grossière, un type de grès caractérisé par son abondance en feldspath, et de quelques conglomérats. La composition moyenne consiste en 50 % de feldspaths, 25 à 35 % de quartz et jusqu'à 25 % de fragments rocheux. La plupart des feldspaths sont des orthoses avec quelques plagioclases comme grains angulaires et inclusions altérées. Les grains font généralement de de diamètre. Les grès les plus fins sont bien triés, avec une répartition diminuant en fonction de la taille des grains. Les fragments de roche incluent des basaltes, remplacés à divers degrés par de la chlorite et de l'épidote. Les minéraux présents suggèrent une migration depuis une source granitique prédominante, similaire au au sud. La roche saine a une couleur grise mais exposée aux agents météoriques, la dégradation des minéraux ferreux par oxydation confère aux couches externes de la roche une teinte rouille, rouge-brun. La sédimentation a induit des stratifications croisées et des formations rocheuses ondulées s'expliquant par des dépôts dans des cours d'eau peu profonds et avec un fort courant, typiques des cônes de déjection.

Climat et saisons vignette|Diagramme climatique d'Uluru/Ayers Rock. Le parc reçoit en moyenne de précipitations par an et les températures moyennes vont de pour les maximales en été à pour les minimales en hiver. Les records enregistrés dans le parc sont de en été et de une nuit d'hiver. Le rayonnement ultraviolet est généralement très fort sur tout le parc , , Canberra, ..

Les Pitjantjatjaras divisent l'année en cinq saisons , . : Piriyakutu (août/septembre/octobre), période de reproduction des animaux et de floraison des plantes ; Mai Wiyaringkupai (octobre/novembre/décembre), saison chaude où la nourriture devient rare ; Itjanu (janvier/février/mars), des orages sporadiques peuvent éclater subitement ; Wanitjunkupai (avril/mai), les températures sont plus basses ; Wari (juin/juillet), saison froide avec gelées matinales.

Faune et flore vignette|redresse=0.7|Un wallaby des rochers (Petrogale lateralis).

Quarante-six espèces de mammifères indigènes vivaient dans la région d'Uluru/Ayers Rock il y a quelques dizaines d'années. Les derniers contrôles indiquent qu'il en reste vingt-et-une. Des essais de réintroduction sont en cours pour des espèces disparues localement comme le phalanger renard, le lièvre-wallaby de l'ouest, le bilby, le bettongie de Lesueur et le wallaby des rochers.. Cette zone abrite aussi la taupe marsupiale. Les espèces de chauves-souris de la région sont au nombre de sept qui s'abritent le jour dans les grottes et les fissures d'Uluru/Ayers Rock et des Kata Tjuṯa/monts Olga. La plupart des chauves-souris se nourrissent de proies attrapées en vol dans un rayon de autour du rocher. Une espèce de dasycercus, le seul mammifère de la région considéré comme espèce en danger a un domaine très réduit, une étroite bande de terre qui va du voisinage d'Uluru/Ayers Rock à la limite nord du parc.

Le parc abrite une grande quantité de reptiles ; soixante-treize espèces y sont identifiées. Le python de Ramsay et le grand scinque du désert sont considérés comme vulnérables.

Quatre espèces de grenouilles se trouvent en abondance dans la région après les pluies de l'été.