Les Acadiens forment une ethnie vivant principalement en Amérique du Nord, dans les provinces canadiennes du Nouveau-Brunswick, de l'Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse (qui forment l'Acadie) et du Québec, ainsi que dans l'État américain du Maine. Les Cadiens forment un groupe ethnique en Louisiane qui compte les Acadiens comme ancêtres.

Les Acadiens sont en grande majorité francophones et catholiques. Ils sont descendants des premiers colons français établis en Acadie à l'époque de la Nouvelle-France, principalement au sud-est du Nouveau-Brunswick.

Durant la déportation des Acadiens de 1755, qui fut un , ces derniers furent déracinés de leurs terres par les Britanniques et déportés en Nouvelle-Angleterre ou au Royaume-Uni. Après cette déportation, des survivants retournèrent, parfois plusieurs décennies plus tard, en Acadie ou se fixèrent dans différentes régions du monde, comme en France, en Grande-Bretagne ou encore en Louisiane..

Identité Ethnonyme

vignette|Paysage de l'Arcadie grecque. Le mot « Acadien », dans le sens d'un habitant de l'Acadie, apparaît pour la première fois en 1699, sous la plume de Dière de Dièreville.

Le nom « Acadie » aurait été utilisé pour la première fois sous la forme « Arcadie » en 1524 par l'explorateur italien Giovanni da Verrazzano, au service de François de France.. Selon les auteurs, ce toponyme désignait tout d'abord la péninsule de Delmarva, près de Washington, aux États-Unis. ou bien la Virginie ou encore la Caroline du Nord. Verrazano affirme que c'est la beauté de ses arbres qui lui inspirent le nom, peut-être par allusion à la région grecque de l'Arcadie, représentant un lieu idyllique pour les poètes.. Il aurait pu aussi être inspiré par le poème L'Arcadie, de l'auteur italien Jacopo Sannazaro, publié en 1504 et décrivant en fait la région de Naples.

Des historiens doutent que le choix de Verazanno ait un lien avec l'usage actuel, et le toponyme pourrait venir du micmac « cadie », qui veut dire « terre fertile », d'« algatig », un mot de la même langue signifiant « lieu de campement » ou encore de « quoddy », un mot malécite-passamaquoddy voulant dire « endroit fertile ». Plusieurs lieux du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse ont d'ailleurs une consonance semblable. Bona Arsenault note toutefois que Verazzano ne débarque que trois jours sur le continent, ce qui permet de douter de l'origine micmaque ou malécite.

La version anglaise de l'ethnonyme est Acadian, alors que French et ses variantes sont généralement péjoratifs.

Ethnologie Certaines encyclopédies incluent les Acadiens dans une catégorie plus vaste, parfois les Canadiens mais en général les Canadiens français, un terme générique décrivant les descendants des colons français au Canada.. Les Acadiens peuvent aussi être appelés les « Canadiens français du Nord-Est ». La reconnaissance variable des Acadiens par les gouvernements explique en partie cette confusion. Par exemple, le recensement américain ne comprend pas de catégorie Acadien pour l'origine ethnique alors que leur nombre officiel a augmenté considérablement depuis que le Canada permet ce choix dans le recensement.

Les Acadiens font peut-être partie du groupe Canadiens français dans des contextes linguistiques, mais ils sont considérés comme un groupe distinct des Canadiens français au sens culturel et ethnique en raison de leur histoire distincte, qui précède l’admission des provinces maritimes à la Confédération canadienne en 1867.

Malgré leur situation au Canada, le Dictionnaire des peuples classe les Acadiens dans les peuples non-occidentaux, de par leur proche disparition durant le Grand Dérangement, leur long isolement et le fait qu'ils comptent une importante diaspora. Les Acadiens ne sont pas des autochtones mais et personnalités, tels que Jackie Vautour, militent pour leur reconnaissance en tant que tels même s'ils ne correspondent pas à la définition du Ralliement national des Métis...

Acadianité

L'acadianité est la définition de ce qu'est un Acadien, qui se résume bien souvent au sentiment d'appartenance à l'Acadie. Ce sentiment serait apparu dès le et aurait été engendré par l'isolement de l'Acadie face aux autres colonies de la Nouvelle-France..

La définition officielle de l'acadianité fut choisie lors de la première Convention nationale acadienne à Memramcook, en 1881: un francophone catholique, descendant soit d'un colon établi dans l'ancienne Acadie, soit d'un déporté. Cette définition est moins bien acceptée de nos jours. En effet, certaines communautés sont anglicisées ou en voie d'anglicisation, le catholicisme n'est plus la seule religion et la pratique religieuse est en baisse tandis que l'Acadie n'est plus isolée comme autrefois et le nombre de mariages interethniques s'accroît, sans oublier que la population est de plus en plus consciente des origines diverses de plusieurs familles..

Les Acadiens sont enclins à s'identifier avant tout à leur ville, leur région, leur province ou leur pays avant de s'identifier à l'Acadie. Parmi toutes les régions, le Madawaska est celle ayant le plus fort sentiment identitaire distinctif. Une partie des habitants se considèrent comme des Brayons au lieu d'Acadiens. Le Madawaska possède plusieurs symboles dont un drapeau, des armoiries, un plat national ainsi qu'une Foire brayonne, alors que le nom de République du Madawaska est toujours utilisé de façon symbolique. Les Acadiens du Maine, en particulier ceux du Madawaska, sont depuis les années 1970 de plus en plus conscients de leur acadianité et maintiennent d'importants liens avec la partie canadienne du Madawaska, bien qu'ils se considèrent avant tout Américains Collectif, Acadian culture in Maine, Boston, Mass. : National Park Service, North Atlantic Regional Office, 1994. Chapitre .. Les Acadiens du Québec sont rarement au courant de leur origine, qu'ils découvrent souvent en faisant leur arbre généalogique.. Les Cadiens sont intimement liés aux Acadiens, car ils descendent d'expatriés acadiens et d'autres immigrants établis en Louisiane vers la fin du . Les Cadiens sont appelés en anglais « Cajuns » (déformation du terme français)cajun sur larousse.fr. vignette|Une Acadienne fabriquant un tapis, 1938 Il y a une tendance à forcer la création d'une identité canadienne unique basée sur l'activité culturelle et le sport. Les francophones s'identifient d'une manière générale à leurs ancêtres français, et les Canadiens anglais sont divisés entre l'attachement au Grande-Bretagne ou aux États-Unis. De plus, la politique multiculturelle canadienne favorise la préservation du patrimoine des différentes communautés ethniques du pays.

Histoire

upright|vignette|Homme Acadien par Jacques Grasset de Saint-Sauveur, 1796 thumb|Détail de la fresque située sur la butte Sainte-Anne, à Nantes et représentant le séjour des Acadiens de 1775 à 1785 à Chantenay. Origines Les ancêtres des Acadiens proviennent principalement de l’ouest et sud-ouest de la France, de l'Aquitaine et de la Saintonge, ainsi que de l'Aunis, du Poitou et de l'Angoumois. Ils sont aussi répertoriés comme venant de Bourgogne, de Haute-Bretagne et des provinces limitrophes, comme la Touraine. On y compte également des Parisiens et des colons venus du pays basque.

Nouvelle-France

En 1603, Henri , le roi de France, accorda à Pierre Dugua de Mons le droit de coloniser les terres d'Amérique du Nord. Arrivant en 1604, les colons français (sans femme ni enfant) bâtirent leur fort à l'embouchure de la rivière Sainte-Croix, qui sépare le Nouveau-Brunswick et le Maine actuels, sur une petite île nommée île Sainte-Croix (aujourd'hui Dochet Island). Le printemps suivant, les colons déménagèrent au sud-est de la Baie française (aujourd'hui la baie de Fundy) haut lieu en retrait qu'ils nommèrent Port-Royal (de nos jours Annapolis Royal, en Nouvelle-Écosse).

Au , après 1632, environ cent familles françaises s'établirent en Acadie. Elles développèrent des relations avec les indigènes micmacs, apprenant leurs techniques de chasse et de pêche. Les Acadiens vécurent principalement en régions côtières, sur des terres reprises à la mer par des endiguements nommés aboiteaux.

Établis à la frontière entre les territoires français et britanniques, les Acadiens se trouvèrent sur la ligne de front de chaque conflit entre les deux puissances. L'Acadie passa à plusieurs reprises d'un camp à l'autre, et les Acadiens apprirent à y survivre en adoptant une attitude de neutralité réfléchie, refusant de prendre les armes pour l'un ou l'autre des camps, quel qu'il fût, et en vinrent ainsi à être désignés sous le nom de French Neutrals (les « Neutres français »)..

Nouvelle-Écosse

Dans le traité d'Utrecht de 1713, la France céda aux Anglais cette portion de l'Acadie qui est maintenant la Nouvelle-Écosse (moins l'île du Cap-Breton). En 1754, le gouvernement britannique, n'acceptant plus la neutralité précédemment tolérée des Acadiens, demanda qu'ils prêtent un serment d'allégeance absolu à la couronne britannique, ce qui revenait à exiger des Acadiens qu'ils acceptent de prendre les armes contre les habitants du Québec français. Les Acadiens refusèrent cette perspective de combattre les membres de leurs familles en territoire français, et pensèrent, le monarque britannique étant chef d'une église anglicane regardée comme aussi hérétique que le calvinisme, que ce serment compromettrait à long terme leur culte catholique, face aux rites protestants. Le colonel Charles Lawrence ordonna la déportation massive des Acadiens, sans autorisation formelle de Londres et en dépit d'avertissements des autorités britanniques contre une réaction draconienne. L'historien John Mack Faragher utilisa le terme contemporain de nettoyage ethnique pour décrire cette mesure.

Déportation des Acadiens

thumb|upright|Déportation des Acadiens. Dans ce qui est connu comme le Grand Dérangement, plus de Acadiens (les trois quarts de la population acadienne en Nouvelle-Écosse) furent expulsés, leurs maisons brûlées et leurs terres confisquées. Les familles furent déchirées, et les Acadiens furent dispersés partout dans les terres britanniques d'Amérique du Nord ; certains furent rendus à la France.

Renaissance acadienne Politique d'accueil de la France La plupart des Acadiens ont été déportés juste avant ou lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763) entre la France et la Grande-Bretagne, en droiture ou par les colonies de la Nouvelle-Angleterre et parfois les camps d’internement britanniques. Plusieurs milliers ont ensuite cependant bénéficié de la politique d'accueil de la France à la fin de cette guerre, mais la plupart sont ensuite repartis. .

Au plan historiographique, au cours de la première moitié du , les thèses d'Émile Lauvrière, historien français de l'Acadie, ont sous-estimé le rôle de l’État dans l’échec de l’installation acadienne"La Tragédie d’un peuple ; histoire du peuple acadien de ses origines à nos jours", par Émile Lauvrière, publié en 1922, chez Bossard. et défendu la politique de Louis XV en la matière. Ensuite, au cours de la seconde moitié du , les thèses des historiens nord-américains, recourant à des interprétations culturelles et identitaires ont donné une vision moins favorables.

La thèse de « l’exil patriotique », entrepris par de « fidèles sujets du roi », chère au commissaire général de la Marine Lemoyne, responsable de leur placement entre 1772 et 1774, a ainsi été nuancée très fortement.