L'hôtel de ville de La Rochelle est le bâtiment qui héberge depuis 1298 la mairie de La Rochelle, dans le département français de la Charente-Maritime en région Nouvelle-Aquitaine.
Il est le plus ancien hôtel de ville français encore en fonctionInterview de Philippe Villeneuve, architecte en chef des monuments historiques, dans la revue Historia n° 806 de février 2014.. Entre 1628 et 1748, le bâtiment est la résidence du Gouverneur de l'Aunis et de la Ville avant de redevenir la maison de la ville. Il est classé au titre des monuments historiques depuis le . Largement détérioré, le bâtiment subit, à la fin du , une lourde restauration, mêlant restauration à l'identique, transformation et extension de bâtiment.
Un incendie d'origine électrique a le ravagé les toitures et charpentes de la partie historique du bâtiment, dont la restauration s'est achevée fin 2019.
Le pouvoir communal La commune de La Rochelle bénéficie dès sa création d'une large autonomie. Le duc affranchit la ville des tutelles féodales, faisant de son port un port libre. Privilèges et libres franchises sont confirmés et étendus par les successeurs, le roi des Francs, , puis celui d'Angleterre, , à la suite des mariages de sa fille, Aliénor d'Aquitaine.. Grâce au commerce avec l’Angleterre et le nord de l’Europe, la ville devient rapidement un port commercial de premier plan.
En 1199, Aliénor d'Aquitaine octroie à la ville une charte communale :
Émile Couneau, La Rochelle disparue.
Outre ces dispositions administratives, le maire se trouve à la tête d'un gouvernement absolument indépendant. Ses pouvoirs sont presque aussi étendus que ceux d'un souverain. Il commande aux armes de terre et de mer, organisant et commandant les milices. Il contrôle les poids et mesures des marchandises assujetties à des droits fiscaux. Il bat monnaie et reste comptable des deniers publics. Il n'a à rendre compte de sa gestion qu'au corps de ville, dont il est le chef, mais qui peut devenir son juge en cas d'abus de pouvoir. Ces actes sont contrôlés par les pairs. Le maire ne peut pas prendre ses décisions en dehors de l’échevinage.
Seule la présence du château Vauclair rappelle l'autorité féodale. Il est construit par le roi , époux d'Aliénor d'Aquitaine, et duc d'Aquitaine par sa femme, vers la fin du . Les Rochelais comprennent rapidement tous les avantages des libertés et privilèges qu'ils ont acquis et le danger que représente cet imposant symbole de pouvoir.
La Rochelle passe dans le domaine royal en 1224. Elle devient possession anglaise en 1360 avec le traité de Brétigny. En 1372, la ville est assiégée par le roi de France . Les Rochelais, souhaitant redevenir français, réussissent à prendre par la ruse le château royal des mains d'une garnison anglaise. Cependant, ils négocient le prix de leur soumission et arrachent au roi de France des privilèges étendus dont l’inaliénabilité de la ville à la couronne de France, la promesse de la destruction du château royal et l'interdiction faite d'en ériger un nouveau.. Cette interdiction est tenue, non sans mal, jusqu'à l’érection du Fort Louis en 1622, situé à une portée de canon de la ville. La démolition du château Vauclair., dernier symbole du pouvoir royal sur la ville, est entamée le lendemain de l'entrée du roi dans la ville. La ville continue à prospérer à l'intérieur de ses remparts. Le château royal ayant disparu, la ville se dote de son propre symbole. L'échevinage doit montrer à tous la prospérité de la ville, ses libertés et ses privilèges qu'il entend préserver à n'importe quel prix, puisque la ville n'a de comptes à rendre à aucun autre noble que le roi.
Histoire L'échevinage vignette|redresse|gauche|Plan de masse de la maison de ville à la veille de 1628.
En 1298, l'échevinage s'installe dans cinq maisons et un verger, formant un ensemble correspondant à l'emprise de l'actuel hôtel de villep.96. L'édifice abritant le corps de ville construit à la place des habitations fut détruit par un incendie. On entreprend sa reconstruction de 1486 à 1492 par l'édification du mur de clôture nord, le mur ouest étant achevé en 1498p.684. Cette muraille crénelée et flanquée de tourelles symbolisait la prospérité commerciale et son désir d'indépendance. Cependant, la reconstruction du reste de l'édifice ne commença que vers le milieu du . Le reste de l'édifice resta délabré au point que le corps de ville eut l'habitude de se réunir dans d'autres lieux comme en 1515, où le conseil se réunissait au couvent des Augustins et, en 1542, près de la rue Chaudrierp.16.
La reconstruction de l'hôtel de ville reprend par la construction du pavillon Nord.
À partir de 1568, date de la destruction de l'église Saint-Barthélémy, l'élection du maire se déroula à l'hôtel de ville.
L'ouverture de l'assemblée générale des Églises réformées se tient à l'hôtel de ville, le , en présence du roi de Navarre, nommé président par élection et suffrages pris des provincesH. Martin. Le président, pendant son discours, montra les enseignes appendues dans le salon et qu'il avait enlevées à l'ennemi catholiquep. 434..
La grande galerie a commencé à partir de 1595. Tout le corps du bâtiment, avec sa galerie au rez-de-chaussée et ses combles, est achevé en 1606. L'année suivante, le corps de ville acquit, au sud-est du corps principal, une maison donnant sur la rue des gentilshommes, le bâtiment des Échevinsp.99..
Le , on ajoute au salon, pour estre gardés et conservés en mémoire honorable dudit exploictProc.verb. de l'ass. - Mervault - Mercure français, les drapeaux ou guidons enlevés aux royalistes par Benjamin de Rohan seigneur de Soubise lorsqu'il s'est rendu maître de Les Sables-d'Olonne et de plusieurs petites places du Bas-Poitoup. 55.
La maison du Gouverneur vignette|redresse|Plan de masse de la maison du gouverneur. À la suite de la défaite de 1628, supprima le corps de ville et confisqua la maison de ville pour la transformer en maison du roi. Le , fut publié en l'audience présidiale le don fait par le roi de la maison de ville à monsieur le cardinal de Richelieu et autres gouverneurs de La RochelleGuillaudeau - Colin. Dès lors, la maison de ville devint la maison du gouverneurp.86. Pour permettre de loger le gouverneur, on étend l'emprise de l'ancienne maison de ville à trois habitations contigues.
L’hôtel de ville vignette|redresse|Plan de masse de l'hôtel de ville en 1906. Une première mairie fut rétablie en . Cette mairie était un office de mairie au coût élevé imposé aux trésoriers de France. Le , détacha la mairie du bureau de finance, constitua un corps de ville et rendit la mairie électivep.44. Privé de l’échevinage, le bureau des finances, puis le corps de ville, se réunissait dans la maison p.93. En 1748, la maison du gouverneur n'était plus adapté à son rôle de résidence du Gouverneur et le gouverneur préféra négocier avec le corps de ville son échange au profit de l'hôtel Jouin de la Tremblayep.102p.33. Le bâtiment fut acquis par la ville pour livres auprès de M. Tremblay. Le vieil échevinage est alors récupéré par la ville et redevint l'Hôtel de ville de La Rochelle.
Il est classé au titre des monuments historiques le . À la suite de ce classement, Juste Lisch établit des projets de restauration et d'agrandissement, réalisés de 1872 à 1877, sous la surveillance de Massiou, architecte de la Ville. On entreprit la reconstruction de l'escalier d'honneur, la restauration de la galerie des statues et de la grande galerie. Les fragments des restaurations furent déposés dans des musées, la plus importante partie (une Lucarne et une niche avec blason) se trouvant dans les collections lapidaires du Musée d'Orbigny Bernon, le reste, soit une porte palière du et des caissons de la grande galerie se trouvent dans le jardin du Musée des beaux-arts de La Rochellep.24.
vignette|redresse|gauche|Beffroi de la tour, réalisée en 1879.
En 1878, on décida de surélever le toit de la tour nord par l'ajout d'un beffroi avec campanile et cela malgré le fait que rien ne puisse attester l’existence d'un tel élément dans l'histoire du monument. Dans l'histoire de la ville, le premier beffroi « communal » était situé au sommet de la porte de Mallevault, puis il fut transféré au sommet de la porte de la Grosse Horloge en 1478.
À la même époque, Juste Lisch édifia, à la place de la maison abritant le logement du gouverneur, le bâtiment sud, destiné à abriter une partie des services administratifs. Cette extension, composée de plusieurs corps de bâtiment, commença par la façade côté cour intérieure en 1874 pour s'achever en 1885.
En 1904, le crénelage du mur d'enceinte fut réparé.
Le projet non réalisé vignette|redresse|Projet de Juste Lisch, non réalisé.
L'édifice se révèle insuffisant pour les besoins de l'administration municipale au . Profitant de la restauration du monument, on décide alors la reconstruction du pavillon sud abritant les anciens appartements du gouverneur. Initialement le projet de Juste Lisch était ambitieux pour cet agrandissement. L'architecte projetait d'étendre l'hôtel de ville sur le reste de l'îlot avec la création côté place de la Caille d'une façade monumentale. Faute d'argent, seule une partie du programme a été réalisée et les bâtiments entre la place de la Caille et l'hôtel de ville furent épargnésp.28. L'extension s’étend de la rue de l'hôtel de ville jusqu'à la rue des gentilshommes et se limite à la largeur de l'ancien logement du gouverneur.
En 1909, Albert Ballu reprend le projet de Lisch d'extension de l'hôtel de ville sur la place de la Caille, mais faute de moyens la municipalité y renonce et achète peu à peu les maisons de l'îlot. Après de multiples travaux, certains services furent implantés dans les étages de ces bâtiments. Aujourd'hui, les services de la ville se sont étendus dans les étages des bâtiments et ne communiquent que par un dédale de couloirs et d'escaliers..
L'hôtel de ville moderne vignette|redresse|Plan de masse de l'hôtel de ville de nos joursD'après le site du .. En 1938, toujours à l'étroit dans ses murs, l'architecte de la ville, Pierre Grizet édifie au nord, hors de l'îlot, une annexe pour les services d'hygiène. Encore aujourd'hui, une grande partie des services de la ville sont abrités dans l'ancien arsenal de la ville ou disséminés à travers la ville. L'hôtel de ville n'abrite en ses murs que les principaux services.
Restauration vignette|redresse|Restauration en cours du Pavillon Nord et de l'escalier d'honneur.
Au début du , des morceaux de pierre commençaient à tomber de la façade et un balustre de l'escalier d'honneur se brisa. Après des études poussées, on répertoria trois types de pierre (Originaire de Crazannes, de Vilhonneur et de Saint-Même) constituant les murs de l'hôtel de ville symptomatique d'un édifice maintes fois remanié. Souffrant du même mal que la cathédrale Saint-Louis de la Rochelle, les carottages des pierres ont révélé une détérioration de la roche due au sel, présent dans les embruns mais aussi par capillarité, et à la pollution de l’air. À cela, il faut ajouter l’action du ruissellement et de la stagnation des eaux, la corrosion d’éléments métalliques à l’intérieur des maçonneries, l’effet néfaste de pierres de porosités différentes. Cette détérioration de la pierre peut aussi s'expliquer par le nettoyage par sablage, réalisé lors de la restauration de 1960 à 1979 avant qu’il ne soit jugé trop agressif en restauration.
Les travaux se sont déroulés en quatre étapes : la muraille Ouest du pavillon et escalier ; l'enceinte rue de la Grille, tour de l’horloge et pavillon ; l'enceinte côté place de l’Hôtel de Ville et la tour. ; les murailles Ouest et Nord des ailes.