vignette|Temple maçonnique de Spokane, WA, États-Unis. La franc-maçonnerie aux États-Unis de par son histoire, est très différente de celle qui prédomine en Europe. Elle se caractérise par sa transparence et par son nombre important de membres qui, quoi que décroissant, représente encore près de 870 000Selon l'étude statistique de 2023 de la Masonic Service Association of North America auxquels il faut rajouter les membres affiliés à l'obédience Prince Hall. répartis dans environ , pour cinquante grandes loges dites . La structure fédérale du pays conduit à ce que chaque État des États-Unis dispose de sa propre grande loge.

Histoire Aux États-Unis, la franc-maçonnerie trouve sur son berceau historique dans l'État du Massachusetts. Quoique les origines légendaires veulent qu'elle ait été implantée au début du , c'est en 1733 qu'elle naît officiellement.

Origines légendaires vignette|Jardins du George Washington Masonic National Memorial. De multiples pistes ont été développées sur l'implantation de la franc-maçonnerie aux États-Unis. La première référence. à la franc-maçonnerie en Amérique du Nord aurait été faite par Jonathan Belcher qui aurait été initié à Boston dans une en 1704 tout en voyageant en Europe dans la même année. La légende voudrait surtout que les premiers francs-maçons se soient réunis à Boston en 1720 dans la . mais le manque de sources crédibles ne permettent pas d'affirmer cette version.

La franc-maçonnerie s'implante dans ce pays par les mouvements migratoires et la tutelle de l'Empire britannique sur sa colonie. À ce titre, le premier document attestant la présence maçonnique dans le date du et relate la nomination du grand maître provincial d'Amérique du Nord Henri Price, par le grand maître d’Angleterre d'alors le vicomte de Montagu. La première loge se réunit ainsi à la taverne sur .

La franc-maçonnerie américaine est née autour de la Grande Loge de Saint John, quoique sa souveraineté limitée n'échappe pas au contexte historique. Dès 1734, Benjamin Franklin imprimera les Constitutions d'Anderson affirmant ainsi la portée de la franc-maçonnerie dans la colonie. Le de la même année, il sera nommé grand maître provincial de Pennsylvanie et motivera la première volonté d'indépendance à la couronne britannique dans le cadre maçonniqueSelon C.Révauger, États-Unis in Encyclopédie de la franc-maçonnerie, éd. LDP.

Mais la franc-maçonnerie américaine est toujours inféodée au . La Grande Loge d'Écosse crée en 1752 à Boston la loge Saint Andrews qui sera aux balbutiements de la Grande Loge du Massachusetts créée en 1759. L'opposition entre anciens et modernesVoir à ce titre l'article général franc-maçonnerie. en sera d'ailleurs nourrie. La Grande Loge de Saint John était résolument dans le camp des modernes alors que la Grande Loge du Massachusetts, dans celui des anciens .

Cette opposition maçonnique reflète néanmoins une opposition historique. Les divisions au sein de la franc-maçonnerie américaine s'accentueront entre 1752 et 1778.

La Grande Loge de Saint John, à Boston, réunissait la bourgeoisie locale et aspirait largement à l'indépendance. Alors que sa rivale restait fidèle au Royaume-Uni ; elle était essentiellement composée de soldats (majoritairement irlandaisVoir l'article .) envoyés par la couronne.

De cette date jusqu'à la guerre d'indépendance, les francs-maçons américains resteront largement divisés.

C'est de la loge « Saint André » de Boston, dirigée par Joseph Warren, que naquit la Boston Tea Party., événement qui déclencha la guerre d'indépendance. Grand maître provincial et chef des « antients » dans le Massachusetts, Joseph Warren fut tué à la bataille de Bunker Hill. Pendant la guerre, dans la plupart des provinces, les membres des loges « anciennes » se rangèrent plutôt du côté des insurgents, avec George Washington, Joseph Warren et Benjamin Franklin, alors que ceux des loges « modernes » s'engagèrent plutôt du côté de l'Angleterre.

Parmi les cinquante-six signataires de la déclaration d'indépendance de 1776, cinquante environ auraient été francs-maçons.. Benjamin Franklin vint à Paris en tant que « ministre plénipotentiaire des États-Unis d'Amérique septentrionale », où il devint de 1779 à 1781 vénérable maître de la loge les Neuf Sœurs qui organisa le soutien français à la cause américaine. Parmi les francs-maçons français, le marquis de La Fayette, joua un rôle notable dans la guerre d'indépendance.

Profitant du conflit, la Grande Loge de Pennsylvanie se séparera officiellement de la Grande Loge d'Angleterre en 1778.

Après la guerre, le système des grandes loges à juridiction exclusive sur le territoire de chaque État de l'Union fut établi. Il posa quelques problèmes dans les États où coexistaient deux grandes loges (« ancienne » et « moderne »), mais il finit par s'imposer totalement au bout d'une vingtaine d'années.

En 1800, il y avait aux États-Unis onze grandes loges, regroupant 387 loges et ..

Le est une époque à la fois trouble et lumineuse pour la franc-maçonnerie américaine, avec autant des temps dramatiques qu'une augmentation significative des effectifs et du nombre d'ateliers.

C'est l'affaire Morgan qui marquera le trouble au sein de l'ordre et vague d'antimaçonnisme sans précédent. En 1826, un certain William Morgan disparaît de Batavia, ville de l'État de New-York après avoir menacé d'exposer les secrets de la franc-maçonnerie. La découverte d'un corps non identifié le déclenche des émeutes antimaçonniques. Sous la conduite du tribun Thurlow Weed, elles sont aux balbutiements d'un mouvement antimaçonnique qui portera le candidat aux élections de gouverneur général de l'État de New-York en 1830. Il s'en faudra de peu pour qu'il soit élu. De 1826 à 1846, la Grande Loge de New-York passera ainsi de 500 à 65 logesChiffres signifié par C.Révauger, États-Unis in Encyclopédie de la franc-maçonnerie, ed. LDP..

La franc-maçonnerie américaine reprit cependant sa progression et en 1850, elle comptait loges, regroupant et .

La guerre de Sécession viendra de nouveau créer la division au sein de la franc-maçonnerie américaine. La franc-maçonnerie était aussi bien implantée chez les confédérés que chez les abolitionnistesSelon M.A.Tabbert, American Freemasons: Three Centuries of Building Communities, ed. New York University Press..

thumb|left|upright=0.8|Theodore Roosevelt thumb|upright=2|Évolution du nombre de francs-maçons aux États-Unis de 1924 à 2007 (Source:MSANA)

Spécificités de la franc-maçonnerie américaine La principale particularité de la franc-maçonnerie américaine est la prédominance en son sein d'un rite maçonnique qui lui est presque exclusif : le Rite d'York. En ce qui concerne les trois premiers grades, dits « symboliques », ce rite est principalement issu du Rite des Anciens et n'a pas subi les évolutions qui ont abouti en Angleterre, après la guerre d'indépendance, au Rite anglais de style Émulation. Il interdit dans ses loges toute discussion de sujets politiques, religieux ou de tout autre sujet controversé et ne revendique comme objectif que celui de l'amélioration de ses membres« All bodies of the American Rite of Freemasonry abstain of discussion of political, religious or outside controversial matters, such beeing prohibited by the parent organizations. It makes no war on church, religion, political party, class or racial group, dedicating itself wholly to its purpose of making better men an Masons.» ..

La franc-maçonnerie américaine est également spécifique en ce qu'elle comprend des ordres paramaçonniques importants et en ce qu'elle se particularise dans son histoire récente selon les nombreuses minorités du pays.

Enfin, la franc-maçonnerie américaine est très différente de celle que l'on rencontre sur le continent européen en ce qui concerne la manière dont elle envisage la progression initiatique de ses membres: Aux États-Unis, il est fréquent qu'un nouveau membre atteigne le troisième degré en quelques mois, et les derniers degrés du Rite écossais ancien et accepté en quelques années. La progression peut même parfois être encore plus rapide. C'est ainsi par exemple que l'acteur Richard Dreyfuss fut nommé maître maçon et promu au du Rite écossais ancien et accepté par un simple décret du grand-maître de la Grande Loge du District de Columbia en date du Christopher Hodapp, article Brother Richard Dreyfuss..

Ordres paramaçonniques

vignette|Organisation des principaux rites de la franc-maçonnerie américaine.

Les ordres paramaçonniques contribuent à l'ancrage de la franc-maçonnerie aux États-Unis, parmi les plus connus on peut citer : l'Ancien Ordre arabe des nobles du sanctuaire mystique dont les membres sont appelés shriners. L'ordre affirme étendre les enseignements maçonniques traditionnels, tout en tentant d'améliorer leurs membres ainsi que l'ensemble de la Société maçonnique ; la Souveraine Grande Loge de l'Ordre indépendant des compagnons dissemblables, dit plus simplement Odd Fellows. Les membres forment un ordre indépendant très proche de la franc-maçonnerie. L'ordre aurait vu le jour en Angleterre au . Les trois anneaux des Odd Fellows représentent l'amitié, l'amour et la vérité. Dans leur credo, les membres de l'Odd Fellows (frères de l'Odd Fellow et sœurs des Loges de Rebecca) affirment leur croyance en la paternité de Dieu et la fraternité des hommes.

Également, des mouvements de jeunesses pour fils et filles de francs-maçons existent. On peut citer entre autres : l'Ordre de DeMolay, pour les garçons de douze à ; les Filles de Job, pour les filles de dix à vingt ans.

Ordres féminins La franc-maçonnerie féminine a toujours eu du mal à s'imposer aux États-UnisVoir l'article consacré aux Femmes en franc-maçonnerie.. Même si elle existe minoritairement dans le terme de co-freemasonry, des Ordres traditionnels et philanthropiques féminins sont réservés pour les épouses, femmes, sœurs et veuves de francs-maçons (qui ne sont pas pour autant considérée comme franc-maçonnes).

On peut citer : lEastern Star (« Étoile d'Orient »). Crée en 1850 par un franc-maçon de Boston, l'Ordre se base sur la Bible et compterait environ un million de membres. Il est ouvert aux femmes ayant un lien de parenté - même ténue - avec un maître maçon. Plus largement, il s'agit d'une organisation fraternelle et philanthropique plutôt qu'un ordre initiatique ; lOrder of the Amaranth (« Ordre de l'Amarante »). Fondé en 1873, cet ordre est similaire à celui de l'Eastern Star mis à part que le recrutement est sensiblement différent. Il faut avoir également un lien de parenté avec un maître maçon mais avoir en plus été membre d'un mouvement de jeunesse tel que les Filles de Job pendant trois ans. Les rites et offices sont d'ailleurs différents.

Prince Hall

vignette|Temple de Prince Hall à Seattle. Dans le contexte de discrimination raciale qui régna longtemps aux États-Unis, les Afro-Américains se réunirent dans leur propre obédience dénommée en 1827 Prince Hall Grand Lodge.

Cette forme de la franc-maçonnerie prit naissance en 1775, lorsqu'un Afro-Américain du nom de Prince Hall fut introduit au sein de la , en compagnie de quatorze autres Afro-Américains, tous nés libres (de l'esclavage). Quand la quitta la région, ces quinze hommes noirs reçurent l'autorisation de se réunir en loge, d'organiser des processions à la fête de la Saint-Jean, de procéder à des funérailles maçonniques, mais non de conférer des degrés, ni d'entreprendre d'autres travaux maçonniques. Ces hommes obtinrent un Warrant for Charter de la Grande Loge d'Angleterre (Grand Lodge of England) en 1784 et formèrent la Loge africaine ().

En 1787, il y avait au moins afro-américains au Massachusetts. Ils ont produit une lettre adressée au gouvernement pour exprimer leurs souhaits de retourner en AfriqueD'après : S.Kaplan, Blacks in Massachusetts and the Shays Rebellion in American Studies in Black and White: Selected Essays, 1949-1989, University of Massachusetts Press, Amherst MA, 1991