Le mandat français en Syrie et au Liban (1923-1946) est l'un des deux mandats, l'autre étant le mandat britannique en Palestine, institués par la Société des Nations (SDN) dans leur principe le (après la Première Guerre mondiale alors que la France administre avec le Royaume-Uni les Territoires ennemis occupés mais alors que le royaume arabe de Syrie a déclaré son indépendance)Mandat Syrie-Liban… 1920-1946 (consulté le 26 décembre 2006).. Ils devaient permettre officiellement aux États du monde arabe d'accéder à l'indépendance et à la souveraineté sitôt après avoir atteint un niveau suffisant de maturité politique et de développement économiqueLa Syrie et le mandat français (1920-1946) (consulté le 26 décembre 2006).. Les textes des deux mandats sont rédigés à Londres le alors que la France a fait succéder aux Territoires ennemis occupés (le royaume arabe de Syrie s'étant rendu en ), qui sont, d'une part, l'État des Druzes et l'État du Grand Liban, et, d'autre part, l'État d'Alep, l'État de Damas et le Territoire des Alaouites, qu'elle administrait depuis dans la Fédération syrienne.

La France administre de 1925 à 1930 l'État de Syrie, l'État des Alaouites, l'État des Druzes et l'État du Grand Liban et la République libanaise, puis de 1930 à 1936 la République syrienne, la République libanaise, l'État des Alaouites et l'État des Druzes et enfin les Républiques syrienne et libanaise seules. La France a signé en 1936 des traités d'indépendance avec la Syrie et le Liban mais n'a pas ratifié ces traités. La république du Hatay déclare son indépendance le , suivie de la République syrienne le .

Entre 1920 et 1946, la Syrie est de jure non une colonie française mais un pays placé sous mandat de la SDN, dont les termes du mandat sont . Pendant toute la durée du mandat français, cette formulation évasive laisse place à l'interprétation et aux débats entre les partisans d'un État souverain et ceux d'un impérialisme souple.

Le statut de la Syrie et du Liban sous mandat français est toutefois comparé par nombre de ses détracteurs à celui de colonies. La Syrie est par ailleurs pour la France une étape utile sur la route la reliant à ses possessions coloniales extrême-orientales.. Contrairement au Royaume-Uni, qui prépare de futures monarchies pour ses mandats (sauf pour le futur État d'Israël et la Palestine), la France privilège un modèle républicain.

Établissement du mandat français en Syrie et au Liban (1918-1920) Situation en 1918 : fin de la domination ottomane La Syrie et le Liban font partie de l'Empire ottoman depuis la conquête du sultan Sélim en 1516. De la fin du au début du , le sentiment nationaliste des Arabes grandit, même si la grande majorité reste acquise à l'idée de l'ottomanisme, un nationalisme pluriethnique, multiculturel, multiconfessionnel avec prééminence musulmane. Cependant, cette forme de nationalisme n'est populaire que chez les musulmans, les chrétiens étant quant à eux assez hostiles aux Ottomans et privilégient un nationalisme strictement arabe de tendance laïque.

Avec la révolution Jeunes-Turcs nationaliste et laïc en 1908, les Arabes qui ont surtout affirmé une identité culturelle spécifique au sein de l'empire, convoquent le Congrès général arabe à Paris. Lors de ce congrès, les 200 délégués demandent la reconnaissance par les Ottomans du peuple arabe, ce que refusera le gouvernement nationaliste des Jeunes-Turcs.

C'est au cours d'un séjour à Damas que Fayçal ibn Hussein, qui prendra la tête de la grande révolte arabe, se convertit aux thèses de certaines sociétés nationalistes arabes secrètes. Avec la guerre, ce mouvement arabiste devient plus politique mais aussi plus radical et réclame rapidement l'indépendance des territoires arabes mais aussi l'unité qu'elle soit syrienne, arabe ou islamique.

Lors de la Première Guerre mondiale, les Français sont contraints de laisser la prédominance militaire au Proche-Orient aux troupes britanniques, qui négocient la collaboration des ArabesCorrespondance Hussein/Mac-Mahon, juillet 1915 - janvier 1916..

Le , sur la foi des promesses britanniques, le chérif Hussein (gardien des lieux saints) se proclame roi des Arabes (même s'il ne fut reconnu que comme roi du Hedjaz par les puissances européennes) et lève à Médine l'étendard de la révolte contre les Turcs. Le sera une fête nationale en Jordanie (royaume hachémite).

Le 6 novembre 1918, Haj Fadel Al-Aboud fonde un gouvernement local à Deir-ez-Zor pour contrer l'instabilité forcée par la retraite ottomane de Syrie.

« Territoires ennemis occupés » (1918-1920)

Damas est libérée le , et pour signifier que le pays passe désormais sous le double contrôle anglais et arabe, l’émir Fayçal entre dans la ville, accompagné du général Edmund Allenby. Néanmoins, après la reddition de l'Empire ottoman le , le Liban et la Syrie sont considérés comme des , des zones sous administration conjointe britannique, française et arabe. C'est en tant que tels qu'ils sont occupés par les troupes britanniques« Les relations franco-libanaises dans le cadre des relations internationales » (consulté le 16 décembre 2006).. À l'automne 1918, les Syriens se rallient à Fayçal. Le commandement de la révolte arabe s'installe à Damas et Fayçal y proclame un gouvernement arabe provisoire au nom de son père, le chérif Hussein.

Il rallie une à une les principales villes de la région, qui hissent à leur tour le drapeau arabe, et la nouvelle administration prête allégeance à Hussein en tant que roi de tous les Arabes. Les Arabes de la Palestine soutiennent l'émir Fayçal et craignent l'installation d'un foyer national juif en PalestineDéclaration Balfour de 1917.. À Beyrouth et au mont Liban, Fayçal installe ses représentants en vue d'un rattachement du Liban et de la Syrie.

Allenby dresse les grandes lignes du gouvernement militaire de la Syrie et du Liban et procède à la répartition des territoires. Il confie à Fayçal l'administration de la Syrie intérieure (zone est), et les Britanniques se réservent la Palestine (zone sud). Quant aux Français ,qui ont débarqué à Beyrouth le , ils occupent les côtes syriennes jusqu'à Naqoura au sud (zone ouest).

Pour apaiser les craintes des populations du Levant et en accord avec la programme des Quatorze points de Wilson, Paris et Londres publient le la déclaration suivante :

Conflit des zones d'influence

vignette|Carte des Accords Sykes-Picot montrant la Turquie orientale en Asie, Syrie et Perse occidentale, ainsi que les zones de contrôle et d'influence convenues entre la France et le Royaume-Uni. Royal Geographical Society, 1910-15. Signés par Mark Sykes et François Georges-Picot, le 8 Mai 1916. Dès 1915, les Britanniques cherchent à sécuriser la partie orientale du canal de Suez en revendiquant des ports sur la côte syrienne comme Alexandrette et Haïfa. Parallèlement, ils soutiennent une révolte arabe, menée par les Hachémites, en valorisant l'identité arabe et en dépréciant l'influence française sur le littoral syrien. Cela provoque une réaction vive de la France, qui considère la région comme essentielle à sa républicaine quand ce n’est pas celle de la .

Les coloniaux français, sous la direction de Robert de Caix, définissent une « Grande Syrie », englobant Alexandrette et le Sinaï, avec les chrétiens (maronites, arméniens, melkites) comme alliés naturels. En riposte, les Britanniques, dans le cadre des accords Sykes-Picot, réduisent la Syrie en excluant la Palestine et la Transjordanie, promises aux sionistes et aux Hachémites en échange de leurs soutien.

Entre 1917 et 1918, l'avance britannique en Orient remet en question l'équilibre établi. Les tensions, notamment entre la France et le Royaume-Uni, sont ravivées à la fin de l’année 1918 et au début de 1919. Il apparaît nécessaire de désigner un général français de stature comparable à celle de Sir Edmund Allenby, l'influent commandant britannique en Orient. Dès , Allenby propose un redécoupage de la Syrie, qui montre les intentions britanniques de réviser les accords de 1916. Les tensions entre les deux puissances coloniales sont de plus en plus palpables au début de 1919, avec des accusations réciproques de mauvaise foi et d’ingérence.

Face à cette situation, le vice-amiral de Bon, inquiet de l’absence de direction claire et de l’indécision française, soulève la question de la relève des troupes britanniques. Il dénonce l'autorité excessive d'Allenby, désormais maréchal, et son double jeu, qui préconise un remplacement des soldats français mais entrave l'arrivée de renforts. Devant ce blocage, le vice-amiral suggère le nom du général Gouraud : il compte sur son autorité reconnue et sur son succès dans les Dardanelles et pense qu'il pourra restaurer l'efficacité et l'unité des forces françaises en Syrie.

La France désigne le général Gouraud pour remplacer François Georges-Picot et prendre en charge la transition des troupes britanniques à partir de , renforçant sa position en Syrie. En tant que colonial, il est regardé comme l’héritier de Lyautey. On voit en lui un homme capable de respecter l’islam et les pratiques culturelles des musulmans. Estimé des Britanniques avec lesquels il a combattu aux Dardanelles, chef de guerre reconnu par ses pairs, il reçoit en Orient une armée bien inférieure en nombre et en moyens à celle dirigée sur le front de Champagne. Cependant, Gouraud est connu pour sa capacité à faire beaucoup avec peu. Enfin, catholique pratiquant, il est susceptible de rassurer les populations chrétiennes d'Orient.

Situation complexe gauche|vignette|220x220px|Le général Gouraud, haut commissaire de la République en Syrie, débarquant à Beyrouth, le 21 novembre 1919. À son arrivée, la question de la partition de la Syrie entre une Syrie arabe et une Syrie française est rejetée par le premier ministre français, Georges Clemenceau, qui garantit à l'émir Fayçal une Syrie indépendante sous tutelle administrative française. Cet accord secret du oblige l'émir Fayçal à s'entendre avec Gouraud sur la mise en place du mandat français. La mission de Gouraud n'est pas claire puisqu'entre 1918 et 1920, la France hésite. D'une part, il y a sa traditionnelle, c'est-à-dire la mise en place d'une grande Syrie autonome sous influence française avec l'émir Fayçal à sa tête, et, d'autre part, sa , centrée sur les relations avec les Maronites, historiquement très francophiles.

Cette deuxième optique est privilégiée par Gouraud. Le Proche-Orient devait être, selon lui, constitué d'une mosaïque de petits États divisés selon des critères confessionnelsm ce qui impliquait d'encourager les particularismes religieux (Liban, État des Alaouites, État des Druzes, etc). Robert de Caix de Saint-Aymour met l'accent sur la politique de morcellement et résume ce projet de la sorte : « Ainsi organisée, la Syrie devrait, pendant un certain nombre d'années au moins, être comme un vitrail dont le plomb serait français ». Le but est de favoriser les intérêts français et d’empêcher toute unité nationaliste. Gouraud a donc recours à des stratégies similaires à celles employées en Afrique du Nord, notamment en manipulant les tribus, les confréries soufies et les Berbères.

Face à la résistance déterminée des forces kémalistes, les Français renoncent à leurs ambitions et, dès le mois de , entament des négociations en vue d'un armistice. Cet accord leur permet de conserver le contrôle du sandjak d'Alexandrette, région stratégique située à la frontière entre la Syrie et l'Anatolie et met fin à leur tentative de créer un refuge plus vaste pour les Arméniens dans la région.