La . (ou maladie de Hansen) est une maladie infectieuse chronique provoquée par Mycobacterium leprae, une bactérie proche de l'agent responsable de la tuberculose, identifiée par le Norvégien Gerhard Armauer Hansen en . Elle touche les nerfs périphériques, la peau et les muqueuses, en provoquant des infirmités sévères. Elle est endémique dans certains pays tropicaux (en particulier d'Asie). La lèpre est une maladie peu contagieuse.
La lèpre fut longtemps incurable et très mutilante, entraînant au cours de l'histoire de nombreux pays l'exclusion systématique des lépreux et leur regroupement dans des léproseries comme mesure essentielle de prophylaxie.
La maladie est aujourd'hui traitable par antibiotiques ; des efforts de santé publique sont faits pour le traitement des malades, l'équipement en prothèses des sujets guéris et la prévention..
Causes et mécanismes Agent causal La lèpre est une infection chronique par la bactérie Mycobacterium leprae qui, comme les autres mycobactéries, est un bacille acido-alcoolo-résistant (BAAR), mis en évidence par la coloration de Ziehl-Neelsen.
M. leprae est à croissance lente, avec un temps de doublement estimé à 12 ou 13 jours. C'est une bactérie obligatoirement intracellulaire, avec un tropisme particulier pour la peau et les cellules de Schwann des nerfs périphériques .
La température optimum pour la croissance de M. leprae est de 27 à , ce qui expliquerait sa préférence pour les zones les plus fraîches du corps (peau, nerfs périphériques et muqueuse nasale).
M. leprae n'a jamais pu être cultivé in vitro, mais il peut être inoculé dans le coussinet plantaire de la souris ou chez le tatou à neuf bandes dont la température centrale habituelle est .
En 2008, avec les nouvelles techniques de biologie moléculaire, une nouvelle espèce de mycobactérie a été découverte chez des lépreux du Mexique : . Celle-ci donne aussi la lèpre (même maladie, même réponse aux traitements), est indiscernable de Mycobacterium leprae en microbiologie classique, mais génétiquement assez différente pour constituer une deuxième cause de lèpre.
M. leprae et M. lepromatosis auraient divergé d'un ancêtre commun, il y a 10 à 14 millions d'années, soit par coévolution (parasitisme intracellulaire des hominidés), soit par transmission plus récente au genre Homo, ce qui ferait de la lèpre la plus ancienne maladie infectieuse de l'humanité, à partir d'un endosymbiote devenu pathogène.
Écoépidémiologie Bien que des scientifiques (comme Indira Nath, en Inde) aient consacré leur vie à l'étude de cette maladie, ; l'épidémiologie de cette maladie est encore mal comprise. On a longtemps pensé que l'humain était l'hôte unique et obligatoire de cette bactérie, mais elle semble aussi avoir une composante zoonotique.
Premières observations Les premières observations de lèpre ou pseudo-lèpre animale remontent au début du . Une lèpre du rat Rattus norvegicus a été décrite en 1903, due à Mycobacterium lepraemurium. Des lésions d'allure lépreuse ont été signalées chez le buffle, le chat, ou la grenouille. La plupart de ces observations sont restées sans lendemain ou attribuées à des mycobactéries atypiques, en restant longtemps anecdotiques et de peu d'importance.
Jusqu'aux années 1960, toutes les inoculations expérimentales de M. leprae aux animaux de laboratoire n'ont rien donné.
Tatous En 1971, l'inoculation de M. leprae est réussie chez le Tatou à neuf bandes, qui présente alors une lèpre expérimentale ressemblant à la forme lépromateuse humaine. Le choix de cet animal a été motivé par sa longue durée de vie (12 à 15 ans), sa facilité d'élevage en captivité, sa température rectale basse (30 à ), ses défenses immunitaires naturellement faibles (propice à l'étude de nombreuses affections), et le fait que la femelle donne naissance à une portée de quatre jeunes homozygotes (génétiquement semblables, ce qui est précieux pour la recherche).
D'autres espèces de tatous ont été expérimentées aux États-Unis et en Amérique du Sud, faisant du tatou l'animal de laboratoire de choix pour l'étude de la lèpre par obtention de quantités considérables de bacilles lépreux (qui restent incultivables in vitro).
En 1975, les premiers cas de tatous sauvages atteints de lèpre en milieu naturel sont publiés. Il s'est avéré depuis que 15 % des tatous sauvages de la Louisiane et du Texas ont été retrouvés porteurs de la maladie, laissant penser que cette mycobactérie a des besoins très spécifiques.
L'origine de cette lèpre des tatous sauvages a fait l'objet d'une controverse concernant un éventuel accident de laboratoire. Les études tendent à montrer que cette lèpre sauvage du sud des États-Unis a précédé la lèpre expérimentale. Elle daterait d'une immigration norvégienne du (où sévissait une épidémie de lèpre), les tatous s'infectant au contact de lépreux Monot « On the origin of leprosy », Science, 13 mai 2005, 308(5724):1040-2..
Écureuil roux À partir de 2014, au Royaume-Uni, des études génomiques, histopathologiques et sérologiques, identifient les deux agents pathogènes de la lèpre, M. leprae et M. lepromatosis, dans des excroissances verruqueuses de la face et des extrémités chez l'écureuil roux (Sciurus vulgaris).
Cette découverte est inattendue, d'abord parce que la lèpre était considérée comme exclusivement humaine (à l'exception du tatou), et ensuite parce qu'on pensait que la lèpre avait disparu du Royaume-Uni.
Les souches de M. leprae isolées des écureuils roux sont les mêmes que celles de la lèpre médiévale d'Angleterre et du Danemark, et elles sont très proches de celle des tatous du sud des États-Unis. Le commerce médiéval de la fourrure d'écureuil aurait pu jouer un rôle dans la transmission de la lèpre entre humains et écureuils.
L'écureuil roux est une espèce en forte régression en Angleterre face à l'avancée de l'écureuil gris (espèce introduite d'Amérique du Nord et devenue invasive). L'écureuil roux pourrait être l'un des réservoirs animaux du bacille. L'étude de cette maladie chez l'écureuil permettrait de mieux comprendre l'écoépidémiologie, la biologie et l'épidémiologie de la lèpre.
À la date de 2020, malgré plusieurs études de surveillance, aucune infection à M. leprae n'a été retrouvée chez des écureuils ou autres rongeurs sauvages en dehors du Royaume-Uni (Europe continentale, Sibérie, Mexique).
En 2024, la première étude réalisant une approche One Health dans l'archéologie de la lèpre montre que des écureuils roux Sciurus vulgaris de l'Angleterre médiévale étaient porteurs de M. leprae étroitement apparentées à celles d'humains de la même région et de la même époque.
Primates non humains
En 1977, des lésions à type de lèpre sont signalées chez un chimpanzé (Pan troglodytes) en captivité, il s'avère par la suite qu'il s'agissait bien d'une infection à M. leprae.
Des études ultérieures rapportent cette même infection chez d'autres singes en captivité, comme le mangabey fuligineux (Cercocebus atys) et le macaques cynomolgus (Macaca fascicularis). L'origine exacte de leur contamination est incertaine (acquise en captivité ou avant, en milieu sauvage).
En 2021, la lèpre est décrite directement en milieu sauvage, chez deux groupes géographiquement très éloignés de chimpanzés (Pan troglodytes verus), respectivement dans le parc national de Cantanhez (Guinée-Bissau) et dans le parc national de Taï (Côte d'Ivoire). Ces deux groupes ont été surveillés, mettant en évidence une progression des symptômes évoquant une « lèpre avancée ».
Le microbe a été retrouvé dans les excréments de ces animaux, et des autopsies ont confirmé la présence de M. leprae comme cause des symptômes. Une étude phylogénomique a comparé ces souches avec d'autres souches humaines et animales ; montrant qu'elles appartiennent à deux génotypes différents, et rares (4N/O et 2F). On avait donc sous estimé la circulation du bacille de la lèpre chez les animaux sauvages à la suite d'une contamination par l'homme ou par d'autres modes de transmissions mal connus, notamment environnementaux.
Présence environnementale Depuis la fin du , des études indiquent la possibilité pour M. leprae de survivre dans le milieu extérieur (en dehors de son hôte mammifère) dans certaines conditions. M. leprae peut être présent dans le sol ou l'eau, notamment en s'associant avec des amibes libres telles que Acanthamoebae.
Des études expérimentales cherchent à établir la possibilité de transmission par insectes vecteurs tels que la punaise Rhodnius prolixus, les moustiques Aedes aegypti et Culex quinquefasciatus, ou la tique Amblyomma sculptum.
Transmission La transmission de Mycobacterium leprae est mal connue, mais la transmission interhumaine est la principale. Elle se fait via les voies aériennes supérieures par inhalation de « postillons » d'un lépreux atteint de lèpre lépromateuse. Les patients non traités, atteints de ce type de lèpre, hébergent un grand nombre de M. leprae dans leur muqueuse nasale, les sécrétions nasales, la salive, les lésions cutanées (d'où le nom de formes multibacillaires).
La transmission se fait également au contact d'ulcérations ou de plaies cutanées, enfin par l'intermédiaire d'objets souillés : linge, natte, oreillers…
Selon ses formes cliniques, la lèpre peut être non ou peu contagieuse. C'est le cas de la lèpre tuberculoïde, notamment à lésion unique ou peu nombreuse (formes dites paucibacillaires).
La transmission héréditaire n'existe pas, mais une transmission congénitale semble possible (la transmission congénitale n'a été observée que chez le tatou à neuf bandes (Dasypus novemcinctus)).
En 2011, une étude suggère qu'une transmission serait possible du tatou à l'être humain., ainsi qu'un cas de patient - ancien chasseur de tatous - ayant développé la maladie en 2019 (rapporté par des médecins dans le British Medical Journal.). En 2024, une étude indique qu'une transmission s'est faite entre humain et écureuils roux dans l'Angleterre médiévale.
Les facteurs de risques facilitant la transmission sont : Contacts étroits et durables au cours d'une promiscuité de type familial ; exposition au tatou à neuf bandes (chasseur de tatou, consommateur de viande de tatou) ; l'âge, la période d'incubation, exceptionnellement longue (plusieurs années), explique que lorsque la maladie se contracte durant la petite enfance, elle apparait chez les grands enfants ou chez les jeunes adultes, puis un deuxième pic survient à partir de l'âge de 30 ans (risque continu avec l'âge) ; influence génétique, selon les caractéristiques individuelles de l'immunité innée. Cette influence parait déterminante, quelle que soit la distance et la durée des contacts (par exemple la lèpre conjugale est peu fréquente) ; immunodépression, le risque de contracter la lèpre est augmenté après traitement immunosuppresseur, transplantation d'organe, chimiothérapie, infection au VIH.
Pathogénie La lèpre étant causée par une bactérie intracellulaire, l'immunité humorale par anticorps circulants (immunoglobulines) n'est guère utile pour combattre l'infection. La principale défense contre la lèpre est l'immunité cellulaire faisant appel aux lymphocytes T.
Si cette immunité cellulaire est peu développée (enfants de moins de deux ans) ou compromise (femmes enceintes…), le risque de voir la lèpre se développer (à exposition égale) est plus élevé. On connaît mal les facteurs qui déclenchent la survenue des manifestations lépreuses.
Globalement, lors d'une exposition à M. leprae, seule une minorité de sujets estimée à 5 % sont susceptibles de présenter une lèpre-maladie. La maladie est probablement acquise dans l'enfance, pour apparaître tardivement sous des formes indéterminées, puis elle est le plus souvent diagnostiquée chez l'adulte, selon des formes modulées par la réponse immunitaire (efficacité plus ou moins grande de l'immunité cellulaire, en particulier des lymphocytes T).