Ernest-Auguste ( et ), duc de Cumberland et Teviotdale et roi de Hanovre, est né le au palais de Buckingham, à Londres, et mort le à Hanovre. Membre de la famille royale britannique, Ernest-Auguste règne sur le royaume de Hanovre du à sa mort.
Cinquième fils du roi George III, Ernest est envoyé à Hanovre durant sa jeunesse pour son éducation et sa formation militaire. Alors qu'il sert dans l'armée hanovrienne contre la France révolutionnaire, il est grièvement blessé au visage dans la région de Tournai. En 1799, il reçoit de son père le titre de duc de Cumberland et Teviotdale. Malgré l'hostilité de sa mère, la reine Charlotte, envers ses projets matrimoniaux, Ernest épouse, en , la princesse deux fois veuve Frédérique de Mecklembourg-Strelitz.
En tant que duc, Ernest est membre de la Chambre des lords, où il maintient une position extrêmement conservatrice, en particulier vis-à-vis des catholiques d'Irlande. Il est la cible de nombreuses rumeurs lancées ou alimentées par ses adversaires politiques, qui l'accusent du meurtre de son valet ou d'inceste avec sa sœur Sophie. Il est même accusé d'avoir l'intention d'assassiner sa nièce, la princesse Victoria, afin de monter sur le trône à sa place.
À la mort de son frère, le roi , Ernest hérite du trône hanovrien, car la loi salique en vigueur dans ce royaume interdit aux femmes d'en hériter. Il devient ainsi le premier souverain de Hanovre à résider au royaume depuis George , mettant un terme à une union personnelle entre la Grande-Bretagne et le Hanovre vieille de plus d'un siècle. Il connaît un règne paisible de quatorze ans, seulement troublé à ses débuts par l'affaire des Sept de Göttingen, des universitaires qui s'opposent à ses prétentions autocratiques. À sa mort, à l'âge de 80 ans, il laisse l'image d'un souverain populaire, ayant contribué au développement économique de son pays.
Famille Ernest-Auguste de Hanovre est le huitième enfant et le cinquième fils de George III (), roi du Royaume-Uni et de Hanovre, et de son épouse la princesse Charlotte de Mecklembourg-Strelitz (), elle-même fille du duc Charles de Mecklembourg-Strelitz () et de sa femme la princesse Élisabeth-Albertine de Saxe-Hildburghausen ().
En 1815, Ernest épouse sa cousine germaine la princesse Frédérique de Mecklembourg-Strelitz (), fille du duc (puis grand-duc) Charles II de Mecklembourg-Strelitz () et de son épouse la princesse Frédérique de Hesse-Darmstadt (). De ce mariage naissent deux enfants : Frédérique de Hanovre () ; Georges V de Hanovre (), roi de Hanovre, qui épouse la princesse Marie de Saxe-Altenbourg ().
Jeunesse vignette|gauche|upright=0.6|alt=Portrait peint d'un enfant portant des cheveux mi-longs.|Portrait du jeune Ernest-Auguste par Thomas Gainsborough, en 1782. Ernest-Auguste, cinquième fils de George III du Royaume-Uni et de Charlotte de Mecklembourg-Strelitz, naît à Buckingham House, aujourd'hui intégré au palais de Buckingham, le . Il passe son enfance dans une villa à Kew, près de la résidence royale de , avec ses deux benjamins, le futur duc de Cambridge Adolphe et le futur duc de Sussex Auguste. À l'âge de quinze ans, en 1786, Ernest est envoyé avec ses deux frères à l'université de Göttingen, dans l'électorat de Hanovre, domaine allemand de leur père. Selon l'historien John Van der Kiste, George III, qui n'a lui-même jamais quitté le Royaume-Uni durant son règne, cherche ainsi à limiter la mauvaise influence que pourrait exercer sur eux leur frère aîné, le prince de Galles George, avec son train de vie extravagant. Le prince Ernest se montre un excellent élève et, après avoir suivi des cours particuliers pendant un an, période au cours de laquelle il apprend notamment l'allemand, le jeune aristocrate assiste à des conférences à l'université. Le roi George III ordonne que ses fils suivent les règles de l'université et que leur maisonnée soit gérée à la militaire, mais les banquiers de Hanovre se montrent très disposés à accorder des crédits aux princes, qui s'endettent rapidement.
vignette|alt=Portrait de profil d'un homme portant un chapeau noir.|Portrait d'Ernest-Auguste par James Gillray, en 1799. En 1790, Ernest demande à son père la permission de s'entraîner avec les troupes prussiennes. Au lieu de cela, en , Adolphe et lui sont envoyés à Hanovre pour recevoir un entraînement militaire avec les troupes hanovriennes, sous le commandement du feld-maréchal Wilhelm von Freytag. Avant de quitter Göttingen, Ernest adresse une lettre de remerciement à l'université et écrit à son père : .
Ernest est entraîné au sein de la cavalerie et initié aux tactiques militaires par un officier des dragons légers de la reine, le capitaine Linsingen. Il se révèle un excellent cavalier et un très bon tireur. Après seulement deux mois d'entraînement, von Freytag est si impressionné par les progrès du prince qu'il lui donne une place dans la cavalerie avec le grade de capitaine. Ernest est également censé recevoir un entraînement aux tactiques d'infanterie, mais George III, tout aussi impressionné par les prouesses de son fils, l'autorise à rester dans la cavalerie.
En , Ernest obtient le grade de colonel et est intégré au des dragons légers de Hanovre. Le prince combat durant la guerre de la Première Coalition sous les ordres de son frère Frederick, duc d'York, alors commandant en chef des forces britanniques, hanovriennes et autrichiennes. Il se distingue lors d'une action le à Villers-en-Cauchies, durant laquelle il aurait ramené lui-même le corps d'un officier français inconscient. C'est également au mois d' qu'il reçoit une blessure de sabre à la tête lors d'une action près de Tournai, lui laissant ainsi une cicatrice au visage. Lors de la bataille de Tourcoing, le , il est blessé au bras gauche par un boulet de canon. Dans les jours qui suivent, la vue de son œil gauche, déjà faible, diminue encore. En juin, Ernest est renvoyé en Grande-Bretagne pour sa convalescence ; c'est son premier séjour dans son pays natal depuis son départ pour l'université en 1786.
Promu au grade de major-général, Ernest reprend ses fonctions dans l'armée au début du mois de novembre. Il pense que son nouveau rang va lui donner le commandement d'un corps d'armée ou d'une brigade, mais il n'en est rien, car les troupes alliées entament alors leur repli vers l'Allemagne par les Provinces-Unies. En , elles atteignent le Hanovre. Ernest y passe l'année suivante à divers postes de faible importance. Il demande à être rapatrié afin de suivre un traitement pour son œil, mais George III ne le lui permet que début 1796. De retour en Grande-Bretagne, Ernest consulte un médecin spécialiste des yeux, le docteur Wathen-Waller, mais ce dernier juge sa blessure impossible à opérer. Par la suite, Ernest demande de nombreuses fois à rejoindre les troupes britanniques sur le continent, allant jusqu'à menacer de rejoindre la Yeomanry comme simple soldat, mais le roi George et le duc d'York refusent. Comme les forces hanovriennes se trouvent alors à l'écart du conflit, Ernest ne veut pas les rejoindre, d'autant que von Freytag est alors gravement malade et que son successeur probable, le général Johann Ludwig von Wallmoden-Gimborn, n'est pas à son goût.
centré|800px|Arbre généalogique simplifié
Duc de Cumberland et Teviotdale
Commandant militaire vignette|alt=Gravure représentant un jeune homme en uniforme et perruque.|Portrait d'Ernest-Auguste en 1802 par . Il omet la cicatrice au visage du duc. Le , George III accorde au prince Ernest-Auguste, alors âgé de vingt-sept ans, les titres de duc de Cumberland et Teviotdale et de comte d'Armagh.. Bien qu'il ait été fait lieutenant-général des forces britanniques et hanovriennes, il reste en Angleterre et se lance dans la politique, son titre de duc lui conférant un siège à la Chambre des lords. Ernest a des opinions profondément conservatrices et devient rapidement l'un des meneurs de l'aile droite du parti Tory. Friand de remarques sarcastiques acerbes, il s'attire rapidement de nombreuses inimitiés politiques. Dans un premier temps, George III craint qu'Ernest n'affiche les mêmes tendances Whig que certains de ses frères aînés, mais il n'en est rien. Rassuré sur ce point, le roi laisse Ernest conduire les négociations qui amènent à la formation du Addington au début de l'année 1801. En , George III donne à son fils le grade de colonel au sein du des dragons légers, poste qui met Ernest en position d'entrer au des dragons légers, une unité réputée. C'est chose faite en , lorsqu'un poste se libère au . Bien que cette fonction soit une sinécure, Ernest s'implique dans les affaires du régiment et le mène en manœuvres.
Début 1803, le duc d'York nomme Ernest commandant du district du Severn et responsable des forces réunies dans et autour de l'estuaire de la Severn. Lorsque la guerre avec la France reprend, deux ans après la paix d'Amiens, le duc d'York nomme Ernest commandant du plus important district du sud-ouest de la Grande-Bretagne, qui comprend le Hampshire, le Dorset et le Wiltshire. Ernest aurait préféré commander la , principalement composée d'expatriés allemands venus du Hanovre, un territoire alors occupé par les Français. Toutefois, le tout nouveau commandant accepte ce poste. Il renforce les défenses de la côte sud, particulièrement autour de la ville de Weymouth, où son père réside souvent en été.
L'Acte d'Union de 1800 permet à l'Irlande d'être représentée au Parlement, mais la loi empêche les catholiques irlandais d'y siéger à cause de leur religion. L'émancipation des catholiques est une question politique récurrente dans les premières années du . Le duc de Cumberland y est très fermement opposé, car il considère que cette émancipation constituerait une violation du serment de défendre l'anglicanisme que prête chaque souverain britannique lors de son couronnement. Ernest se prononce donc contre l'émancipation à la Chambre des lords. Les protestants irlandais soutiennent le duc, qui est élu chancelier de l'université de Dublin en 1805, puis grand-maître de l'ordre d'Orange deux ans plus tard.
Le duc cherche à de multiples reprises un poste dans les forces alliées combattant la France, mais il n'est envoyé sur le continent qu'en qualité de simple observateur. En 1807, il préconise l'envoi de troupes britanniques sur le continent pour rejoindre les Prussiens et les Suédois et attaquer les Français à Stralsund, une ville actuellement localisée au nord-est de l'Allemagne. Le gouvernement de William Grenville refuse cette proposition, mais il tombe peu après et le nouveau Premier ministre, le duc de Portland, accepte d'envoyer Ernest avec un corps expéditionnaire de en Allemagne. Toutefois, ils partent trop tard : les troupes françaises défient Prussiens et Suédois à la bataille de Stralsund avant l'arrivée d'Ernest et de ses troupes.
L'affaire Sellis et la controverse de Weymouth
vignette|gauche|alt=Portrait de trois-quarts d'un jeune homme aux cheveux blonds.|Ernest-Auguste sur une miniature de 1823, d'après un portrait réalisé par William Beechey en 1802.