Les réserves pétrolières sont le volume de pétrole récupérable, à partir de champs de pétrole découverts, sur la base des contraintes économiques et techniques actuelles.

La part récupérable du pétrole présent dans le sol est appelée « réserve » lorsqu'elle est exploitable techniquement et économiquement ; pour un champ donné, on tient compte de ces contraintes pour évaluer la part récupérable, sachant qu'une partie importante du pétrole ne sera pas extraite du sol. Le taux de récupération est le pourcentage de pétrole récupérable par rapport à la quantité totale initialement en place. Ce taux est de l'ordre de 35 %, en moyenne mondiale, en 2009 .

Le terme « réserve » est souvent utilisé à tort à la place du terme « ressource ». « Réserve » se réfère exclusivement à des volumes de pétrole découverts, techniquement et économiquement récupérables. Lorsqu'un ou plus de ces trois critères n'est pas vérifié, le terme « réserve » est inapproprié et il convient plutôt de parler de « ressources ». Ainsi, les volumes désignés sous le terme de « ressources » ont une probabilité moindre d'être exploités que les volumes désignés sous le terme de « réserve »(en) Petroleum ressources management system.

Histoire Entre 1859 et 1968, la consommation totale de pétrole fut de de barils (). La question des réserves de pétrole prouvées est ancienne. Déjà en 1942, on estimait que les réserves existantes seraient toutes taries en 1951. Les estimations des stocks de pétrole restants au cours des décennies suivantes, basée sur les réserves connues, maintiennent une durée avant le tarissement de 50 ans, et ce malgré la découverte de nouvelles réserves. Cette constance de la durabilité des stocks de pétrole est liée au fait que la consommation augmente au même rythme que les nouvelles réserves sont découvertes et que les techniques d'extraction s'améliorent. Ces technologies permettent d'augmenter le taux de récupération, de 15-20 % par la récupération primaire (par le biais de pompes notamment), il est possible d'atteindre un taux de récupération de 20-50 % à l'aide d'injection d'eau (fracturation hydraulique) ou de gaz, voire même jusqu'à 50-70 %% avec les technologies de récupération augmentées basées sur l'injection chimique ou des méthodes thermiques.

En 2006, la consommation mondiale approche les de barils par an, en 2024 elle dépasse les 37 milliards de barils par an. Sur la période 1965-2024, la demande mondiale en pétrole augmente de 1% par an en moyenne.

Catégories et définitions

Les réserves pétrolières sont appelées possibles, probables ou prouvées selon le degré croissant de certitude que l'on a de leur existence, en fonction des données et des interprétations géologiques et techniques, pour chaque localisation. La mesure de ces valeurs est faite par la ou les compagnies pétrolières procédant à l'exploration/production. Ces dernières années, la Securities and Exchange Commission a exigé que les compagnies pétrolières possédant des réserves listées adoptent des standards d'évaluation des réserves en accord avec la pratique industrielle. Dans un cas particulier, la compagnie, Shell a dû réévaluer ses réserves pétrolières pour 2001 et 2002, en application de définitions plus strictes des catégories de réserves.

Les réserves pétrolières sont essentiellement une mesure de risque géologique — de la probabilité de l'existence du pétrole et de son exploitation dans les conditions économiques et les techniques actuelles.

Réserves prouvées

Définies par les ressources en gaz et pétrole « raisonnablement certaines » d'être produites, en utilisant les techniques actuelles, au prix actuel et selon les accords commerciaux et gouvernementaux en cours. Dans l'industrie, elles sont connues sous le nom 1P. Certains spécialistes utilisent l'appellation P90, car elles ont 90 % de chance d'être mises en production.

Réserves probables Définies par les ressources en gaz et en pétrole « raisonnablement probables » d'être produites, en utilisant les techniques actuelles, au prix actuel et selon les accords commerciaux et gouvernementaux en cours. Dans l'industrie, elles sont connues sous le nom 2P. Certains spécialistes utilisent l'appellation P50, car elles ont 50 % de chance d'être mises en production.

Réserves possibles Définies comme "ayant une chance d'être développées en tenant compte de circonstances favorables". Dans l'industrie, elles sont connues sous le nom 3P. Certains spécialistes utilisent l'appellation P10, car elles ont 10 % de chance d'être mises en production.

Réserves pétrolières mondiales

vignette|lang=fr Les réserves sont exprimées en milliards de barils (Gb). (Ne pas tenir compte de l'indication erronée "En centaines de millions", qui apparaît en haut et à gauche)

Les volumes découverts en 2012 et 2013 sont en forte baisse : selon le cabinet Wood Mackenzie, les compagnies ont découvert 16,7 milliards de barils équivalent pétrole en 2013 (7,7 de pétrole et 9 de gaz naturel), soit à peine la moitié des volumes consommés, très loin des 39,8 milliards découverts en 2010 (18,5 de pétrole et 21,3 de gaz). Selon Geoffroy Hureau, de l’IFP Énergies nouvelles (IFPEN), « 2013 a été la pire année en la matière depuis près de vingt ans, et 2014 s’annonce encore plus mauvaise » ; et l'effondrement des prix pétroliers ayant amené les compagnies à réduire fortement leurs investissements, le déclin des découvertes risque de s'accentuer en 2015. Selon les estimations de l’IFPEN, les compagnies pétrolières ont dépensé 100 milliards de dollars en exploration en 2013, cinq fois plus qu’en 2003, avec des résultats très inférieurs. Selon Wood Mackenzie, le taux de succès des forages est tombé de 42 % en 2004 à 36 % en 2013, et le coût du baril découvert dans le monde a été multiplié par quatre en dix ans, de 0,90 à Les compagnies pétrolières peinent à découvrir de nouvelles réserves, Les Échos, 15 décembre 2014.. Les grandes compagnies pétrolières compensent la baisse de leurs découvertes par des rachats de gisements découverts par des indépendants, et parviennent ainsi à maintenir le taux de renouvellement de leurs réserves : ainsi, Total et Shell ont acheté, fin 2013, 20 % chacun du gisement géant de Libra, au large des côtes brésiliennes, dont les réserves sont estimées entre 8 et 12 milliards de barils équivalent pétrole, et ExxonMobil a augmenté d’un coup ses réserves prouvées de 2,8 milliards de barils équivalent pétrole grâce au rachat, en 2010, du producteur de gaz de schiste américain XTO. Total a, selon son dernier rapport annuel, découvert 2,3 milliards de barils équivalent pétrole de 2011 à 2013, pour 1,1 milliard acquis et 2,5 milliards produitsRacheter un gisement, une alternative séduisante pour les compagnies pétrolières, Les Échos, 15 décembre 2014..

Colin Campbell a calculé qu’il y avait initialement un total de à () de pétrole brut sur TerreColin Campbell, 2005, dont entre 45 et 70 % ont été consommés. Selon le 2006 BP Statistical Review of World Energy, depuis les années 1965-2005, environ de barils de pétrole ont été extraits globalement BP energy review 2006, sur le site bp.com.

Le de l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS) produit les estimations officielles des ressources mondiales de pétrole pour le Gouvernement fédéral des États-Unis. Ce programme estime que les réserves mondiales restantes sont d'environ , et les estimations prévoient l'épuisement de ces réserves connues dans les 50 prochaines années. Les estimations des réserves encore inconnues varient largement, de 275 à (de 44 à ). Le Moyen-Orient possède 50 % des réserves mondiales restantes connues. L’USGS estime que les réserves totales représentent environ trois fois les quantités connues.

Il y a des marges importantes d'incertitude concernant la taille réelle des réserves connues Article, BBC News. Vraisemblablement pour des raisons politiques, des nations n’ont pas autorisé des audits de la taille de leurs champs. Ceci est particulièrement vrai au Moyen-Orient, parmi les membres de l’OPEP, ainsi que dans les pays qui appartenaient à l’URSS. L’OPEP limite la production de pétrole de ses membres à une portion des réserves restantes, ce qui pousse à manipuler les données. Par exemple, en 1985 le Koweït a augmenté l'estimation de la taille de ses champs de pétrole de 50 %, ce qui lui a permis d’augmenter sa production. D'autres pays membres ont rapidement suivi, mais la Saudi Aramco contrôle les plus grandes réserves mondiales prouvées de pétrole.

Certaines estimations, comme celles de l'USGS, prédisent que les réserves de pétrole deviendront économiquement inexploitables dans les années 2050. Cependant, ces chiffres sont ouverts au débat puisqu'ils incluent seulement les réserves qui sont, en 2008, en exploitation ou considérées comme économiquement exploitables. Elles n'incluent pas les sables bitumeux et les bitumes, et ne tiennent pas non plus compte des productions possibles de dérivé de charbon, d'extraction de méthane depuis les déchets, du recyclage des pneumatiques ou des plastiques. Les estimations n'incluent également aucune réserve en Antarctique, protégé de l'exploration par des traités environnementaux. Bien qu'aucune de ces sources ne soit actuellement économiquement rentable, elles pourraient être utilisées pour produire des quantités significatives d'hydrocarbures dans le futur, et pourraient devenir importantes en tant qu'alternatives à la production de pétrole brut, ou si de nouvelles techniques les rendent plus facile à exploiter. Une montée du prix du pétrole brut peut aussi rendre ces sources attractives ; les industriels croient que des prix stables supérieurs à suffiront pour inciter et donner un retour sur investissement suffisant afin de convertir les réserves précédemment indésirables en réserves économiquement viables.

Réserves pétrolières fin 1985 fin 1995 fin 2004 fin 2005 en milliards de barils en milliards de barils en milliards de barils en milliards de tonnes en milliards de barils % du total Ratio R/P (année) TOTAL MONDIAL 770,4 1027,0 1194,1 163,6 1200,7 100,0 % 40,6 Parts de l'OCDE 118,6 111,3 81,8 10,6 80,6 6,7 % 11,2 OPEP 535,8 785,1 897,4 123,2 902,4 75,2 % 73,1 Hors OPEP et ex-URSS 172,0 179,8 175,8 23,5 175,4 14,6 % 13,6 Ancienne Union soviétique 62,7 62,1 120,9 16,8 122,9 10,2 % 28,4 Voir le tableau complet par pays

Enregistrement des réserves Les réserves de pétrole et de gaz constituent un actif d’une compagnie pétrolière. L'enregistrement est le procédé par lequel les réserves sont additionnées au bilan d'une compagnie. Cela est effectué selon une série de règles édictées par la Society of Petroleum Engineers (SPE). Les réserves de toutes les sociétés cotées au New York Stock Exchange — ce qui en pratique ne concerne que les compagnies pétrolières internationales, qui contrôlent moins de 20 % des réserves prouvées en 2009 — doivent être déclarées à la Securities and Exchange Commission. Dans de nombreux cas ces réserves enregistrées sont vérifiées par des audits réalisés par des géologues extérieurs, bien que ce ne soit pas une obligation légale. La Securities and Exchange Commission rejette le concept de probabilité et interdit aux compagnies de ne pas mentionner les réserves probables et possibles dans leurs documents. Ainsi, les estimations officielles des réserves prouvées seront toujours à considérer en comparaison avec ce que les compagnies pétrolières pensent qu'il existe réellement. Pour des raisons pratiques, les compagnies utiliseront les réserves prouvées plus les estimations de réserves probables (2P), et pour des planifications à long terme elles se baseront principalement sur les réserves possibles (3P).

D'autres pays ont également leur propre autorité nationale concernant les réserves d'hydrocarbures (par exemple le GKZ, commission des réserves étatiques de Russie) auxquelles les compagnies présentes dans ces pays doivent se référer.