Un jaque est un vêtement ou une défense corporelle, en fer, cuir, tissu, etc. s'ouvrant par devant...
Parmi les défenses corporelles qualifiées de jaques, les harnois de tissu sont les plus courants. C'est, dans le domaine militaire, le sens qu'il convient généralement de donner au terme si aucune précision n'est donnée..
Ce texte traite de l'ensemble des harnois de tissu, et non des jaques seuls. Le mot jaque est retenu comme « générique », faute d'un terme existant approprié.
Seules les défenses d'entre les sont traitées : fin du Moyen Âge et début de la Renaissance. De même seuls les « jaques » de la partie de l'Europe allant de l'Allemagne à l'Espagne (y compris l'Angleterre) sont traités.
Dans cette limite territoriale, les armes, tant offensives que défensives, étaient étonnamment homogènes à un moment donné. Les grandes guerres du et le commerce généralisé des armes (principalement allemandes et italiennes) ont diffusé des types et des appellations génériques. De nombreuses particularités locales perdurent. Certaines ont par la suite connu un très grand succès, comme le Long bow des troupes anglaises, les défenses de type « jaque » popularisées par les archers anglais, ou la brigandine (type de broigne) diffusée par certaines « bandes » italiennes et provençales, etc.
Si une relative uniformité existe à un moment donné, il n'en est pas de même au cours de la période, car ces trois siècles ont connu de profondes mutations dans le domaine de l'armement.
Définitions Il est difficile de donner une chronologie et une définition des différents termes utilisés pour ce type de protection. Il est cependant possible de tracer de grandes lignes, en généralisant. À l'origine, le terme le plus utilisé semble être le gambison, les termes de cottes d'arme, cotte à armer, jaque, hoqueton semblant être réservés aux vêtements passés par-dessus le haubert ou la broigne. Ces vêtements de dessus servent (lorsqu'ils sont gamboisés ou pourpointés) de protection ou de survêtement (protection contre les intempéries et identification du porteur). Durant le premier tiers du , les défenses sont renforcées par les plates. Celles-ci sont rivées ou lacées sur ou sous les vêtements de dessus, ou éventuellement maintenues par des bretelles de cuir. Les cottes, jaques et hoquetons de dessus se transforment donc en des sortes de broignes, ou tout du moins, en des jaques (au sens de l'article) fortement renforcés. Vers la fin du et le début du , les plates ont évolué au point de former des ensembles cohérents. Elles sont assemblées par des liens sous-jacents et par un rivetage des plates entre elles. Elles sont en général lacées sur les défenses de dessous (haubert, gambison). Les protections supérieures reprennent donc leur rôle de défense auxiliaire, de signe de reconnaissance (équivalent aux uniformes actuels) et surtout de protection contre les éléments et la poussière. À partir du milieu du , les plates sont suffisamment perfectionnées pour que les noms et les fonctions de chaque défense se normalisent quelque peu. Une protection textile pourpointée, ou plus généralement gamboisée, est portée dessous les autres défenses. Lorsque ce vêtement s'enfile par l'encolure, il est généralement nommé gambison. Lorsqu'il a la forme d'une veste moderne, c'est en général un pourpoint à armer, ou une cotte à armer. Cette différence est en grande partie arbitraire et due au fait que les termes cotte et pourpoint sont plus « modernes » (pour l'époque) et ont survécu au terme gambison. La forme qui a duré le plus longtemps (jusqu'à la disparition de « l'armure ») est celle ouverte par devant (comme une veste). Le vêtement de dessus sert alors uniquement de protection contre les éléments et d'identifiant du porteur. Il peut être nommé cotte d'arme, hoqueton, tabar, etc. Le terme tabard décrit une version plus tardive de ce vêtement. Il semble que les tabards n'ont jamais servi de défense, et sont toujours restés des vêtements d'identification.
Jaque (armure)
JAQUES ou JAQUE, m. penac. Tantost est le nom propre de quelque homme, qu'on escrit erronéement Jacques, considéré que la lettre c. du Latin Iacobus dont il vient, se change en q, suyvie de la lettre u, parce qu'en François le c ne se prononce par k devant les voyeles e et i. Tantost signifie une sorte d'habillement de guerre qui est renflé de cotton, comme dit Jan le Maire li. 1. chap. 22. fait en façon de chemisette. Mais despuis en a esté fait de mailles de fer presque à la façon du haubert, et pour ce y met on ceste addition, de mailles, disant, jaques et chemise de mailles, lorica. Ce qui donne aucunement à entendre, qu'on nommoit anciennement Jaques comme on fait à présent Jaquette, une telle sorte d'habit fait de drap ou autre estoffe. On y met aussi ceste addition manches, quand cet habillement de guerre a des manches de mesmes, et est à haut gorgerin et fauldieres ou cuyssots, duquel non seulement estoient armez les gens de pied, ains aussi ceux de cheval par-dessous le corselet, qui n'avoit lors nuls braçals. Estant l'armeure de mailles si usitée envers les anciens hommes d'armes, que comme se voit en plusieurs leurs tombeaux, et le heaume et les greves en estoient faites, Lorica hamis conserta, Virgil. lib. 5. AeneidJean Nicot, Thresor de la langue françoyse, (1606) .
À proprement parler, le terme « jaque » désigne alors toute une famille de vêtements s'ouvrant par devant. Leurs équivalents actuels seraient des chemises « de fatigue » ou des vestes de travail, vêtements portés par les plus basses couches sociales et donc marqués d'une connotation péjorative. Par extension, le terme jaque désigne de nombreux types de défense du torse, s'ouvrant sur le devant jaque de fer, équivalent à la cotte de mailles annulaire s'ouvrant cependant sur le devant, ou le jaque jazeran, désignant les jazerans (cottes de mailles annulaires à mailles plates) s'ouvrant sur le devant.
D'après João Gouveia Monteiroarticle du « Centro de Historia da sciedade e da cultura » qui est aussi paru dans « L'homme armé en Europe, - » (Édité en 2002) édité par le « musée de l'armée »(« musée de l'artillerie ») de paris (Communication faite durant un colloque), le terme jaque aurait même désigné des brigandines au Portugal. Les jaques de textile, les plus nombreux, sont des vêtements fortement rembourrés (gambisonés ou gamboisés) ou constitués de couches de tissus (pourpointés) en grand nombre (15 à 30 ou plus), une épaisseur de cuir pouvant éventuellement renforcer cette protection.
Gambison ou cotte gamboisée Gambeson ou GOBESON, s. m. (Hist. mod.) terme utilisé dans l'ancienne milice. Il signifiait une espèce de cotte d'armes ou de grand jupon qu'on portait sous la cuirasse, pour qu'elle fût plus facile à porter, & moins sujette à blesser. Chambers. Le gambeson était fait de taffetas ou de cuir, & bourré de laine, d'étoupes, ou de crin, pour rompre l'effort de la lance, laquelle, sans pénétrer la cuirasse, aurait néanmoins meurtri le corps, en enfonçant les mailles de fer dont elle était composée. Dans un compte des baillis de France, de l'an 1268, il est dit : Expensa pro cendatis & bourra ad gambesones, c'est-à-dire pour le taffetas & la bourre pour faire des gambesons. Hist. de la milice françoise, par le P. Daniel. (Q)Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences des arts et des métiers Altif
L'expression signifie littéralement chemise (cotte) rembourrée (gamboisée). Cependant, aux époques concernées, les chemises (cottes) ne s'ouvrent pas sur le devant mais s'enfilent par l'encolure. Un lacet permet généralement de réduire ou fermer l'encolure.
Cotte ou pourpoint à armer
Cotte se dit d'une jupe à l'usage des femmes de basse condition. Cotteron est une petite cotte courte et étroite. Cotte d'armes, casaque que les Hommes d'armes mettaient aûtrefois sur leurs cuirasses. Cotte ou jaque de mâilles ; chemise faite de mâilles ou petits anneaux de fer. Cotte morte est, parmi quelques Religieux, la dépouille d'un Religieux après sa mort. La cotte morte appartient à l'AbéDictionnaire critique de la langue française, Altif.
Les cottes à armer, aussi appelées pourpoint à armer, sont des gambisons légers, portés en complément d’autres défenses corporelles telles que haubergeons (cotte de mailles en français moderne), plates (armure en français moderne), broignes, etc. De telles défenses peuvent aussi être nommées gambison, cotte gamboisée, pourpoint à armer, etc. Des vêtements de dessus servant de support aux plates sont aussi nommés cotte à armer ou cotte d'arme.
Une protection composée de plates (grandes plaques métalliques), éventuellement d'un haubergeon, d'une cotte à armer (de dessus ou de dessous) correspond à ce que l'on nommerait en français moderne une « armure complète », chaque composante de « l'armure » ayant un rôle précis.
La rigidité des plates impose des articulations sources de « défauts » (parties non protégées, par exemple les aisselles ou la saignée des bras.) Au , les défauts furent réduits au point de quasiment disparaître (cubitières fermées, épaulières de grande taille) ce qui entraîne des risques de blocage des articulations en cas de choc violent déformant les plates. Leur rôle est d'arrêter les coups et de répartir les impacts sur la plus grande surface possible.
Les haubergeons (« cotte de mailles » en français moderne) sont à l'origine la défense principale des « armures » en dessous du corselet de plate et des plates de bras. Au et au début du siècle, le haubergeon est quasiment toujours porté par les gens d'armes, parfois complété par des plates ou plus souvent une broigne. Au , les gens d'armes portent quasiment toujours ensemble des plates ou une broigne, un haubergeon et une cotte à armer. Au cours de ce siècle, les plates supplantent les broignes. Tandis que les plates deviennent de plus en plus complètes, le haubergeon continue d'être porté en complément, les plates de l'époque ayant tendance à se déchirer ou se briser sous les chocs les plus violents. Par la suite, des renforts de mailles (goussets) sont encore conservés pour renforcer la protection des « défauts » des plates. Au , la qualité des plates devient suffisante (ergonomie de l'ensemble, qualité des métaux) pour que le haubergeon tombe progressivement en désuétude.
Porté seul ou avec une cotte à armer, le haubergeon demeure cependant courant jusqu'au milieu du .
Les cottes à armer remplissent plusieurs rôles. Elles amortissent les chocs, évitant les traumatismes par éclatement des os et des chairs. Elles répartissent le poids des plates sur l'ensemble du thorax. Sans cotte à armer, le poids des plates repose uniquement sur les épaules, ce qui est extrêmement fatigant pour les bras. Face au même problème, certaines armures japonaises du et postérieures ont adopté une solution totalement différente : un ensemble de bretelles et de ceintures intérieures au corselet, mais se fermant de l'extérieur de celui-ci, répartit le poids entre les épaules et les hanches. Ce système plus léger laisse le combattant plus libre de ses mouvements. Par contre, il est bien moins protecteur.
Les plates n'ayant jamais été étanches, les cottes à armer bien conçues peuvent, plus ou moins, protéger leur porteur de la pluie et de l'humidité. Mal conçues, elles peuvent par contre s'imbiber au point de devenir gênantes par excès de poids et en maintenant constamment trempé leur porteur. Bien que bien moins résistantes que les autres défenses de tissu destinées à être portées seules (jaques, gambisons), les cottes à armer n'en sont pas moins des défenses en elles-mêmes. Elles protègent les « défauts » des plates et sont la dernière protection lorsqu'un objet déchire les plates et perce le haubergeon. Portée seule, elle permet au combattant de se mettre à l'aise en se débarrassant de la majorité de son harnois, tout en conservant une défense minimale (au campement par exemple).